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MC.OLM SUPElUKURK DK tî U ER H M LE 4' CORPS l)K I , ' r I,'ARMEE DE METZ 19 JUILLET - 27 OCTOBRE 1870 AVEC UN PORTRAIT EN HÉLIOGRAVURE DU GÉNÉRAL DE LADMIRAULT ET CINQ CARTES EN COULEURS HORS TEXTE PARIS Henri CHARLES-LAVAUZELLE Éditeur militaire 10, Rue Danton, Boulevard Saint-Germain, MS (même maison a limoges) BMCHBR ~é S~& Ÿ LE 4' CORPS DE L’ARMÉE DE METZ DROITS DE REPRODUCTION ET DE TRADUCTION RÉSERVÉS. Hélio^. Dujardin lmp .Ch.WitLmann CjÉNÉRAL df, Ladmirault , ftiV • w *£■:& ■>'• 1 T, l f CjKnéral df Ladmirault 1808 - 1898 i } èpj£< Lieutenant-Colonel ROUSSET PROFESSEUR DE TACTIQUE APPLIQUÉE A L’ÉCOLE SUPÉRIEURE DE GUERRE LE 4 e CORPS DE L’ARMÉE DE METZ 19 JUILLET-27 OCTOBRE 1870 AVEC CINQ CARTES ET UN PORTRAIT HORS TEXTE $//mw .. \\r-_ PARIS TÏenri CHARLES-LAVAUZELLE Éditeur militaire 10, Rue Danton, Boulevard Saint-Germain, 118 {même maison a limoges) ' f s-} BIRCHER 6 S~ 8 Y iK la ^Mémoire du Général de division de ffj adrnirault Grand-croix de la Région d’honneur Commandant en chef le 4 e corps de l’£flrmêe du ‘JEih et des vaillants officiers et soldats de ce corps d’armée tombés sur les champs de bataille de SVLetz INTRODUCTION Le 15 juillet 1870, jour où M. Le Sourd, premier secrétaire de l’ambassade de France à Berlin, remettait au gouvernement prussien la déclaration de guerre que le comte de Bismarck avait provoquée par l’acte déloyal que l’on sait, le maréchal Le Bœuf, ministre de la guerre de l’empereur Napoléon lit, envoyait aux différentes autorités du territoire les ordres nécessaires à la constitution de VArmée du Rhin . Celle-ci devait se composer de sept corps d’armée, comptant chacun trois ou quatre divisions d’infanterie (1) et une division de cavalerie; de la Garde impériale; d’une réserve générale de cavalerie (deux divisions à deux ou trois brigades); d’une réserve générale d’artillerie et d’une réserve générale du génie (2). A cette époque, aucun plan ferme n’existait pour assurer, au moment d'une guerre, la mobilisation des forces nationales. Aussitôt la campagne décidée, le Ministre en télégraphiait la nouvelle aux généraux commandant le territoire, aux préfets et aux commandants de recrutement, lesquels signaient alors les ordres d’appel individuels des hommes de la réserve, ordres établis d’avance, et les remettaient à la gendarmerie, qui les distribuait aux intéressés. Ceux-ci se rendaient, à la date fixée par l’ordre, au chef-lieu de leur département, oii ils (1) Suivant qu'ils avaient à leur tète un général do division ou un maréchal de France. (2) Ces deux dernières réserves ne la rejoignirent jamais. 8 INTRODUCTION étaient formés en détachements, puis dirigés par les voies ferrées sur les dépôts de leurs corps respectifs. Là, on les habillait, on les équipait, on les armait et on les envoyait enfin rejoindre les unités de guerre au lieu où ces unités, déjà transportées aux divers points de concentration, se trouvaient alors. Or, les dépôts étaient souvent très éloignés de' la portion principale de leurs régiments. Ainsi, pour ne ^parler que des troupes destinées à entrer dans la composition du 4 e corps, le 13 e de ligne, stationné à Béthune, avait son dépôt à Romans; le 98° (Dunkerque), à Lyon ; le 54° (Condé), à Pontivy. En outre, les réservistes d’un môme corps pouvaient être disséminés sur plusieurs points du territoire, puisque leur recrutement se faisait, non pas par région, mais sur toute l’étendue de l’empire, d’après les mômes principes que l’appel annuel du contingent; en sorte qu’un régiment en garnison à Lyon, par exemple, pouvait parfaitement avoir des réservistes à la fois dans la Somme, la Gironde, le Finistère et môme ailleurs. On juge quelle perturbation devait fatalement accompagner ce croisement de trois ou quatre mille détachements, peut-ôlre davantage, se promenant en tous sens sur les voies ferrées, se heurtant dans les gares aux éléments de l’armée déjà en route, au matériel et aux approvisionnements que les magasins expédiaient en liàte aux corps d’armée en voie de réunion. L’indiscipline s’en mêlant souvent, c’était le désordre absolu et une cohue lamentable. C’était, en tous cas, un retard considérable apporté à la constitution définitive de l’armée d’opérations, et le 4 e corps, pour sa part, dut attendre vingt-sept jours entiers avant de se trouver au complet. Mais l’appel des réserves ne représentait qu’une partie relativement minime des opérations préliminaires de l’entrée en campagne. Restait à former les armées, puis à les porter à la INTRODUCTION 9 frontière, enfin à les doter de leurs états-majors et des services indispensables à leur existence et à leur entretien. Ici encore, on manquait d’une préparation suffisante. La constitution même de l'armée d'opérations avait, pour des raisons auxquelles les nécessités stratégiques étaient presque toujours restées étrangères, traversé des fluctuations nombreuses et passé par des phases successives qui donnaient à son organisation définitive le caractère d’une véritable improvisation. Les chefs, états-majors et services, avaient, à la vérité, reçu dès le 14 l’avis télégraphique de leur affectation ; mais celle-ci ne correspondait nullement à la situation qu’ils occupaient respectivement en temps de paix, et certains officiers avaient eu à traverser la France isolément pour rejoindre leur poste de combat. Les unités elles-mêmes, formées de troupes éparses sur tout le territoire et qu’aucun lien tactique ou administratif ne reliait parfois entre elles pendant la paix, se croisaient sur les voies ferrées, augmentant ainsi la confusion et prolongeant les retards. Enfin, la désignation des points de concentration eux-mêmes ne fut point exempte de l'incertitude qui avait présidé à tout ce travail et elle se trouva modifiée en partie au dernier moment. Ce n’est pas tout encore. Contrairement aux règles logiques d’une mobilisation bien entendue, qui veulent que les unités mises en campagne partent de leur garnison complètement pourvues de tout ce qui leur est nécessaire, il avait été décidé que les compléments, non seulement en hommes, mais encore en matériel, seraient dirigés sur ces unités seulement après leur arrivée au point de concentration. C’était exposer l’armée aux premiers hasards d’une campagne dans des conditions d’infériorité manifeste, et s’interdire presque absolument le bénéfice de l’offensive. Si l’on ajoute à ces graves défectuosités l’étendue démesurée de la zone de concentration qui allait de 10 INTRODUCTION Thionville à Belfort (265 kilomètres a vol d’oiseau), et l’éparpillement qui en résultait pour nos forces, déjà si notablement inférieures, on perçoit nettement une des causes principales, sinon la seule, hélas! de nos premiers malheurs. C’est au milieu d’un désordre aussi fâcheux que commença, vers le 20 juillet 1870, l’existence de Y Armée du Rhin, existence encore bien précaire et bien frêle. 11 n’y eut, tout d’abord, à la frontière, qu’un organisme incomplet et souffrant d’une incroyable pénurie, une sorte de squelette auquel manquaient des nerfs moteurs et une âme vivifiante. Les moyens matériels qu’elle n’avait pas, l’armée allait bientôt en être pourvue, du moins en proportion à peu près suffisante; mais elle ne devait jamais connaître la joie de voir à sa tète un commandement ferme et résolu, un chef digne d’elle, qui fût le régulateur de sa bravoure et le dispensateur de ses glorieux efforts. Des mains hésitantes du malheureux souverain qui fuyait éperdu devant une révolution menaçante, elle allait bientôt passer à celles d’un soldat félon, qui, oublieux de ses devoirs, était destiné à la conduire, par des voies tortueuses, à l’opprobre d’une ignominieuse capitulation. Et cependant, les soldats de IMr- ■mée du Rhin n’ont jamais ménagé ni leurs fatigues, ni leur sang; généraux et officiers y ont toujours fait noblement leur devoir, et si l'on est en droit de regretter que les pratiques vicieuses de campagnes trop facilement heureuses, où le courage individuel avait suppléé à tout, aient voilé chez certains le sens précis des nécessités de la grande guerre, nul ne saurait contester l’ardeur de leur patriotisme, ou l’intégrité de leur dévouement. Ils ont frappé de rudes coups, et fait payer chèrement à l'ennemi son triomphe, car, pour réduire à l’impuissance notre admirable armée, les Allemands ont dû laisser sur les champs de bataille de Metz 45.000 de leurs meilleurs INTRODUCTION 11 soldats. Encore doivent-ils s’estimer heureux de n’y avoir point trouvé la défaite, que seuls leur ont épargnée l’inertie et les coupables calculs d’un général dévoyé. On ne répétera jamais assez qu'il y avait dans les rangs de l’armée de Metz des chefs supérieurs dignes non seulement de commander à des braves, mais même de les mener à la victoire, s’ils eussent été maîtres de leurs actions et de leur volonté. L’un des premiers parmi ceux-là était certainement le commandant du 4 e corps, Louis-René-Paul de Ladmirault naquit à Montmorillon (Vienne), le 17 février 1808. Issu d’une ancienne famille de gentilshommes tourangeaux, dont plusieurs membres occupèrent des charges importantes sous la monarchie, il était fils de Charles-Bazile, lieutenant dans Royal-Normandie-Cavalerie, et chevalier de Saint-Louis (1). Il fut élevé à Senlis, dans la maison d’éducation réservée aux fils des membres de cet ordre; il y eut pour camarade le futur maréchal Canrobert, et entra à Saint-Cyr en 1826. Le 1 er octobre 1829, après trois années d’études nécessitées par une grave maladie, il était nommé sous-lieutenant au 62 e régiment d’infanterie. Mais la vie de garnison ne pouvait convenir longtemps à ce soldat de naissance et de tempérament; dès 1831, il demandait à passer au 67 e , envoyé en Algérie, et partait pour notre nouvelle colo- (1) Le grand-père du général, l’iorre-Bazilo de Ladmirault, était également lieutenant au régiment ltoyal-Xormandic, quand il fut blessé au passage du llhin en 1743. H assista à la bataille do Fontenoy, après laquelle Louis XV le félicita sur sa brillante conduite, en le nommant capitaine et chevalier de Saint-Louis. Le roi ajouta môme à ces marques de faveur le don d'un service de table représentant des épisodes do la bataille, cadeau llatteur que la famille du général possède encore aujourd'hui. C’est à cette bataille de Fontenoy que le lieutenant de Ladmirault fut le héros d'un épisode assez plaisant. Le porte-étendard de lîoyal-Normandie venait d'ôtre tué, quand un Anglais se jetant sur son corps voulut s'emparer du drapeau. Ladmirault s’élance pour le lui disputer et engage une lutte corps à corps. Tout à coup l'Anglais s’empare du catogan de son adversaire., et tire; mais le catogan était postiche; le lieutenant se dégage rapidement, s’enfuit avec son précieux trophée, et laisse l’Anglais stupéfait, n’avant plus entre ses mains qu’une perruque ! 12 INTRODUCTION nie, où il devait vivre vingt années, bataillant sans cesse, et se signalant non seulement par une éclatante bravoure, mais encore par ses rares qualités d’homme d’action (1). Nommé capitaine en 1837, il passe au corps des zouaves, nouvellement formé, et qui, sous des chefs tels que Lamoricière et Canrobert, devait acquérir une si brillante renommée. Il prend part au terrible siège de Constantine, et reçoit, à moins de 32 ans, en 1840, l’honneur insigne d’être placé à la tête du 1 er bataillon de chasseurs de Vincennes, dont le duc d’Orléans venait de provoquer la création. C’est en cette qualité qu’il assiste à la sanglante affaire du col de Mouzaïa, ofi il est cité à l’ordre de l’armée et fait chevalier de la Légion d’honneur. Nommé en 1841 commandant du l or bataillon d’infanterie légère, puis, en 1842, lieutenant-colonel, il force à la soumission les tribus dissidentes des Beni-Manceur et des massifs de Cherchell, et devient, en 1844, colonel de ce régiment de zouaves, où il avait laissé de si honorables souvenirs. On le voit alors conduisant ce corps d’élite à travers les combats incessants delà conquête, et attirant l’attention du maréchal Bugeaud, qui le fait successivement officier et commandeur de la Légion d’honneur. Enfin, en 1848, à 40 ans, il est nommé général de brigade et commandant supérieur du cercle de Médéa. Jusque là, l’armée d’Afrique avait eu surtout à se battre. Il lui fallait maintenant, comme autrefois les légions romaines, mettre en valeur les territoires conquis, et préparer la colonisation. Ce n’étaif point déposer les armes, car ies Arabes n’avaient pas déposé les leurs; c’était faire l’office de construc- (I) Le général de Liulmirault est resté sans interruption en Algérie, de 1831 à 1833, époque où son régiment rentra en Franco. Deux ans plus tard, il retournait dans la colonie comme capitaine do zouaves, pour ne plus la quitter qu'on 183*. INTRODUCTION 13 teurs, de cantonniers, de laboureurs au besoin, en gardant le sabre au côté et le fusil en bandoulière. Une fois posées les premières assises de la conquête, nos soldats ont dû tracer des routes, jeter des fondations, et défricher une terre imprégnée de miasmes meurtriers, tantôt dans des plaines incendiées de soleil, tantôt sur des plateaux balayés par une bise glaciale. Leurs officiers sont devenus des ingénieurs, des architectes, des agriculteurs, et sur ce sol arraché à la barbarie ils ont fait apparaître bientôt des centres de travail et de vie, hameaux d’abord épars, plus serrés de jour en jour, que d’obscurs héros défendaient à coups de fusil au fur et à mesure qu’ils les créaient. La terre que l’armée d’Afrique nous a conquise, elle l’a fécondée ainsi à la fois de ses sueurs et de son sang ; c’est elle qui a jeté dans ses entrailles le germe des moissons promises, et qui a ouvert ses flancs à la fertilité. Dans ce rôle tout nouveau pour lui, le général de Ladmirault fut égal à lui-même. Sans cesser de donner la chasse aux tribus turbulentes qui entravaient son œuvre de colonisation, il apportait celle-ci le même dévouement, la même ardeur qu’il avait montrée sur le champ de bataille, et fut toujours pour le maréchal Bugeaud, ce maître inoubliable, un auxiliaire précieux. On lui doit en particulier la création du pos te d’Aumale, qui barrait ii la fois les portes de la Grande-Kabylie, encore frémissante alors, et la route conduisant du massif du Djur- djura au pays des Ouled-Naïl. Aumale est devenu aujourd'hui, au point de vue commercial, un des points les plus importants de l’Algérie. Cependant cette vie de labeurs et de fatigue, cette continuité de luttes et de privations commençaient à devenir pesantes et menaçaient d'attaquer la constitution, pourtant si robuste, du général. En 1852, il demanda à rentrer en France, et fut nommé au commandement de la subdivision de Versailles. U IN’THODCCTIO N Il ne devait pas garder ce poste bien longtemps, car six mois plus tard, le 14 janvier 1853, il recevait les étoiles de général de division, à moins de 45 ans. Chargé aussitôt d’inspections générales, et bientôt du commandement d’une division active au camp de Wimereux, il n’eut pas la bonne fortune de participer à la campagne de Crimée; mais, lorsqu’en 1859 la guerre fut déclarée à l’Autriche, le gouvernement impérial se souvint des services de Lad- mirault, et le plaça à la tète de la 2 e division du l or corps, commandé par le général Baraguay d’Hilliers. De cette époque allait dater pour lui une illustration nouvelle. Le 8 juin, il prenait une part active au sanglant combat de Melegnano, livré par le 1 er corps aux arrière-gardes de l’armée autrichienne, en retraite du Tessin sur le Mincio; le 24, il entamait la bataille de Solférino. Le 1 er corps était, ce jour-la, à l'aile gauche de l’armée franco-sarde. Dès l’aube, il avait pris l'olïensive, marchant contre la ligne des hauteurs qui relient en arc de cercle Casti- glione à Solférino, et refoulé devant lui les avant-postes autrichiens. Au moment même où la 2“ division passait à l'attaque de ce dernier village, son chef fut atteint d’une balle qui lui fractura l’épaule gauche et le jeta à bas de son cheval. On le porta à l’ambulance, mais lui ne voulut pas y demeurer, et, quoique soutirant cruellement, n’attendit pas que le pansement sommaire qu’on lui faisait fût terminé pour retourner à la tète de ses soldats. Restant à pied et s'appuyant contre le cheval du commandant Leroy, sous-chef de son état-major, il donnait ses ordres avec un calme qui semblait vouloir braver la douleur révélée par ses traits angoissés, fl suivait attentivement les péripéties de la lutte, et oubliait, pour ne songer (pi’au devoir, la gravilé de son étal. Comme l’élan de ses bataillons se brisait devant la ténacité de l’infanterie au- INTRODUCTION 15 trichienne, admirablement postée et supérieure en nombre, il. avait dirigé contre elle le feu de son artillerie, et il attendait anxieusement les résultats de cette intervention décisive, quand tout à coup un nouveau projectile vint l’atteindre à l’aine droite, et le renversa tout sanglant. Cette fois, l’affaiblissement et la douleur eurent raison de son courage, et après d’infructueux efforts pour demeurer encore sur le champ de bataille, afin de guider par la voix et l’exemple les efforts de ses derniers bataillons, il dut remettre le commandement de sa division au général de Négrier, et souffrir qu’on le transportât de nouveau à l’ambulance. Du moins, en quittant ses braves soldats, eut-il la satisfaction de les voir maîtres de cette position si vaillamment disputée, et de saluer Je drapeau tricolore victorieusement planté au faîte de la tour de Solfé- rino, la Sjria d’Italia, qui domine souverainement ces plaines lombardes, arrachées à la servitude au prix de tant de généreux sang français. Quant à lui, bientôt guéri de ses blessures, il reçut en récompense de sa glorieuse conduite la plaque de grand officier de fa Légion d’honneur, à laquelle le roi Victor- Emmanuel voulut joindre, en témoignage de gratitude, le grand cordon des Saints Maurice et Lazare, l’ordre militaire du Piémont et du nouveau royaume d’Italie (1). Après cette brillante campagne, d’où il revenait pourvu d’une renommée légitime, le général de Ladmirault fut, en 1863, mis à la tète do la division des grenadiers de la Garde impériale, distinction llalteuse, qui devrait être suivie, en 1865, d’une autre plus flatteuse encore : la nomination de sous-gouverneur de l’Algérie. Ce dernier poste, qui répondait si complètement à ses aspirations età ses aptitudes, il dut cependant (1) T.a bulle qui avait brisé l'épaule du général fut retirée; mais celle qui avait pénétré dans l'aine y est restée, ankystéc dans les tissus ou dans les os. 16 INTRODUCTION l’abandonner en 1866, quand l’Empereur, voulant récompenser ses longs et brillants services, lui conféra la dignité de sénateur, incompatible avec une situation subordonnée; fort peu de temps après, d’ailleurs, le l 0r mars 1867, il était nommé à Lille au commandement du 2 e corps d’armée, qu’il ne devait quitter que pour prendre, le 15 juillet 1870, celui du 4° corps de l’armée du Rhin (1). Il avait reçu, au mois d'août 1867, le grand cordon de l’ordre de la Légion d’honneur. Telle est, brièvement retracée, la carrière de l’homme de haute valeur, d’honneur et de courage qui allait conduire à l’ennemi les troupes vaillantes dont nous voulons raconter l’histoire. Nul, assurément, n’était plus digne d’une mission si haute, ni plus capable de la remplir. A côté des noms illustres des Canrobert et des Mac-Mahon, le nom de Ladmirault brillait aussi d’une auréole éclatante, dans le lointain resplendissant des gloires passées. Il inspirait une confiance inébranlable et un dévouement sans bornes ; il était comme un présage de succès. Tant d’espoirs furent déçus, hélas! Mais la confiance n’a point été trompée, et les survivants du 4° corps se souviennent encore avec orgueil du chef qui les a menés à quatre grandes batailles, en tenant toujours haut et ferme l’honneur de leur drapeau. A ce chef vénéré, dont la mémoire reste vivante au cœur de ses anciens soldats, et qui, en un moment tragique, a su écrire encore avec leur sang une noble page de l'histoire de France, ils ont voulu adresser le suprême hommage de leur gratitude et de leur respect. Telle est foriginedu présent livre. (1) On sait que, depuis 1858, le terri luire de l’empire (Hait pari usé en sept grands commandements militaires, improprement appelés corps d'armée, qui comprenaient chacun un certain nombre de divisions territoriales, mais ne correspondaient nullement aux grandes unités dont sont formées les armées d’opérations. Ces commandements étaient confiés à des maréchaux de France, on à des généraux destinés à le devenir, et avaient pour chefs-lieux Paris, Cille, Nancy, Cyon, Toulouse, Tours et Alger. INTRODUCTION 17 Celui qui, bien que l’un des moindres parmi eux, a été choisi par les anciens officiers du 4 e corps de l’armée de Metz, dont plusieurs occupent aujourd’hui les sommets de la hiérarchie militaire, pour être l’interprète de leur pensée, doit avant tout les remercier ici de l’honneur qu’ils lui ont fait et de leur concours à la fois empressé et bienveillant. C’est grâce à leur collaboration précieuse qu’il a pu mener sa tâche à bonne fin, et présenter au lecteur un tableau détaillé de l’existence si honorable dans sa brièveté du corps d’armée où il a combattu à leurs côtés. Dans le travail commun, il ne revendique donc que le rôle de metteur en scène; il souhaite seulement que sa plume n’ait pas été impuissante à exprimer l’émotion qu’il a ressentie à revivre ces journées mémorables, et l’admiration respectueuse dont il se sent pénétré pour ses anciens compagnons d’armes et le chef glorieux qui les commandait (1). Qu’on me permette d’ajouter un mot concernant cet ouvrage lui-même, ou plutôt cette monographie. Venue après un travail d’ensemble où je me suis efforcé d’exposer la relation et la succession de tous les événements de la guerre, elle n’en constitue ni un complément nécessaire, ni une rectification. (1) Nous résumons ici cc qui concerne la lin de la carrière du général. Au retour de la captivité qu'il avait subie à Aix-la-Chapelle, il reçut le commandement du 1" corps do l'Armée de Versailles , et entra à sa tête dans Paris, le 20 mai 1871. 11 prit une part considérable à l’écrasement de la Commune, et conquit en particulier les buttes Montmartre,, une des citadelles do l'insurrection. I.e l' 1 juillet, l'ordre étant rétabli, il fut nommé gouverneur militaire delà capitale et commandant supérieur de la l r " division militaire, puis élevé au commandement en chef de l’armée de Versailles, au moment de l'élection du maréchal de Mac-Mahon à la présidence de la République (1873). Au licenciement do cette armée, il reprit le poste de gouverneur de Paris qu'il garda jusqu'en 1878, époque où la loi inexorable de l’Age l'obligea à abandonner le service actif. Entre temps, dès 1873, il avait été maintenu définitivement dans la 1" section du cadre de l’état-major général, comme ayant commandé avec distinction devant l’ennemi un corps composé de toutes armes. Il a élé élu doux fois sénateur par le département de la Vienne, en 48TJ} et on 1882; mais, à l’expiration de son dernier mandat, il n'a pas voulu se représenter en raison de son grand Age (83 ans). Le général de l.admi- rault a été décoré de la médaille militaire en 1871, après la reprise de Paris sur l’insurrection. 11 est mort le 1 er février 1898, A près de 90 ans. 4° Corps. 2 18 INTHOMJCTION Mais elle me permet de mettre en évidence certains points de détail souvent importants et dont beaucoup présentent, je crois, un intérêt réel. Ces points, j’avais dû obligatoirement les laisser dans l’ombre, pour éviter des développements excessifs et échapper au défaut d’équilibre. En abordant l’étude spéciale du rôle joué par un corps d’armée qui a été engagé partout, en reprenant pièce par pièce les documents officiels et les souvenirs personnels de nombreux officiers, en complotant les renseignements d’ordre divers par ceux que donne le terrain lui-mème, sur lequel l’autorité militaire allemande m’a, avec une courtoisie parfaite, permis de circuler à loisir, je peux maintenant présenter les faits d’une façon beaucoup plus concrète, et même en expliquer certains restés jusqu’ici ou controversés ou douteux. Je peux aussi, et c’est là pour moi l’important, m’appesantir sur les causes réelles et majeures de l’impuissance où a été réduite l’armée de Metz, une des plus belles, des plus vigoureuses, des plus solides que la France ait jamais mises sur pied. Des fautes graves ont été commises, aussi bien, comme on le verra, par les Allemands que par nous. Mais tandis que l’ennemi, animé d’une indestructible volonté de vaincre, mettait tout en œuvre pour réparer les siennes, pour en limiter rigoureusement les conséquences, pour les circonscrire et les annihiler par une activité supérieure, le commandement suprême de l’armée française, tombé en des mains déplorables, ne se manifestait au contraire que par des ordres équivoques, souvent impraticables, presque toujours déprimants, et laissait, avec une indifférence coupable, chacun se débattre au milieu d’un chaos d’instructions incomplètes, d’événements hasardeux et de situations imprévues. C’est cette inégalité flagrante de direction qui surtout a constitué notre infériorité. Car il s’en est souvent fallu de fort peu que nos échecs ne se INTRODUCTION 19 changeassent en succès décisifs, et tant d’efforts vigoureux ne sont restés stériles que parce qu’il leur a manqué un régulateur. L’histoire démontre de façon irréfutable qu’à la guerre le commandement est tout. Lui seul est maître de la victoire définitive, comme il est seul responsable de la défaite. La valeur, le nombre, la puissance de l’armement et des moyens sont des facteurs importants sans doute, mais secondaires. Il en est un qui les prime tous, c’est la puissance morale du chef qui les actionne. Le chef, quand il est grand, façonne l’armée à son image; il la pétrit, la marque de son empreinte indélébile, la fait grande, énergique, passionnée comme lui. S’il est le cerveau qui meut, en elle sont les membres qui agissent, et entre les deux, comme dans tout organisme vivant, s’établissent des réflexes puissants par lesquels est traduite, en actes presque spontanés, tant ils sont immédiats, la volonté dirigeanle. L’union devient si intime, l'harmonie si complète entre le général et ses soldats que leur souvenir se mêle à travers la reculée des siècles, et que la postérité ne les sépare plus. César et la légion romaine, Alexandre et la phalange macédonienne, Napoléon et la Grande Armée se confondent en une gloire commune qui semble indivisible, tant il est difficile de la départager. Et cependant, en allant au fond des choses, on se convainc que, sans César, les légions romaines n’auraient certainement pas conquis les Gaules; pas plus que, sans Alexandre, les Macédoniens n’auraient, même un moment, asservi l’Asie; pas plus que, sans Napoléon, la Grande Armée n’aurait maté l’Europe coalisée. Quand la puissance romaine sembla près de sombrer dans le désastre de Cannes, des messagers, pâles d’épouvante, vinrent jeter à travers la ville ces trois mots : « Annibal ad portas! », et le nom redoutable du sufïète fit trembler sur leurs chaises curules les 20 INTRODUCTION sénateurs que le dénombrement des mercenaires carthaginois n'avait point effrayés. C’est qu’ils savaient sa haine invincible et son irrésistible ascendant. C’est aussi qu’ils ne prévoyaient pas encore en lui l’inexplicable défaillance qui devait les sauver. Ainsi, le chef est bien réellement l’artisan principal des succès ou des revers. Bonaparte a conquis l’Italie avec une poignée d’hommes en haillons ; il a été victorieux partout et toujours, quelle que fût la supériorité numérique de son adversaire. 11 a failli l'être encore en 1814, malgré la disproportion colossale qui existait entre ses forces et celles des coalisés. Il l’eût été certainement, si des erreurs politiques fatales n’avaient point pesé gravement sur son indépendance et sur sa volonté. Cinquante ans avant, Frédéric II n’avait pas craint de s’attaquer aux deux nations les plus puissantes de l’Europe, et, par sa persévérance, sa force de volonté, son adresse avisée, il avait réussi à venir à bout de leurs armées réunies, que commandaient des généraux médiocres ou nuis. C’est d’ailleurs le propre du génie de mesurer l’ampleur de ses combinaisons au mérite de l’adversaire, et d’exploiter son incapacité. Le roi de Prusse pendant la guerre de Sept ans, Bonaparte en 179G, n’ont tenté leurs manœuvres si hardies de Prague, de Bosbach et de Montenolte que parce qu’ils connaissaient l’esprit de routine invétérée qui caractérisait leurs ennemis. Ils savaient l’un et l’autre qu’un outil n’a de valeur (pie par celui qui le manie et de puissance que celle qui lui est communiquée. Or, une armée n’est autre chose qu’un outil, plus ou moins redoutable suivant qu’il est entre des mains plus ou moins habiles, et presque négligeable s’il n’est pas dirigé. II y a près de 2.000 ans, César, qui venait de parcourir en vainqueur l’Italie, voulut un jour se débarrasser définitivement de Pompée, son rival. Celui-ci avait à son service une INTRODUCTION 21 armée solide, et composée de vieilles légions, qu’il laissait en Espagne aux ordres de lieutenants incapables, tandis que lui- même avait été se mettre en Thessalie à la tête des auxiliaires, dont il se méfiait. « J’irai d’abord en Espagne, dit César, détruire l’armée qui n’a pas de général; après quoi je m’occuperai de battre un général sans armée. » Et il fit comme il disait. Est-il besoin d’autres exemples pour montrer quel est, à la guerre, le rôle prépondérant du chef? Nous ne le pensons pas, car nous ne voulons point parler ici, bien entendu, de celui qui, luttant en désespéré pour sauver les lambeaux de l’honneur national, commande à des légions improvisées, dénuées moins encore de cohésion que d’esprit militaire. Nous ne visons que celui qui dispose d’un véritable instrument de guerre, et qui est sûr de ses soldats. Tel était bien le maréchal Bazaine, qui pouvait vaincre s’il l’eût voulu. Cette carence du haut commandement dans l’armée du Rhin en 1870, on s’en expliquera peut-être plus complètement la funeste influence en lisant les pages qui vont suivre. Elles montreront tout au moins ce qu’étaient les troupes de cette époque, et, par l’exemple d’un corps qui, vigoureusement commandé, s’est prodigué partout en côtoyant la victoire, on jugera que pour les soldats le métier n’est point aussi inutile que certains semblent le croire aujourd’hui. Ce sont des soldats de métier qui ont vaincu à Isly et à Malakofï. Ceux de Metz étaient leurs héritiers directs. Ils n’ont eu malheureusement pour les conduire ni un Bugeaud, ni même un Pélissier. J’ai dit plus haut que beaucoup d’officiers de l’ancien 4 e corps avaient bien voulu m’aider dans mon travail, non seulement de leur précieux appui moral, mais aussi d’une INTRODUCTION m collaboration matérielle très réelle. Je les prie encore une fois de recevoir ici l’expression de ma vive gratitude. J’en dois une toute particulière à MM. les généraux en retraite Saget et Erb (1). Le premier m’a prêté son concours de tous les instants dans la recherche des pièces, l’étude du terrain et la confection des documents cartographiques. Le second a bien voulu me fournir, sur le rôle de notre artillerie, les renseignements les plus minutieux et les plus exacts. Grèce à l’extrême obligeance de tous, j’espère avoir pu donner à ce livre, où il est question de faits déjà bien connus, un peu de l’attrait indispensable de la nouveauté. L. R. (1) M. le général Saget était, en 1870, lieutenant-colonel et sous-chef d’état- major du 4° corps. M. le général Erb, alors capitaine d’artillerie, commandait une des batteries de la division Grenier. LE 4 e CORPS DE L’ARMÉE DE METZ LIVRE I EK A LA FRONTIÈRE CHAPITRE I er Formation et marches jusqu’au 6 août. Le point de rassemblement assigné aux troupes du 4 e corps était Thionville, petite place forte située sur la Moselle, à quelques kilomètres de Sierck, où la frontière prussienne coupait celle du grand-duché de Luxembourg. Conformément aux habitudes de l’époque, c’est à Thionville seulement que le corps d’armée devait se trouver constitué, puisque ses éléments avaient jusque là été disséminés dans plusieurs circonscriptions territoriales, nommées divisions, qui ne correspondaient point aux grandes unités de l’armée d’opérations. Toutefois, ces éléments appartenaient pour la plupart aux garnisons du nord et du nord-est, en sorte que leur concentration devait être assez rapide. Ils constituaient trois divisions d’infanterie, mises respectivement aux ordres des généraux Cour tôt de Cissey, Roze (1) et Latrille, comte de (1) Le général lloze n'ayant pu rejoindre pour cause de maladie, lui bientôt remplacé par le général de division Grenier. 24 LE 4 e COUPS DE L’ARMÉE DE METZ Lorencez; une division de cavalerie à deux brigades, commandée par le général Legrand, et une réserve d’artillerie (six batteries), ayant à sa tète le colonel Soleille (1) : soit 39 bataillons (dont 3 de chasseurs), 18 escadrons, 15 batteries et 4 compagnies du génie, donnant au total un effectif de 1.208 officiers, 27.702 hommes et 5.530 chevaux (2). 19 juillet. — De la déclaration de guerre au 19 juillet, c'est- à-dire pendant quatre jours, la place de Tbionville, d’ailleurs médiocrement armée et assez mal approvisionnée, ne posséda d’autres troupes que sa garnison habituelle, constituée par le 73 e de ligne (dont 4 compagnies étaient détachées à Longwy) et le 11 e de dragons. C’était peu pour couvrir la concentration d’un corps d’armée; il n’y eut heureusement aucune alerte, et, le 19, on vit entrer le 3 e de dragons, qui arrivait de Pont-à- Mousson, et qui alla camper sur le terrain de manœuvres. Quelques officiers d’état-major se présentèrent également au commandant de place; mais celui-ci ne put leur donner aucune indication sur la constitution des différents services, et dut se borner à leur alïecter des billets de logement. 20 juillet. — Le lendemain 20, le général de Ladmirault arrivait à son tour, en même temps que les 1 er et 6° régiments de ligne qui venaient, l’un de Sedan, l’autre de Mézières, et étaient destinés à former la l ro brigade de la 1™ division. Ces corps n’étaient point pourvus de tentes-abris, et, comme les magasins de la place n’en renfermaient pas, il fallut les caser- ner en attendant que l’administration en ait envoyé, ce qui amena le plus fâcheux encombrement. Dans l’après-midi, le 43 e de ligne, venu d’Amiens, fit son entrée, et s’en fut camper dans une île de la Moselle, dite Ile supérieure, assignée comme (1) Chaque division d'infanterie disposait en outre do trois batteries, dont deux de i rayé de campagne, et une de canons à balles (mitrailleuses). (2) Voir à la pièce justificative n" I la composition complète du V' corps. A LA FRONTIÈRE 25 point de réunion à la division (2 e ) dont ce régiment faisait partie. Cependant, rien n’avait été prévu pour assurer le fonctionnement urgent du service des états-majors, bien que les nécessités de toutes sortes auxquelles ceux-ci ont à pourvoir exigeassent leur mise à l’œuvre immédiate. L’état-major même de corps d’armée ne disposait d’aucune archive, d’aucun papier, d’aucun secrétaire, d’aucun moyen matériel; et Tunique officier qui le représentait encore dut s’ingénier pour réunir tant bien que mal les matériaux nécessaires à un premier travail, dont il se chargea à lui tout seul (1). 21 juillet. — Dans la matinée, le général commandant le corps d’armée était allé en personne faire la reconnaissance des bivouacs que devaient occuper les différents corps au fur et à mesure de leur arrivée. Le 20° bataillon de chasseurs à pied, transporté de Boulogne en chemin de fer, venait d’entrer dans la place, où l’encombrement menaçait de devenir excessif. D’autre part, aucune surveillance n’avait, jusqu’alors, été exercée sur la frontière, et le moindre parti de cavalerie ennemie aurait pu, sans être arrêté, venir porter le désordre dans nos camps. Pour se desserrer un peu et prendre en même temps les précautions tactiques que la situation commandait, le général de Ladmirault ordonna au 73 e de ligne et au 11° de dragons d’aller occuper les deux points de Ivœnigs- (1) Un détail, absolument authentique, suffit à montrer l'imprévoyance extraordinaire qui avait présidé à l'organisation des services. L'officier en question dut aller lui-même acheter chez un papetier de la ville plumes, encre, papier, etc., et installer le bureau dans une salle de l’hôtel de ville. Puis, apres avoir vainement attendu les secrétaires qu’il avait demandés, par ordre, aux corps déjà arrivés, il n'eut plus d'autre ressource que l’obligeance d'un colonel de ses amis, lequel, disposant d'un musicien doué à la fois d’un certain talent sur la petite Hôte et d'une belle écriture, voulut bien le prêter en disant : « On va jouer maintenant d’un autre instrument que de la petite Hùte. Je peux m’en passer! » Ledit musicien, aidé d'un garde mobile rencontré par hasard, et réquisitionné, constitua momentanément tout le personnel chargé de transcrire, d’enregistrer et d’expédier la correspondance et les ordres émanant du quartier général du corps d’armée ! 26 LE 4 ° COUPS DE I.’auMÉE DE METZ macker et de Sierck. Leurs casernements furent donnés aux troupes qui n’avaient point de tentes-abris. Ce jour-là, arrivèrent plusieurs officiers généraux, dont le chef d’état-major, général de brigade Osmont; puis les 2° et 7 e hussards, venant de Versailles, le 2° bataillon de chasseurs à pied, venant de Douai, le 15° de ligne (1) (Soissons), le 33° (Arras), le 34° (Condé) et une partie de l’artillerie destinée à la 2° division (Metz). Toutes ces troupes campèrent sur les glacis de la place. 22 juillet. — Les régiments, amenés par les lignes de Metz et des Ardennes, continuèrent à affiner; dans la journée arrivèrent le 13 e de ligne, venant de Béllmne, le 98° (Dunkerque), le G4° (Calais), le G5° (Valenciennes); mais certains débarquements, tels celui du G4°, se firent à nuit close, et, dans le désarroi général, provoquèrent un certain désordre qu’il était fort difficile de réprimer. 23 juillet. — Celte journée vit s’achever la constitution du corps d'armée, du moins en tant que corps de troupe, car il lui manquait encore, et il lui manqua longtemps, son complément de batteries et de matériel. Le 3° bataillon de chasseurs et le 57 e de ligne, venant respectivement de Rennes et de Nancy, arrivèrent sur les glacis de la place. Arriva également de Metz une batterie de canons à balles (3° du 1 er ), destinée à la 2 e division. Le général en chef avait hâte de se donner de l’air. Voyant que son rassemblement était terminé, il expédia sur Kœnigs- macker le 20° bataillon de chasseurs (2), et sur Ivédange une fraction de la division Lorenccz (2° bataillon de chasseurs et (1) I.c 15* de ligne dut bivouaquer à la belle étoile, sans tentes-abris. Fort heu- rcuscmenl, la température était clémente, et les nuits moins fraîches qu'elles ne le furent quelques jours plus tard. ( 2 ) f.e général de brigade comte liraye.r remplaça, dans le commandement, des troupes à Sierck el Kienigsmacker, le général de (iondrecourl, de lati 1 2 ' brigade de cavalerie, qui rentra à Thionville. A LA FRONTIÈRE 27 33 e de ligne) avec le 3° dragons, le lont sons les ordres du général Pajol. Il s’assurait ainsi une couverture qui ne semblait pas inutile, car l’ennemi commençait à pousser sur notre territoire des partis qui pouvaient devenir entreprenants. C’est ainsi que des uhlans, partis de Sarrelouis, vinrent à 7 heures du soir jusqu’à Schreckling, où ils échangèrent des coups de feu avec nos douaniers; d’autres entraient en même temps dans le village de Yilling. Le côté du nord restait, il est vrai, complètement calme, et une reconnaissance exécutée en avant de Sierck par le 11® dragons n’avait rencontré personne. 24 juillet. — Mais si les Allemands, dont la mobilisation se terminait à peine et qui commencèrent seulement le 24 leurs transports stratégiques, ne disposaient pas encore de masses suffisantes pour porter obstacle à la constitution de nos corps, celle-ci était singulièrement gênée par le manque de voitures et de trains. Quelques régiments seulement en avaient amené avec eux, et ceux qu’on avait annoncés n’étaient pas encore arrivés. En attendant donc que les ateliers de Vernon, chargés de pourvoir de ces trains les régiments et les services, aient pu expédier un aussi énorme matériel à destination, il fallait, ou demeurer immobiles ou bien user d’expédients. C’est ce dernier parti que prit le général de Ladmirault, qui n’hésita pas à réquisitionner voitures, chevaux et conducteurs, en nombre suffisant pour assurer aux troupes qu’il voulait déplacer des moyens de transport indispensables. La concentration du corps d’année était dès maintenant couverte. A Sierck se trouvaient déjà le 73 e de ligne et le 11 e dragons; à Kœnigsmacker était le 20° bataillon de chasseurs, protégeant le quartier général de la l ro division, qui s’y transporta le 24. Du côté de Kédange, le général Pajol avait échelonné ses troupes sur la route de Bouzonville, le 2 e bataillon de chasseurs à Palstein, le 3° bataillon du 33 e et le 3 e dragons à Chémery, les deux premiers bataillons du 33° avec un peloton de dragons à Freistroiï. Lui-même, avec quelques cavaliers, 28 DE MET/ V LE 4 ° COUPS DE L’ARMÉE poussa le 24 jusqu’à Bouzonville, puis sur la route (le Saar- louis, et jugeant insuffisante la protection que donnaient les troupes ainsi placées, amena les deux premiers balai lions du 33° à Aideling (2 kilom. N.-E. de Bouzonville), d’où l’on pouvait surveiller la frontière; le 3 e bataillon de ce régiment bivouaqua àFreistroff et le bataillon de chasseurs se porta à Chémery. Ce dispositif avait l’avantage de relier le 4 e corps au 3° (maréchal Bazaine), dont la tête de colonne (18 e bataillon de chasseurs) occupait Teterchen. Une reconnaissance, faite par deux compagnies du 33 e et un escadron de dragons, poussa dans la direction de Saarlouis jusqu’il Ittersdorf, en territoire prussien, sans rien rencontrer d’anormal. Cependant, le 4 e corps commençait à recevoir certains de ses éléments complémentaires. Quatre compagnies du génie, dont une de sapeurs-mineurs, arrivèrent le 24 à Thionville, venant de Montpellier (1); arrivèrent également plusieurs officiers d'administration et de santé, ainsi qu’une section du train des équipages militaires. On put alors donner une organisation embryonnaire aux services administratifs, dont la constitution complète ne devait malheureusement être achevée que beaucoup plus tard. C'est aussi ce jour-là (24 juillet), qu’apparurent les premiers convois de réservistes (135 hommes du 73°, et 175 du 33 e ); ils furent immédiatement dirigés par voie de terre sur leurs corps respectifs. 25 juillet. — Le général commandant le 4° corps alla, dans la matinée, visiter à Sierck les troupes de couverture, et le général de Lorenccz, commandant la 3° division, porta son quartier général à Kédangc (2). Le 2 e bataillon de chasseurs fut poussé à Freistroff, où vinrent également deux bataillons du 54°, et remplacé à Chémery par le 3° bataillon de ce régi- (1) 9% 10“ et. 13" compagnies (sapeurs), cl 2° (mineurs) du 2" régimonl,. (2) Au moment où le général arrivai!, à ce village, il tut surpris par un orage extrêmement violent. La foudre tomba à ([uniques pas de lui cl, de son état-major, dont plusieurs officiers ressentirent une commotion telle qu'ils restèrent indisponibles quelques jours. A LA FRONTIERE 29 ment, accompagné d’un piquet de correspondance fourni par le 3 e dragons. En arrière, le 65 e se porta de Thionville sur Kédange avec une section d’artillerie (9 e batterie du 1 er régiment) (1). 26 juillet. — Entre 2 et 3 heures du malin, une patrouille ennemie, venue de Saarlouis, fut éventée par les avant- postes de Aideling. Une fusillade assez vive s’engagea dans l'obscurité; elle coûta au 33 e deux soldats tués et un officier blessé. Dans la matinée, le maréchal Le Bœuf, major général, et le général Lebrun, premier aide-major général de l’armée, arrivaient à Thionville et se rendaient chez le général de Ladmi- rault. Us venaient se rendre compte de visu del’état d’avancement de la mobilisation. Ils purent, hélas! constater à quelles difficultés se heurtait le 4 e corps, comme les autres d’ailleurs, pour arriver à une organisation suffisante! Sans ambulances, sans convois, sans munitions, l’armée du Rhin était condamnée à l’immobilité. Les places de Metz et de Strasbourg, où nulle ressource n’existait, ne lui étaient d’aucun secours, et généraux ou intendants adressaient au ministère des dépêches désespérées, auxquelles celui-ci, complètement débordé, répondait sans cesse par des promesses qu’il ne parvenait pas à tenir. « II n’y a à Metz ni sucre, ni café, ni riz, ni eau-de-vie, presque point de lard ni de biscuit », écrivait, le 20 juillet, l’intendant en chef de l’armée. — « Nous n’avons ici ni biscuit ni avoine », télégraphiait, le 24, l’intendant territorial delà même ville, auquel on venait da prescrire d’approvisionner trois corps d’armée (y compris le 4 e ). — « Le biscuit manque pour se porter en avant », devait écrire à son tour deux jours plus (1) Seules encore à cette date, les batteries divisionnaires étaient complètement attelées, mais sans avoir d’autres munitions que colles des coffres. Le 2o, le quartier général rec-ut avis de l'arrivée il Verdun des réserves divisionnaires et du parc d'artillerie du corps d'armée, mais sans leur matériel , qu'ils devaient attendre dans cette place. 30 LE 4° COUPS DE l’aIîMÉE DE METZ tard le major général lui-même, qui, dans sa tournée à travers nos campements, avait constaté le déplorable état où l’absence de toute organisation préalable laissait les troupes. Il était malheureusement bien tard pour parer aux graves conséquences de cette pénurie, exclusive de toute manœuvre et de toute opération, et c’est ainsique l'idée d’une offensive brusquée, seul expédient qui pût compenser notre organisation trop hâtive, dut être abandonnée sans retour. Quoi qu’il en soit, le général de Ladmirault tenait avant tout à désencombrer Thionville, et à soustraire le plus tôt possible ses troupes aux dangers de l’accumulation et de l’inactivité. Il entendait ne conserver sur les glacis de la place que les corps encore manifestement hors d’état de se mouvoir. Aussi, le 2G, le 57 e de ligne, de la division de Cissey, fut-il expédié à lvœ- nigsmacker, avec une section d’artillerie (6° batterie du 1 er ); deux compagnies allèrent s’établir à Montenacli, quatre autres occupèrent Kirschnaumen, afin de tenir l’embranchement des deux routes de Waldwisse et de Colmen. Dans la 3° division, la brigade Pajol exécuta une reconnaissance vers Tromborn, à la suite de laquelle le 3° bataillon du 33 e rallia les deux premiers à Aideling, et une section d’artillerie, venue de Thionville, fut placée sur les hauteurs de Freistroff. Signalons enfin l’entrée à Thionville d’un détachement de 187 réservistes envoyés par le dépôt du 2° bataillon de chasseurs; des cinquièmes escadrons des 2° et 7° hussards, venant de Versailles, et de quatre compagnies du 2° régiment du génie, expédiées de Montpellier par voie ferrée. 27 juillet. — Des tentes-abris étant enfin arrivées, le (I e de ligne et un bataillon du 1 er allèrent rejoindre à Kœnigsmacker le général de Cissey (1). Quant à la 2° division (Grenier), qui (1) Ces troupes, on s’en souvient, «voient été casernées; le (>" fut remplacé clans les casemates de la place par le lii', qui, depuis son arrivée, bivouaquait sans tentes sur les glacis. A LA FRONTIÈRE 31 manquait encore du strict nécessaire, elle resta tout entière dans « nie Supérieure » où elle campait. La cavalerie légère étant, en principe, destinée à éclairer l’infanterie,.deux escadrons du 2 e hussards furent envoyés au général de Cissey et relevèrent le 11 e dragons qui rentra à Thionville; de même, quatre escadrons du 7 e hussards remplacèrent auprès de la 3 e division, à Kédange, le 3 e dragons (1). On remarquera que le 4 e corps, placé très près de la frontière, n’avait devant lui aucune force de cavalerie. Le grand état- major général, au lieu de pousser de l’avant des masses de cette arme, pour se renseigner, s’éclairer, faire prendre le contact de l’adversaire et couvrir le déploiement de l’armée, maintenait au contraire en arrière de la ligne de concentration tous les escadrons de la réserve générale, dont deux divisions étaient à Lunéville et la troisième à Pont-à-Mousson. Les résultats de semblables errements, que condamnent à la fois la logique et l’expérience, furent bien réellement désastreux; on ne connut jamais rien des mouvements de l’ennemi, qui put prendre ses dispositions et exécuter ses marches tout à son aise, sans jamais être inquiété; on se laissa impressionner, faute de contrôle, par certains renseignements plus ou moins fantaisistes, venus on ne sait d’où et propagés on ne sait comment, et l’on imposa aux troupes plusieurs fausses manœuvres dont une eut pour conséquence d’empêcher, comme il sera dit plus loin, le 4 e corps d’assister au combat de Spicheren, où son intervention aurait pu changer la face des choses. Et comme le plus souvent, à la guerre, les fautes proviennent d’une erreur ou d’une absence de doctrine, on les voit se commettre, identiques, aux différents degrés de l’échelle et se répercuter du commandement suprême à tous les commandements subordonnés. 11 semblait vraiment, en 1870, qu’on eût oublié partout le rôle primordial de la cavalerie, qui est, tant que les adversaires ne sont pas au contact, de précéder au loin les Ù) Cos derniers escadrons partirent, avec le détachement de réservistes du 2 e bataillon de chasseurs, à 3 h. i/2 du matin, le 27. 3 2 le 4 U cours ue i.’ahmée de metz colonnes, de les guider et de les couvrir. L’exemple venu de haut fut malheureusement suivi et, pas plus que la cavalerie d’armée, destinée en principe à l’exploration à grandes distances, la cavalerie de corps d’armée, réservée à la sûreté plus rapprochée, ne fut employée à son véritable service. Elle resta collée aux lianes de l’infanterie et ne lui servit à rien jusqu’au jour où elle dut se sacrifier pour elle; destinée héroïque, mais dont la gloire était payée bien trop cher. Revenons maintenant à la formation du 4 e corps. Le 27 juillet, arrivèrent à Thionville deux batteries du 15 e d’artillerie (5 e et 9 e ) venant de Douai, et destinées à la l re division. Arrivèrent également : un détachement de sapeurs-conducteurs, pour le parc du génie, et un premier convoi d’équipages de campagne (voitures régimentaires, dont bien peu de corps étaient encore pourvus) (1). 28 juillet. — A3 heures du matin une reconnaissance, comprenant un bataillon du 73 e et trois escadrons du 2° hussards, parlait de Siorck, franchissait la frontière au village d'Apach, et se portait sur Perl. Les hussards brisaient les fils télégraphiques, dégradation trop insuffisante pour arrêter le service, et, laissant dans Perl l’infanterie comme repli, se portaient sur la route de Trêves. Au delà de Borg et d’Erft, ils repoussaient quelques vedettes ennemies, puis se repliaient par Merchweiller et Kintzing sur Sierck, où tout le inonde rentrait à 11 heures du matin. On n’avait pas appris grand’ chose, car ce n’était point par une reconnaissance isolée qu’on pouvait espérer pénétrer le secret des rassemblements allemands; mais les soldats, heureux de commencer la vie de campagne et d’échapper à une inaction qui leur pesait déjà, (I) I.o 21 juillet, on avait conslitué au quartier gémirai du corps d'armée uno commission do remonte chargée d'acheter dos chevaux do selle et do Irait pour los officiers sans troupe et assimilés, la réquisition légale, n’existant pas encore. I.o 27, celte commission fut remplacée par uno autre, qui fut permanente, cl. se composa d’ofïiciers pris dans La réserve d'artillerie. A LA FRONTIÈRE 33 rapportaient une bonne impression dont l’effet se répercuta sur toutes les troupes restées dans leurs bivouacs. Un peu plus tard, la l re division était rejointe par les deux bataillons restants du 1 er de ligne, qui avaient reçu leurs tentes, par sa compagnie du génie, ses trois batteries et son ambulance (1). Elle se trouvait donc à peu près constituée et réunie sous les ordres de son général (2). A 5 heures de l’après-midi, la 2 e division quittait Tliionville à son tour, et allait camper à Kédange, pour servir de soutien à la 3 e division poussée vers la frontière. Un bataillon du 64 e était envoyé de Thionville à Kœnigsmacker. De son côté, le général de Lorencez, commandant la 3 e division, partait de Kédange à 5 heures du matin, au moment même où le 15° de ligne, la batterie de canons à balles (8 e du 1 er ) et la compagnie divisionnaire du génie quittaient Thionville pour se porter à ce dernier point. Il emmenait avec lui le 03°, et prenait la route de Waldwisse par Kemplich et Monne- ren. Arrivé à Lacroix, il laissait là un bataillon pour surveiller les deux routes de Bouzonville et de Waldwisse, puis poussait les deux autres vers Flastroff et Colmen, où il établissait son quartier général. Pendant ce temps, le 2 e bataillon de chasseurs et le 54® étaient venus camper sur les hauteurs de Filstrofî. La 3 e division imitait ainsi le déploiement en cordon de l’armée elle-même, ce qui eût pu entraîner des conséquences fâcheuses, si, à cette date, la concentration de l’ennemi avait été plus avancée. Elle y était d’ailleurs à peu près contrainte, tant en raison du très grand front que le 4 e corps avait à garder, que de l’obligation de se relier au 3 e corps. Quant à la cavalerie, sa brigade de dragons continuait à rester en arrière, à Thionville. Les régiments affectés à l’infanterie se trouvaient, l’un à Sierck (2° hussards), l’autre à Colmen (7° hussards), avec le général de Lorencez. (1) Un fourgon sanitaire et trois voitures Masson. (2) 11 lui manquait encore les quatre compagnies du 73' détachées à I.ongwy, qui, remplacées par deux compagnies du 44 e , arrivèrent ce jour-là à Thionville. 4* Corps. 3 LE 4 e CORPS RE L’ARMÉE DE METZ 34 29 juillet. — Cependant, l’éparpillement de la 3 e division donnait au général de Ladmirault de justes sujets d’inquiétude. Pour diminuer le danger, il voulut constituer à cette ligne longue et mince une réserve rapprochée, et porta à cet effet la l re brigade de la 2 e division, avec un bataillon du 15°, de Ké~ dange sur Lacroix, point où le général Grenier établit son quartier général, au centre des bivouacs de scs troupes. De cette façon, la division Lorencez pouvait se considérer comme fournissant tout entière des avant-postes, dont l’un quelconque aurait été, le cas échéant, soutenu rapidement (1). Le bataillon du Go e qui se trouvait antérieurement à Lacroix fut poussé en avant, à Bizing. Vers 2 heures de l’après-midi, des détachements ennemis ayant été signalés du côté de Waldwisse pardes patrouilles du 7° hussards, le général Berger se porta immédiatement d’IIals- frofï sur ce point, avec un bataillon, deux escadrons et deux pièces (2); mais il ne rencontra personne. Waldwisse fut alors occupé par un bataillon du Gî>°. Ce jour-là, arrivèrent à Thionville deux détachements de réservistes, destinés aux G° et 33° de ligne, ainsi que les caissons de cartouches de réserve d’infanterie. 30 juillet. — Les différents emplacements occupés par le corps d’armée étaient, à cette date, les suivants : l re division, tout entière à Sicrck et environs (3). 2° division, quartier général, artillerie, ambulance, 13 e de ligne, sur le plateau en arrière de Lacroix; —5° bataillon de chasseurs à Waldweislroff, pour former liaison avec la 3 e division à Colmen; — 43° de ligne à Laumesfeld (2 bataillons) et (1) Il est à remarquer que, de Lacroix, la brigade llellecourt aurait pu, au besoin, aller soutenir la 1" division à Siorek. (2) Les deux batteries de 4 de la 3' division avaient rejoint, dans la mutinée, le général de Lorencez, à Colmen. (3) Elle tut ralliée dans la journée par les quatre dernières compagnies du 73' et les 300 réservistes du 0' arrivés la veille à Thionville. A LA FRONTIÈRE 35 Monneren (1) (1 bataillon); — 2 e brigade (Pradier), en arrière, vers Kédange (2). 3° division, 2 e bataillon de chasseurs à Filstrolï ; — 15 e de ligne à Colmen (2 bataillons), avec le quartier général, et à Lacroix (1 bataillon); — 33° et 54 e , sur les positions à l’est de Colmen; — 65 e à Waldvvisse (I bataillon), à Halstrofl (1 bataillon) et à Flastrolï (1 bataillon); — deux batteries de 4 encadrant la ligne ainsi occupée à droite et à gauche, la troisième (à halles) au centre; — la compagnie du génie et le 7 e hussards à Colmen (3). Une reconnaissance était dirigée dans la journée sur le territoire prussien, à Nied-Altdortï, mais ne rapportait aucun renseignement sérieux; quelques ulilans en patrouille s’étaient retirés à son approche; le soir ils reparurent et se hasardèrent à portée de nos grand’gardes, auxquelles ils tirèrent plusieurs coups de leu laissés d’ailleurs sans réponse. Les divisions reçurent dans la soirée leurs réserves de cartouches. 31 juillet. — Le quartier général du corps d’armée, qui jusque-là était resté à ïhionville, se transporta ce jour-là à Boulay ; son convoi lut arrêté à Éberswiller par un violent orage, et ne rejoignit que le lendemain. Quant aux troupes, elles exécutèrent certains mouvements consécutifs à un ordre venu du grand quartier général. L’Empereur, arrivé à Metz le 28, était allé, en effet, le 29, à Saint-Avold, et s’était (1) Los troupes do Lauinesfeld servaient d'appui éventuel à la 1" division; le bataillon de Monneren formait liaison avec Kédange. (2) Kilo avait été ralliée par le bataillon du 04' précédemment déluché. (3) Nous ne voulons point ici discuter les dispositions prises, mais seulement les faire connaître. Nous nous bornerons a constater combien un semblable dispositif répondait peu à l'idée d’un projet d'opérations quel qu'il fût, et. à quel point le renseignement nécessaire lui faisait défaut. Il n'était, en réalité, que la conséquence obligatoire du déploiement injustifiable de tous les corps le long do la frontière, entre Sierck et Belfort, déploiement ordonné par le grand quartier général, sans plan bien arrêté; car, si l'on voulait attaquer, ce n'était pas en se disséminant ainsi qu'on pouvait, arriver à constituer une masse de choc, et, si l'on entendait seulement se défendre, ce n'était pas davantage en s'étalant en un aussi mince cordon qu'on pouvait garder la force de résistance indispensable. Mais, sur ce sujet, l'opinion est faite, et il n’y a point à insister davantage. LE 4 ° COUPS DE L’ARMÉE DE METZ 36 fait rendre compte de la situation ainsi que de la position des différents corps. Frappé de leur dissémination extrême, il avait ordonné de resserrer sur le centre ceux de l’aile gauche, et de rapprocher en particulier le 4° de Saint-Avold. En conséquence, la 3° division se porta sur Couine (quartier général et l ro brigade) et Téterclien (2° brigade); la 2° amena sa l rc brigade autour de Bouzonville, et fit occuper Filstroff par un bataillon (1); quant à la l ro , elle porta sa l ro brigade à Laumesfeld et Waldvveisstroiï, sa 2 e brigade à Colmen (deux bataillons du 57°), Bizing (3 e bataillon du même régiment) et Halstroiî (73 e de ligne). Le général de Cissey amena son quartier général à Lacroix (2). Dans la journée, le corps d’année reçut plusieurs détachements de réservistes destinés aux 37 e , G4 e , 33° et (15 e de ligne. Ce dernier était arrivé non pourvu de tentes-abris. Parvenus à la date du 1 er août, il est indispensable que nous suspendions un peu la relation des mouvements du 4° corps pour examiner rapidement la situation d’ensemble, et rattacher les événements qui nous occupent plus spécialement à ceux dont le bassin de la Sarre allait être le théâtre. Après avoir espéré quelque temps de pénétrer en Allemagne par une offensive brusquée, qu’aurait facilitée la diversion exécutée sur les côtes do la Baltique par nos escadres, et de séparer ainsi les États du Sud de ceux du Nord, l’empereur Napoléon III et son major général avaient dû constater que l’état précaire oû se trouvaient encore, le 30 juillet, les différents corps de l’armée du Rhin, interdisait à celle-ci tout acte de vigueur. Loin de « gagner l’ennemi de vitesse », comme on s’en était fait l’illusion, il fallait bien reconnaître que, tandis que les masses allemandes, complètement mobilisées (1) La 2' brigade, moins un bataillon du 98' laissé à Thionville, était, loujours à Kédange. (2) La marche de cetto division fut rendue très pénible par le violent orage dont il a été parlé ci-dessus. A LA FRONTIÈRE 37 et abondamment pourvues du nécessaire, commençaient déjà à se mouvoir, les nôtres étaient hors d’état de franchir la frontière, et que les lenteurs inévitables de transports improvisés les privaient encore de leurs compléments nécessaires en hommes et en matériel. Comme d’autre part certaines alliances dont on avait fait état, avec trop d'optimisme, semblaient devoir définitivement manquer, on fut obligé de renoncer à un plan d’opérations hasardeux sans doute, mais qui seul pouvait justifier, sinon excuser, l’étrange procédé de mobilisation que l’état-major français avait adopté. Dès lors, le haut commandement sembla frappé de stupeur. Au lieu de chercher â maîtriser les événements, il se laissa conduire par eux, et s’agita dans le vide, à travers les renseignements vagues ou fantaisistes qui lui arrivaient de toutes parts et qu’il ne contrôlait pas, puisque la cavalerie de l’armée ne servait à rien. Les six corps jetés à la frontière restèrent éparpillés, n’ayant pour toute réserve que la Garde impériale encore à Metz, et ils attendirent le choc, sans savoir d’où celui-ci viendrait, et sans pouvoir, par suite, se mettre en état de le recevoir. A l’extrême droite, le 7 e corps, dont une division était encore à Lyon, occupait Belfort; en Alsace, le 1 er campait entre Strasbourg et Wissembourg; le 5 e était à Sarreguemines; le 2 e autour de Forbach et le 3 e autour de Saint-Avold; le 4 e venait d’arriver à Boulay. Tous demeuraient dans l’expectative, ignorant complètement les mouvements de l’ennemi et n’ayant reçu d’autre mission que de « surveiller » le Palatinat et le Rhin de Bâle a Lauterbourg. Pendant ce temps, trois armées allemandes, fortes respectivement de 72.000, 232.000 et 182.000 hommes (1), s’étaient, après une mobilisation préalable très rapide, concentrées au sud de Trêves (I re ), à Kaiserslautern (II e ) et vers Landau (III e ). (1) La I” armée, commandée par le général de Steinmetz, comptait, provisoirement, deux corps d'armée et une division de cavalerie. La II', aux ordres du prince Frédéric-Charles de Crusse, était lorto do six corps et de deux divisions de cavalerie. F.ntin, la IIP, confiée au Prince royal, se composait de quatre corps, des contingents badois et wurlcmbergeois (deux divisions) et d’une division de cavalerie. 38 LE 4 ° CORPS DE L’ARMÉE DE METZ Cette concentration, commencée le 24 juillet, était presque terminée le 31, « sans que les Français eussent rien lait pour tirer parti de la supériorité momentanée qu’ils s’étaient ménagée en parlant de leurs garnisons de paix avant d’èlre organisés (1) », et M. de Moltke pouvait, dès lors, entamer l’exécution du plan d’opérations qu’il avait mûri contre nous. Il s’agissait pour les Allemands de prendre l’olïensive aussitôt ([uc possible, en partant du Rhin moyen, entre Coblentz et Germorsheiin, de tourner par le sud la défense des Vosges, puis d’elïectuer vers l'ouest un grand mouvement de conversion sur laI ro armée comme pivot, en marchant vers la Moselle, et en manœuvrant ensuite de manière à rejeter le gros des forces françaises vers le nord, c’est-à-dire vers la frontière belge ou la mer. Qu’un tel plan fût impeccable, que toutes les précautions aient été prises pour le faire réussir, c’est une question qu’il n’y a pas lieu d’examiner ici; il existait, et cela suffisait déjà pour assurer aux opérations allemandes une unité et une fermeté que les nôtres ne pouvaient plus avoir. Le 31 juillet, l'ennemi était maître de ses mouvements et de ses actes; privée de moyens matériels suffisants, de renseignements et de puissance d’agrégation, l’armée française avait perdu la liberté des siens. Le général de Moltke le comprit; sachant, par les rapports des commandants d’armée, que ses troupes, complètement formées et approvisionnées, seraient, dès Je 3 août, à même d’entrer en action; connaissant, d’autre part, à n’en pas douter, notre passivité forcée, il fixa au 4 août le début de l'offensive allemande sur le territoire français, et ce jour-là même, la 111° armée, franchissant la Lauter, écrasait à Wissembourg une division du 1 er corps, laissée en flèche. Quant aux deux autres armées, elles se mirent en mouvement pour aborder la Sarre, et, quarante-huit heures après, leurs avant-gardes, ayant franchi la rivière dont les ponts avaient été laissés intacts devant la position du 2° corps à Spicheren, assaillaient (1) La Guerre, franco-allemande, tome 1 er , page 102. A LA FRONTIÈRE 39 celui-ci et le mettaient en déroute, sans que le maréchal Bazaine, sous les ordres supérieurs de qui il était placé depuis la veille, lui ait donné autre chose qu’un simulacre de concours. Telle était la situation générale des deux belligérants; il n’était peut-être pas inutile de la rappeler, avant de poursuivre l’étude des opérations particulières du 4 e corps. 1 er août. — Le mouvement de resserrement, commencé la veille, continue. La l ro division vient camper autour de Bou- zonville, et envoie un bataillon du 57 e relever à Filstrofï celui du 43 e , qu’y avait placé la veille la 2 e division. A peine installé, ce bataillon se trouve aux prises avec un détachement prussien qu’il met en fuite, après lui avoir tué ou blessé sept hommes. Les fuyards peuvent échapper aux deux régiments de hussards qu’on a lancés à leur poursuite, leur faisant ainsi beaucoup trop d’honneur. Ces deux régiments reviennent ensuite camper à Bouzonville. La 2® division est réunie autour de Boulay ; la 3 e ne bouge pas. La brigade de dragons de Gondrecourt arrive a Boulay. Arrivent également plusieurs détachements de réservistes. 2 août. — Journée de Saarbrùck. — Sous le contre-coup de l’impatience irraisonnée qui commençait à se manifester dans la presse, l’Empereur, qui, d’ailleurs, était toujours dans l’ignorance des mouvements de l’ennemi, et cherchait des renseignements par tous les moyens, avait songé à faire une démonstration, ou, plutôt, une reconnaissance offensive, contre la petite place de Saarbrùck, L’opération devait être exécutée par le 2° corps, appuyé par le 3°, et ordre était donné au 4 e d'esquisser « des démonstrations dans la direction de Saarlouis, afin de détourner de ce côté l’attention de l’ennemi ». Tant de précautions étaient peut-être excessives, car la garnison de Saarbrùck se composait uniquement de un bataillon et trois escadrons, et n’avait d’autre soutien que deux autres bataillons, un escadron et une batterie. Si réellement on 40 LF. 4 e COUPS DE l'armée DE METZ voulait apprendre quelque chose, il fallait, après l’avoir bousculée, lancer au loin, derrière elle, des reconnaissances. Or, rien de semblable ne paraît avoir été voulu par le grand quartier général, qui fit cesser l’engagement vers midi, se borna à occuper momentanément la ville, et n’y détruisit ni le chemin de fer, ni le télégraphe, ni les ponts. Quoi qu’il en soit, le 4° corps exécuta, en vertu des ordres reçus, trois reconnaissances. La première, conduite par le général Brayer, qui emmenait avec lui quatre bataillons des 1 er et 6 e de ligne, deux compagnies du 20° bataillon de chasseurs, deux escadrons du 7 e hussards, une batterie et trois voitures d’ambulance, partit de Bouzonville à G heures du matin, et se porta vers Schreckling, sur la route de Saarlouis. De là, elle poussa sur Ittersdorf sa cavalerie, qui refoula quelques patrouilles de uhlans, constata la présence de faibles avant-postes ennemis à Berus, Filsberg, Sainte-Barbe, et revint ensuite sur ses pas en fouillant les abords de Villing. Puis elle rentra sans autre incident. La seconde, dirigée par le général Berger, fut exécutée au delà de Tromborn par la 2° brigade de la 11° division, avec une batterie d’artillerie et le 2° hussards venu de Bouzonville. La troisième, à laquelle prirent part la I ro brigade de cette môme division, deux batteries, le .‘1° dragons et le G 0 bataillon de chasseurs (de la 2° division), venu de Boulay, partit à G heures, sous les ordres du général de Lorencez, et se porta sur Hangarten et Merton. La garnison de Saarlouis, trop faible pour résister à de pareilles masses, se garda bien de se montrer, en sorte que les trois opérations se réduisirent à des marches militaires, puisqu’on n’avait point reçu l’ordre d’attaquer l’ennemi. Pendant qu’elles s’exécutaient, la l ro brigade de la 2° division s’était portée de Boulay sur Coume, avec une batterie, pour appuyer, le cas échéant, la 3° division. Quant au général de Ladmirault, il était, dès 8 heures du matin, à côté d’elle, prêt à toute éventualité. Sans doute eùl-il trouvé assez puéril ce déploiement de presque tout un corps d’armée contre de maigres avant- A LA FRONTIÈRE 41 postes, s’il eût connu la situation véritable. Mais, ni lui ni ceux qui auraient dû l’en instruire ne savaient réellement ce qu’ils avaient devant eux. Cependant, les détachements de réservistes continuaient à affluer, et les effectifs de chaque corps commençaient à devenir raisonnables. De même, les services s’organisaient peu à peu. L’intendant du corps d'armée amena ce jour-là, à Boulay, un convoi de 300 voitures de réquisition et quelques fourgons du train portant des vivres (pain, biscuit et fours de campagne), ainsi que 12 voitures d’ambulance, une compagnie du train, et les équipages destinés au service des postes et du trésor du quartier général. 3 août. — La journée ne fut signalée par aucun mouvement. Le grand quartier général attendait passivement l’attaque de l’ennemi, et au lieu d’employer ses troupes avancées à tâcher de pénétrer les intentions de celui-ci, il les laissait inactives dans leurs bivouacs, sans que personne se doutât de la situation respective des forces en opérations! Le 98 e fut rejoint dans la matinée par le bataillon qu’il avait laissé à Thionvillc. Une deuxième compagnie du train (10° du 3 e ) étant arrivée avec des cacolets, celle qui était là depuis la veille (2° du 1 er ) fut répartie, avec des voitures d’ambulance, entre les divisions, qui reçurent également les équipages de la trésorerie et des postes. A cette date du 3 août, c’est-à-dire douze jours après l’arrivée à Tliionville de ses premiers éléments, le 4° corps de l’armée du Rhin était donc à peu près complètement organisé, et pourvu de moyens de transport, improvisés il est vrai, mais suflisants; il était en outre suivi d’un convoi de vivres comptant 500 voitures de réquisition. Un pareil résultat, véritablement extraordinaire si l’on songe à la pénurie du début, et au peu de secours donné par l’administration centrale, le général de Ladinirault avait pu l’obtenir grâce à son activité constante, à sa prévoyance expérimentée, et aux soins rigoureux qu’il donnait à toutes choses. Sûr delà valeur de soldats qui avaient 42 LE 4° CO H PS 1>E l'aHMÉE I)E MET/ foi en lui, il disposait dès maintenant de .‘10.000 hommes prêts à tous les sacrifices, à tous les devoirs, et animés pour la personne de leur chef d’un dévouement sans bornes. Lui-même, dans les limites assez restreintes de sa sphère d’action et en l’absence de tout document ferme l’éclairant ou le dirigeant, avait pris des dispositions lactiques qui, si elles ne répondaient pas à un but défini, lequel d’ailleurs n’existait pour personne, lui assuraient du moins les bénéfices d’une concentration absolue et d’une sécurité relative. Ses trois divisions, postées sur des positions avantageuses, étaient en état de se soutenir mutuellement en cas d’attaque; si les deux plus avancées étaient d’avenlurc contraintes à la retraite, elles trouvaient à Boulay, pour les recueillir, la division Grenier, et un terrain propice à une résistance nouvelle, qui assurait le liane gauche de l’armée, l'n tel dispositif eût été parfait, si la cavalerie l’avait éclairé en avant; encore le reproche s’adresse-t-il ici beaucoup plus directement au commandement suprême, qui demeurait dans l’ignorance plutôt que d’employer ses escadrons, qu’aux chefs subordonnés dont l’exploration eût, en fout étal de cause, été bornée à un secteur limité. Il est permis de dire, au total, que le commandant du 4 e corps avait tiré le meilleur parti possible d’une situation vicieuse, en ce sens qu’au point de vue stratégique elle ne répondait à rien. Si l’on voulait enfin opérer la concentration de l’armée, comme les mouvements ordonnés par l'Empereur le 29 semblaient se faire supposer, il ne fallait pas laisser désormais le 4 e corps à Boulay, mais bien le rapprocher de Saint-Avold, pour qu’il put agir de concert avec le 2°, et le 3° au besoin, la Garde servant de réserve. Un ordre impérial daté du ü août plaçait, pour les opérations, les 2 e , 3° et 4 e corps sous les ordres supérieurs du maréchal Bazaine; à celui-ci appartenait donc le droit et le devoir de resserrer ses forces pour les avoir toutes sous la main au jour prochain du combat. Il négligea de le faire (1); d’ailleurs, sur la foi de renseigne- (1) Ou floil ajouter. pour être juste, que cette nouvelle organisation demeurait A LA FRONTIÈRE 43 ments qui n’étaient que des rumeurs sans consistance et sans vraisemblance, on venait, comme il sera dit plus loin, de faire exécuter à une notable partie du 4 e corps un mouvement excentrique qui augmentait encore la dissémination des forces de Lorraine. C’est là, à n’en pas douter, une des causes du désastre de Spicheren, dont nous eût certainement préservés la présence à portée du champ de bataille du général de Lad- mirault et de ses 30.000 hommes. Tant il est vrai qu’à la guerre les principes d’ordre général sont imprescriptibles, et ne peuvent être violés impunément! 4 août. — Dans les premières heures du jour, arrive du grand quartier général l’ordre de reporter vers le nord la l ro division, pour s’opposer à un prétendu mouvement exécuté par 40.000 Allemands, de Trêves sur Sierck et Thionville. D'où provient ce renseignement? on l’ignore. Est-il fondé? on l’ignore également. Le haut commandement, sans réfléchir que probablement la rumeur prend uniquement sa source dans une fausse interprétation des mouvements de concentration de l’ennemi, et que, d’autre part, une pareille diversion faite ainsi par celui-ci, avant tout engagement, entre l’armée française et la frontière neulre du Luxembourg, constituerait pour le moins une grosse imprudence, le liant commandement n’a pas hésité à éparpiller de nouveau ses forces, au moment où Ie ( danger devient plus menaçant. Ignorant toujours la direction de celui-ci, il le voit partout, et essaye d’y parer partout. Tactique déplorable, qui aboutit à n’être forts nulle part! En conséquence, à 9 heures, le quartier général du 4 e corps quitte Boulay pour se transporter à Bouzonville, où viennent également, d’abord la 3 e division, qui permute avec la 2 e , puis incomplète. Les (leux maréchaux (lla/.aine et, Mac-Mahon), chargés ainsi (le la direction supérieure de deux groupes de corps d’armée, conservaient leur commandement personnel, n otaient point dotés d'un état-major spécial, et no devaient intervenir (pie dans la conduite des opérations militaires, uniquement. Ils n’étaient donc point des commandants d’armée , dans le sens exact du mot, qui comportedes pouvoirs complets et une autorité souveraine, relovant du généralissime seul. 44 LE 4 ° CORPS DE L’ARMÉE DE METZ le 7° hussards, la brigade de dragons, les réserves, et les 300 voitures de réquisition, réunies à Boulay avec tant de peine. Quant à la l ro division, accompagnée du 2° hussards, elle se met en route vers Sierck, mais ne pousse pas au delà de Kirchnaumen (quartier général et l ro brigade) et de Colmen (2° brigade.) On n’a ni nouvelle, ni indice quelconque d’une tentative de l'ennemi vers ces points. 5 août. — Le grand quartier général, voyant qu’il a provoqué une fausse alerte, ordonne aux troupes de reprendre leurs emplacements précédents. Le général de Ladmirault retourne donc à Boulay, avec tout ce qui l’avait accompagné la veille. Au moment où il va achever sa route, vers 5 heures du soir, un violent orage éclate, qui maltraite horriblement le malheureux convoi administratif, surpris en pleine installation, et gâte pas mal de vivres insulïisamment protégés. La l ro division revient à Bouzonville, et établit ses tentes dans un terrain complètement détrempé; la 2° est tout entière à Teterchen; la 3° reste à Bouzonville. Des détachements de réservistes continuent à arriver ce jour-là et le lendemain (1). 6 août. —Le 4° corps a reçu enfin l’ordre de se rapprocher de Saint-Avold. C’est bien tard, et d’ailleurs il ne le peut guère, après les faux mouvements de la veille. Néanmoins, la 2 e division est poussée de Teterchen à Boucheporn, et commence son mouvement à 7 heures du matin. Obligée, par l’état du chemin direct que l’orage de la veille a rendu impraticable, de passer par Ilam-sous-Varsberg et Porcelctte, elle attend à Coume l’arrivée de la 3° division, destinée à tenir ce point, puis s’arrête de nouveau au débouché du défilé de Guerting, vers Ilam-sous-Varsberg; quelques détachements ennemis signalés à la lisière des bois disparaissent à son approche. (i ) Jîoaucoup de ces hommes, libérés avant l'adoption du fusil modèle I8(ÎC> (clias- sepot) en ignoraient complètement le maniement. Il fallut, au milieu do tous ces mouvements, et pour ainsi dire au contact do l'ennemi, leur apprendre la charge en cinq temps, et encore très a la liAt.o, caron n'était guère sûr du lendemain. A LA FRONTIÈRE 45 Elle atteint Boucheporn à 2 heures de l’après-midi (2). La l re division va occuper Teterchen; la 3 e , qui devait venir camper à Boulay, à côté du quartier général, a reçu en cours de route l’ordre de se porter à Coume, où elle s’installe vers midi. Quant à la division de cavalerie, elle est ainsi répartie : brigade de hussards à Teterchen, avec la l re division, détachant un escadron auprès des deux autres; brigade de dragons à Boulay. C’est là tout ce que fit le 4 e corps dans cette journée funeste du 6 août, qui vit les deux défaites de Frœschwiller et de Spicheren, dues, l’une et l’autre, à une cause identique : la plus déplorable dissémination. Sa position à l’aile gauche de l'armée ne lui permettait point de porter secours à ses héroïques camarades du 1 er corps, qui, pour défendre l’Alsace, ont combattu un contre trois. Mais il aurait dû pouvoir empêcher l’écrasement du 2 e dont il entendit tout le jour le canon gronder sourdement, sans être un seul instant mis au courant des événements dramatiques dont cette rumeur était l’indice. S’il est resté immobile, pas un de ceux qui le composaient n’en est responsable ; la faute retombe tout entière sur le haut commandement, qui ne lui a envoyé ni un ordre, ni un avis, ni même un renseignement, comme si c’eût été chose permise de dédaigner son concours ! (2) C’est à Boucheporn que le général Bellecourt remit le commandement au général Grenier, nommé en remplacement du général ltoze, malade. CHAPITRE H Retraite sur Metz (du 7 au 13 août). Les deux défaites de Frœschwiller et de Spiolieren, subies dans la même journée du G août par deux de nos corps qui avaient eu à lutter chacun contre une armée tout entière, venaient de nous faire perdre l’Alsace et la ligne de la Sarre. Les vices irrémédiables d’une dissémination funeste avaient porté leurs fruits, et apparaissaient maintenant par leurs résultats. Ils apparurent bien plus clairement encore quand l’état-major impérial, pour tâcher d’arrêter une invasion déjà entamée, voulut essayer de jeter rapidement vers Saiut-Avold tout ce qu’il avait de disponible et inquiéter ainsi le liane droit de l’ennemi. Il dut reconnaître que l’éloignement des corps d’armée les uns des autres rendait l’opération impraticable dans les limites de temps qui seules pouvaient en assurer l’elïicacité, et force lui fut d’y renoncer. Passant alors tout à coup à un parti diamétralement opposé, l’Empereur résolut d’opérer la concentration de l’armée sur un point très éloigné de la frontière, à Châlons, par exemple, dans l’espoir d’avoir plus de temps à lui et aussi de couvrir Paris. Un premier point de ralliement devaitètre donné à Metz. Ce plan avait le défaut grave de livrer à l’adversaire, sans coup férir, une énorme élemlue de territoire dont l’abandon n’était nullement imposé par les circonstances. Malgré les pénibles insuccès du début, la situation n’était pas à ce point désespérée qu’on dût songer dès lors à couvrir directement la capitale, et il ne manquait pas, entre la frontière et le camp de Châlons, de lignes de défense où l’armée du Rhin aurait pu se masser pour faire tète à l'envahisseur. Un aussi long mouvement de recul, exécuté d’une seule traite, devait avoir pour A LA FRONTIÈRE 47 conséquences de semer dans l’armée et dans le pays la démoralisation et l’inquiétude; mais il avait au moins le mérite d’être basé sur une idée et de tendre à un but défini, tandis que la plus déplorable confusion présida seule aux opérations décousues par lesquelles on crut devoir le remplacer. Quoi qu’il en soit, la décision de l’Empereur fut communiquée au gouvernement le 7 août, à 5 heures du soir, par un télégramme daté de Metz, et ainsi conçu : « L’Empereur a décidé que l’armée entière se concentrerait sur ChAlons, où Sa Majesté pourrait avoir ISO.000 hommes et au delà, si nous parvenons a y réunir les corps de Mac-Mahon et de Failly. Douay restera à Belfort. L’Empereur va diriger, sur- le-champ, tous les impedimenta sur ChAlons. Envoyez-y, de votre côté, des vivres et des munitions. L’aile gauche, sous le maréchal Bazaine, sera concentrée sous Metz d’ici quarante- huit heures, dans sept jours à ChAIons. » Mais le conseil des ministres, au reçu de ce télégramme, s'affola. Opposant aux projets de l’Empereur des objections basées sur les considérations militaires énoncées plus haut, il répondit aussitôt par une dépêche où il se faisait l’écho des récriminations générales, et l’interprète du sentiment de désillusion pénible qui avait gagné la nation, et allait, à Paris, jusqu’à l’irritation (1). Influencé par cette opposition et aussi par la pression qu’exerçaient sur son esprit les lettres de l’Impératrice, où étaient exposés les dangers qui menaçaient la dynastie (2), le souverain, profondément affecté déjà, ne sut pas résister; son esprit, frappé par la soudaineté des désastres, perdit l’indépendance nécessaire pour suivie logiquement et fermement une voie quelconque. Aussi abandonna-t-il son fl) On sait que le G, une dépêche, adiehée à la Bourse par quelque infâme tripoteur d'alTairos, avait annoncé une grande victoire. Quand on connut la vérité, il y eut à Paris une grande etlervcscenco, cause première do la chute du ministère Ollivier. (2) L’Impératrice insistait auprès de l'Empereur pour qu’il prit conseil du maréchal Bazaine, lequel jouissait, dans l’opinion publique et dans les rangs de l'opposition parlementaire, d'une réputation d’habile capitaine que son passé militaire ne semblait pas cependant assez justifier. 48 LE 4 e CORPS DE L’ARMÉE DE METZ projet presque aussi rapidement qu’il l’avait conçu, et se laissa- t-il entraîner vers les murailles de Metz, par cette sorte d’attraction passive qu’exercent les places.fortes sur les généraux irrésolus. Dans la soirée même, il ordonnait la réunion à Metz de toutes les forces de Lorraine, c’est-à-dire des 2°, 3° et 4 & corps, qui étaient à la frontière, et des réserves générales, qui étaient à Lunéville ou à Nancy (1). L’ordre destiné au 4° corps lui avait déjà été envoyé directement, sans passer par le maréchal Bazaine, sous les ordres supérieurs de qui il était placé, sans même que celui-ci en fût informé autrement que par un compte rendu du général Ladmirault. 7 août. — Au lieu donc de se mettre en route sur Saint- Avold, comme il aurait dû le faire d’après les instructions précédentes, le 4° corps prit sa direction vers l’ouest, après avoir fait filer ses bagages surGlaltigny. Toutefois, pour donner un appui au 3° corps, la division Grenier fut envoyée à Saint- Avold, et alla prendra position sur les hauteurs dominant le hameau du Petit-Éberswiller et la voie ferrée. Le bruit de la défaite de la veille, confirmé par des indices non équivoques, retraite d'équipages en désordre, matériel roulant évacué, rumeurs propagées par des habitants, etc., commençait à se répandre; on savait d’autre part que l’ennemi était déjà à Sarreguemines et occupait des villages à l’ouest de Forbach. Le général Grenier prit ses dispositions en conséquence, mais il ne fut pas inquiété. La l re division, levant son camp de Teterchcn, gagna Boulay et s’y installa (2); la 3 e se porta de Coume sur llelstrofi. La cavalerie, moins deux pelotons mis à la disposition du général de Cissey, se réunit à Boulay. Quant aux réserves (artillerie et génie) elles furent dirigées sur Glaltigny, où venait d’arriver le parc d’artillerie, venant de Metz. De même, le convoi des (1) I.e G 0 corp9, encore à CliAlons, no fut appelé à Motz que plus tard, lo 10 août. (2) Pour ne pas gêner la II' division, elle passa par Valmunster, Ilettunge et Kblange. A LA FRONTIÈRE 49 subsistances rétrograda jusqu’à Noisseville, près Metz, afin de dégager la route. 8 août. — L'ordre était de se rabattre sur Metz rapidement. Bien que les troupes fussent très fatiguées par ces mouvements incessants et l’extraordinaire inclémence du temps, qui, dans cette première quinzaine d’août, avait été souvent orageux et constamment pluvieux, le général de Ladmirault n’hésita pas à leur imposer l’épreuve d'une marche de nuit. Lui-même leva son quartier général à 2 heures du matin, et le transporta de Boulay à Glattigny. La l re division, partie précipitamment à minuit sans éteindre ses feux de bivouac, de manière à donner le change aux coureurs ennemis qu’on savait très rapprochés, exécuta une marche extrêmement pénible pour arriver vers 6 heures du matin, aux abords des Étangs, où elle campa sur la rive gauche de la Nied française. La 2 e division, toujours détachée, prit les armes à 1 heure du matin, et se mit en marche, par la route de Longeville à Metz, entre les divisions Castagny et Decaen, du 3 e corps. Gomme, à cette époque, les colonnes n’avaient ni organisation rationnelle, ni organes de sûreté, les marches exécutées à proximité réelle ou supposée de l’ennemi entraînaient pour elles des précautions spéciales, qui se traduisaient par de fréquents temps d’arrêt, des prises de positions, parfois même des déploiements, dont le résultat direct était un énorme surcroît de fatigues et d’efforts. C’est ainsi que, sur quelque rumeur insolite, la division dut s’arrêter aussitôt après avoir dépassé Longeville, la l r0 brigade sur les pentes qui dominent le village au nord-ouest, la 2° sur la route de Faulquemont. Une deuxième fois, il fallut encore prendre position à Marange ; en sorte qu’on n’atteignit pas avant 11 heures du soir l’emplacement fixé pour le bivouac, entre Bionville et le hameau de Plappecourt, au lieu dit le Château-du-Prince. La 3° division se transporta, également par une marche de nuit, mais sans incident, à Pont-à-Chaussy. 4* Corps. 4 LE 4° COUPS DE L’ARMÉE DE METZ SO Ainsi, à la fin de cette journée du 8, le 4® corps était en entier établi sur la rive gauche de la Nied, derrière une barrière qu’il aurait pu défendre grâce à ses positions avantageuses. Mais dans quel misérable état ! Le mouvement de la nuit précédente s’était exécuté dans les conditions les plus difficiles, et sous une pluie battante. Les hommes, trempés jusqu’aux os, ne pouvant ni assujettir leurs misérables petites tentes sur un sol quin’étaitplus qu’une merde boue, ni allumer les feux pour faire la soupe, n’ayant pas même à manger leur pain, transformé en bouillie sur les sacs, les hommes, la figure tirée et les vêtements souillés, semblaient prôtsà tomberd’épuisement. Les cavaliers, qui, eu raison de l’encombrement des routes, avaient marché très lentement, après avoir passé une partie de la nuit à la bride de leurs chevaux, et erraient maintenant à la recherche d’abreuvoirs, traversaient les bivouacs en escadrons épars, plus fatigués d’être inutiles que s’ils fussent revenus d’une lointaine exploration. Les officiers, aussi éprouvés que leurs soldats, aussi mal vêtus qu’eux, commentaient avec inquiétude les nouvelles contradictoires qui venaient de se répandre et qui tantôt annonçaient une victoire du maréchal de Mac-Mahon, tantôt propageaient, plus justement, hélas! l’écho des désastres du G. On ne savait ni ce qu’on faisait, ni où on allait, et déjà les ailes du malheur semblaient frôler cette armée ballottée dans tous les sens ! Telles y étaient cependant la force de la discipline, la valeur des hommes et leur résistance, que pas un murmure ne se faisait entendre sous les tentes, où s’étendaient, transis d’humidité et de froid, des êtres affamés. Il devait sullire, trois jours plus tard, d’un rayon de soleil et d’espérance pour que chacun se retrouvât, ardent et fort, prêt à combattre avec joie et à mourir sans regrets. Il eût suffi de la perspective d’une bataille pour que tant de fatigues et de souffrances fussent oubliées ! Mais tout se bornait pour l’instant, hélas! à des tirailleries d’avant-postes qui ne pouvaient qu’exaspérer l’énervement général. 9 août. — La journée fut consacrée à l’exécution de quel- A LA FRONTIÈRE 51 ques mouvements intérieurs. On avait décidé qu’une bataille défensive serait livrée sur les positions occupées derrière la Nied française, et il s’agissait de transformer en un dispositif de combat l’établissement assez sommairement pris la veille par les troupes. En conséquence, la l ro division remonta des Étangs vers Glattigny, et s’établit entre ce village et Cheuby. La 2 e fut placée en réserve derrière la l re , entre Glattigny et le Petit- Marais. La 3 e prit position entre Cheuby et Sainte-Barbe. Le quartier général du corps d’armée alla s’installer au château de Gras, ayant auprès de lui les réserves d’artillerie et du génie, et la cavalerie qui campait le long de la route de Reton- fey à Sainte-Barbe. (Les troupes d’administration, postées dans le fond de la vallée de Vantoux et près de ce village, montèrent pour la première fois, ce jour-là, les fours de campagne.) Le 4 e corps, placé à l’aile gauche de l’armée, formait ainsi crochet défensif en arrière des hois de Hayes et de Cheuby, Le général de Ladmirault était prévenu qu’il devait s’attendre à une attaque, mais sans posséder aucun renseignement précis sur sa direction. Le grand quartier général, plutôt que d’utiliser une nombreuse cavalerie toujours immobile au milieu des lignes, demeurait dans une complète ignorance des mouvements que l’adversaire exécutait sans encombre à quelques kilomètres de lui ! Le commandant du 4° corps voulut alors se procurer lui-mème le renseignement qui lui manquait, et, ayant appris par des habitants qu’un parti de ulilans s’était montré vers Boulay, il prescrivit au 2 e hussards de faire reconnaître vers ce point. A 1 heure de l’après-midi, donc, un peloton de ce régiment, ayant à sa tête le capitaine-commandant Jouvenot, du 4 e escadron, et le sous-lieutenant Carrelet, se mettait en route et bientôt après atteignait Volmerange, où un paysan lui signalait la présence de l’ennemi sur la route même, à peu de distance en avant. En effet, au bas de la pente, un fort peloton de uhlans attendait de pied ferme. « A cette vue, Jouvenot, LE 4 ° CORPS DE L’ARMÉE DE MET/ 32 Carrelet et leurs quelques cavaliers partent à tou Le allure et s’élancent sur les Prussiens; ceux-ci croisent la lance, mais ils ne peuvent résister au choc; il sont bousculés, et, bien que près de deux fois plus nombreux, ils prennent la fuite, laissant aux hussards trois chevaux, cinq lances et quelques pistolets. Malheureusement, ce succès avait coûté cher : le capitaine Jouvenot était tué net, le sous-lieutenant Carrelet avait reçu deux coups de lance et un coup de sabre, trois hussards étaient blessés. Tandis que le peloton vainqueur rejoignait le régiment, nos blessés étaient recueillis dans le village. Comme les habitants les ramenaient le lendemain en toute sécurité, les croyant protégés par le pavillon de la Croix de Genève, des cavaliers ennemis survinrent et les liront prisonniers (1). » 10 aoàl. — Cette escarmouche et les suites quelle avait entraînées montraient que l’ennemi, ou tout au moins ses coureurs, n’était pas loin. Le général de Ladmirault fit donc, de grand matin, aballre les tentes, et prendre à ses troupes des positions de combat, afin d’être prêt à toute éventualité. La l re division, entre Glatligny et Chcuby, poussa une brigade en échelons sur la route îles Étangs avec mission de fouiller les bois de Ilayes. La 2° se déploya autour de Cheuby, occupant les bois en avant de ce hameau. La 3° porta sa droite sur les hauteurs de Sainte-Barbe et rabattit sa gauche en arrière, de façon à observer le ravin qui longe la route de Bouzonville à Metz. Mais déjà les projets du commandement n’étaient plus les mêmes. Le maréchal Bazaine, trouvant que le front en avant delà Nied n’était ni assez découvert ni assez étendu, semblait peu disposé à accepter là une bataille défensive. 11 ne voulait pas non plus, avant (l’avoir reçu les renforts constitués par les 1 er , 5° et G 0 corps (lesquels devaient venir du camp de Châlons), il ne voulait pas, disons-nous, prendre l’olïensive, (I) Historique du 2 e hussards. A LA FRONTIÈRE 53 que conseillait cependant le major général. Enfin, on venait d’apprendre que la III e armée allemande, victorieuse à Frœschwillcr, était déjà aux portes de Nancy, menaçant de tourner nos forces de Lorraine. C’était là une cause d’inquiétude nouvelle, peu faite pour apporter une trêve aux perplexités du souverain. Celui-ci se laissa encore une fois conduire par les événements, et, abandonnant non seulement l’idée de reprendre l’offensive annoncée cependant déjà par le major général an ministre de la guerre, mais encore celle de défendre la ligne de la Nied, il revint à son premier projet de concentration au camp de Cliâlons. Un conseil de guerre tenu à Fange, le 10 août, sous sa présidence, décida que l’armée du Rhin gagnerait Châlons par Verdun, laisserait dans la place de Metz une garnison suffisante pour défendre celle- ci, et rallierait les 1 er , 5° et 7 e corps au lieu d’être ralliée par eux (1). C’était, depuis le 6, la troisième modification apportée au plan d’opérations; ce n’était pas la dernière, liélas ! 11 août. — En conséquence, le 4 e corps d'armée tout entier se mit en marche le 11, au point du jour et par une pluie torrentielle. La terre était absolument détrempée, les effets des hommes imprégnés d’une humidité glaciale, et les tentes extrêmement lourdes en raison de l’eau qu’elles avaient emmagasinée dans leur tissu. La marche, bien que courte, fut donc fatigante et pénible. Le quartier général du corps d’armée alla s’établir au château de Grimont; la l re division à hauteur deNouilly, sa droite au ruisseau de Vantoux, sa gauche à la route de Bouzonville. La 2 e division, en deuxième ligne, campa à cheval sur cette route, en arrière du village de Mey. La 3 e , à l’extrême gauche, s’installa en arrière du ruisseau de Cliieulles, entre les routes de Sainte-Barbe et d’Antilly. Quant à la cavalerie et aux (1) Le G“ corps avait déjà été appelé du camp do CliAlons à Metz. Il ne put arriver que fortement diminué, l'ennemi ayant coupé les voies ferrées sur lesquelles ses divers éléments étaient transportés. LE 4° CORPS DE L’ARMÉE DE METZ réserves, elles allèrent planter! leurs entes sur les pentes occidentales du parc de Grimont. 12 août. — Il n’y eut ce jour-là, pour la seconde fois depuis le 19 juillet, aucun mouvement de troupes. Malheureusement, les hommes, mal garantis d’une pluie incessante par leurs tentes perméables, et d’un sol détrempé par une simple couverture ou des vêtements mouillés, ne purent guère profiter du repos qui leur était ainsi donné. La date du 12 août doit cependant être retenue, comme une des plus funestes de cette triste campagne. Elle marque la prise de commandement de l’armée du Rhin par le maréchal Bazaine, définitivement nommé par l’Empereur. Parmi tant de chefs illustres, qu’un passé glorieux semblait désigner à une mission si haute, l’opinion publique, trompée par quelques rhéteurs de l’opposition, avait impérativement désigné le commandant du 3 e corps, qui s’était montré à Spicheren si indifférent, l’ancien commandant en chef du corps expéditionnaire du Mexique, à qui les honneurs militaires avaient été refusés à sa rentrée en France; et le souverain, malgré ses répugnances personnelles, avait cédé. Abdication fatale, que la France et lui devaient payer bien cher ! 13 août. — La situation ne changeait pas, et des officiers commençaient à trouver cette inaction surprenante. Personne ne pouvait comprendre que, si l’on voulait se battre, on ne marchât pas de l’avant, ou que, si on voulait effectuer une retraite définitive, le mouvement ne fût pas activé davantage. Il en résultait un malaise général, constaté par le maréchal Bazaine lui-même dans son ouvrage L’Armée du Rhin. D’ailleurs, la vie matérielle des troupes devenait difficile; comme les parcs de subsistances étaient relégués assez loin en arrière, et qu’on n’avait, pour amener les vivres dans les camps, que de mauvaises voitures auxiliaires hors d’état d’assurer le service, il fallait le faire à dos d’hommes, ce qui constituait à la fois une fatigue et un danger en cas d’attaque. La nourri-» A LA FRONTIÈRE OÎ) ture des chevaux était aussi mal assurée, car bien que les villages voisins regorgeassent de fourrages, on n’avait pas voulu y toucher, sous le prétexte que les réquisitions exercées soit au profit de l’armée, soit au profit de la place de Metz, dont le blocus était cependant à prévoir, auraient produit dans le pays une fâcheuse impression. Et c’est ainsi qu’on laissa perdre des richesses qui auraient prolongé peut-être de deux mois la résistance, et qui devinrent la proie de l’ennemi ou de l’incendie! Un autre motif d’inquiétude provenait des tirailleries continuelles qui s’échangeaient entre nos avant-postes, insuffisants comme nombre ou trop rapprochés, et les coureurs avancés de l’armée allemande. Ces coups de feu perpétuels, éclatant de tous côtés, sans qu’on sût pourquoi ni comment, agaçaient les soldats et troublaient leur repos. Dans l’après-midi du 13, ils prirent une intensité telle que toutes les troupes coururent aux armes spontanément, et que le général de Ladmirault, montant à cheval, se porta jusqu’au village de Servigny, sur la route de Bouzonville. U fallut plus d’une heure pour que tout rentrât dans l’ordre. Et pendant ce temps, certaines fractions du corps d’armée opéraient un changement de camp; la cavalerie allait s’installer tout à fait en arrière, derrière la gauche de la 3° division, à l’est de la route de Kédange (1) ; les réserves se portaient à droite de la route de Sainte-Barbe, un peu en avant du parc de Grimont. On cherchait le pourquoi de ces mouvements, et on ne le trouvait pas. Fort heureusement, pour remettre les hommes en bonne humeur, le soleil fondit enfin les nuages et vint sécher un peu le sol et les effets qui en avaient vraiment grand besoin. Cependant l’Empereur désirait vivement que la retraite fût reprise et menée aussi rapidement que possible. Inquiété par des nouvelles graves que lui avait mandées l’Impératrice, au sujet des progrès des armées allemandes, il pressait le maré- (1) U avait fallu l'envoyer là pour la mettre à proximité de l’eau, qui manquait sur le plateau. Dès l’instant quo l’on gardait cette cavalerie massée, l’abreuvage des chevaux devenait nécessairement une difliculté. 56 LE 4 e CORPS DE L’ARMÉE DE METZ chai, peu enclin, par tempérament, aux décisions rapides, et qui hésitait entre deux partis, ou « attendre l’ennemi dans nos lignes, ou aller à lui par un mouvement général d’olïen- sive (1) », sans en adopter aucun. Lui-même avait, dès le 12, donné l’ordre au général Cotlinières, commandant du génie de l’armée, de faire établir sur la Moselle, dans l’île Chambière, les moyens de passage nécessaires. Le 13 au soir, il revenait à la charge une dernière fois auprès du maréchal, et lui communiquait une dépêche de l’Impératrice, pleine de renseignements inexacts, mais fort impressionnants, qui triompha de ses incertitudes. Ordre fut donné à l’armée tout entière de se transporter sur le plateau de Gravelotte, à l’ouest de Metz, pour de là être dirigée sur Verdun. Le mouvement devait commencer par les 2 e et 4° corps, placés aux deux ailes de la ligne des campements, et déjà les généraux Frossard et de Ladmirault avaient été invités à se tenir prêts pour le signal qui leur serait donné au lever de la lune, pendant la nuit du 13 au 14 (2). En conséquence, l’ordre de mouvement suivant fut communiqué, dans la soirée, aux troupes du 4 e corps : Les troupes du 4 e corps évacueront les positions qu’elles occupent pour se diriger vers les pools de File Chambière d’après les dispositions suivantes : La 2 e division d’infanterie prendra, A l’avance, toutes ses dispositions pour couvrir le mouvement général; elle aura des tirailleurs étendus sur une grande ligne, sa d roi le contre Mey, le centre conl re le bois de Grimont, et la gauche en arrière du terrain occupé par la 3° division ; Le bataillon qui se trouve sur la route de Kédangc, du côté de la Moselle, y restera en position face à la vallée; M. le général commandant la 2 e division distribuera son artillerie en arrière de la première ligne, de manière à soutenir vigoureusement ce mouvement de retraite. Il disposera son deuxième échelon sur les perdes sud et nord du fort Saint Julien, de manière à bien couvrir le passage de la Moselle; (1) L'Armée du Rhin, par le maréchal lîazaine, Paris, Plon, 1872, page KO. (2) Ibid., page 1)3. A LA FRONTIÈRE 57 Aussilôl ([uc les tirailleurs do la 2 e division se mcllronl en retraite, et suivant les circonstances, les pièces d’artillerie de celte division se dirigeront sur les ponts de l’ile Chambière pour prendre ces ponts; Les l re et 3° divisions exécuteront simultanément leurs mouvements de retraite, avec lenteur, et se couvriront au loin par des tirailleurs; La l ro division dirigera successivement ses bataillons par la route d’en haut, en arrière de Saint-Julien, pour passer les ponts; son artillerie prendra la tête de colonne; La 3° division se dirigera pour prendre la route de Kédange et se rapprochera de la Moselle; son artillerie sera en tête pour passer les ponts; La réserve d’artillerie quittera ses positions aussitôt qu’elle verra se prononcer le mouvement de retraite des l re et 3 e divisions, et se dirigera vers la rivière ; Trois régiments de cavalerie passeront les ponts avant tout mouvement commencé, ainsi que l’artillerie à cheval attachée à la division Legrand. Un régiment de dragons sera désigné pour être jeté assez loin sur la route de Kédange et sur celle de Bouzonville, alin d’observer l'ennemi de ce côté; il rentrera pour passer les ponts avec les troupes de la 2° division ; Pour passer les ponts de chevalets et de bateaux, les cavaliers doivent mettre pied à terre et tenir leurs chevaux par la bride; La compagnie de réserve du génie se portera en avant à l’entrée des ponts pour parer aux besoins qui pourraient se présenter; Le parc du génie s'engagera sur les ponts après l'artillerie de réserve. Des hommes de la compagnie du génie, munis d’outils, seront dispersés çà et là, pour les travaux qui seraient nécessaires. Le mouvement de retraite se fera sans sonneries ni batteries. L’heure fixée pour le commencement du mouvement sera indiquée ultérieurement. On voit qu’au 4® corps les précautions n’avaient pas été négligées pour assurer la retraite dans des conditions favorables. 11 n’en était malheureusement pas de même à l’armée, ou aucune arrière-garde n’avait été constituée, oit aucune reconnaissance d’ensemble n’avait été prescrite pour se renseigner sur les mouvements ou les intentions de l’ennemi. Au lieu de faire tenir fortement les directions, parfaitement définies, par où l’attaque pouvait se présenter, et d’elïectuer sous cette protection le mouvement rétrograde qu’il voulait pour- 58 LE 4 ° COUPS LIE l’.YUMÉE DE METZ suivre, le maréchal ne s’était même pas préoccupé de s’assurer la possession des débouchés naturels qui aboutissaient à la position de son armée, ou de se garantir contre le danger que présentaient les couverts dont étaient semés ses abords. Dans de pareilles conditions, la moindre offensive de l'adversaire devait fatalement amener une lutte générale, tandis qu’elle n’aurait dii provoquer au pis aller qu’un simple combat d’arrière-garde n’arrêtant nullement la retraite, mais ayant au contraire pour objet de la couvrir. Quand deux armées adverses sont ainsi au contact, il ne suffit pas à l’une d’elles de vouloir se dérober pour être sure d’y réussir; il lui faut prendre certaines mesures de sécurité et de prudence afin d’assurer sa liberté d’action. Le maréchal Bazaine ne semble point y avoir songé; et cependant des retards nouveaux, imputables à certaines circonstances matérielles dont il va être question, auraient dù mettre plus que jamais sa vigilance en éveil. L’armée, très pauvre, comme on sait, en ressources de toutes sortes, l’était particulièrement en moyens de passage de cours d’eau. Outre qu’elle n’avait point été rejointe par son grand parc, elle avait perdu à Forbach un équipage de ponts de corps d’armée, abandonné le (i août faute de chevaux (1). Il fallut donc, pour franchir la Moselle, recourir à des ponts de chevalets, longs à établir et moins résistants que les ponts de bateaux, et, de fait, la grande majorité des passages établis le 12 et le 13, sous la direction du général Colïinières, par le génie de la place de Metz aidé des ponts et chaussées, le furent dans ces conditions. Une crue subite de la rivière, due aux pluies continuelles des jours précédents et peut-être à des ruptures opérées par l’ennemi dans les retenues d’eau de la Seille, étant venue par surcroît mettre ces passages hors de service, le général Colïinières fit prévenir le maréchal qu’il ne pourrait être prêt avant le 14 au malin (2). L’opération du passage, (1) L’Armée du Rhin, page 47. (2) Voici d’ailleurs le résultat des constatations faites par le service du génie du A LA FRONTIÈRE 39 qu’on a vait espéré entamer le 13, dut donc être remise, et les troupes furent maintenues dans leurs bivouacs. Tout ce temps perdu par l’armée du Rhin, qui, depuis le 7 août, s’épuisait en mouvements stériles ou en pénibles stationnements dans la boue, avait été au contraire utilisé par l’ennemi pour poursuivre son mouvement offensif. A la vérité, la I ro armée, qui, bien que victorieuse, sortait assez malmenée de l’affaire de Spicheren, n’avait pas gagné beaucoup de terrain tout d’abord. Obligée de se remettre en ordre, elle était restée sur place un jour entier, sans poursuivre son adversaire battu; même sa cavalerie s’était montrée très timide, au point de perdre le contact. Mais la II 0 et la III e s’étaient pas mal avancées, et les escadrons du prince Frédéric-Charles, bien dirigés et utilisés, avaient été lancés de l’avant, détruisant les voies ferrées et les lignes télégraphiques, et fournissant au commandement des renseignements précieux. Par eux, et par les patrouilles enfin envoyées devant le front de la I 4 * * * * * 10 armée, Moltke apprit, le 8 au soir, que les Français étaient établis derrière la Nied, dans un état assez précaire; il résolut aussitôt de les attaquer de front avec les troupes de Steinmetz, tandis que Frédéric-Charles tournerait leur droite. Les mouvements préliminaires de cette opération étaient déjà amorcés quand, le 12, le chef d’état-major allemand fut avisé que non seulement son adversaire avait renoncé à toute idée de contre-offensive, mais que môme il abandonnait la Nied pour aller se concentrer sous Metz, laissant complètement libre, avec ses ponts intacts, le cours de la Moselle en amont de cette place. Rien ne pouvait être plus favorable à la manœuvre projetée, et 4 e corps, chargé Io 13 par le général île Ladmirault d'aller reconnaître les passages alïectés à ses troupes : « Sur le bras navigable do l’ile Cliambière (celui do la rive droite), sont établis trois ponts de chevalets, et sur le grand bras, un pont de chevalets et un pont de bateaux. Ce dernier seul est praticable; quant aux autres, on travaille à les réparer. » — C'est à quoi fut employée immédiatement la compagnie de réserve du génie du corps d’armée, qui dut encore, le lendemain, exécuter des travaux de consolidation, pendant toute la durée du passage, au pont do chevalets du grand bras. 60 LE 4 e COUPS DE L’ARMÉE DE METZ les Allemands n’avaient plus qu’à hâter une opération qui s’annonçait sous d’aussi heureux auspices. En conséquence, Moltke lit accentuer davantage le mouvement général de conversion de ses armées. Toute la cavalerie eut ordre de franchir la Moselle, celle de Steinmetz en aval, celle de Frédéric- Charles en amont; la I rc armée fut dirigée sur l’ange et Cour- celles; la II 0 sur la ligne Buchy-Chàteau-Salins, avec ses avant-postes sur la Seille et des troupes avancées aux ponts de Pont-à-Mousson, Diculouard et Marbacbe; enfin, à l’extrême droite, le Prince royal fut lancé vers Nancy. Cependant, la marche des troupes allemandes, contrariées autant que les nôtres par le temps affreux qui régnait, ne s’exécutait pas sans difficultés ni souffrances. L’état sanitaire devenait même assez inquiétant, et déjà une division qui n’avait pas encore vu le feu comptait 582 malades (1). Mais il n’y avait pas de temps à perdre si l’on voulait empêcher les Français de se dérober. Le roi Guillaume vint chevaucher au milieu de ses soldats, sur la route centrale de Faulquemontà Metz, et ranimer leur ardeur un peu éteinte; quant à Moltke, il suivait, impassible, le développement de ses combinaisons, se demandant seulement s’il arriverait à temps. Le 13 au soir, les masses allemandes occupèrent sans difficulté les emplacements qui leur avaient été assignés par l’ordre de la veille; la I ro armée cantonna à 15 kilomètres de Metz, prête à prendre en liane les forces françaises, si celles-ci se portaient contre la II®, arrivée à la Moselle; elle était elle- même capable de résister à une attaque directe, grâce au concours réciproque de la II e , dont deux corps avaient, à cet effet, été rapprochés d’elle, à Bécliy et à Ilerny. Moltke n’en éprouvait pas moins, cependant,quelques inquiétudes. « Obligés de franchir la Moselle sur des points très éloignés les uns des autres, dit à ce sujet la Belation du grand état-major, les Allemands pouvaient commettre des fautes qui, habilement exploitées, (1) La Guerre franco-allemande , par lo grand (Ual-major prussien, 1" parlie, A LA FRONTIÈRE 61 suffisaient à assurer pour un jour et sur un point la supériorité aux Français. Or, un succès remporté sur une partie de l’armée allemande contraignait l’autre à s'arrêter (l). » Malheureusement, le commandement français ne possédait ni la décision, ni les moyens de l’acquérir. Privé de renseignements, démoralisé par les pénibles insuccès du début, il demeurait incertain, hésitant et passif, sans audace pour l’offensive, sans fermeté pour la retraite. Il ne cherchait plus à maîtriser les événements, il se bornait à les subir. L’état-major allemand semblait cependant ne rien comprendre à notre passivité. Le 13 au soir, le général de Sperling, chef d’état-major de la I te armée, avait parcouru à cheval la ligne des avant-postes prussiens, depuis Laquenexy jusqu’à lteton- fey, pour essayer de pénétrer les causes d’une inaction qu’il jugeait étrange. Partout il vit nos troupes immobiles, et un amas gigantesque de tentes, à peine protégées par quelques grand’gardes, derrière lesquelles régnait une quiétude complète. Il se hâta alors d’aviser du fait le général de Moltkc, et celui-ci en éprouva une satisfaction dont la phrase suivante, de la Relation du grand état-major, ne donne qu’un écho alïai- bli. « En différant leur passage sur la rive gauche de la Moselle, contrairement à ce qu’on avait supposé jusqu’alors, les Français abondaient dans le sens de l’état-major allemand, dont les plans devenaient ainsi d’une exécution plus facile. » Puis, aussitôt, le chef d’état-major général, qui savait les ponts de la Moselle toujours libres, lança des ordres pour que la II e armée franchît la rivière dès le lendemain; mais comme il pouvait toujours s’attendre à une affaire entre les troupes de Steimnelz, qui devaient rester immobiles, et les nôtres, qui ne semblaient nullement disposées à s’en aller, il s’arrangea de manière que l’aile droite de la II 0 armée pût, le cas échéant, voler au secours de la I re . Toute la cavalerie devait en outre s’avancer aussi loin que possible, pour aller inquiéter la retraite des Français, si ceux-ci venaient à se replier par la route de Metz à Verdun. (1) la Guerre franco-allemande, page 408. G2 LE 4° COUPS DE L’ARMÉE DE METZ On voit par là que Moltke, dont le seul but était de gagner le plus rapidement possible la rive gauche de la Moselle avec la II 0 armée, n’avait plus maintenantl'intention d’attaquer. Quant à nous, qui avions un si grand intérêt à ne point nous laisser devancer sur les plateaux à l’ouest de Metz, nous ne paraissions pas nous douter du danger qu’allait nous faire courir le mouvement du prince Frédéric-Charles sur notre liane droit, et le maréchal Bazaine, après avoir laissé à l’ennemi la libre disposition des ponts d’amont de la Moselle, attendait sans impatience que ceux qu’il voulait utiliser lui-même fussent rétablis. Ce n’était cependant point faute d’être averti : l’aventure survenue au G® corps, coupé en deux pendant son transport en chemin de fer; l’escarmouche de Pont-à-Mousson, où le l or chasseurs d'Afrique, conduit par le général Margueritte, avait bousculé un détachement de cavalerie allemande, tout indiquait la menace d’un mouvement débordant de ce côté. Mais l’apathie du maréchal triomphait chez lui du sentiment du péril. Quoi qu’il en soit, les positions respectives des deux adversaires étaient les suivantes, le 13 au soir : Forces allemandes. I ro Armée (1). — I er corps, à Courcelles-Chaussy ; VII 0 corps, à Pange (7 kilom.) ; VIII 0 corps, en réserve à Varize (3 kilom. en arrière). I,es avant-postes s’étendaient de Sainte-Barbe jusqu’au delà de Laquenexy, par Relonfey etOgy. La 3° division de cavalerie patrouillait au nord-est de Metz. II e Armée. —III°corps, àBécliy; IX e , à llerny. Les autres échelonnés de la Seillc à la Moselle. Les patrouilles de la cavalerie, laquelle occupait la ligne Pontoy-Ponl-à-Mousson, pour servir de rideau à la marche de l’armée, s’avançaient jusqu’en vue même de la place de Metz. Forces françaises. 2° corps, autour de Morcy-le-IIaut. 3° corps, à l’ouest de Borny, derrière le ravin de Colombey, entre Grigy et Montoy. (1) Voir la pièce n° 2 : Ordre do bataille des corps prussiens auxquels a eu affaire le i* corps français. A LA FRONTIÈRE G3 4° corps, autour de Grimont, dans les positions précédemment indiquées. Garde impériale, en réserve derrière Borny. Réserve de cavalerie, à Montigny. Réserves d’artillerie et de génie, derrière la Garde. (La cavalerie des corps d’armée était campée en arrière d’eux; les avanL-postes consistaient uniquement en grand'gardes poussées à quelques centaines de mètres en avant du front des campements.) Le terrain sur lequel était placée l’armée française s’étenden arc de cercle sur la rive droite de la Moselle et de la Seille, à une distance de S ou 6 kilomètres de la place de Metz. Il est constitué par deux plateaux, celui de Borny et celui de Sainte- Barbe, que séparent le ravin de Vantoux et ses diverses branches; il est coupé, principalement auprès de Montoy, par des pentes encaissées et profondes, circonstance assez favorable à l'ennemi qui pouvait s’avancer sans être trop exposé à nos coups. En arrière, se trouvaient les trois forts do Saint-Julien, de Bellecroix et de Queuleu, longés respectivement par les trois routes de Bouzonville par Kédange, de Saarlouis et de Château-Salins, dont la première était d’ailleurs défendue directement par la redoute de Châtillon, et la seconde parcelle des Bordes ou des Bottes. Il s’en fallait cependant de beaucoup que ces ouvrages fussent en état d’offrir une protection bien efficace. Le fort de Saint-Julien et la redoute de Chûtillon n’étaient ni terminés ni armés, et ils ne reçurent que le 14 leur garnison d’infanterie. Encore celle-ci, au moment où, vers 2 heures de l’après-midi, elle venait de sortir de Metz et atteignait le bas de la descente de la route de Bouzonville, fut-elle arrêtée par le mouvement de retraite qu’exécutait à ce moment même le 4° corps. La garnison du fort Saint-Julien (1 bataillon) ne put atteindre son poste qu’en prenant un petit chemin qui quitte la route au pont du ruisseau de Yallières. Dans des conditions pareilles, il est évident que les ouvrages ne constituaient pas une protection, mais plutôt un danger, surtout la redoute de Châtillon, qui commando toute la plaine de Devant-les-Ponts. On verra plus loin que les Allemands n’avaient nullement G4 LF. 4° CORPS DK L’ARMÉE DK METZ l’intention de tâter les forts; cependant, si une pointe hardie, exécutée par un faillie détachement accompagné d’artillerie, avait réussi à s’emparer par surprise de cette redoute, la sécurité des ponts de File Chambière et des masses qui s’aggloméraient tout autour fût devenue bien aléatoire. Il suffisait de quelques coups de canon pour y jeter le désordre et y provoquer le plus dangereux émoi. LIVRE II LES GRANDES JOURNÉES DE METZ CHAPITRE I er Bataille de Borny (14 août). Retraite du 4° corps. — Le dimanche 14 août, à l’aube, les troupes abattirent leurs tentes et prirent les armes comme de coutume, en attendant la rentrée des reconnaissances journalières (l). Puis, l’ordre du départ n’arrivant pas, elles firent la soupe et la mangèrent. La matinée se passa ainsi, plus gaiement que de coutume; l’espérance renaissait avec les rayons si longtemps voilés du soleil. Cependant, le général de Ladmirault avait, en tout état de cause, fait filer les bagages et le convoi, sous la conduite du lieutenant-colonel Saget, sous-chef d’état-major, lequel devait les conduire à Rozerieullcs par la route de Moulins-lès-Metz. La tête des voitures, descendant la rue du Pontifroy, à Metz, s’engageait sur le pont de la Moselle, quand cet officier supérieur reçut du commandant du corps d’armée communication d’un ordre émanant du grand quartier général lui-même, et fixant comme lieu de formation du parc la plaine de Devant- les-Ponts, à droite et à gauche de la route de Tlrionville, près du fort Moselle. Cet ordre était motivé par l’encombrement inextricable de la route de Longeville, primitivement dési- ( û C etail une proscription réglementaire alors. On juge à quelle distance insi- gnihante ces reconnaissances pouvaient aller. 4* Corps. 5 Cf. UC 4 e l'Oül’S I)E i/ahMÉE DE METZ gnée, et où se mouvaient pêle-mêle, dans une poussée lente, les 2 e et (i e corps et la réserve générale d’artillerie. On sait, en effet, que le maréchal Bazaine, sourd aux observations motivées que plusieurs officiers lui présentaient, avait fixé une route unique, celle de Gravelottc par Moulins, à son armée battant en retraite. Au lieu d’utiliser les voies de communications nombreuses qui, partant de Metz, s’écartent en éventail à travers le plateau de Jarnisy pour aboutir à Briey, Etain et Verdun, il s’était obstiné à empiler 150.000 hommes, les voilures, les convois et l’artillerie, sur une seule artère, au moins jusqu’à Gravelolte, et avait par suite prescrit un mouvement impraticable. Les conséquences d’un pareil entêtement ont été des plus graves, au point de décider peut- être du sort de la guerre; quintaux motifs réels qui l’avaient provoqué, il a été impossible de les déterminer nettement. Pendant que le sous-chef d’état-major prenait les dispositions nécessaires pour assurer le changement de destination qu’on venait de lui notifier (1), le 4 e corps, à son tour, se mettait en mouvement, dans l’ordre indiqué plus haut (2), c’est- à-dire la cavalerie d’abord, les 3° et l r0 divisions avec leur artillerie en tête des colonnes, enfin l’artillerie de réserve. La 2° division.restait en position sur le plateau pour couvrir la retraite, comme il lui avait été prescrit; elle avait sa droite au village de Mey, son ccnlrc sur la route de Sainte-Barbe en avant du bois de Grimont, sa gauche en arrière et un peu au nord de ce même bois. Il était midi. Le mouvement s’exécuta d’abord sans encombre; mais, en raison de l’état assez précaire des ponts, il fut lent. Le passage de la rivière exigeait de grandes précautions, et les troupes ne pouvaient l’exécuter que par petites unités. A 4 (1) Une partie des bagages du quartier général, do la division de cavalerie cl de la l r “ brigade de la 2" division étaient tellement engagés déjà sur la route de Moulins-lès-Metz, qu'il fut impossible de les faire rétrograder; ils avaient été suivis aussitôt par les convois d’un autre corps qui interceptaient complètement la route derrière eux. Ils ne purent rejoindre lo 4" corps d’armée que le 1(», à Doncourt. (2) Voir l’ordre de mouvement pour la journée du 14, page üti. r.ES GRANDES JOURNÉES DE METZ 67 heures de l’après-midi, la situation était donc la suivante : dans la 3 e division, la l re brigade et une partie de la 2 e , passées sur la rive gauche à travers l’ile Chambière, se disposaient à aller établir leurs campements auprès de Devant- les-Ponts; la -l re division n’avait point encore complètement évacué ses positions, mais sa majeure partie descendait la côte de Saint-Julien, et môme sa tête, ayant franchi le petit bras delà Moselle, se massait dans l’ile Chambière. Le général de Ladmirault, à cheval au milieu de ses troupes, surveillait leur passage, quand tout à coup le bruit du canon se fit entendre sur les hauteurs de l’est, et un lieutenant d'artillerie, accourant au galop, jeta ce cri : « La division Grenier est attaquée! », puis disparut (1). L’émotion était grande. Tous ces braves gens, las de reculer, entendaient sonner enfin l’heure de la bataille attendue depuis si longtemps, et promise comme une revanche des longues journées de retraite devant un ennemi qu’on ne voyait jamais. Ils s’arrêtèrent d’eux-mêmes, attentifs et soucieux, les yeux fixés sur les yeux de leur général. Leur attente ne fut pas longue; calme et grave, comme toujours, le général de Ladmirault fit un signe et ordonna de marcher au canon. Lui-même reprit immédiatement la direction du plateau, tandis que le capitaine de La Tour-du-Pin partait au galop pour aller prévenir le général Grenier que les deux autres divisions accouraient à son secours (2). Commencement de la bataille et retour offensif. — La 2 e brigade de la division de Cissey, qui n’avait pas encore quitté les abords de Saint-Julien, venait de faire demi-tour sur place dès les premiers bruits du combat; la l re jeta ses sacs au bord du chemin et remonta les pentes en courant. Ce fut un inoubliable spectacle! Sur la roule en lacets qui grimpe de la vallée, les (1) Sourenirs im-ilUs du capitaine de La Tour-du-Pin, aide de camp du général do Ladmirault. (2) Ibid. GS LE 4 e COUPS DE L’ARMÉE DE METZ soldats poudreux et ruisselants de sueur, niais la tète liante, marchaient enfiévrés d’ardeur, et grimpaient la côte d’un pas rapide que rythmaient les roulements ininterrompus de la charge. Les artilleurs, fouaillaut leurs chevaux lancés au galop, passaient dans une trombe de poussière, et jetaient aux coteaux boisés d’alentour des bruits de tonnerre, que l’écho renvoyait aux bataillons déjà engagés, comme pour leur donner confiance. Et dans le bruit croissant du combat s’élevait une clameur immense, un cri poussé à la fois par des milliers de poitrines, cri d’amour de la patrie, cri de joie et d’espérance, où se fondaient les amertumes des revers dans un renouveau de foi en l’avenir, le cri de « Vive la France! » et de « Vive l’Empereur ! » Les cœurs bondissaient d’aise à ce signal de la lutte tant désirée avec l’ennemi insaisissable devant qui on reculait depuis trop longtemps, et l'exaspération des revers, des fatigues et des souffrances, était vaincue par un sentiment unanime de détente et de soulagement. Jamais, on peut le dire, bataille ne fut oiïertc à des hommes aussi impatients de la livrer. Il nous faut voir maintenant comment elle avait été engagée. On se rappelle que la I ro armée allemande, servant de pivot à la conversion exécutée par les autres, avait ordre, le 14, de garder purement et simplement ses positions. Elle s'attendait bien réellement à une attaque (!), mais ne cherchait point à la provoquer. Le général de Stoinmetz paraissait môme fermement décidé à ne sortir de son expectative que si les forces françaises essayaient de tenter quelque chose dans la direction du sud, contre celles du prince Frédéric-Charles (2). Aussi faisait-il observer avec soin tous nos mouvements, que d’ailleurs plusieurs généraux, postés sur les hauteurs qui domi- (1) « l.a singulière persistance des Français à demeurer sous Metz, alors que déjà deux corps prussiens (lie et X», de la II" armée) avaient atteint la Moselle moyenne et que la cavalerie courait le pays jusqu’à la route de Verdun, no pouvait guère indiquer d'autre intention que celle, d’attaquer la I re armée, qui, par suite du développement donné au mouvement de la II', pouvait paraître isoiéo ». (l.a Guerre franco-allemande, l ro partie, page 441.) (2) Ibid, p. 448. LES GRANDES JOURNÉES DE METZ G!) lient le ravin de Colombey, suivaient avec un intérêt qui s'explique. Au moment où notre retraite commençait, le commandant du I er corps, général de Manteufïel, supposant que nous préparions peut-être le mouvement redouté vers le sud, avait donné J’alerte à ses deux divisions, cantonnées à Courcelles- Cliaussy et aux Étangs. Mais le général von der Goltz, qui commandait à Laquenexy l’avant-garde du VII e corps, n’avait pas tardé, au contraire, à constater que notre mouvement rétrograde avait bien réellement Metz pour objectif, et que, par conséquent, nous allions décidément franchir la Moselle. Dans ces conditions, il crut pouvoir prendre sur lui de nous arrêter : prévenant aussitôt les deux divisions de son corps d’armée de la prise d’armes exécutée par le I er corps, il quitta à 3 b. 1/2 son bivouac, et fit demander au général de Manteufïel, ainsi qu’à la I re division de cavalerie, de soutenir son offensive. C'était là un acte d’initiative hardie. En mettant ainsi, de sa propre autorité, des troupes en mouvement, le général von der Goltz entamait, contre le gré du général en chef, une lutte dont il ne pouvait pas prévoir l'importance, ni peut-être maîtriser les développements. Il outrepassait ses pouvoirs et engageait la liberté d’action du généralissime. Ce sont là des pratiques dangereuses, que les Allemands eux-mêmes ont blâmées, malgré lesavantages qu’elles leur ontvalus (1). Il n’aurait tenu qu’à Bazaine de les en punir sévèrement. L’avant-garde du VII e corps (2) attaqua donc, vers 4 heures, les avant-postes du général Decaen, et leur enleva successivement le château d’Aubigny, Colombey et la Planchette; mais, écrasée sous le feu des troupes du 3 e corps qui lui infligeaient de lourdes pertes, elle fut impuissante à aborder le plateau de Borny. A 5 heures du soir, cette avant-garde se trouvait dans une position critique, et elle aurait infailli— (1) « U ne Tant pas se dissimuler que ce mode do batailles improvisées esl de nature à entraîner maints dangers, et, sous ce rapport, un utile enseignement peut être tiré de la journée du 14 août. » [la Guerre franco-allemande , 1" partie, page 401.) &) Régiments n" * * * * * 8 lü et ;>ü (2“ et G p do Weslplialic); 7 e bataillon de chasseurs, 8 e régiment de hussards, doux batteries légères. 70 LE 4 e CORI'S I)E L’ARMÉE DE MET/ blement succombé si des secours ne lui étaient pas arrivés fort à propos. Ce fut d’abord une brigade du VII 0 corps, qui avait suivi d’elle-méme; ce fut ensuite le I er corps tout entier, amené par le général de ManteulTel, et qui vint se déployer progressivement entre la route de Sarrcbriick et Noisseville. Ce fut enfin la 14® division, dont une brigade, la 28°, alla appuyer l’aile gauche de von der Goltz, tandis que l’autre s’établissait en réserve générale. Le général de Zaslrow (1), bien qu’il « regardât comme peu conforme à l’esprit des dispositions du commandant en chef de la I ro armée d’entreprendre une attaque sérieuse dans la direction de Metz » (2), n’avait pas hésité, en effet, à soutenir les troupes de son corps d’armée qui s’étaient engagées d’elles-mèmes. Grâce à ces puissants renforts, la lutte put être reprise, et devint môme très ardente sur le front Colombey-Nouilly. Le général de Steinmetz, arrivé en personne sur la route de Sarrelouis, avait bien essayé de l’arrêter, et des officiers de son état-major couraient en tous sens pour ordonner en son nom de rompre le combat (3); il était trop tard. Une énorme batterie de 60 pièces était déjà installée entre Coincy et la brasserie de Noisseville, et son feu nourri montrait que c'était bien d’une bataille qu’il s’agissait. Les Allemands redoublèrent d’eiïorts, et, grâce à l’appui de cette batterie, finirent par réussir à prendre pied sur la rive gauche du ravin de Colombey, à l’ouest deLanvallier et de la Planchette, mais sans pouvoir pousser plus loin que la croisée des roules de Saarlouis et de Saarbrück. Ainsi, du côté français, on résistait avec énergie, et le 3® corps ne se laissait entamer nulle part; mais, jusqu’ici, on semblait vouloir se contenter de ce résultat. Au premier tumulte du combat, le maréchal Bazaine avait envoyé au général Decaen l’ordre « de prendre ses dispositions pour repousser victorieusement l’attaque (4) ». Or, le général Decaen venait (1) Commandant du VU” corps. (2) La Guerre franco-allemande, 1” partie, page VG2. (3) Ibid., page 48G. (4) Rapport du maréchal Razainc. LUS GRANDES .TOURNÉES DE METZ 71 d’être très grièvement blessé (1), et le maréchal se promenant lui-même au milieu des rangs du 3 e corps, chacun attendait ses ordres. Il n’en donnait malheureusement plus aucun, ne prenait point de détermination, et, laissant la lutte se développer sans objectif défini, paraissait redouter seulement qu’on s’engageât trop à fond (2). Cette crainte eût été légitime, si la continuation ininterrompue de la retraite sur Verdun avait constitué pour lui un objectif exclusif; mais alors il lui eût fallu se borner purement et simplement a contenir l’ennemi jusqu’à la nuit avec le 3 e corps et la Garde, encore en position, et bâter le plus possible le mouvement général; il lui eût fallu prendre certaines précautions préalables pour que ce mouvement ne courût aucune chance d’être entravé ; il lui eût fallu surtout arrêter le retour offensif du 4 e corps, et adresser à cet égard des instructions fermes au général de Ladmirault. Ou bien, s’il jugeait au contraire l’occasion favorable d’infliger une leçon sévère à un adversaire qui ne pouvait avoir l’audace de s’aventurer en masses jusque sous le canon des forts (3), alors lui devait profiler sans hésiter de la situation critique où cet adversaire s’était si imprudemment placé, et bousculer, avec les forces supérieures dont il disposait, ses tètes de colonnes au fur et à mesure qu’elles se montraient. Le maréchal Bazaine n’adopta ni l'une ni l’autre de ces deux solutions; bien que présent, il laissa le 3 e corps se défendre sur place, la Garde continuer sa retraite, et le 4 e corps interrompre la sienne, de parla seule initiative et le seul instinct militaire de sou général, auquel il n’eut garde d’envoyer soit avant, soit pendant, une indication quelconque. Ce n’est point là faire un acte de chef; c’est se donner soi-même en proie aux hasards des événements. (1) Il mourul. quelques jours après. (2) Déposition ilu général de Castagny devant le conseil de guerre do Trianon. (3) I.c général do Manleuflel avait ordonné aux troupes du I er corps « d'entrer vigoureusement en action, et do refouler l'adversaire, mais sans se laisser entraîner dans la zone du feu des forts. » D'ailleurs, la Relation ollicielle insiste à plusieurs reprises sur les idées de prudence qui guidaient le commandement prussien, et, entre autres choses, dit formellement que « les Allemands n'avaient ni l'intention, ni surtout la faculté de pousser plus avant». {La Guerre franco- allemande, page 493. ) 72 LE 4 ° COUPS DE l’AHMIîë DE METZ Combat sur le front, du 4 e corps. — Ceci dit, un peu par anticipation, et pour esquisser la physionomie générale de l’engagement, venons à l’entrée en action du 4° corps. La division Grenier, postée, on s’en souvient, aux abords du village de Mey, et qui s’attendait à une attaque imminente (1), venait d’ètre disposée comme suit : En première ligne, sa l re brigade (général Bellecourt) était déployée sur la crête qui court à l’est de Mey, le 13° de ligne ;i droite, ayant deux bataillons en première ligne à cheval sur le chemin de Mey à Nouilly, et un (le 2°) en réserve derrière le petit bois de Mey, qui domine les pentes d’un profond ravin transversal à celui de Nouilly. Ce petit bois était lui-même occupé par trois compagnies (l r0 , 5° et 6 e ) du 5° bataillon de chasseurs. Le 43° de ligne, prolongeant ce front, s’étendait en ligne de bataillons en masse vers l’intersection de la route de Villers-l’Orme avec celle de Bouzonvillc. Quatre bataillons (trois du 64° et un du 98°), formés en colonne à demi-distance, se tenaient en réserve à 600 mètres plus à l’ouest; le 3° bataillon eu 98°, à l’extrême gauche de la deuxième ligne, sur l’arête du plateau, faisait face au nord, afin d’observer la vallée qui court au-dessous de Villers-l’Orme. Quant à l’artillerie, elle avait une batterie de 4 (capitaine Prunot), au nord-ouest dubois de Mey, le long du chemin de VilIers-I'Orme ; une autre (capitaine Erb), en travers de la roule de llouzonvillc ; la troisième (mitrailleuses du capitaine de Saint-Germain) au centre, entre les deux régiments de la t rû brigade. La 2° compagnie du 5° bataillon de chasseurs servait de soutien à la première de ces batteries; la 4 e compagnie de ce même bataillon et le 2° bataillon du 98° étaient auprès de la seconde; en lin, la troisième avait avec elle la 3 e compagnie du 3° bataillon de chasseurs. Le terrain en avant de la division olïrait deux aspects assez dilïérents. Découvert et descendant en pentes douces à l’est du bois de Mey, il plongeait au contraire d’une façon fort roide (I) Depuis la veille, les grand'gardes de colle division apercevaient, ail loin des détachements ennemis en observation sur les hauteurs situées à l'horizon entre l’oixe et Servigny. LKS GRANDES JOURNEES DE METZ 73 sur le ravin de Nouilly, et ses pentes, plantées de vignes, aboutissaient là à des prairies coupées de haies et de vergers; cependant les batteries, surtout celle de mitrailleuses, avaient des vues assez bonnes. Le bois de Mey, très fourré, forme un rectangle allongé de l’ouest à l’est, ayant environ deux cents mètres sur le grand côté, et cent cinquante sur le petit. 11 était bordé à l’est et au sud par un petit fossé formant tranchée, et donnait par suite un excellent point d’appui, qu’il eût été facile de rendre très fort. Mais aucun travail d’aménagement n’avait été fait nulle part. Du côté allemand, le général de Manteufïel avait, au reçu de l’appel à lui adressé par von der Gollz, porté en avant, comme on l’a vu plus haut, ses deux divisions, dont les avant-gardes occupaient respectivement Silly et les Étangs. La l r0 poussa vers Montoy, pour donner la main au VII 0 corps. La 2° marcha sur Noisseville, face aux positions occupées par la division Grenier. Elle avait en première ligne toute la 3 e brigade (régiments n os 4 et 44), le 10° dragons et deux batteries; ces dernières, prenant les devants, vinrent, dès 4 h. 3/4 environ, s’établir à l’ouest de la brasserie de Noisseville, des deux côtés de la route de Saarlouis, et, sous la protection des dragons massés à proximité, elles ouvrirent le feu dans la direction de Mey. Elles formaient l’aile droite des soixante bouches à feu dont il a été question ci-dessus (1); (le déploiement total de la ligne fut achevé vers 6 heures et cette ligne s’étendit alors jusqu’au sud du ruisseau de Coincy). Presque aussitôt, cinq compagnies du régiment n° 44 atteignaient la crête à l’ouest de Nouilly (2), et, prenant leur formation de combat, à 300 ou 400 mètres à peine de nos tirailleurs, engageaient la lutte. Les troupes de la division Grenier ripostèrent avec vigueur (1) Voir page 70. quarante cinq de ccs pièces avaient le 3" corps pour objectif. (2) La Relation allemande (p. iüO) écrit,, par suite d'une erreur typographique sans doute, « le village do Mey », au lieu do celui de Nouilly. Elle ajoute (pie ce village était fortement barricadé, et (pie les Français s'embusquaient dans des tranchées-abris. Tout cela est inexact, et nous répétons qu'il n'avait point été fait, do notre cété, de travaux do fortification. Il n'y avait à Nouilly qu’une compagnie ■do grand'garile. 74 LE 4 ° COUPS DE l’AUMÉE DE METZ à cette attaque; elles sentaient d’ailleurs que le soutien n’allait pas leur manquer. En effet, la brigade Golberg (1), qui, au premier coup de canon s’était arrêtée derrière le fort Saint- Julien, venait de se porter en arrière de Mey; la brigade B rayer (2) remontait déjà les pentes au pas de charge. Immédiatement, le général de Cissey, pour garantir l’aile gauche contre tout danger, envoya le général de Golberg prendre une position à cheval sur la route de Bouzonvillc, avec l’artillerie, (pii mit en batterie au sud de cette route, s’intercalant entre les batteries Saint-Germain et Erb, et battant les villages de Poixe et de Servigny. Quant à la brigade Brayer, elle se dirigea vers Mey, pour appuyer la droite du général Grenier, lequel alors renforça la garnison du bois de Mey par le 2° bataillon du G4 e et resserra ses batteries sur celle du capitaine de Saint-Germain. Mais déjà l'offensive ennemie était interrompue. Toutes les compagnies prussiennes poussées en avant de Nouilly, et soumises depuis un instant au feu intense de nos tirailleurs et des mitrailleuses, avaient été repliées, avec de lourdes pertes, sur le village d’où elles sortaient. D’ailleurs, l’arrivée de la brigade de Golberg sur la route de Bouzonville leur inspirait des craintes sérieuses (3), et môme le général de Memerty, redoutant une contre-attaque, avait fait tenir solidement Nois- seville par un bataillon de repli, et envoyé un autre bataillon à Servigny (4). Il était plus de G h. 1/2. A ce moment, l’artillerie de corps du 1 er corps (G batteries) arrivant de Courcelles- Chaussy, les Allemands poussèrent vers le nord, dans le voisinage de Servigny, trois batteries de la 2° division, précédemment en position au sud de Noisseville, et auxquelles était venue se joindre, à Poixe, une batterie à cheval. Ils voulaient ainsi répondre d’une façon plus elïicacc au feu de nos pièces de gauche (division de Cissey) et parer au mouvement débor- (1) 2” (loin division do Cissoy. (2) 1" de celte môme division. (3) La Guerre franco-allemande, page 400. (4) C’est ce mouvement, et ceux do l'artillerie ennemie dont il vu dire question, qui avaient déterminé le général de, Cissey à porter son artillerie vers La Salotlc. LES GRANDES JOURNEES DE METZ 7 O dant qu’ils redoutaient, au point que Manteufïel venait d'envoyer à la 3° brigade l’ordre de maintenir à tout prix sa position de Noisseville et du ravin de Nouilly. « Pour concourir à ce résultat, écrivait-il au général de Memerty, l’artillerie de corps se rapprochera aussi de Noisseville. La l ro brigade d’infanterie, en marche sur la route de Sarrbrück, s’établira, à son arrivée, en réserve générale, à la Brasserie. La 4 e brigade d’infanterie, qui s’approche également, contournera Noisseville par le nord, et, laissant deux bataillons en réserve dans le ravin, cherchera à s’opposer au mouvement tournant. » Le 4 e corps allait donc avoir alïaire à forte partie. Ces ordres étaient à peine donnés, que six compagnies du 44° prussien (1) sortent à nouveau du ravin de Nouilly, et viennent se déployer sur sa crête occidentale, quatre compagnies au nord, deux au sud du village. La marche à travers les vignes est malaisée, le feu des Français terrible et meurtrier. L’attaque va donc encore une fois s’arrêter, quand, heureusement pour elle, le 1 er bataillon du 3 e régiment débouche tout à coup du ravin qui court entre Nouilly et le Goupillon ; il était envoyé au secours de la 2 e division par le général de Bentheim, commandant la l re . Presque au même moment, une ligne très dense, formée de la majeure partie du régiment n° 4 et de trois compagnies du régiment n° 43, surgissait du ravin du Moulin de la Tour, et montait dans la direction de Mey et de Vantoux; ces troupes, primitivement engagées contre le 3 e corps sur le plateau de Bellecroix, s’étaient trouvées découvertes à droite par suite de la retraite de la première attaque prussienne contre Mey, et préféraient faire face au danger. Un assaut général et concentrique est tenté contre les crêtes, avec l’appui de l’artillerie qui redouble son feu (2) ; mais « la nature difficile et couverte du terrain fait bien vite dégénérer cette attaque en une série d’efforts partiels qui échouent devant les fortes positions de l’adversaire. Ce n’est qu’au prix de pertes (1) Deux compagnies du 2 e bataillon et le bataillon do fusiliers. (2) C’était l'artillerie postée entre Noisseville et Lauvallior (sept batteries), qui 'enait encore d’étre renforcée par deux batteries à cheval du VII e corps. 76 LE 4 e CORPS DE L’ARMÉE DE METZ sérieuses que l'on parvient à faire quelques progrès (1) », bien médiocres au total ; si médiocres, que certains officiers français croient le moment venu de passer à la contre-offensive. Le commandant Lefèvre, avec le 2° bataillon du 64° poussé dans le bois de Mey, veut se jeter en avant, et entraîne ses hommes hors du bois, presque jusque sur le bord du ravin de Nouilly, où sont embusqués les fusiliers prussiens. Mais voici que tout à coup apparaissent en ordre compact, sur les crêtes du Goupillon, les deux derniers bataillons du 3° allemand, qui se précipitent sur nos soldats, les bousculent, et les repoussent vers le bois avec des pertes sanglantes, dont celle, très regrettable, de leur brave commandant. Puis, aussitôt, la ligne allemande reprend son élan; le petit bois, attaqué de front et de liane, est enlevé, et les trois compagnies de chasseurs qui l’occupaient sont rejetées hors de sa lisière ouest; seuls, quelques débris réussissent à se blottir contre celle lisière, tandis que quatre batteries à cheval prussiennes, accourant sur le bord occidental du ravin de Nouilly, couvrent d’un ouragan de fer les positions que nous tenons encore entre Mey et Grimont. En vain, le commandant Commerçon, avec le 2° bataillon du 13° de ligne, posté en réserve derrière le bois, essaye-t-it de rétablir les allai res. Il est, entraîné dans la retraite générale, et obligé de reculer à son tour. L’aile droite de notre artillerie, prise en liane, doit elle-même se reporter un peu en arrière. La situation de ce côté devenait donc assez mauvaise, et le général de Cissey ne tarda pas à s’en apercevoir. Il ôtait au milieu de ses troupes, un peu au sud de la route de Bouzon- viIle, sur les pentes qui descendent doucement du château de Grimont vers Mey. De là, comme en un vaste panorama, il embrassait d’un coup d’teil le ‘ de ce combat qui avait pris en si^Deu de temps un acharnement extraordinaire. Il voyait au loin, à travers la fumée et la brume qui commençait à se lever, les efforts infructueux de l’ennemi pour prendre pied sur le plaleau de Bellccroix, la lutte sanglante (1) I.a Guerre francn-alleniandi’. pn^oitU. LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 77 dont les abords de Mey étaient le théâtre, et l’horizon cerclé d’une couronne de lueurs rougeâtres qui marquait la ligne concave des batteries ennemies. Mais il voyait aussi les troupes assaillantes qui, à la faveur de notre insuccès passager du bois de Mey, cherchaient à se faufiler dans le ravin de Vanloux pour séparer le 3 e corps du 4 e . Avec l’assentiment du général commandant le corps d’armée, qui, à quelque distance de lui, s’occupait des mouvements inquiétants de l’ennemi vers Ser- vigny et Poixe, il se hâta d’intervenir. A ce moment, le général Grenier venait d’envoyer dans le village de Mey, encore inoccupé et dont la conquête par l’ennemi nous aurait été funeste, le 3 e bataillon du 64 e de ligne, commandant Le Mouël (1). A la gauche du village, le 13 e de ligne, assez éprouvé à la suite de sa tentative avortée de contre-attaque, commençait à fléchir. Cependant, le colonel Lion, son drapeau à la main, était parvenu à grouper autour de lui, à la faveur d’une haie élevée, la valeur d’un bataillon formé d’éléments divers, et faisait ouvrir un feu à volonté contre le petit bois. C’est alors qu’arriva vers Mey le 20 e bataillon de chasseurs, envoyé par le général de Cissey. Appuyant sa droite au village, il se déploya face au flanc méridional du taillis, et se porta bravement de l’avant, à travers un terrain labouré de projectiles. A peine était-il en mouvement que le commandant deLabarrière tombait frappé à mort; les chasseurs, résolus à venger leur chef, en marchèrent avec plus d’ardeur encore. En même temps les 1 er et G 0 de ligne, accourus eux aussi, attaquaient l'un par l’ouest, l’autre par le nord. Enfin, le général Grenier faisait sonner la charge, et, avec l’appui du 1 er bataillon du 98 e , qui venait de s’embusquer dans le fossé du chemin conduisant de Mey à Yillers-l’Orme, etdirigeailmaintenant un feu violent contre le bois, il entraînait tout son monde, chassait les Prussiens de leur point d’appui, et les refoulait en désordre, à travers une nuit noire, sur les vignes et le ravin de (h « Ce bataillon, faute d'outils, ne put faire que (les travaux do défense incomplets. » (Historique du (H’ régiment d'infanterie.) — Le 1" bataillon du régiment s’était déployé à la gauche du petit bois, à célé du 43 e . 78 I.E 4 e COUPS 1)K l’aUMÉK DE METZ Nouilly, encombrés de morls et de mourants. Des fractions des l rc et 2 e divisions prussiennes, qui, à la faveur du succès passager de l’aile droite, s’étaient avancées jusque vers Belle- croix, se trouvaient entraînées dans cette débâcle, et il fallait que le général de Benlheim se jetât au-devant de leurs débris complètement désorganisés pour les arrêter (1). Il était 8 heures du soir. Entre temps, la division Lorenccz, qui, comme la l re , avait jeté ses sacs le long delà route, mais avait eu plus de chemin à parcourir, était arrivée à son tour sur le plateau, et aussitôt sa 2° brigade (Berger) s’était déployée par bataillons en colonnes en arrière de la division de Cissey, tandis que la l ro (Pajol), constituant la réserve générale du corps d’armée, était portée à droite de la route de Bouzonville, entre le chemin de Val lières à Saint-Julien, et celui de Vantoux à Griment; elle se formail là sur deux lignes de régiments en lignes de colonnes. Ses batteries allaient, à 7 b. 1/2, renforcer celles de la division Grenier et se déployaient à la droite de (1) La Guerre franco-allemande, page 483. — Nous avons déjà dû constater ailleurs (voir l 'Histoire générale de la guerre, tome l rr ) que dans le récit do la bataille de Borny, la Délation officielle allemande, contrairement à ses habitudes, ne craignait pas d'émettre certaines assortions quelque peu fantaisistes. Ainsi, elle parle de trois compagnies qui, au milieu d'une obscurité complète, auraient pénétré dans le village do Mey et s'en seraient emparées (p. 481). C’est complètement inexact. Le bois a été perdu momentanément par nous, mais jamais le village, qui a toujours constitué le point d'appui do notre droite, et en particulier celui do la contre-attaque exécutée par le 20” bataillon de chasseurs. — Un peu plus loin (p. 484), elle cite le t” r bataillon du 41” qui aurait poussé jusqfr'ù Vallièrea, se serait élevé sur la croupe qui s'étend au nord de ce village, et se serait heurté là « aux colonneu en retraite du général de l.ailmiraull ». Sans insister sur coque présente de complètement invraisemblable un pareil mouvement exécuté presque sur les glacis des forts, et en arrière de nos lignes, il suffira do constater qu’aucun document français ne le mentionne, et que, d’ailleurs, la retraite du 4“ corps a commencé à minuit seulement, .lusque-là, les régiments sont restés en place, et, s'il est permis de s’appuyer ici sur un souvenir personnel, celui qui écrit ces lignes peut affirmer qu’après la bataille, la l r “ brigade do la division de Cissey, à laquelle il appartenait, s’est reformée contre la lisière nord du bois do Moy ; que lui-même a été chargé do relever les blessés, triste mission qui s’est prolongée jusque vers 11 heures; et qu’ensuile il s’est endormi sur un las de fumier, jusqu'au moment où on l a averti (pic son bataillon partait. 11 était juste minuit et demie. Le mouvement indiqué par la Délation allemande s’étant produit, d’après elle, à 8 h. 1/2, on voit qu’il n’aurait pu être arrêté parités troupes en retraite. La vérité est qu’il ne s'est point produit, du moins sur le terrain dont parle l'état- major allemand. LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 79 la batterie Prunot. Un instant après, la réserve d’artillerie était venue joindre le feu très efficace de ses pièces de 12 à celui de l’artillerie de la division de Cissey, qui tirait toujours contre Poixe et Servigny, et le duel des batteries avait tourné à notre avantage (1). Les Allemands durent, pour essayer de se débarrasser de ces pièces gênantes, lancer contre elles le bataillon de fusiliers du 4 e , qui occupait Servigny; mais il était 8 heures, la nuit tombait, et attaquer n’était guère commode. Ce bataillon, reçu d’ailleurs par la fusillade énergique des brigades Golberg et Berger, s’arrêta bientôt, puis, au bout de peu de temps, disparut dans l'obscurité. Fin de la bataille. — Cependant, le général de Bentheim, ayant réussi à réunir en deux grosses masses ce qu’il avait pu contenir des fuyards, se mettait à leur tête, l’épée en main, et, remontant les pentes du ravin de Lauvallier, essayait de revenir à la charge contre la gauche du 3 e corps et la droite du 4 e ; mais il était arrêté par la nuit et par les feux dont nos soldats, immobilisés, eux aussi, par l’obscurité, ne cessaient de couvrir les assaillants, aussitôt qu’ils pouvaient les apercevoir. Il était 9 heures du soir, et l’action semblait devoir s’éteindre. Tout à coup elle se ralluma à notre extrême gauche, où arrivaient les derniers contingents du I er corps prussien. En effet, depuis quelque temps, des masses confuses semblaient s’agiter sur les terrains découverts qui sont au nord de Nouilly, et sur la route de Bouzonville. Les balles sifflaient encore dru; l’artillerie ennemie, bien que moins bruyante, tirait à toute portée sur nos derrières, croyant atteindre des troupes déjà en retraite. Le général de Ladmirault, craignant qu’à la faveur de la nuit l’ennemi cherchât à opérer par surprise un mouvement débordant à travers les ravins de Villers-l’Orme, essayait de se rendre compte de la situation exacte, quand brusquement surgirent devant lui, dans l’om- (1) « Jusqu'alors, on n'était parvenu qu'il tenir en quelque sorte les pièces françaises on échec. » (La Guerre franco-allemande, page 482.) Toutes les batteries de la réserve n'avaient d’ailleurs pas tiré. 80 LU 4° COUPS DE l’AHMÉE DE METZ bre, des troupes prussiennes dont il était impossible d’évaluer la force. La fusillade éclata soudain, et son crépitement subit provoqua une assez chaude alarme dans les compagnies de la 2° division qui servaient de soutien aux batteries. Comme un commencement de panique se produisait même, et pouvait, en raison de l’obscurité, devenir dangereux, le général prit une compagnie du 43° encore en ordre et ordonna de battre la charge. En un instant tout le monde se ressaisit et les officiers, ralliant leurs hommes, les lancèrent en avant, au son des tambours et des clairons, dont le général suivait le rythme en battant avec sa canne la mesure sur le sac d’un soldat (1). Au bout de quelques mètres, on s’aperçut que l'ennemi avait disparu. Le feu cessait d’ailleurs sur toute la ligne, et la bataille, entamée à 4 heures de l’après-midi, finissait d’elle-même, faute d’v voir. Elle était glorieuse pour le 4° corps, qui venait d’y recevoir le baptême du feu, et pouvait coucher sur ses posilions intactes. Elle l’était au même degré pour le 3°, qui ue s’était point laissé entamer. En résumé, ces deux corps avaient combattu contre des forces au moins égales en infanterie (2), sensiblement supérieures en artillerie (3), et nulle part ils n’avaient cédé le terrain, si ce n’est, sur une bande insignifiante en avant du ravin de Colombey. Au point de vue absolu, ils étaient donc en droit de se considérer comme victorieux, et l’impression générale, dans ces troupes qui avaient lutté si valeureusement, était incontestablement celle d’un succès. Ri, en réalité, l’assaillant avait pris pied sur le versant occidental du ravin de Colombey, c’était d’une façon tellement précaire que, (1) Souvenirs inédits du capitaine do La Tour-du-l’in. (2) 1° Du côté allemand, prosipic tout lo I er corps, ainsi que les Ci", 14' cl, 18' divisions (ccs doux dernières, il osl. vrai, assez pou engagées, do même que los 1” et 3' divisions de. cavalerie); 2" Du côté français, los quatre divisions du 3' corps (dont la I" assez peu engagée), Indivision Ureniorctla division de Cissey (peu engagée également). Il no faut pas oublier que los divisions prussiennes étaient fortes de 12.000 ou de 13.000 hommes, suivant qu'elles avaient ou non un bataillon de chasseurs, lundis ([un los divisions françaises comptaient tout au plus 7 il 8.000 combattants. (3) 102 pièces allemandes contre liii! pièces françaises, dont 30 mil railleuses. LES GRANDES JOURNÉES DE METZ SI de son propre aveu, il n’y pouvait pas rester, et, de fait, Steinmetz venait d’ordonner la retraite des I er et VII e corps sur leurs anciens emplacements (1). Aussi, pour la première fois, nos soldats éprouvèrent-ils ce soir-là un sentiment d’émotion joyeuse, où ils voulaient lire l’augure des jours meilleurs. Autour du bois de Mey, dans les vignes de Nouilly, sur ce champ de bataille jonché de morts et de mourants et éclairé par la lueur sinistre des villages incendiés, les cœurs, insensibles à l’affreux spectacle, battaient tous d’allégresse, et, saluant le retour espéré des gloires anciennes, croyaient avoir dit adieu au malheur. Le silence, devenu tout à coup très profond après tant de tumulte, était troublé de temps en temps par les hourras des Allemands, auxquels leurs chefs voulaient absolument inculquer l’idée de la victoire, et par le bruit des musiques, jouant, sur les hauteurs de Noisseville, l’hymne « Hiel dir im Siegerkrantz (2) ». Mais nos soldats, tout heureux d’avoir enfin combattu et refoulé l’ennemi, se raillaient de cette exaltation factice, à laquelle ils promettaient bien un lendemain désen- chanteur. Hélas! ils ignoraient que pour nous ce lendemain devait être terrible, et que ce premier succès, si ardemment désiré, si joyeusement accueilli, nous était, en réalité, plus préjudiciable qu’utile. Ils ne pouvaient se douter qu’en livrant la bataille, nous avions fait le jeu des Allemands, prolongé le retard déjà considérable de notre retraite, et facilité par suite le mouvement débordant que la II e armée voulait opérer sur notre flanc droit. Tant de temps perdu devait exercer sur les événements ultérieurs les conséquences les plus graves. Lorsque, deux jours après, les forces françaises atteignirent enfin le plateau de Gravelotte, ce fut pour se heurter aux avant-gardes prussiennes, qui étaient accourues leur barrer le chemin. La bataille de Borny, malgré son peu de durée, avait été (fi La Guerre franco-allemande, pages 487 et 488. — « Afin, disait le général de Steinmetz, de permettre l’enlèvement des blessés, et de laisser aux troupes le sentiment de la victoire », cette retraite ne devait commencer qu’apres quelques heures. (2) « Salut a toi au jour de la victoire! » 4* Corps. G 82 LH 4 ° COUPS l)li L’A KM KL DE METZ très meurtrière, en raison même de son acharnement. Elle coûtait aux Allemands 4.90G hommes, aux Français 3.608 hommes hors de combat. Pour sa part, le 4° corps comptait 54 officiers et 714 hommes tués, blessés ou disparus (1). Les deux régiments les plus éprouvés étaient le 13° et le 64® qui avaient perdu, le premier 13 officiers (dont 7 tués), le second 18 officiers (dont 6 tués). Le 5° bataillon de chasseurs avait également beaucoup souffert. Quant aux autres corps, ils s’en étaient tirés d’une façon relativement heureuse, quoique le 20° bataillon de chasseurs eût à déplorer la mort de son commandant. La cavalerie n’avait pas eu occasion de donner; cependant deux hussards de l’escorte du général Grenier étaient tombés, grièvement blessés, à scs côtés. L’artillerie n’avait subi que des pertes insignifiantes. Observations relatives à l'opportunité, du retour offensif du 4 e corps. — On a pu se rendre compte, par le récit qui précède, que cette bataille n’avait été dirigée ni d’un côté ni de l’autre. Pas plus que Bazaine, Steinmetz n’y fit œuvre de commandant en chef. Mais, tandis que, du côté allemand, les deux commandants de corps d’armée étaient pourvus d’instructions générales fermes et d’une connaissance exacte du plan général d’opérations, les généraux français, au contraire, n’avaient d’autre guide que leurs seules inspirations. Sans doute, la lutte s’était engagée contre le gré du grand état-major allemand, qui ne la croyait pas nécessaire; elle favorisait cependant ses projets, puisqu’elle avait pour premier résultat de retarder notre retraite, et de donner plus de temps au prince Frédéric-Charles pour exécuter sa marche enveloppante. Les généraux de Zaslrow et de Manteullel savaient donc qu’en la laissant se développer, il n’allaient nullement à l’encontre des vues du généralissime, et que le seul danger ii redouter pour eux, danger dont l’heure tardive écartait d’ailleurs la probabilité, était que l’armée française revint tout entière (1) Voir le détail dos pertes aux annexes. LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 83 donner un coup de boutoir; encore étaient-ils garantis dans une certaine mesure contre tout aléa par la disposition générale des forces allemandes, dont une partie assez importante était prête à les soutenir. Existait-il du côté français une pensée directrice aussi nette, une base aussi solide sur laquelle les commandants des grandes unités aient pu appuyer leurs décisions? La situation générale était-elle aussi complètement connue d’eux, et le plan des. opérations prochaines leur avait-il seulement été indiqué? A ces questions, la réponse est donnée par l’ordre de mouvement de l’armée, établi le 13 au soir par le maréchal Bazaine à Borny (1). Cette pièce, la seule qui ait été communiquée aux commandants de corps d'armée, est absolument muette et sur les mouvements de l’ennemi, et sur sa position probable, et sur les intentions ultérieures de celui qui l’a écrite. Elle ne donne que des ordres de détail, sans indication d’aucune sorte. L’armée sera dirigée sur Gravelotte, puis de là elle bifurquera par les routes de Confions et d’Étain; et c’est tout. Pour aller où? on ne le dit pas. Pour faire quoi? on ne le dit pas davantage. Et de ces renseignements indispensables que l’ordre écrit néglige de donner, les ordres verbaux sont encore plus avares; ils se bornent toujours à des indications absolument personnelles, ayant trait à la situation du moment. De telle sorte que les généraux subordonnés, tenus systématiquement dans l’ignorance de ce qui se passe n’ont d’autre alternative que l’inertie ou l’erreur. Le retour offensif exécuté dans l’après-midi du 14 août par le 4° corps d’armée a été la première conséquence directe de cette impénétrabilité du haut commandement. Son opportunité ayant été discutée, il y a lieu d’en faire connaître les ■causes et d’en examiner sans parti pris les résultats. Voyons d’abord comment le juge le maréchal Bazaine lui-même. « En retardant notre passage d’une rive à l’autre, a-t-il écrit dans (1) Voir pièce n“ 3 : Ordre de mouvement de l'armée du Rhin le 13 août 1870. 84 LE 4 e COUPS DE l’aDMÉE DE METZ une œuvre apologétique, les Allemands avaient obtenu le résultat qu’ils cherchaient; ils gagnaient le jour que nous perdions, et prenaient l’olïensive sur certains points (?), surtout en face du 4 e corps, dont les bataillons en retraite, protégés par le fort Saint-Julien, n’avaient pas besoin de remonter les côtes pour appuyer la 2° division, la Garde se trouvant derrière elle (1). » Et l’ex-maréchal, revenant à la charge un peu plus loin, ajoute : « Le retour offensif fait par le 4° corps vers 4 heures de l’après-midi avait été une faute tactique, amenée par un excès de zèle, c’est possible; car, lorsqu’une troupe bat en retraite laissant derrière elle un pont ou un défilé qu’elle a traversé, elle ne doit pas retourner en arrière, sous peine de se compromettre et de perdre un temps précieux utile à l’ensemble des opérations de l’armée. Le mouvement de retour olîensif du 4° corps était dans ce cas, et complètement inutile, car sa 2° division formant l’arrière-garde aurait été protégée par les feux des pièces du fort Saint-Julien, ou par la Garde qui était en réserve entre elle et le 3° corps (2). » U n’y a pas lieu, évidemment, d’attacher grande importance aux critiques émanant de l’ancien commandant en chef de l’armée du Rhin. L’amertume d'une vie brisée a éteint chez lui la claire notion des choses et obscurci son jugement à ce point que la haine en son ilrae a étouffé le remords. En vomissant le fiel à pleine bouche sur ses anciens soldats et sur leurs chefs il a peut-être donné le change à sa misère, mais il n’a pas réussi à se réhabiliter. Les contradictions qu’on relève dans son récit, des affirmations erronées comme celle qui concerne le fort Saint-Julien, dont le maréchal n’ignorait certainement pas l’état de dénùment presque absolu, dispensent d’ailleurs d'entamer avec lui la discussion. (1) Celte assertion est inexacte: la (iarile élnil bivouaquée derrière liorny, c'est-à-dire 1res au sud do la division Grenier. D'ailleurs, l'ex-marécliai so contredit lui-môme quelques pages plus loin, rommo on va le voir. (2) Episodes de la guerre de 1870 el le blocus de Metz, par l'ex-marécliai llazaine. (Madrid, Gaspar, 1883, pages (il) el 71.) LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 85 Mais le reproche a été relevé par d’autres, dont l’opinion mérite plus de déférence. Le lieutenant-général russe de Woyde, en particulier, l’a réédité pour son compte, en des termes qui appellent une réfutation et que nous allons reproduire ici. Il importait exlrômemcnt aux Français, écrit M. le général de Woyde, d’elïectuer le passage commencé. Mais le général de Lad- miranll succomba à la tentation. Il ramena sur la rive droite deux divisions qui avaient déjà franchi la rivière; le seul résultat qu’il obtint fut de fatiguer inutilement ses troupes et de perdre surtout un temps précieux... Ce retard cul son contrecoup dans la fatale journée de Rezonville. En effet, si le 4° corps français avait elïeclué son passage comme il le devait, il aurait atteint, dès le 15, son point de rassemblement à Doncourl, et, le IG au matin, il se serait trouvé, dès le début de la bataille, à proximité des Allemands, soit sur le liane gauche de leur ligne de combat. Par la force des choses, les trois divisions du 4° corps français auraient alors exécuté une attaque enveloppante contre l’aile gauche des Allemands et lui auraient probablement intligé une défaite complète. En réalité, une des divisions perdit tant de temps dans la vallée de la Moselle qu’elle rejoignit seulement son corps dans la nuit, après la bataille. Les deux autres, au lieu d’atteindre Doncourl le lu, n’y arrivèrent que le 16, après avoir fait un long détour. Elles ne paru renlsur le champ de bataille qu’assez lard, de sorte que Ladmiraull, sous prélexLe que ses troupes étaient fatiguées, se contenta de se mettre sur la défensive. Bref, au lieu de remporter, par une offensive résolue, une victoire certaine, les Français subirent, à Itezon villc, un nouvel échec, qui eut pour eux les conséquences les plus funestes. Voilà tout ce que le général de Ladmiraull a récolté avec sa marche au canon (1). Le récit qui va suivre des événements survenus les 15 et 1(5 août montrera tout ce que contiennent d’inexact les appréciations du général de Woyde. On verra à qui incombe réellement la responsabilité du retard éprouvé le 15 par la division Lorencez, et que, sur le champ de bataille de Rezonville, l'attitude du 4 e corps, loin d’être défensive, a été au contraire nel- (1) l)e l’initialicc des chefs en sous-ordre à la guerre, pur le Iiculenant-gi5n6- ral de Woyde, de l'arinüe russe ; traduit de l'allemand par le capitaine Richert (pages 30 et 31). 86 LE 4 ° COUPS DE l’armée DE METZ tement offensive en tant que ses instructions le permettaient. Restons en pour le moment au 14, et examinons la situation. Quand une troupe, quelle qu’elle soit, doit opérer une marche rétrograde à travers un défilé, il est de principe absolu qu’elle se couvre par une arrière-garde proportionnée à sa force, laquelle prend position en un point convenable protégeant le débouché du défilé et ayant des vuesdevant lui, fait tenir par des postes les avenues dangereuses, et s’éclaire dans la direction de l’ennemi, ha mission de cette arrière-garde, assurément délicate, mais ne dépassant point cependant les obligations courantes de la guerre, est de retarder l’adversaire, de le contenir, de le refouler si c’est possible, mais aussi de se sacrifier au besoin pour procurer au corps principal le temps indispensable à son écoulement. De son côté, le corps principal, s’il est ainsi protégé, doit se désintéresser du sort de la troupe protectrice, et chercher uniquement à se dérober rapidement. il est bien obligé cependant de revenir en arrière si sa propre sécurité est menacée, soit par l’écrasement prématuré de l’arrière-garde, soit par l’insuiïisance des mesures adoptées parcelle-ci; car n’ayant plus alors la libre disposition du défilé, il doit faire tète plutôt que de se laisser détruire sans pouvoir résister. Or, en examinant de près les choses, on est bien forcé de reconnaître que c’est là l’histoire de l’armée du Rhin, le 14 août. Elle n’avait point, à proprement parler, constitué d’arrière- garde, car, bien que le 3° corps et la Garde fussent encore sur le plateau, ils n’y occupaient nullement une position tactique, mais attendaient seulement leur tour de rétrograder. Le 3 e corps stationnait en avant do Borny, laissant complètement découvertes sur sa gauche les deux roules de Bouzonville par Kédangeetde Bouzonville par Sainte-Barbe; il n’avait devant lui aucun organe de renseignements, quel qu’il fût; son service de sûreté consistait uniquement en quelques grand’gardes d’infanterie, postées à un ou deux kilomètres tout au plus, c’est-à-dire à une distance à peine suffisante pour le protéger lui-même contre une surprise brutale. Les débouchés dange- LES GRANDES JOURNEES DE METZ 87 reux n'étaient pas gardés, et les quelques points d'appui qu'on occupait, La Planchette, Montoy, le château d’Aubigny, avaient été abandonnés à eux-mêmes, sans réserves affectées à leurs petites garnisons. La Relation allemande elle-même le constate. Alors qu'en tout étal de cause, dit-elle, il eut été avantageux, pour couvrir et assurer la retraite, de se maintenir par de fortes arrière gardes sur le ravin de Colombcy, nous voyous, au contraire, les points de passage les plus importants, tels que Colombey, La Planchette, Lauvallier, Nouilly, emportés de première lutte par les (êtes de colonnes prussiennes, qui continuèrent ensuite à s’y maintenir pendant longtemps, sans être autrement soutenues (1). Le commandant en chef de l’armée du Rhin n’avait donc pris aucune mesure pour protéger sa retraite, ni pour la couvrir. Par suite, la tranquillité du corps principal n’était pas assurée, et ce corps se trouvait dans l’obligation d’y veiller lui-même. Voilà pourquoi le généra] de Ladmirault avait dû tout d’abord se constituer à lui-même une sorte d’arrière- garde avec la 2° division. Ajoutons qu’elle n’était même pas suffisante pour assurer la libre exécution du mouvement. Supposons en effet que l’ennemi, voyant clair au bout de quelques heures de lutte dans notre situation et résolu à l’exploiter, ait pris le parti de tenir simplement le 3 e corps en échec, et de Caire avancer ses masses par la route de Sainte- Barbe; la division Grenier, inférieure incontestablement aux forces dont disposait Manteuffel, risquait d’être débusquée, d’autant plus que le secours prêté par le fort Saint-Julien était des plus insuffisants. Dépourvu de garnison et incapable de résister à un coup de main, cet ouvrage pouvait lui-même succomber, et alors les batteries ennemies venaient s’installer sur les hauteurs qui dominent à la fois l’ile Chambière et la plaine de Devant-les-Bonts, rendant tout passage impraticable aux troupes encore sur le plateau (2). Le retour offensif (1) La Guerre franco-allemande, page 4!)1. (2) Les Allemands ne voulaient pas tiHcr les forts, c'est certain. Mais rien n'em- pôchait un parti aventureux de se glisser jusqu'à Saint-Julien, par exemple, dont 88 LE 4° COUPS DE I,'ARMÉE DE METZ des deux divisions de Cissey et Lorcncez nous a sauvés de ce danger, sinon probable du moins possible, car tout est possible à la guerre, entre un assaillant audacieux et un défenseur qui ne protège pas ses mouvements; et en l’ordonnant le général de Ladmirault a cédé non pas à une tentation, comme le dit le général de Woyde, mais bien à l’appel du devoir et au sentiment militaire du chef qui voit ses troupes en péril. Non seulement personne n’est en droit de lui en faire un reproche, mais même ceux qu’il a peut-être sauvés par sa décision fïère doivent lui en être reconnaissants. Si d’ailleurs elle allait réellement à l’encontre des projets généraux du haut commandement, il appartenait, à celui-ci d’en arrêter les elTets. Le maréchal Bazaine était sur le champ de bataille, au milieu du 11 e corps. Puisqu’il jugeait inutile et dangereux l’engagement du 4°, il n’avait qu’à lui envoyer l’ordre de s’arrêter. La division de Cissey s’est déployée seulement à (i h. 1/2, plus de deux heures après le premier coup de canon. U n’y avait donc pas surprise, et quand un commandant en chef dirige réellement une bataille, aucune troupe importante ne doit agir que par son ordre. A la vérité, Bazaine se plaint que « M. le général de Ladmirault n’ait envoyé ce jour-là aucun ollicier d’état- major pour l’instruire de ce qu’il faisait (1) ». Mais le commandant du 4 e corps pouvait ignorer où était le maréchal, qui n’avait point révélé sa présence, tandis que le maréchal devait voir et voyait parfaitement la manumvredu 4 e corps. Au total, la faute, si faute il y a., incombe donc à lui et à lui seul; il avait mis, par son indifférence, un de ses meilleurs lieutenants dans l’alternative ou de déranger des projets d’ailleurs insulïisamment précisés, ou de manquer à son devoir de soldat. Le choix était d’autant moins douteux que, l’armée n’ayant pas d’arrière-garde, le soin d’assurer son salut appartenait à quiconque considérait l'honneur des armes comme un but imprescriptible et un unique objectif. la position (Hait excentrique, cl là, s'apercevant île sa faildosso, de mellrc la main dessus. (I) Le blocus de Metz, page 71. LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 89 Mais il y a plus. Ce retard fatal dans le mouvement de retraite, qu’on accuse le 4 e corps d’avoir prolongé encore par son retour offensif, ne lui est point imputable, même en partie. 11 tient à des causes dont la bataille de Borny n’est qu’une des moindres; il tient avant tout à la funeste obstination que le maréchal a mise à écarter jusqu'à Gravelotte tout autre débouché que la route de Longeville. Car, étant donné l’encombrement de cette route le 14 à 4 heures du soir, le 4 e corps, même s’il avait continué tout simplement à franchir la Moselle, n’aurait pu y passer que fort tard. On se rappelle que le convoi des bagages, conduit par un officier d’état-major, avait été coupé en deux à la sortie même de Metz, et que sa tête avait filé seule sur Rozérieulles (1). Aussitôt averti, l’officier d’état-major chercha à rattraper cette tête, et la retrouva en effet à l’est de Moulins; mais il lui fut impossible, non seulement de la ramener à travers la masse compacte d’hommes, de chevaux et de voitures qui roulaient déjà sur la route, mais même de remonter lui-même le flot; et il dut personnellement gagner, à travers les vignes, le village de Scy, pour revenir, par le mont Saint-Quentin, au campement de Devant-les-Ponts, où il n’arriva qu’à la nuit (2). Ainsi, dans l’après-midi du 14, la route de Metz à Rozérieulles était déjà impraticable à ce point qu’un cavalier ne pouvait plus, tout seul, la parcourir à contre-courant. Elle était complètement envahie par le 2 e corps, le 6 e corps et la réserve générale d’artillerie, qui exécutaient à la lettre l’ordre de mouvement. Immédiatement à leur suite vint la Garde, qui « effectuant son passage dès la fin du combat, dans la nuit du 14 au 15, atteignit Gravelotte le 15 au soir (3) ». En admettant donc que le 4° corps, comme il lui avait été prescrit, ait passé avant la Garde, c’est-à-dire qu’il ait attendu son tour à Devant- les-Ponts, au lieu de remonter les pentes de Saint-Julien et (1) Voir plus haut, page GG. (2) Souvenirs inédits (lu lieutenant-colonel (aujourd'hui général en retraite) Saget. (3) I.'Année du Rhin, par Je maréchal lîazainc, page üü. 90 LE 4 ° COUPS DE l’ahMÉE DE METZ de les redescendre, il ne serait jamais arrivé sur le plateau de Gravelotte que le 15 au soir; mais alors le 3° corps, au lieu de le devancer, aurait pris sa place à la queue de la colonne, et ne serait arrivé que le 16, comme il est arrivé lui-mème. C’eût été un chassé-croisé, tout simplement, qui n'aurait pas donné à Bazaine, pour les débuts de la bataille du 16, un seul homme de plus. Qui sait au surplus, si, sans le combat soutenu contre le 1 er corps allemand, l'ennemi n’aurait pas été tenté de mettre à exécution le projet de passage de la Moselle entre Metz et Thionville, que lui prêtait certaine dépêche envoyée de Paris le 13 août (1). Aucune mesure n’avait été prise pour empêcher semblable tentative sur notre principale voie d’approvision- menls, et il est difficile de s’expliquer pourquoi les Allemands ne l’ont même pas tentée. Nous n’insisterons pas davantage. Ces considérations doivent suffire à montrer que des sentiments impérieux ont dicté au général de Ladmirault sa décision de marcher au canon. Quant aux conséquences de cette décision, il n’en est qu’une d’incontestable : c’est l’honneur fait aux armes françaises par la ferme contenance du 4° corps sur le plateau de Mey. (1) l'Impératrice à l’Empereur, Paris, Ci août, 7 h. i du soir. — « Ne savez- vous rien d'un mouvement au nord de Thionville, sur le chemin de fer de Sierck, sur la frontière du Luxembourg? On dit que le prince Frédéric-Charles pourrait bien se diriger sur Verdun, cl il peut sc faire qu'il ail opéré sa Jonction avec le général Steinmelz, et qu alors il marche sur Verdun pour y rejoindre le Prince royal et passer, l'un par le nord, l'autre par le sud. I.a personne qui donne ces renseignements croit que le mouvement sur Nancy, et le bruit qu’on en fait, pourraient n'avoir pour but que d'attirer notre attention au sud, pour faciliter la marche que le prince Frédéric-Charles fera dans le nord. Il pourrait tenter cela avec les huit corps d’armée dont il dispose. Le prince opérera-t-il ainsi, ou essaye-t-il de rejoindre le Prince royal en avant do Metz pour franchir la Moselle? — Paris est plus calme et attend avec moins d'impatience. » CHAPITRE III La journée du 15 août. « Immédiatement après la bataille de Borny, dit T ex-maréchal Bazaine, j’envoyai successivement plusieurs officiers au général de Ladmirault pour lui prescrire de reprendre sans retard son mouvement de retraite et de passage sur la rive gauche de la Moselle (1). » Probablement à cause de l’obscurité, aucun de ces officiers ne put joindre le commandant du 4 e corps (2). Celui-ci cependant avait, dès 0 heures du soir, chargé le commandant de Polignac et le capitaine de La Tour- du-Pin d’aller rendre compte au maréchal des événements de la journée. Eux non plus ne trouvèrent pas Bazaine, mais ils rencontrèrent chemin faisant un capitaine de son état-major, qui leur annonça la reprise générale du mouvement rétrograde, et leur apprit que, seul des troupes françaises, le 4 1 2 3 * * * * 8 corps restait encore sur la rive droite. Quand ils vinrent, vers 11 heures du soir, annoncer cette nouvelle au général de Ladinirault, celui-ci ordonna immédiatement à ses trois divisions de se diriger à nouveau sur Metz (3). La marche, dans la nuit, fut extrêmement pénible et lente. Les hommes n’avaient mangé depuis le matin qu’un peu de biscuit, et n’avaient pris aucun repos. Encore tout joyeux de leur premier succès, ils marchaient cependant avec courage; (1) Ex-maréchal llazaine, Episodes, etc., page 71. (2) Déposition ilu général do Ladmirault devant la commission d'enquête sur les capitulations. (3) A ce moment arrivait auprès de lui un officier du génie, envoyé pour rendre compte do l’étal des ponts auxquels on travaillait toujours, et prendre, le cas échéant, de nouveaux ordres. Il entendit le général dire aux officiers généraux réunis autour de lui : « Eh bien! messieurs, vous voyez qu'on a toujours raison do marcher au canon. Voilà une belle soirée! J'espéro que la malinée do demain sera plus belle encore. » 92 LE 4 ° CORPS DE L’ARMÉE I)E METZ mais l’opération du passage, efïectué à la lueur des torches, ne se fit pas sans apporter quelque dommage à la cohésion des unités, en sorte que le corps d’armée ne put être complètement reconstitué que le 15 après midi (1). La lettre suivante, écrite au maréchal, indique bien d'ailleurs les difficultés de la situation : Château du Sansonnet, 15 août. Conforniéincnl aux ordres de Voire Excellence, je vais ineürcen route les troupes du 4" corps pour les diriger sur Doncottrl en-Jar- nisy. Je suis loin d’avoir rallié tous les hommes des régiments, car j’ai dû garder la position jusqu'à 1 heure de la nuit, mais ils arrivent successivement, cl je regarde comme complète la 3 e division, général de Lorencez, qui, ce malin, à 10 heures, est arrivée la première au bivouac. Je fais remplacer les munitions, surtout celles des batteries d’artillerie, qui, hier 14, ont pris une part Irès vive au combat qui s’est livré sur le plateau de Saint Julien. Je lui fais distribuer les vivres dont elle a besoin, et enfin je compte la mettre en roule à 2 heures de l'a près midi. Le resle des troupes du 4° corps suivra celle division à de Irès courts intervalles, mais de manière à empêcher les encombrements. Enlin, demain dans la matinée, j’espère que (oui le 4° corps sera réuni à Doncourl en- Jarnisv. Signé : de Ladmiiuijlt (2). Obligé de 11 e commencer son mouvement qu’à une heure tardive, le commandant du 4° corps ne comptait donc pas (1) Maréchal Bazaine, V.innée du Hhin, page 55. (2) En reproduisant, celle lettre dans son ouvrage déjà cité, l'ex-inaréchal Bazaine la fait suivre des rélloxions suivantes : ci Celte manière de comprendre les mouvements stratégiques et d'exécuter les ordre,s donnés explique parfaitement nos revers dans la matinée du 15. 1,’ennomi se rapprocha de, Monl.igny, et envoya des obus à l.ongevilie sur le quartier impérial, ainsi que sur les troupes massées sur la rive gauche à la sortie dece village i/ui uUeniluienl, de pouvoir monter sur le plu tenu pur la seule route carrossable conduisant h drarclotle. n 11 est certainement impossible do pousser plus loin la mauvaise foi ou l'inconscience. En quoi la présence du A” corps sur la route de (Iravelolte aurait-elle empéclié, plus que celle des autres, la pointe exécutée sur les hauteurs do Eres- caty par l'artillerie allemande? Et puisque le maréchal reconnaît lui-méme (pie cette route de (iravelolte était encombrée par des niasses qui no parvenaient pas à se dégager, comment peut-il accuser le général de l.admirault d’avoir commis une faute parce qu'il s’est abstenu d’accroître les dillicultés en amenant ses trois divisions? On reste confondu, vraiment, devant un tel parti pris de dénigrement,'. LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 93 pouvoir atteindre Doncourt dans la journée même, avec toutes ses forces; mais pour obéir à ses instructions, il voulait qu'au moins une de ses divisions, la première disponible, occupât ce point le plus tôt possible, et il avait, en conséquence, donné l'ordre de mouvement que voici : Conformément aux ordres de M. le maréchal commandant en chef, le 4° corps doit occuper aujourd'hui Doncourl-en-Jarnisy. A cet effet, ta 3° division se mettra en roule aujourd’hui à 3 lieu res, après avoir complété ses munitions d’artillerie et de fusil. Elle prendra la roule qui se trouve derrière son emplacement actuel (1) et au delà du chemin de fer qu’elle traversera au passage à niveau qui se trouve derrière elle. Elle suivra la route qui passe par l'ex- trémilé du village de Woippy, puis celle dite du Goupillon, jusqu’à la roule qui passe entre les forts de Saint Quentin et de Plappeville. Elle s’engagera sur celle dernière pourgagner le village de Lessy et retomber sur la grande roule de Conllans avant Rozérieulles, au moulin Longeau, se dirigeant sur Gravclotle, où elle assolera son bivouac si clic ne peut arriver à Doncourt avant la nuit. Les chevaux seront approvisionnés à deux jours de fourrages pour les journées des 16 et 17. Celte division n’emmènera que les bagages régimenlaires et ne se fera suivre d’aucun convoi de vivres, si ce n’est de son troupeau. Les autres Iroupes du 4°corps continueront leur mouvement dans la même direction, et partiront demain, 16, aux heures qui seront prescrites. En donnant cet ordre, le général de Ladmiraull cédait aux sollicitations réitérées du commandant en chef, qui, dans la matinée du 15, « l’avait invité d'une manière pressante à activer son mouvement, en lui recommandant d’être rendu le plus tôt possible sur les points qui lui avaient été assignés (2) ». D’après les ordres du maréchal, les 3 e et 4 e corps devaient se rabattre au plus tôt sur la grande route de Rozérieulles. Il leur était formellement interdit d’utiliser celle de Bricy (3). (1) Le 4' corps était campé dans la plaine de Dovant-los-Ponts, à l'ouest de la route de Tliionville, contre le chemin de fer; les trois divisions dans l'ordre de bataille, face à l est. (2) Souvenirs du général Jarras, chef d'état-major général do l'armée du Rhin. (Paris, Plon, 1892, page 90.) 13) Extrait du procès-verbal de la séance du 17 février 1872 de la commission d’enquête sur les capitulations : 94 LE 4 ° CORPS I)E L’ARMÉE DE METZ Cependant le commandant du 4° corps, qui voyait l’extrême fatigue de ses soldats, voulut faire une dernière tentative pour leur donner un peu de répit. Comme il n’avait pas encore pu rendre compte au maréchal de l’affaire do la veille, il profita de la circonstance et envoya dans ce but, vers midi, au grand quartier général de Moulins, le capitaine de La Tour-du-Pin, en le chargeant au surplus de demander en son nom que la marche ne fût reprise que le lendemain. Le capitaine choisit la route même que devaient suivre les colonnes, c’est-à-dire celle du col de Lessy, et la trouva déjà fort encombrée par les voitures des convoyeurs (1). Il arriva cependant à une heure à Moulins, et fut immédiatement reçu par le maréchal; mais celui-ci opposa à ses instances une fin de non-recevoir absolue (2). Après quoi, le généra] Jarras, qui était présent, lui posa quelques questions relatives à la nature des roules et à leur état. Parlant de celle qu’il venait de parcourir, le capitaine de La Tour-du-Pin répondit que le sol en était bon, mais qu’elle lui paraissait trop étroite et surtout trop encaissée pour livrer passage à tout un corps d’armée. Et, comme le général Jarras semblait protester contre cette appréciation, le capitaine insista en disant que deux voitures ne pouvaient s’y doubler. « — Qu’est-ce que cela fait? s’écria le chef d’état-major général. » — Comment! qu’est-ce que cela fait? riposta vivement M. de La Tour-du-Pin. Et si un essieu vient à casser? » Alors le maréchal, voyant que la discussion prenait une tournure manifestement incorrecte, lit un signe delà main, Le général de Sévelinges. — Personne n'n <10 passer parla roule tic liriey? Le général Jarras. — Personne. C’était une décision prise. Voir également Épisodes, etc., par l'ox-maréclial Itazaine, pago 78. (1) « Pour échapper autant (pic possible il l’encombrement (le la route de Gra- velotle, une partie du convoi se dirigea spontanément par la routo de Plappcvilleet de ChtUol-Saint-Gcrmain ; mais il en résulta la circonstance fAchcuso que ce elle - min ne fut plus à la disposition exclusive des 3" et 4' corps. » ( Souvenirs du géné* ral Jarras, page 93.) (2) « Sans dire les motifs de sa détermination », écrit le général Jarras. ( Souvenirs, page 9G.) LES GRANDES .TOURNÉES DE METZ 95 puis, se tournant vers l’aicle de camp, lui montra sur la carte la direction que devait prendre le 4 e corps d’armée. « — Mais, Monsieur le maréchal, fit observer le capitaine de La Tour-du-Pin, je ne vois aucun chemin dans la direction que m’indique Votre Excellence? » Sans répliquer, Bazaine traça de l’ongle un trait sur la carte. Puis, au bout d’un instant : « — Vous rencontrerez le maréchal Le Bœuf dans un des villages que vous venez de traverser, dit-il, et vous lui annoncerez qu’en raison des nouvelles que vous m’apportez relativement à la fatigue des troupes du général de Ladmirault, je modifie mon ordre, et qu’au lieu de partir après le 4° corps, il partira avant lui; que, du reste, les dispositions et les routes qui lui ont été précédemment tracées restent les mêmes. » Le capitaine s’inclina et sortit, pas plus avancé qu’auparavant. N’ayant rencontré nulle part le maréchal Le Bœuf, il reprit la route du Sansonnet; mais comme il s'engageait dans le col de Lessy, il rencontra la tête de la division Lorencez, que le général de Ladmirault avait, en tout état de cause, mise en route parce qu’elle n’avait point combattu le 14 et paraissait moins fatiguée que les autres. La voyant s’égarer, il la remit dans le bon chemin, puis rentra vers 4 heures au quartier général, oii il rendit compte au général de Ladmirault de l’insuccès de sa mission et des difficultés presque insurmontables présentées par l’itinéraire que le maréchal s’était obstiné à imposer au 4 e corps (1). La division Lorencez se débattait en effet depuis 3 heures de l’après-midi au milieu d’une inexprimable cohue. Elle avançait si peu, à travers les voitures qui encombraient la route, qu’à 6 heures elle n’avait pas fini de défiler devant le quartier général du Sansonnet, oii le général de Ladmirault pouvait juger en personne de la peine qu’elle avait à marcher, par ses continuels arrêts. Lui, pendant ce temps, faisait inter- (1) Cos détails sont empruntés partie à la déposition du capitaine do La Tour- du-l’in devant le conseil do guerre do Trianon (séance du 2;i octobre 1873), partie à ses Souvenirs inédits. T,E 4 ° COUPS I)E L’ARMÉE DE METZ 5)6 roger les habitants du voisinage sur les communications possibles avec Doncourt. Ils étaient unanimes à déclarer que la meilleure, à défaut de celle de Rozôrieulles, était la grande route de Woippy à Sainte-Marie-aux-Chênes par Saint-Privat; ils affirmaient en outre que, de Sainte-Marie-aux-Chênes, les convois du corps d’armée pourraient facilement gagner Don- court par Saint-Ail, Batilly et Jouaville, tous les chemins de ce côté étant praticables aux voitures. Quelles étaient donc les raisons impérieuses auxquelles avait cédé le maréchal en proscrivant absolument cette route de Sainte-Marie-aux-Chênes, qui offrait cependant un débouché si facile et si sûr? Dans l’ouvrage écrit à Madrid pour justifier sa conduite, il n’en donne qu’une seule, assez . spécieuse en réalité : « Je ne me servais pas de la route de Briey, dit-il, parce que celle roule m’offrait des difficultés considérables de terrain aux environs de celte ville, difficultés que j’avais constatées dans mes tournées lors de mon commandement à Nancy (1). » Mais le rapport quasi-officiel publié par lui en 1872, et intitulé L'Armée du Rhin, ajoute à cela que « des renseignements, corroborant la dépêche de l’Impératrice citée plus haut (2), indiquaient du monde de ce côté; on parlait d’un corps de cavalerie de 20.000 hommes (3). » Enfin, le général Jarras est, dans ses Souvenirs, revenu sur la question. « Je dois dire ici, écrit-il, qu’au moment où le maréchal Bazaine faisait recommander aux 3° et 4° corps de s’abstenir de suivre la grande et belle route de Briey, je lui en témoignai respectueusement ma surprise et qu’il me répondit avec autorité qu’il avait pris cette détermination de concert avec l’Empereur, parce que des avis venus de Paris et de Briey môme leur avaient appris qu’une des années ennemies se trouvait déjà de ce côté, et qu’on désirait ne pas la rencontrer, afin de gagner Verdun sans livrer aucun combat, si c’était possible (4). » (1) Épisodes, page 78. (2) Voir le chapitro précédent, page !)0, note 1. (3) L’Armée du Rhin, page 38. (4) Souvenirs du général Jarras, page 91. LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 97 Se laisser influencer, quand on est à Metz avec cinq divisions de cavalerie, par l’idée que 20.000 cavaliers ennemis, voire même une armée tout entière, pourraient' se trouver à Briey sans qu’on s’en doutât, est chose dépassant vraiment les bornes de la vraisemblance. Tout au plus était-il permis, en rapprochant de la fameuse dépêche de l’Impératrice les événements survenus le 14, de supposer peut-être à la I re armée allemande l’intention de franchir la Moselle en aval de Metz, afin de combiner une attaque sur notre aile droite avec celle que le prince Frédéric-Charles tenterait sur notre aile gauche, et, dans ces conditions, de ne pas considérer comme assez sûre une voie de communication aussi septentrionale que celle de Briey. Encore eût-il été facile, en utilisant les nombreux escadrons qui se morfondaient au milieu des colonnes, d’acquérir à l’égard des mouvements de l’ennemi certains renseignements fermes, sinon des certitudes; mais on sait que le maréchal n’avait point jugé à propos d’envoyer une seule patrouille sur ses flancs, et que même il dédaignait les nouvelles apportées à son quartier général par les habitants du pays. Il est donc permis de croire que la crainte de trouver barrée la route de Briey, crainte à laquelle Bazaine n’a fait qu’une allusion fugitive, n’est point en cause ici. Il ne pouvait pas la concevoir, puisque télégraphe et chemin de fer continuaient à fonctionner entre Metz et Thionville. D’ailleurs, il ne faut pas oublier que, questionné à ce sujet par le président du conseil de guerre de Trianon, il a répondu très nettement n’avoir rien appréhendé de pareil. Quant aux difficultés de parcours qu’il allègue, elles ne pouvaient assurément exercer d’inflnence sur une marche qui, jusqu’à nouvel ordre, avait uniquement Doncourt pour objectif. Et, en admettant qu’elles existassent, ce qui resterait à démontrer, elles étaient en tous cas beaucoup moins immédiates et graves que l’étranglement produit sur la route de Gravelotte, à laquelle il tenait tant, par le défilé de Saint-IIubert et le passage de la Mance, qui ne se pouvait éviter. Au total, on reste en droit de se demander à quels mobiles obéissait le comman- 4° Corps. 7 98 LE 4 ° CORl'S DE l’armée DE METZ dant en chef de l'armée du Rhin en se montrant aussi exclusif, et on ne peut malheureusement en découvrir de plus probable que le désir de ralentir une retraite par laquelle l’armée s’éloignait de la place de Metz, où Bazaine avait d’ores et déjà formé le projet ferme de rester collé le plus longtemps possible, pour y attendre les événements. Quoi qu’il en soit, le général de Ladmirault voyant, à 6 heures du soir, que le mouvement de la division de Lorencez était décidément compromis, sinon arrêté, jugea qu’engager le reste de son corps d’armée sur cette route de Lessy, déjà si encombrée, serait s’interdire la faculté d’arriver à Doncourt le lendemain, comme le portaient ses instructions. N’hésitant pas à violer la lettre de celles-ci pour rester lidèle à leur esprit, il pritsur lui de passer outre aux restrictions du maréchal, que rien d’ailleurs ne semblait juslilier, et de diriger tout son monde par la route de Saint-Privat. Il ne voulut même pas prendre le chemin de Lorry, Ainanvillers et Vernéville, parce qu’il ignorait encore si le commandant en chef ne l’avait point désigné à d’autres, et que d’ailleurs ce chemin pouvaitdevenir indispensable au général de Lorencez, pour sortir de l’impasse où il se trouvait. La route de Saint-Privat était seule manifestement libre; le général de Ladmirault l’adopta sans plus tarder. En conséquence, il lit prévenir immédiatement les généraux et services sous ses ordres de la décision qu’il venait de prendre, et envoya au général de Lorencez une dépêche l’avisant du changement apporté dans les mouvements généraux du corps d’armée. « Vous viendrez, ajoutait-il, nom rejoindre par tel chemin que cous jugerez le plus fucile, en vous renseignant auprès des habitants. Prenez de bons guides et payez-les bien. » C’est de cet ordre que l’ex-maréchal Bazaine a dit qu’en le donnant, le général de Ladmirault avait « indiqué comme devant être à droite la zone de concentration qui élait à gauche »(1). Une pareille accusation tombe d’elle-même quand on (1) Épisodes, page 84. LES GRANDES JOURNÉES DE METZ !)!) réfléchit que le commandant du 4 e corps ne modifiait en quoi que ce soit l’objectif assigné à sa marche, mais seulement l’itinéraire de celle-ci. En réalité, le 15 août, à 6 heures du soir, le 4 e corps était bien réellement bloqué dans la plaine de Devant-les-Ponts. Les deux premières divisions, encore mal remises des fatigues récentes et du désordre de la nuit, étaient hors d’état, h cette heure tardive, d’entreprendre une marche régulière, en pleine obscurité. La division de Lorencez avait sa tête tellement empêtrée dans les convois de l’armée, entre les villages de Lessy, Scy et Moulin-Longeau, qu’il lui était aussi impossible d’avancer que de reculer; elle n’eut d’autre ressource que de bivouaquer sur place en attendant le jour. Quant à la cavalerie, dont la mission demande d’y voir clair, elle ne pouvait absolument rien faire avant le lever du soleil. C’était donc l’immobilité forcée pour tous, et une annihilation de forces dont il faut chercher l’unique cause dans les ordres déplorables du commandant en chef. Cependant, l’offensive allemande, réglée d’une façon plus logique et par une main plus ferme, se poursuivait sans interruption. Dès le 14, les deux brigades Barby et Redern, appartenant à la 5 e division de cavalerie, avaient franchi la Moselle, et atteint, la première Tliiaucourt, la seconde Beney. La brigade de Bredow, de cette même division, était à Pont- à-Mousson, avec le X° corps. Ordre fut donné, le 15 au matin, de pousser toute la cavalerie en avant, de manière à s’assurer si l’armée française avait déjà quitté la place, ou si elle était encore en voie d’effectuer sa retraite. Les deux divisions du X e corps devaient s’avancer dans la vallée de la Moselle et au nord-ouest pour soutenir cette cavalerie; le général de Voigts-Rhetz avait à sa disposition la brigade des dragons de la Garde, appelée de Rozéville à Tliiaucourt. Quant aux autres corps de la II e armée, ils devaient gagner le plus vivement 100 LE 4° COUPS DE l’aHMKE DE METZ possible la Moselle et la franchir au moyen des ponts laissés par nous intacts (1). Le 15, à l’aube, la brigade Redern s’avança avec deux batteries jusqu’à Lacliaussée, d’où elle détacha des escadrons de découverte sur la roule de Gravelolte à Verdun. Ces escadrons s’étant heurtés, vers 8 h. 1/2, à la tète de la division de cavalerie de Forton, qui précédait l’armée sur cette route, il s’en suivit une légère escarmouche, qui dégénéra en combat d’artillerie, sans grand résultat. Rejointe dans l’après-midi par le reste de la 5° division de cavalerie prussienne, la brigade Redern s’installa au bivouac. Il y eut donc, à partir de 2 heures du soir, le 15, trente-quatre escadrons prussiens et deux batteries à cheval aux abords sud de Mars-la-Tour (2). Quant à la division de Forton, elle bivouaqua à Vionville, à côté de la division Valabrègue, du 2° corps, qui venait d’y arriver de son côté. Celle cavalerie n’élait pas à plus de 2 kilorn. 800 des troupes des 2° et 0° corps installées auprès de Rezonville; elle n’avait aucune patrouille sur le liane gauche, où personne cependant n’ignorait la présence de puissantes colonnes ennemies. En réalité, le 15 dans l’après-midi, quatre corps d’armée allemands tenaient déjà la ligne de la Moselle, tandis qu’une division de cavalerie occupait la route directe de Metz à Verdun (5). Quant aux autres corps de la 11° armée, ils se trou- (1) Il n'y eut do <16lruit qu'une seule arche ° corps apres Frœschwillcr. (2) La division Montaudon , après avoir marché toute la nuit pour faire 8 kilomètres (du fort de (Jueulcu à celui de Plappeville), s’était remise en route le lii à 2 heures, par le col de Lossy, Chétel, les fermes de I.oipsik et de la Folio. Elle bivouaqua à 7 heures du soir entre les fermes do l'Envie et do Montignv-la- Grange. La division Nayral (ancienne Castagny), partie dos glacis do Mol/, (porto de Tbionvillcj le lu vers 2 h. 1/2, avait pris par Plappeville, Eossy, Chétel, I.eipsik et Chanterenne, traversé Vernéville, et établi son bivouac, à 10 h. 1/2 du soir, au sud do ce village. Môme sa 2" brigade, retardée par l'encombrement, ne put arriver qu'à minuit. La division de Clérembault, établie, le la au matin, sur les glacis du fort Moselle, en était partie il G heures du soir et s'était engagée sur la roule de Chittel par Plappeville, à la suite des autres. Vers 11 heures, ne pouvant avancer, elle se rabattit sur Moulins-lès-Metz et put ainsi gagner Gravelotte, d’où elle fut dirigée sur Vernéville. Elle y arriva le lli, à 8 heures du matin. (3) Ancienne division Decaen. ■103 LES GRANDES JOURNÉES DE METZ aussi sur ce fatal chemin du col de Lessy, s’y était heurtée à la division de Lorencez; elle avait dû, par suite, s’arrêter jusqu’à 4 heures du matin, et ne s’était enfin dégagée qu’en se rejetant sur Longeville, d’où elle avait fini par gagner Châtel-Saint- Germain et Vernéville, grâce au mouvement latéral dont il sera question plus loin de la division Lorencez sur le chemin Lorry-Amanvillers. Enfin, la division Metman arrivait à peine à Plappeville, après avoir marché toute la nuit (1). Devant le 3 e corps, à Jarny, se trouvait la division du Ba- rail (2). Quant au 4° corps, il mettait en mouvement, parla chaussée de Woippy à Sainte-Marie-aux-Chênes, sa cavalerie, les deux divisions Grenier et de Cissey, son artillerie de réserve et ses trains (3). Au même moment, la division de Lorencez se rabattait du col de Lessy sur La Sapinière et le Chalet-Billaiideî, rappelant à elle le 33° qui, la veille au soir, s’était séparé dans le désordre de la marche, et qui, se laissant glisser sur les pentes du mont Saint-Quentin, avait à grand’peine gagné le moulin Longeau. Elle cherchait h franchir le ravin de Chàtel, sans y réussir (4). A 2 heures de l’après-midi seulement, elle (1) La division Metman vit, le 1(5, défiler devant elle la division Aymard, mais ne put la suivre en raison de l'oneombrement. Elle rétrograda au contraire sur le lîan-Sainl-Martin, pour essayer do gagner par là Moulins. N'y réussissant pas davantage, elle remonta sur Plappeville, traversa Lorry et arriva à 2 heures à la ferme Saint-Vincent, d'où elle redescendit dans le ravin de Chàtel. Une fois au village do ce nom, elle grimpa sur le plateau de Moscou, atteignit Saint-Hubert et enfin Gravelotte à la nuit close. Elle marcha ainsi vingt-quatre heures, mais ne prit aucune part à la bataille du IG aoiU. (2) Le 4° chasseurs d’Afrique n’ayant pu rejoindre l'armée, la division du Barail ne comptait que trois régiments. (3) Voir pièce n" 5 : Ordre do marche du 4' corps, le 1G août. (4) On voit par là qu'elle ne songea pas d'abord à utiliser la route Lorry-Aman- villers. C'est qu’en effet cette route n’avait qu'une viabilité incertaine, à tel point que les paysans ne l'avaient pas indiquée aux officiers chargés par le général de Ladmirault de se renseigner sur les voies do communication. Ni au 3*, ni au 4' corps, on n’avait eu l'idée do la prendre. Dans ses Souvenirs (pageOG), le général Jarras prétend qu'elle fut indiquée par Bazaine au capitaine de la Tour-du-Pin, dans leur entrevue du lu. Le général a dû certainement se tromper, car non seulement il est seul à parler de cette route, mais le général de Ladmirault déclare qu’on ne la lui avait pas indiquée, et qu'il ne l a connue que bien plus tard. (Déposition devant le Conseil d’enquéte.) 104 U'. 4 e CORPS DK l’armÉE 1)E METZ s’engagea, en désespoir de cause, sur le chemin de Lorry- Ainanvillers, par lequel elle aurait si aisément défilé la veille, sans le funeste entêtement du commandant en chef ! Si l’on ajoute à cela que la réserve générale d’artillerie se trouvait au hivouac entre Rezonvillc et Gravelolle, on aura la situation complète des différents corps de l’armée française au moment oii la bataille allait s’engager. Le maréchal Bazaine avait donné, Je 15 au soir, à toutes les troupes, l’ordre de se tenir prêtes à partir le lendemain à 4 h. 1/2 du matin ; mais à peine avait-il vu la calèche de l’Empereur disparaître derrière les bois de Saint-Marcel, qu’il s’était InUé de contremander la marche, disant seulement qu’on la reprendrait probablement dans l’après-midi. Bien qu’il connût, à n’en pas douter, le danger qui le menaçait sur son flanc gauche, il n’avait prescrit aucune mesure pour y parer, en sorte que les corps envoyés par le prince Frédéric- Charles sur la route de Verdun pouvaient opérer en toute tranquillité leurs mouvements pourtant si périlleux à travers les défilés et les ravins boisés qui conduisent de la vallée de la Moselle à leur objectif désigné. Débuta de la bataille. — Les troupes françaises étaient donc, par la faute de leur chef, et comme il J’avoue ingénument lui- même, « dans la plus grande quiétude (1) »; certains escadrons de la division de Forton, qui, bien que formant avant-garde de l'armée, couvrait si incomplètement celle-ci, conduisaient même leurs chevaux à l’abreuvoir, et les bagages, confiés à des convoyeurs civils, encombraient la route de marche, quant tout à coup, à 9 h. 1/4, une assez vive canonnade éclata sur les hauteurs situées au sud de Vionville. Une pluie d’obus s’abattit sur le camp de la cavalerie et jeta le désordre dans les convois dont les conducteurs s’enfuirent en une inexprimable cohue, puis atteignit ensuite les camps de l’infanterie, derrière lesquels les deux divisions de Forton et de (1) Épisodes, page 81. LES GliANDES JOURNÉES DE METZ lOo Valabrègue, après avoir sauté à cheval, venaient, trop hâtivement, chercher un refuge. C’étaient cinq batteries à cheval, attachées à la 5 e division de cavalerie allemande, qui, profitant de notre insouciance, avaient ainsi donné le signal de l’action. Les corps français coururent aux armes immédiatement. Le général Frossard déploya ses forces sur deux lignes, entre Vionville et le bois du môme nom, situé au sud-est de Flavi- gny; à sa droite, et légèrement en retrait, le maréchal Canrobert disposa la division Lafont de Villiers et le 9 e de ligne entre la route et la voie romaine (1), gardant en réserve la division Levassor-Sorval, et jetant entre Saint-Marcel et le bois Pierrot la division Tixier, pour former liaison avec le 4° corps aussitôt que celui-ci arriverait. De pareils effectifs étaient plus que suffisants pour refouler les audacieux cavaliers du général de Rheinbaben; ceux-ci, en effet, malgré le secours que leur apportaient dans le même moment la G® division de cavalerie et sa batterie à cheval, furent rapidement contraints à la retraite vers la ferme de Saulcy, ayant leur artillerie fort éprouvée. Mais déjà apparaissaient à leur droite les tètes de colonnes de l’infanterie que Frédéric-Charles leur avait donnée comme soutien. Ce fut d’abord la 5° division, qui, débouchant du ravin de Gorze, se déploya sur les hauteurs au sud de Flavigny, sa droite au bois de Vionville, et engagea avec la gauche du corps Frossard une lutte extrêmement violente. Bien que ses efforts n’aient point abouti à des résultats très sensibles, cependant l’intervention de plus en plus efficace d’une artillerie qui grossissait d’instant en instant causait dans les rangs français des ravages sanglants. Déjà les batteries de la 6° division et toute l’artillerie de corps, devançant la colonne de gauche du 111° corps avec laquelle elle marchait, étaient venues se joindre à celles de la 5 e division et des deux divisions de cavalerie; une (1) Le général Bisson, commandant la 2“ division du G“ corps, n’avait en réalité sous ses ordres qu'un seul régiment, le 9 a de ligne. Les autres n’avaient pu le rejoindre. 106 LE 4° CORPS DE L’ARMÉE DE METZ ligne puissante de bouches à feu couronnait la ligne des hauteurs qui s’étend entre la route de Mars-la-Tour, à l’ouest de Vionville, et le bois de ce nom; elle frayait, comme le dit la Relation al Iemande, la voie aux troupes d’infanterie qui allaient s'avancer par les deux ailes. Sous l’avalanche de projectiles qu’elle lançait, les soldats du 2° corps, insuffisamment soutenus par une artillerie inférieure en qualité et en position, commençaient à perdre de leur force de résistance et à reculer insensiblement. 11 était plus de 11 heures, et depuis 9 h. 3/4 ils soutenaient seuls la lutte; à la vérité ils empêchaient encore l'ennemi de déboucher des bois de Vionville et de Saint-Arnould, et lui faisaient subir des pertes telles que presque tous ses officiers supérieurs étaient hors de combat (1). Mais, plus à l’ouest, les effets de l’artillerie allemande avaient été assez meurtriers pour provoquer quelques flottements, et rejeter dans Flavigny les troupes déployées en avant du hameau. Bref, il était temps de soutenir le 2° corps. Cependant, le maréchal Bazaine ne semblait point s’en préoccuper beaucoup. Uniquement soucieux de ses communications avec Metz, qu’il redoutait par-dessus tout de voir compromises; n’ayant déjà d’autre pensée que de rester collé à des murailles dont il ne pouvait pas maîtriser l’invincible attraction, il ne s’occupait qu’à masser sur sa gauche tout ce qu’il avait de forces disponibles, c’est-à-dire la division Levassor-Sorval, du 6° corps, qu’il déployait au nord-est de Rezonville, parallèlement à la route, la Garde impériale, qu’il disposait aux abords de Gravelotle, et la division Montaudon, qu’il appelait au sud de la ferme de Bagneux. Quant au reste du 3 e corps, et au 4°, il ne leur envoyait aucun ordre, pas plus qu’il n’indiquait de plan d’engagement aux troupes déjà aux prises avec l’ennemi. Celui-ci venait de recevoir des renforts, constitués d’abord par un faible détachement du X° corps (2), puis, fort peu de (1) La Guerre franco-allemande, page ;i.T4. (2) Deux bataillons, deux escadrons et une batterie, sous les ordres du colonel de l.yncker, commandant le régiment n" 18 (Frise orientale). LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 107 temps après, par la 6 e division, du III e ; et il avait pu, après une lutte sanglante, s’emparer successivement de Vionville et de Flavigny. C’était pour lui une base précieuse, et qui améliorait beaucoup sa situation, jusque-là très précaire. Malgré tout, les troupes du général d’Alvensleben, déployées sur un front démesuré, ne disposaient plus d’aucune réserve, si ce n’est des deux divisions de cavalerie rnassées des deux côtés de la statue de sainte Marie, au sud-ouest de Flavigny. De plus, la brigade d’aile gauche, la 12 e , qui, en dessinant le mouvement enveloppant contre Vionville, avait jeté du monde à l’est du bois de Tronville, souffrait beaucoup des feux de l’artillerie du 6 e corps français, déployée en partie le long de la voie romaine. Le général de Büddenbrock, commandant la 6 e division, avait amené sur la route, à hauteur de Vionville, ses quatre batteries, jusque-là maintenues à son aile gauche. Il n’en était pas moins à la merci de la moindre contre-attaque, et exposé aux plus grands dangers si le 6 e corps avait délibérément marché contre lui. Mais le maréchal ne donnant aucun ordre, le 6° corps se bornait à la défensive; toutefois, la division Tixier, exécutant une conversion sur son aile gauche, était venue se déployer face au sud, le long de la lisière méridionale du bois de Saint-Marcel et de la crête qui prolonge cette lisière, jusqu’à hauteur du bois de Tronville; à ce moment (11 h. 1/2), la division Aymard, du 11 e corps, arrivait à Saint-Marcel (1). Tous ces mouvements s’exécutaient sans qu’on sût exactement à qui on avait affaire, ni quel but on poursuivait; ils étaient pour ainsi dire spontanés et nulle direction supérieure ne venait les guider (2). Quant au général d’Alvensleben, il montrait une farouche (1) A la demande de Bazaine, le II' bataillon (le chasseurs, et un bataillon du GO' de ligne turent immédiatement dirigés sur la gauche de Ilozonville, où ils restèrent toute la journée inulilisès. (2j « Le 111' corps eût été culbuté sur Gorze et de là dans la Moselle, si Bazaine avait profité de sa supériorité numérique et envoyé des troupes fraîches a sa rencontre. Mais Bazaine,no dirige pas la bataille, il ne forme aucun plan d’olïen- sive; il n'imagine pas qu'il peut accabler Alvensleben en faisant donner la Garde, qui est tout près do la, à Gravclolte; il dissémine son artillerie au lieu de la réu- 108 LE 4 ° COUPS DE l’ahMÉK DE METZ énergie et une véritable furie d’offensive. Voyant la division de Büddenbrock écrasée d’obus dans Vionville, il juge que « le seul moyen de garder sa conquête est de pousser de l’avant (1) », et lance ses régiments contre ceux du général Frossard. Ceux-ci résistent d’abord, dans un engagement furieux; mais bientôt les généraux Bataille et Valazé, blessés grièvement, sont emportés du champ de bataille; l’artillerie allemande, des hauteurs de Flavigny, fait rage; nos rangs se creusent de larges trouées, et finalement les troupes du 2 e corps reJluent pêle-mêle sur Rezonville. Elles gardent cependant encore assez « d’attitude » (2) pour infliger une leçon sévère à deux escadrons prussiens qui ont essayé de transformer leur retraite en déroute. A leur aile gauche, la division Vergé et la brigade Lapasset, moins éprouvées par le canon, tiennent toujours en échec la 5° division prussienne; entre la grande route et la voie romaine, le fî° corps continue à se déployer, lentement; à l’extrême aile droite, deux divisions du 3 e arrivent à Saint-Marcel, et les têtes de colonnes du 4° sont signalées vers Batilly. Enlin, la Carde attend à Gra- velotte. Et devant tant de forces, dont, la moitié subirait pour culbuter l’assaillant, il n’y a que le 111° corps prussien avec une brigade du X e ! Mais Bazaine ne sait rien, no voit rien, ne dit rien. Il se préoccupe uniquement de sa gauche, qui no court aucun risque. Il semble se désintéresser de l’ensemble de l’action, pour ne penser qu'au détail. Il a comme abdiqué le commandement suprême. Devant lui, l’infanterie allemande menace; la contenir au lieu de l’écraser lui subit, et quand il pourrait si facilement rabattre sur elle les 3° et 0° corps, pour enfoncer son liane découvert, il se contente de boucher nir par masses. Il recLifio des emplacements do batteries et, s’il montre bravoure et sang-froid, ses lieutenants ne savent où il est; nul ne sent planer sur l'armée la pensée clairvoyante et activo, l'ùme partout présente du général on chef. » (A. Chuquet, La Guerre, Paris, Chailley, 18! 15, page !’>!).) (1) La Guerre franco-allemande, page 548. (2) Ibid, page 544. LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 109 avec les grenadiers de la Garde appelés de Gravelotte, la trouée que vient de produire la retraite de la division Bataille. En attendant leur arrivée, il envoie deux escadrons du 3 9 lanciers, puis les cuirassiers de la Garde, se briser contre les bataillons prussiens, qui les hachent sous les balles et continuent à marcher. Lui-même alors amène sur une petite éminence au sud-ouest de Rezonville, une batterie à cheval de la Garde et surveille son déploiement, comme un simple chef d’escadron. Mais voici que brusquement s’est déchaîné un ouragan de cavalerie; c’est la brigade Redern (hussards de Brunswick) qui, espérant achever nos braves et malheureux escadrons, surgit à plein galop des abords de Flavigny. La batterie est sabrée, dispersée, presque anéantie; ses débris essaimés entraînent à toute bride le commandant en chef, qui court un instant botte à botte avec un officier prussien, et manque d’être pris. Pour le malheur de l'armée et de la France, Bazaine est bientôt dégagé, et la cavalerie ennemie se replie derrière Flavigny. Sur ces entrefaites, deux régiments de la division de grenadiers de la Garde, amenés par le général Picard, sont venus au pas de course se déployer au sud-ouest de Rezonville. Ils commencent par bousculer la 6 e division de cavalerie prussienne, qui, croyant avoir encore affaire aux débris du 2 e corps, s’est avancée en masse compacte sur un terrain trop étroit. Puis ils se mettent en devoir de contenir l’infanterie d’Alvensleben, et réussissent très vite à arrêter ses progrès. La situation de cette infanterie devenait grave. Bien que, grâce au recul du 2° corps et à la prise de la ligne Flavigny- Vionville, l’artillerie allemande ait pu s’avancer un peu, elle ne suffisait pas à garantir contre un retour offensif possible la longue et mince ligne de bataille qui s’étendait des bois de Vionville à celui de Tronville, et avait maintenant sa gauche complètement enlilée par le 6 e corps. En vain celte gauche essayait de refouler la brigade Becquet de Sonnay, déployée au nord de la voie romaine; elle se heurtait à une résistance opiniâtre, que favorisaient les feux d'une puissante .ligne no LE 4° COUPS DE l’armée DE METZ d’artillerie, en batterie le long de la voie romaine, et ceux de la brigade Péchot, postée sur les hauteurs situées à l'ouest du bois de Saint-Marcel. La dernière réserve disponible, la brigade Lehmann, du X e corps, jusque-là maintenue à Tronville, venait d’être envoyée, partie dans le bois de Tronville, partie au nord de Vionville pour soutenir les bataillons épuisés du général de Biiddenbrock. Il était 2 heures; les Allemands n'avaient plus ni un fantassin, ni un canon disponible (1), et le X° corps était encore loin. Il fallut faire appel au dévouement de la cavalerie pour détourner le danger qui menaçait, et qui eût été bien grand réellement, si Bazaine l’avait voulu. . La brigade Bredow (cuirassiers de Brandebourg et ulilans de la Marche), était massée à l’ouest de Vionville, et tout près de ce village. Alvensleben lui envoya l’ordre de charger sur les batteries françaises de la voie romaine, et de dégager ainsi sa gauche compromise. Aussitôt les escadrons sont jetés dans le ravin qui descend de Vionville vers l’angle nord-est du bois de Tronville; là ils gagnent quelque distance, après quoi, se déployant sur le bord oriental de ce ravin, ils courent aux batteries du (i e corps, en position sur le plateau à l’est. D’un élan furibond, ils traversent les pièces, sabrent servants et attelages, puis, passant dans les intervalles de l’infanterie, ils franchissent le chemin qui joint, à l’est de Vionville, la voie romaine à la chaussée de Verdun. Mais alors nos troupes, revenues de leur stupeur, font pleuvoir sur ces hardis cavaliers une grêle de balles et de mitraille; la division de Forton, jalouse de « venger l’affront du matin (2) », se précipite sur eux et les enveloppe, tandis que les régiments du général de Valabrègue accourent do Uezonville. Entourés de toutes parts, sentant leurs chevaux fléchir entre leurs jarrets, ils sont contraints de se replier en hâte, et de traverser une seconde fois nos lignes qui les criblent de partout, lis no sont plus que débris, et comptent juste en tout 13 officiers et 150 (1) La Guerre franco-allemande, page 501. (2) Ibid., page 564. LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 111 hommes quand ils se rallient enfin au sud du hameau enilammé de Flavigny. Ce sacrifice sanglant eût été rendu stérile si l’on avait fait poursuivre vigoureusement les cavaliers dispersés et haletants du général Bredow, et poussé ensuite de l’avant le 6 e corps. Au contraire, notre cavalerie, insuffisamment audacieuse, rentre bientôt derrière les lignes, et, sur l’ordre de Bazaine, Canrobert arrête le mouvement offensif qu’il avait esquissé. Le commandant en chef, toujours attentif à sa gauche, où il vient d’envoyer encore le 2 e corps reformé péniblement, ne veut décidément pas se rouvrir la route de Verdun; il préfère renoncer à une victoire assurée plutôt que d’abandonner la protection fallacieuse du camp retranché qui l’attire invinciblement. Il ne veut pas utiliser ses troupes disponibles, et il arrête celles qui sont engagées dans la voie du succès! Aucune expression ne saurait qualifier un tel crime. Il est 2 h. 3/4 et déjà a été perdue une chance de succès éclatant. Mais une autre va se présenter sous peu, plus décisive encore, car à ce moment retentissent, sur les hauteurs de Bruville, les premiers coups de canon tirés par le 4° corps. Marche au canon du 4“ corps. On se rappelle que le général de Ladmirault avait mis ses troupes en marche, de grand malin, par la route de Woippy à Sainte-Marie-aux-Cliênes. La division de cavalerie Legrand, partie vers 4 heures, avec les deux batteries à cheval de la réserve (1), les précédait. Elle marchait en colonne, la brigade de hussards en tête, l’artillerie venant ensuite, puis la brigade de dragons; elle avait jeté un escadron en avant-garde avec quelques patrouilles chargées d’aller reconnaître vers le nord (2). Comme il lui fallait attendre la rentrée de ces pâli) 3' et 6' batteries du 17 e régiment. (2| Par suite de la dépêche déjà citée de l'Impératrice, le grand quartier général avait prévenu que peut-être l’armée de Steinmetz voudrait franchir la Moselle en aval de Metz. C'était pour s’assurer du fait que les reconnaissances avaient été envoyées. 112 LE 4 ° EORI’S DE L’ARMÉE DE METZ trouilles, sa marche était assez lente, et môme, à Sainte- Marie-aux-Cbênes, elle dut s’arrêter quelque temps après s’être déployée; mais, ayant connu là qu’il ne se passait rien d’insolite, ni en avant, ni vers la droite, elle quitta aussitôt sa direction première pour se rabattre, comme elle en avait l’ordre, sur Doncourt, par un chemin assez médiocre qui passe par Saint-Ail, Habonville et Jouaville. Il était 9 b. 1/2 quand elle arriva au débouché de ce dernier village, où elle fit halte pour permettre aux hommes et aux chevaux de manger. Pendant ce temps, la brigade Bellecourt, tête de colonne de l’infanterie, avait atteint le plateau des Carrières de la Croix, et pris, sur l’ordre du commandant du corps d’armée, qui marchait avec elle, la direction de Doncourt par Amanvillers, Habonville et Jouaville. Elle était accompagnée de la batterie de mitrailleuses de la division (îrcnier, et formait avant-garde. Derrière suivait la brigade Pradier avec les deux batteries de 4. Vers 10 heures du matin, le général de Ladmirault, étant allé jusqu’à Saint-Privat, entendit, du côté du sud, un bruit lointain de canonnade, qu’il supposa d’abord provenir des forts. Il redescendit alors sur Habonville et Anoux-la-Grange, d’où, constatant que le bruit allait croissant, il fit porter à sa cavalerie, arrêtée à Jouaville, l’ordre de bâter sa marche; et il appela à lui les deux batteries à cheval, avec le 11 e dragons comme escorte. Celles-ci arrivèrent à une allure rapide; mais comme à ce moment même débouchait d’Amanvillers la brigade Pradier, le général, qui d’ailleurs craignait (pie le chemin déjà pris par la brigade Hellecourt fût insuffisamment praticable pour l’écoulement do toute l’infanterie accompagnée des batteries montées, lit regagner à la brigade Pradier la grande route de Saint-Privat à Sainte-Marie. Puis lui-même piqua droit au sud, et, détachant sur Doncourt une partie de l’état- major pour y préparer l’installation des troupes et des convois, il se dirigea sur Saint-Marcel. Onze heures venaient de sonner quand il atteignit le sommet de la croupe allongée qui, au sud d’Urcourt, descend de Saint-Marcel vers Bruville. Devant lui, et à sa droite, s’éten- LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 113 dait une large plaine fortement mamelonnée, et coupée, presque à ses pieds, par un ravin profond (1). D’épais taillis s’étalaient en arc de cercle à une distance d’environ deux kilomètres, et au delà apparaissaient à l’horizon, noyés dans la fumée, les arbres qui bordent la grande route de Metz à Verdun. A Saint-Marcel et au sud, une infanterie nombreuse arrivait se masser, et déjà garnissait les crêtes enveloppées d’épais nuages blancs; c’était les têtes de colonnes des 3 e et 6° corps, dont une partie (division Tixier) venait de s’engager le long de la lisière des bois. Au delà, le canon grondait dans un roulement ininterrompu, et la terre, ébranlée, tremblait sous les pieds des chevaux. Cependant, la plaine au sud de Bru- ville restait encore silencieuse ; mais, derrière les vedettes qui paraissaient en observation au delà du ravin, on apercevait des masses de cavalerie, immobiles sur la grande croupe que traverse le chemin de Mars-la-Tour à Saint-Marcel. Il y avait là les cavaliers de la brigade Barby et le régiment de dragons n° 13, de la brigade Bredovv, qui surveillaient dans la direction du nord-est le flanc découvert du corps d’Alvensleben et menaçaient celui de notre 6 e corps (2). Le général de Ladmirault fit pointer sur eux, à 1.700 mètres environ, les pièces des batteries à cheval; il subit de trois coups tirés par chacune d’elles pour que l’ennemi disparût sans davantage insister (3). (1) Ravin coté 248 do la carte d’état-major. (2) La brigade Rarby comptait trois régiments (4 e cuirassiers, 13 e ulilans, 19 e dragons). Le 13' dragons, détaché de la brigade Rrodow dés le début do la bataille, ne prit pas part à la fameuse charge de cette brigade ; cinq escadrons de dragons de la garde se tenaient dans le mémo temps en observation à hauteur de Ville- sur-Yron, en face do la brigade do France et du 2 1 2 3 ' chasseurs d’Afrique. (3) La division do cavalerie Legrand était encore à Doncourt, et le général de Ladmirault, qui aurait voulu l’avoir sous la main pour so débarrasser de la cavalerie adverse, témoigna assez vivement son méconlentement d’une absence en partie cependant excusable, puisque cette division n’avait reçu jusqu’alors d’autre mission que celle de so porter à Doncourt, et qu'elle ignorait tout de la bataille engagée. Quoi qu’il en soit, et le 11' dragons étant, lui aussi, resté à une certaine distance en arriére, le capitaine do La Tour-ilu-l’in s’oflrit pour aller constater lui-même que la troupe qu’on avait devant soi était bien ennemie. (Ceci prouve combien peu on était éclairé sur la situation et la disposition générale des forces.) Le premier coup do canon partit au signal convenu pour indiquer qu’il n’y avait pas erreur. 4" Gm'ps. 8 m Le 4 ° coiU's Le l'auaike Lé méïé Pendant ce temps, le commandant du 4° corps, qui voulait se rendre compte d’une situation assez imprévue pour lui, car non seulement il ignorait les conditions dans lesquelles s’était engagée la bataille, mais même scs instructions antérieures ne visaient nullement l’éventualité de celle-ci, le commandant du 4° corps parcourait le terrain sur lequel il se voyait appelé à combattre. Escorté par un escadron du 11 e dragons, il se porta à l’ouest de Saint-Marcel et aperçut aux abords du bois du même nom la tête de la division Tixicr, du 6° corps, qui arrivait, ainsi que celles des divisions Ayrnard et Navrai, du 3° corps, qui se dirigeaient sur le village. De son côté, la division de cavalerie de Clérembault se montrait entre Saint-Marcel et Urcourt. Tranquille sur la liaison de sa gauche avec Je corps de bataille, il marcha alors vers l’ouest, à petits pas. Aucune troupe ennemie n’apparaissait plus devant lui, sur le plateau où il comptait déployer ses troupes. Le sol était sec et ferme, et très praticable entre les javelles laissées par les moissonneurs auprès des sillons. Une grande ferme, close de murs, formait, à environ 3 kilomètres et demi vers l'ouest, un point d’appui solide; des abords de cette ferme à ceux du village de Saint-Marcel, un ravin très profond, à rampes ça et là fort raides et en partie broussailleuses, dessinait en arc de cercle sa coupure devant le front de la position. Au sud de la ferme, un petit bois carré couronnait la berge méridionale. Longeant la lisière nord du bois de Tronville, le général franchit la dépression, l’examina attentivement d'enfilade, puis revint sur scs pas en disant : « Je préfère avoir ce fossé devant moi que derrière. » Après quoi, il reprit la direction de Doncourt pour aller au-devant de ses troupes qui arrivaient. La division Legrand venait en effet de déboucher du village, et déposait ses charges. Le commandant du corps d’armée, très impatient et oubliant peut-être que cette cavalerie avait été pas mal retardée par les reconnaissances de la malinée, la gourmande assez vivement, en lui ordonnant d’aller au ^lus vite couvrir son liane droit, vers l’ouest. A ce moment, LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 115 arrivaient de Conflans le général du Barail avec le 2 e chasseurs d’Afrique, et le général de France avec une brigade de cavalerie de la Garde (lanciers et dragons de l’Impératrice); tous deux se mirent à la disposition du général deLadmirault, qui leur demanda également d’appuyer son extrême droite (1). Revenu de son mécontentement passager, le commandant du 4 e corps pouvait maintenant envisager la situation générale sous un jour réellement favorable. Devant lui, la route conduisant à l’objectif désigné, c’est-à-dire à Verdun, était manifestement libre. Le général du Barail, qui, depuis la veille, faisait battre le pays vers le nord-ouest, ne signalait rien d’anormal dans cette direction, suivie quelques heures auparavant par l’Empereur et sa faible escorte. A la vérité, l’armée semblait devoir être retardée dans son mouvement par l’attaque qu’elle subissait, mais on supposait au maréchal Bazaine les moyens nécessaires pour y parer. Quant à lui, Ladmirault, il avait déjà sous la main, à midi, sa cavalerie, sa réserve d’artillerie, qui, devançant la brigade Pra- dier, accourait à travers champs, et presque une division d’infanterie, dont la tête arrivait à Doncourt. Le reste ne semblait pas devoir beaucoup tarder. Si la canonnade entendue jusque-là, et qui n’était peut-être qu’une alïaire d’arrière- garde, devait se transformer en bataille générale, le 4 e corps allait bientôt être prêt, semblait-il, à s’engager tout entier. Par conséquent, le général de Ladmirault, à qui ses instructions ne prescrivaient rien d’autre que d’atteindre Don- court, n’avait plus, une fois parvenu en ce point, où il ne courait aucun risque, qu’à y attendre les ordres du commandant en chef. Il se trouvait virtuellement en communications avec celui-ci, puisqu’il l’était effectivement avec le maréchal (1) La brigade do Franco avait été désignée pour escorter l’Empereur dans son Voyage do Metz à Verdun; mais, n'ayant pas de chevaux assez vites pour suivre los équipages du souverain, elle avait été remplacée à Doncourt par la brigade do chasseurs d’Afrique Margueritte, de la division du Barail. Elle resta ainsi pour la journée avec cette division, qui no comptait plus que le 2" chasseurs d’Afrique, le 4" n’ayant pas rejoint. liG LE 4° CORPS DE L’ARMÉE I)E METZ Le Bœuf. Sa mission, pour ]e moment, était remplie, jusqu’à ce que Bazaine lui en indiquât une autre. L’inertie du maréchal le força bientôt à agir d’après son inspiration propre, et dans des conditions délicates, puisqu’il ne connaissait ni la genèse, ni la signification exacte de l’engagement auquel il allait participer. Cependant, de l’autre côté du bois de Tronville, le fracas de la bataille allait grossissant. C’était le moment, en effet, où, grâce au concours d’une puissante artillerie, la (i° division prussienne enlevait à la division Bataille Vion vil le et Fla- vigny. Le général de Ladrnirault prit avec lui la brigade Belle- court, qui avait déposé ses sacs à l’est de Doncourt et faisait là une balte, et l’amena à Bruville. Depuis un instant, la cavalerie allemande réapparaissait sur le plateau au sud, accompagnée d’une batterie à clieval, laquelle avait ouvprt le feu contre les troupes françaises postées aux environs de Saint-Marcel (1). Le commandant du 4° corps fit déployer en tirailleurs, sur la croupe cotée 277, quelques compagnies du 5 e bataillon de chasseurs et du 43°, et tirer une ou deux salves; la cavalerie ennemie, assez sérieusement atteinte, rétrograda lentement dans la direction de Tronville (2), et la nôtre gagna les derrières de la ferme de Grizières, en manœuvrant obliquement à droite (3). La brigade Bel leçon rt se déploya alors sur la crête, couverte à droite par le 2° bataillon du 13° qui tenait la croupe au sud de Bruville; elle protégeait l’artillerie divisionnaire ainsi que celle de la réserve, lesquelles, ayant l’une et l’autre pressé leur marche à travers champs, étaient venues prendre position en avant d’elle, sur un point d’où elles apercevaient, à 3 kilomètres vers Je sud, et par-dessus les taillis des bois de Tronville, le clocher de Vionville. Tan- ( 1) Cette hall crin, qui appartenait, à la (larde prussienne, venait d'arriver avec le 1" dragons de la (larde en devançant, connue il sera dit plus loin, la H)" division, du X' corps, auquel la brigade do dragons de la (larde (liait attachée. (2) Lieutenant -colonel Kôhler, commanda ni le Ce 1 2 3 hussards prussiens. <( La cavalerie à la bataille de Vionville-Mars-la-Tour », Uulleliu de la Itéunioii des officiers, o 0 semestre 1881. — Historique du !>° bataillon de chasseurs. (3) Voir aux annexes la pièce n” 4. LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 117 dis que les mitrailleuses et les batteries de 4 fouillaient le bois à gauche, les pièces de 12 prenaient le village pour objectif, mais cessaient bientôt leur feu, le pavillon de Genève ayant été arboré sur le clocher. Toutefois, un groupe de cavaliers ennemis, peut-être un état-major, aventuré en avant de Vionville, fut salué de telle façon qu’il dut disparaître incontinent. A ce moment, 1 heure, débouchait de Don- court la brigade Pradier. Laissant, elle aussi, ses sacs, elle fut déployée tout d’abord à droite de la brigade Bellecourt, puis elle gagna du terrain vers la ferme de Grizières, afin d'encadrer les batteries en action sur le plateau. Le 2° chasseurs d’Afrique fit fouiller le village de Mars-la-Tour, sans y découvrir personne (1). Cependant, la situation commençait à se dessiner plus nettement. C’était bien d’une bataille qu’il s’agissait, ayant pour enjeu la possession de la route de Verdun. Mais, devant Bru- ville, le 4 e corps pouvait se considérer comme en excellente posture ; son aile droite débordait incontestablement la gauche de l’ennemi, et bien que celui-ci, comme on le verra plus loin, ait pénétré dans le bois de Tronville, le général de Ladmirault, qui comptait sur l’arrivée prochaine de la division de Cissey et sur celle probable de la division de Lorencez, concevait l’espérance légitime de le rejeter bientôt sur Vionville. La première chose à faire étant, en tout état de cause, de débarrasser le bois de Tronville de ses occupants qui pourraient devenir gênants pour une offensive ultérieure en la prenant de liane, ordre fut donné à la brigade Bellecourt do chasser l’ennemi de ce bois et de s’en emparer. A 2 h. 1/2, elle s'ébranla donc, et, descendant les pentes du plateau coté 274, elle marcha vers l'angle nord-ouest du bois. Mais, avant de nous occuper de (1) C’est vers oc moincnl que le général Changarnier, accompagné d'un officier ol venant de. Saint-Marcel, aborda le commandant du 4" corps. « Eh bien ! mon brave Ladmirault, lui dit-il, vous êtes donc toujours à la bonne place ! — Je l'espère », répondit celui-ci; puis, montrant du doigt le clocher de Tronville, il ajouta : « Ab ! si j’avais tout mon monde avec moi!.Voilà bien mon objectif! » (Souvenirs du général Gallimard, ancien commandant du génie du 4' corps.) 118 LE 4° COUPS DU l’armée DK METZ son attaque, il est nécessaire de se rendre un compte exact de la situation sur cette partie du terrain. Situation dam le bois de Tronville à 2 h. 1/2. — Le bois de Tronville, qui s’étale sur une longueur de 1.500 mètres environ au nord-ouest de Vionville, se compose, ainsi que le dit très exactement la Relation allemande, de deux parties presque contiguës, formées en majeure partie de taillis épais dépourvus de chemins et dilïicileinent praticables. Ces deux parties sont séparées par une trouée large d’environ 200 mètres; la plus grande, qui est aussi la plus rapprochée de Saint-Marcel, est elle-même coupée par une clairière, interrompue en son milieu, et se termine au nord-ouest par un saillant « en forme de bastion », qui couvre la partie supérieure d’une pente raccordant le plateau de Mars-la-Tour avec le Fond de la Cuve, de telle sorte que le sommet de ce saillant occupe un dos de terrain d’où l’on découvre complètement le couloir mentionné ci-dessus. La lisière nord du bois court le long d'une berge assez raide, et constituerait un point d’appui solide si les communications étaient plus aisées à travers les fourrés. Le bois de Tronville n'avait pas été occupé dès le début par les Allemands. Après la prise de Vionville, l’aile gauche de la division Biiddenbrock, tapie dans le vallon qui court entre ce village et Saint-Marcel, avait engagé une lutte violente avec la brigade de Sonnay et le 9° de ligne qui la prolongeait au nord. Il y avait là le régiment n° 24, et le 2° bataillon du régiment n° 20, que l’entrée en ligne de la division Tixier venait de fortement secouer et qui, malgré le secours apporté vers midi et demie par deux compagnies du régiment n° 91, étaient dans une situation si critique que, pour les soutenir, Alvensleben avait dû jeter dans le bois de Tronville sa dernière réserve, la demi-brigade Lehman, du X u corps (1). Celle-ci n'avança à tra- (1) Le général Lehman, commandant la "M" brigade ( ItD division), avait, avec lui le régiment n° 1)1 (Oldenbourg) et le I" bataillon du régiment n" 78 (Frise orientale). LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 11!) vers le taillis qu’avec beaucoup de difficulté, et c’est seulement après 1 heure que les Oldenbourgeois purent atteindre le revers oriental et le saillant nord-est du massif, dont le 78 e vint, à peu près au même moment, border la lisière nord (1). Quelques instants plus tard, la gauche du 24 e , pressée de front et de flanc, alla à son tour chercher un refuge dans le bois et grossir le nombre de ses occupants. Attaqués alors vigoureu- ment par la brigade Péchot, de la division Tixier (6 e corps), qui garnissait la voie romaine, ceux-ci ne durent leur salut qu’à la charge désespérée de la brigade Bredow. Ils tenaient encore tant bien que mal quand, vers 2 h. 3/4, se dessina l’offensive de la brigade Bellecourt. Attaque du bois de Tronvillc. — Sur l’ordre du général de Ladmirault, les batteries de la division Grenier commencèrent à fouiller les taillis de leurs obus, et aussitôt on put apercevoir des petits paquets d’hommes qui, évacuant la partie occidentale du bois, remontaient précipitamment sur Tronville. Alors deux bataillons de la brigade Bellecourt (3 e du 13° et 3 e du 43 e ), s’élançant en avant, traversèrent le Fond de la Cuve et enlevèrent le saillant nord-ouest du bois, où ils s’établirent. Assaillis maintenant sur leurs deux flancs, les Allemands, dont les pertes étaient énormes, durent céder le terrain et venir chercher un refuge derrière leurs batteries de la grande route; ils ne conservaient que la parcelle du bois adjacente à la chaussée (2). Quant aux troupes françaises, elles s’installèrent de la façon suivante : le 3° bataillon du 13 e occupa la pointe Les (leux autres bataillons do ce dernier régiment, sous les ordres du colonel de Lynckor, combattaient avec la 5 e division, près des bois de Vionvillo et de Saint- Arnould. (1) La Guerre franco-allemande , page KGO. (2) « La insistance opiniûtre, du 24' lui coûtait 52 officiers et 1.000 hommes. Au bataillon de fusiliers, tous les oflicicrs étaient hors de combat, et deux fois les porte-drapeau avaient été tués. Le 2 e bataillon du 20' avait été réduit dans les mûmes proportions. Les bataillons, tout aussi maltraités, de la 57' demi-brigade, occupèrent Tronville et s’y organisèrent défensivement; ils avaient perdu 20 oflicicrs et 000 hommes. » [Lai Guerre franco-allemande, page 570.) — Le colonel de liameko, du 01', était tué. 120 LE 4 e CORPS DE L’ARMÉE DE METZ du bois qu’il venait de conquérir, et où il ramassa quelques prisonniers valides; le 3° bataillon du 43°, qui l’avait soutenu dans son attaque, s’étendit vers la gauche, tandis que le 1 er bataillon de ce même régiment, accompagné de deux compagnies du 5° chasseurs, se glissait, grâce à certaines facilités de terrain, jusqu’à hauteur de la trouée existant entre les deux parties du bois, et, embusqué derrière un chemin creux, tirait delà, à 700 mètres, sur une batterie prussienne, qu’il obligeai t à rétrograder. Le 2° bataillon du 43" restait en réserve dans le Fond de la Cuve. D’ailleurs, les deux derniers bataillons de la brigade Bellecourt avaient suivi le mouvement offensif des autres, et permis ainsi à l’artillerie de la division Grenier de franchir à son tour le Fond de la Cuve et d’aller s’établir tout près de la lisière du bois, pour canonner, d’une part, la trouée qui le perce, et, de l’autre, la direction de Mars-la-Tour; ces batteries avaient pour soutien une compagnie du 5° bataillon de chasseurs (1). D’autre part, la brigade Pradier avait été poussée vers la droite et tenait maintenant la ferme de Grizières, ainsi que ses abords. Dans la ferme avait été jeté le 1 er bataillon du OS 1 ’, qui l’organisait défensivement; le reste de la brigade formait des échelons en arrière. Pendant ce temps, la cavalerie du général Legrand, agissant de concert avec celle du général du Barail, poussait une pointe sur Mars-la-Tour, d’où elle tiraillait contre les escadrons ennemis précédemment refoulés sur Tronville. IJ était environ 3 heures. A ce moment, le général do Lad- mirault voyait ses deux ailes fortement établies sur des points d'appui solides. Entre les deux brigades Bellecourt et Pradier, séparées par un intervalle de 1.500 mètres environ, l’artillerie de réserve (six batteries) garnissait la crête réservée au déploiement de la division de Cissey, prochainement attendue, (1) La 2' compagnie, do ce bataillon avait suivi lo El" dans son oITonsivo; doux autres étaient avec le 43". quant aux V" et G" compagnies, très éprouvées l'avanl- vcille dans lo combat du bois do Mcy, elles avaient été tenues en réserve. (Historique du ü 0 bataillon de chasseurs.) LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 121 et dont la tète était signalée aux abords de Doncourt (1). Aucune troupe ennemie ne se montrait dans la direction de Mars- la-Tour, et seules les hauteurs de Tronville paraissaient garnies de bataillons qu’il était possible de prendre à revers (2). Quant à l’artillerie prussienne, elle semblait sensiblement faiblir; déjà, les batteries de la G e division, soumises au feu terrible que les nôtres dirigeaient sur elles du plateau de Bruville ou à travers la clairière, fusillées par le 43°, et à bout de munitions, avaient dû évacuer leur position au nord de la grande route, devant Vionville, pour se replier derrière ce village; il ne restait plus en action que quatre batteries postées au sud de la chaussée et qui, pour ne pas être enfilées, étaient contraintes de former un crochet défensif en arrière et à gauche (3). En présence d’une situation pareille, le commandant du 4° corps avait d’autant moins hésité à amorcer l'offensive, qu’il voulait prendre délibérément aussitôt après l’arrivée de la division de Cissey, et à jeter la division Grenier, avec ses batteries, de l’autre côté du profond ravin qui le séparait du plateau de Mars-la-Tour, qu’une cavalerie nombreuse était prête à parer aux attaques qui pouvaient menacer son liane droit. Et, dans son impatience d’agir, il avait envoyé son premier aide de camp, le commandant Pesine, puis le sous-chef de son état-major, lieutenant-colonel Saget, au devant de la division de Cissey, pour hâter et guider la marche de ce renfort indispensable à la réussite de l’action qu’il projetait. (1) L’arüllcric do la réserve était déployée en arrière et à droite de colle de la division Grenier. Elle avait en action, de la gauc-hc à la droite, d’abord ses deux batteries de 12, puis les deux batteries montées de 4, enlin les deux batteries à cheval. (2) Lo commandant du 4 e corps avait mémo songé à attaquer Tronville avec la sonie division Grenier, et demandé d ce général s’il se croyait capable d’occuper 10 village : « Oui! avait répondu celui-ci, si vous me faites soutenir, mais il faut ètro soutenu. » Or, la seule réserve existant était alors le G4‘\ — « Quand de Cissey sera arrivé, dit alors Eadinirault, nous reprendrons notre attaque. Il est signalé, 11 n’est pas loin, et je ne veux rien risquer. » (Déposition du général de l.admi- rault devant le conseil d’enquête.) (3) La Guerre franco-allemande, pages !>G8 et SG9. y 122 LE 4° COUPS DE l’armée DE METZ Marche de la division de Cissey. — Le commandant Pesme rencontra, vers 2 h. 1/2, la division de Cissey, qui faisait une halte près de Jouaville. Partie de Woippy à 7 h. 45 du matin, cette division avait marché d’abord à la gauche des parcs et des convois du corps d’armée, intercalés entre elle et la division Grenier (1). A cette époque, en elîet, on ne faisait pas encore, du moins dans notre armée, la distinction nécessaire entre la colonne de combat et celle des convois; on laissait volontiers les voilures s’allonger sur plusieurs kilomètres entre les unités de bataille, et tenir sur les routes une place qui aurait dû être exclusivement réservée à celles-ci. Il tombe sous le sens que les différents éléments d’un corps d’armée doivent être échelonnés pendant les marches suivant le degré d’urgence de leur arrivée sur le terrain de combat, et que cette urgence existe uniquement pour les unités appelées à prendre part à la lutte. En ne reléguant pas tous les impedimenta à leur place naturelle, c’est-à-dire à la queue des colonnes, on alourdissait donc inutilement celles-ci, et on retardait les troupes elles-mêmes. Fort heureusement, il avait été prescrit, au 4 e corps, que les voitures devraient en toute circonstance laisser libre le côté gauche des routes, et ce tempérament apporté à des errements très fâcheux permit au généra] de Cissey de faire déboîter ses troupes, en débouchant du défdé de Saulny, pour gagner ainsi du terrain. Il arriva à 11 heures à Saint-l’rivat, où il ordonna de faire le café. Remarquons qu’à ce moment il ne s’agissait encore pour lui que de gagner Doncourt et d’y bivouaquer. Le soleil était radieux et la chaleur déjà très forte; cependant les hommes, reposés par une journée presque entière de calme, et encore sous l’heureuse impression de leur succès du 14, avaient supporté gaillardement l’étape assez pénible, malgré sa brièveté, qu’ils venaient de faire. Les feux s’allumaient partout devant la ligne de leurs faisceaux, et l’eau chantait gaiement dans les marmites, quand, tout à coup, on il) Voir aux annexes la pièce n" ü. LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 123 vit l’état-major se remettre rapidement en selle. Depuis quelque temps déjà, un grondement sourd, pareil au lointain roulement du tonnerre, se faisait entendre du côté du sud, éveillant l’attention des officiers; il prit, vers 11 h. 1/2, une intensité telle que personne ne douta plus de sa provenance. C’était bien le canon, et, sans hésiter, le général de Cissey ordonna d’y marcher. Renversant les marmites, les hommes se remirent en route, à travers champs. La division s’avançait en colonne par section, l’artillerie par demi-batterie; on allait à une allure très vive, et on ne s’arrêta qu’après Jouaville, pour souiller un peu. Aussitôt mis au courant de la situation par le commandant Pesme, le général fit reprendre le mouvement que la chaleur et la poussière rendaient de plus en plus pénible, et se dirigea sur Doncourt, où il arriva sans laisser en arrière un traînard; son chef d’état-major, le colonel de Place, était parti en avant avec le commandant Pesme, pour s’orienter sur le chemin que devait suivre la division. A Urcourt, on déposa les sacs et on marcha sur Bruville. Des paysans affolés, des femmes, des enfants s’enfuyaient, traînant sur des charrettes leur misérable mobilier; quelques blessés revenaient déjà en arrière. Au-dessus de l’horizon, vers le sud, une multitude de petits nuages blancs, brusquement éclos dans l’atmosphère limpide, marquaient les points d’éclatement de nos obus fusants. Et dans les rangs muets, les soldats ruisselants de sueur déchiraient leurs paquets de cartouches, pour être plus tôt prêts à la bataille, où ils allaient pleins de courage et d’ardeur. Les batteries de la division, prenant le trot, avaient été rejoindre, sur le plateau de Bruville, celles de la réserve, en sorte que toute l’artillerie de corps d’armée tonnait maintenant contre Vionville. Quant à l’infanterie, elle s’avançait, en masses, vers les hauteurs qu’elle devait occuper. Arrivée près d’Urcourt, elle vit accourir le lieutenant-colonel Saget, dépêché par le général de Ladmirault, et qui venait lui demander encore d’activer sa marche. « Mon général, s’écria-t-il en abordant le général de Cissey, j’arrive au-devant de vous 124 LE 4 6 COUPS OU l’aüMÉE OH MET/ comme vous êtes venu au-devant de nous à l’Alma. Nous prenons l’ennemi à revers et votre action va être décisive (1). » A ces paroles de bon augure un frémissement secoua les premiers rangs qui les avaient entendues, et de joyeuses acclamations retentirent, auxquelles répondirent celles des habitants des fermes, juchés sur Je toit de leurs maisons (2). Puis la marche reprit avec une allégresse nouvelle et une vigueur qui défiait la fatigue et la chaleur. 11 était à ce moment 4 heures du soir. Entrée en action du ,Y° corps allemand. — Sur ces entrefaites, malheureusement, la situation du champ de bataille avait été profondément modifiée par l’entrée en ligne de nouveaux contingents ennemis. Les divers éléments du X° corps, abandonnant en etlet les directions qui leur étaient primitivement assignées vers la Meuse, avaient, au bruit de la bataille et sur l'ordre du général de Voigts-Retz, venu de sa personne à Tronville, infléchi leurs tôles de colonnes vers Tronville et Mars-la-Tour (3). Leur concours allait être singulièrement utile au 111° corps, réellement arrivé à la limite de la résistance, et tout prêt à lécher pied. On se rappelle que, devant Vionville, les contingents du général de Ihiddenbrock ne tenaient plus, à 3 h. 1/2, que la parcelle du bois de Tronville adjacente à la route. Quatre batteries, postées le long de celle- ci, ripostaient seules encore au feu de l'artillerie du 4° corps français, qui les criblait de projectiles à travers la clairière, et le major Kœrber, qui les commandait, voyait arriver le moment où il lui faudrait amener ses avanl-lrains. Ueureuse- (1) l.e général de Cissey, colonel et chef d’état-major de In division llosquct, en Crimée, avait «HO, le jonc de la bataille de l’Alma, envoyé au-devant de la brigade llouat, qui avait dit franchir la rivière près de sa barre avec de grandes diflicultés, pour activer sa marche et la jeter sur le liane des Dusses, attaqués do front sur les hauteurs par la brigade d'Aulemnrre. De son oété, le lieutenant- colonel Saget était, à cette époque, attaché à la brigade Douât. (2) Souvenirs inédit s du lieutenant-colonel Saget. (Il) Jusqu'alors, les seuls éléments du X" corps présents sur le champ do bataille étaient la 37 e brigade, le 11" dragons et cinq batteries, dont deux à cheval. LES GRANDES JOURNEES DE METZ 125 ment pour lui, deux batteries de l’artillerie de corps du X e corps, puis bientôt deux autres de la 20 u division, ayant devancé leur infanterie, accoururent à son secours et prolongèrent, jusqu’à hauteur de l'extrémité occidentale du taillis, la ligne des pièces qui bordait la grande route. De la lisière orientale du bois de Tronviile, les troupes de la brigade Péchot essayèrent bien de se jeter sur les canons du major Kœrber; mais le concours opportun d’une batterie à cheval, qui, précédemment désemparée, venait de réapparaître sur la chaussée après s’être reconstituée, les refoula dans le taillis. Alors, les quatre batteries de gauche de la ligne allemande prirent pour objectif celles de la division Grenier, et ne tardèrent pas à les contraindre à la retraite (1). La batterie de mitrailleuses, restée la dernière sur la berge méridionale du ravin et un instant très exposée, fut dégagée par les feux du 1 er bataillon du 43°, qui se déploya le long du chemin de Mars-la-Tour à Saint-Marcel, et obligea les canons prussiens à rétrograder au sud de la chaussée. Cependant la tête de colonne de la 20° division était arrivée à Tronviile. A 4 heures, deux bataillons du régiment n° 79, qui marchaient en tête, furent dirigés sur la partie sud du bois (2); l’un (1 er ) alla soutenir les batteries établies vers (1) La 2ü’ Monographie prétend que les doux batteries do 4, « désorganisées par le fen », no reparurent plus danslo combat. C’est, là une erreur complète. Ces deux batteries, sauf quelques éclipses passagères, ont combattu jusqu'au soir. (2) Ordre de marche de la 20» division : 1 10" dragons. 1 fer c t g' bataillons du 79’. )2 batteries. N 11“ et 2“ bataillons I Envoyés en cours de route au se- f du GG*. > cours de la 5 e division d’infan- lFusiliers du 79“ («). \ terie. i 2 batteries lourdes. J 2 batteries légères. 17'- régiment. I 2 batteries montées. I er bataillon et fusiliers du 92’ (le 2’ bataillon laissé à Ponl-d-Mousson). 10 e bataillon de chasseurs. 39’ brigade (général de W'oyna). Artillerie de corps. 40' brigade (général do Diringsliofen). (“) Le bataillon de fusiliers du 7!)', ayant fourni les avant-postes, était séparé de son régiment. 126 LE 4 ° COIil'S DE L’ARMÉE DE METZ la lisière sud-ouest; l’autre (2°), laissant Tronville à gauche, essaya de gagner la lisière sud-est du grand bois, que la brigade Péchot, écrasée par le feu de l’artillerie, venait d’évacuer. Au moment, dit la Relation allemande, où il franchissait l’espace découvert qui sépare les deux massifs, il fut pris en flanc par un feu très vif partant du saillant en forme de bastion qu’occupaient les 13° et 43° français (1); se hâtant donc de pénétrer sous le couvert, il poussa jusqu’à la clairière, puis dans le grand bois, et réussit là à se maintenir sur la lisière qui fait face à la voie romaine, malgré les halles dont le criblaient les tirailleurs de la brigade Péchot. Pendant ce temps, une compagnie du l ür bataillon avait quitté la grande route, et marché à travers le petit bois contre le saillant toujours occupé par la brigade Rellecourt. Mais, quand elle arriva à ce saillant, elle le trouva évacué, et put y entrer presque sans coup férir. Les troupes de la division Grenier venaient en effet d’ôtre repliées sur le versant septentrional du Fond de la Cuve, qui formait devant elles comme un fossé, et d’occuper à nouveau le plateau de Bruville, d’où elles se bornaient maintenant à interdire aux Allemands le débouché du bois. A gauche, la brigade Bellecourt était déployée sur la croupe 277 ; à droite, la brigade Pradier s’échelonnait en avant de la ferme de Gri- zières, mise en état de défense. L’ordre de recul venait du commandant du corps d’armée lui-mème, et il y a lieu, par suite, d’examiner les raisons qui l’avaient dicté. Un moment après l’occupation du bois de Tronville par la brigade Bellecourt, le général de Ladmirault, tranquille sur son point d’appui de gauche, avait voulu aller en personne reconnaître celui de droite. Longeant la crête septentrionale du Fond de la Cuve, il se portait vers la ferme de Grizières, auprès de la brigade Pradier, quand tout à coup, comme dans un décor de théâtre, l’horizon, jusque-là si tranquille devant lui, se couronna de masses épaisses qui sem- (I) La Guerre franco-allemande , p. î»74. — Historique du Pi" de ligne. LÈS GRANDES JOURNÉES DE METZ 127 blaient jaillir du sol. Du côté de Tronville, se manifestait un mouvement extraordinaire, et dans la fumée apparaissaient des bataillons compacts qui se serraient autour du village, tandis que leurs têtes de colonnes envahissaient le bois. Derrière Mars-la-Tour, vers Suzemont et Puxieux, on voyait s’élever des nuages de poussière, indice de la prochaine entrée en scène de renforts importants. Enfin, l’artillerie ennemie prenait une attitude menaçante. Voici, en effet, ce qui s’était passé : Tandis que le général de Kraatz-Kolschau, commandant la 20° division, lançait, comme on l’a vu, sa 39° brigade ( Woyna) dans le bois de Tronville, la 40° brigade (Diringshofïen) était venue, de son côté, se masser dans le ravin en avant de ce village; il y avait donc, dans le bois même, cinq bataillons que les projectiles de notre artillerie ne réussissaient pas à débusquer (1), quatre autres en réserve en arrière (2), et plus loin encore, autour de Tronville, les débris de la demi-brigade Lehman (3). Les quatre batteries du X° corps, qui jusque-là bordaient la chaussée au nord-ouest de Vionville, avaient alors poussé jusqu’à hauteur de la pointe nord du petit bois de Tronville, et pris position à 500 mètres environ de la grande route ; deux autres, surgissant brusquement de Mars-la-Tour, oit elles avaient devancé la 38° brigade, dont il va être question, venaient d’apparaître en face de Grizières; enfin la 38° brigade elle-même s’avançait entre Suzemont et Mars-la- Tour. Cette 38 e brigade, envoyée le matin, elle aussi, vers la Meuse, était arrivée à 10 heures (4) à Saint-Hilaire, où elle avait trouvé la brigade de dragons de la Garde, et où, malgré le bruit lointain de la canonnade, elle s’était arrêtée, en en- (1) Deux bataillons du 70' et trois du 17% envoyés par le général do Kraatz pour soutenir les premiers. (2) 1" bataillon de fusiliers du 92% et 10“ bataillon de chasseurs. Vers 5 heures arrivait en outre le bataillon de fusiliers du 56% venant do Pont-à-Mousson, oii U avait été relevé par le 2“ bataillon du 02'. (0) La Guerre franco-allemande, page 082. (4) Il heures suivant certains documents. 128 LE 4 “ CORPS I)E L’ARMÉE DE METZ voyant toutefois, dans la direction présumée de la bataille, le 1 er dragons de la (larde et une batterie à cheval (1). Même, le général de Schwartzkoppen, commandant la Indivision, avait fait prendre le service de sûreté et ordonné de préparer la soupe (2). Il suffit de rapprocher cette attitude de celle des chefs du 4° corps français pour faire justice de certaines légendes, et constater que les généraux allemands, auxquels on accorde volontiers l’honneur d’avoir, sans exception, marché au canon, n’y marchaient pas toujours, tandis que les généraux français, au contraire, si violemment attaqués pointeur prétendue indifférence, y ont marché quelquefois. Cependant, le bruit du canon augmentait. « Tandis que les feux flambaient, a écrit un témoin oculaire, des cavaliers arrivaient au galop de la direction de l’est, attirant l’attention générale. A l’aile droite du 57° régiment, d’où la vue pou vait s’étendre librement vers la droite, l'impression qu’on allait se porter en avant était tellement nette, môme chez les hommes, que déjà ceux-ci renversaient la soupe en train de bouillir, avant que l’ordre en fût donné. C’est cependant seulement quand arriva un officier sur un cheval blanc d’écume que le signal d’alarme fut fait. Toutes les marmites se vidèrent et les troupes se mirent en marche. Il était midi (3). » La 38° brigade, forte de cinq bataillons, deux batteries, et deux compagnies de pionniers (4), se porta donc sur Suze- (1) La 38" brigade étail accompagnée do doux batteries et do deux compagnies de pionniers. Elle trouva à Saint-Hilaire la brigade do dragons de ia Garde (dont deux escadrons étaient détachés) et une batterie à cheval (capitaine de l'ianitz). Ces troupes étaient à la disposition du X" corps. La batterie Planitz alla, dès midi, rejoindre la cavalerie iiarby sur les hauteurs do liruvillc, et riposta un instant au feu do l’artillerie française du 4" corps (voir plus haut, page 110). (2) La Relation officielle est muette sur cet incident. Il est relaté par K. llumig ; on trouve dans la 25“ Monographie une longue discussion sur la conduite du général de Schwartzkoppen, laquelle s’expliquerait d'après l'idée formelle qu'il fallait, avant tout, atteindre la Meuse au plus tél. C'est dans l'intention de reprendre ultérieurement la marche qu’il aurait fait faire la soupe. (3) Prit/. Hœnig. Untersuchungeii ülier die Taclik der Xukunft (Recherches sur la lactique de l'avenir). Herlin, R Luckhardt, 1H!K), page 00. 14) Le 2" bataillon du 37" fut laissé, avec quelques cavaliers, à la garde des Irainsjil resta aux environs de Saint-llilaire. LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 129 mont. Près de ce village, elle rencontra des blessés qui refluaient du champ de bataille : « Parmi eux, dit encore Hœ- nig (1), je reconnus le lieutenant Dreising, adjudant-major au 52 e régiment; cheval et cavalier étaient souillés de sueur et de poussière, et il me semblait que le cavalier avait fait une chute. Il avait en outre reçu un coup de feu à la jambe; les traits de son visage étaient à peine reconnaissables. Comme nous avions été cadets ensemble, j’allai à lui, lui tendis la main, et lui parlai. Mais il poursuivit sans me prêter la moindre attention. Son ordonnance, à qui je demandai quelle était la tournure du combat, me répondit : « Mauvaise 1 » Bientôt après, je rencontrai un autre oflicier du 20° régiment, qui avait reçu un coup de feu à la poitrine. Avant même que j’eusse ouvert la bouche, il me dit : « Eh bien! il faut espérer que vous aurez plus de chance que nous! Vous serez étonnés. Ce n’est pas un feu pour rire, comme en 1866! » — C’est sur ces impressions peu rassurantes que la brigade atteignit Suze- mont. Jusque-là, le général de Schwartzkoppen avait l’intention de tomber par Ville-sur-Yron sur notre flanc, dont la fumée indiquait approximativement la position; mais les nouvelles qui lui arrivaient, et dont on vient de voir un spécimen, lui inspirèrent des idées de prudence, et il jugea plus sage de se rallier tout simplement à la gauche prussienne, si éprouvée, du côté de Tronville. Jetant donc immédiatement, vers la ferme de Mariaville, le bataillon de fusiliers du 16° pour assurer immédiatement sa liaison avec le reste du X e corps, et un escadron sur la roule d’Étain, il lit rassembler ses troupes. C’était, on en conviendra, une manœuvre un peu prématurée. D’après la Relation allemande, la brigade se trouvait alors à Suzemont, et il était 4 heures (2). D’après Ilœnig, elle venait d’arriver à un kilomètre environ au sud-ouest de Mars-la- (1) Loc. cil., pageiil. — Dans le texte allemand, les numéros des deux régiments indiqués ci-aprés sont suivis d’un point d'interrogation. (2) La Guerre franco-allemande, page 579. 4' Corps. 9 130 le 4 ° corps ni: l’armée de metz Tour, sur la berge gauche de l'affluent de l’Yron, el il n’était que 3 h. 1/2, au plus tard (1). Quant à la 25° Monographie, elle est d’accord avec le grand état-major, en ce qui concerne le lieu, mais donne une heure dilïérente. D’après elle, le rassemblement aurait commencé à 3 heures, sur le versant est d'une petite dépression située à 1.200 mètres à l’est de Suze- mont, au sud de la route de Yionville, qu'elle coupe pour aller rejoindre la vallée de l’Yron, et à 2.300 de Mars-la-Tour (page 25). Peu importe d’ailleurs. Le fait certain est que rien de sérieux n’obligeait encore à abandonner la formation de marche pour une autre moins maniable assurément. Tandis que s’opéraient ces mouvements d’infanterie, la cavalerie allemande ne restait pas inactive. On a vu plus haut (page 128) que le général de Brandebourg, commandant la brigade de dragons de la Garde, était parti de SainL-IIilaire à 10 heures, devançant de beaucoup la 38° brigade d’infanterie, et qu’avec la batterie Planitz et le 1 er dragons, il s’était porté vers Mars-la-Tour, où il avait rejoint la brigade Barby. Ben- forcé bientôt par un escadron du 2° dragons de la Garde qui était venu le rejoindre, il avait marché ensuite vers Ville-sur- Yron, et aperçu des masses de cavalerie française (2° chasseurs d’Afrique, division Legrand, brigade de France), évoluant avec tranquillité aux alentours de la ferme de Grizières. Le 1 er dragons avait alors tiraillé quelque temps avec nos chasseurs d’Afrique, qui tenaient le petit bois voisin de la ferme de la Grange, tandis que la batterie Planitz, escortée par l’escadron du 2° dragons, allait soutenir la brigade Barby. (1) Il affirme même, et démontre par le cnlenl, ipie, en se fnisnnt mieux renseigner, la brigade Wedel aurait pu atteindre dés 1 heure, le champ de bataille, et nous précéder ainsi sur les hauteurs de. Uni ville. Kn ce qui concerne lo déploiement de la brigade, il donne le, détail suivant : « Les pentes du ravin (qu'elle dut franchir en ordre déployé) sont si raides par endroits que l’ordre no pouvait être maintenu qu'il grand'peine, et que les deux batteries qui s’avançaient dans l’intervalle, à la gauche du 1" bataillon du ii7 c , s’en trouvèrent fort embarrassées. Elles réussirent pourtant en passant du trot au pas, et elles évitèrent, on se dirigeant obliquement, la raideur des pentes dont aucune d’elles ne se doutait. » (Voir son ouvrage cilé, pages ii2 et suivantes.) LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 131 Mais, à l’arrivée de la brigade Pradier sur les hauteurs de Grizières, la position du général de Brandebourg était devenue intenable. x\ssailli de coups de feu qui partaient des environs de la ferme de Grizières (1), voyant cette ferme solidement occupée en arrière, il avait dû, vers 3 heures, battre en retraite sur Mars-la-Tour. Un instant avant, d’ailleurs, la brigade Barby s’était retirée sur Puxieux. Tout Je terrain en avant du front du 4 e corps s’était donc, pendant un certain temps, trouvé dégagé, et c’est ce qui avait permis à nos cavaliers de pousser, comme on l’a vu plus haut, une pointe sur Mars-la-Tour. Mais, vers 4 heures, la situation changea. Apercevant, sur le plateau de Bruville, des mouvements de troupe inquiétants, le général de Voigts-Rhelz donna l’ordre à ses escadrons de couvrir son flanc gauche. En conséquence, une heure plus tard, le général Barby, avec sa brigade renforcée des 13 e et lG e dragons (2), revenait auprès de Mars-la-Tour, laissant seulement deux escadrons du 4° cuirassiers à l’angle sud-ouest des bois de Tronville. Le 1 er dragons de la Garde se posta au sud-est de Mars-la-Tour, pour protéger les deux batteries amenées par la 38° brigade, et qui venaient d’ouvrir leur feu en avant et a droite du village. Le 10 e hussards, de la brigade Redern, se massa au nord de Puxieux. Enfin, dans le 2° dragons de la Garde, un escadron alla battre le pays sur la route d’Étain; un autre accompagna la batterie Planitz, qui revint se déployer sur le plateau entre Mars-la-Tour et Ville-sur-Yron (3). C’étaient ces divers mouvements de troupe, dont, seule, la portée lui échappait, qui avaient provoqué les inquiétudes légitimes du général de Ladmirault. A peine arrivé près de Grizières, il s’était trouvé en butte aux coups de l’artillerie ennemie postée près de la grande route, et son porte-fanion, frappé d’un éclat d’obus, venait de tomber à ses côtés, la tête (1) Une compagnie (lu ü' bataillon (le chasseurs, accourue do l'aile gauche, joignait scs toux à ceux do la brigade Ilcllecourt. (2) Le 1G° dragons était le régiment divisionnaire de la 20" division. (3) Les deux autres escadrons du 2" dragons de la Garde étaient détachés. 132 LE 4 ° COUPS DK l’armée DE METZ fracassée (1). Assurément, il ne pouvait exactement évaluer l’effectif des troupes qui le menaçaient de front, mais, à en juger par la poussière dont se couvrait l'horizon, elles devaient être nombreuses. En tous cas, les escadrons des généraux Barby et Brandebourg étaient bien visibles et constituaient pour le flanc droit du 4° corps un danger sérieux. Sans doute, la division de Cissey ne pouvait tarder à arriver, et, dans son impatience, le général de Ladinirault lui dépêchait oflicier sur officier pour la hâter (2). Mais, eu attendant, il fallait parer au plus pressé, et surtout ne pas laisser exposée aux coups d’un adversaire, peut-être numériquement très supérieur, la ligne longue et mince que la division Crenier avait jusque-là pu former sans péril. Voilà pourquoi l’ordre fut donné à cette division do repasser le Fond de la Cuve et de l’utiliser comme obstacle passif. « Je préfère avoir ce ravin devant moi que derrière », avait dit le général de Ladmirault. La situation actuelle lui donnait raison. Malheureusement, un fâcheux malentendu vint dénaturer ses intentions formelles. En tout état de cause, il entendait assurer quand même ses deux flancs, c’est-à-dire conserver scs deux points d’appui extrêmes, le bois de Tronville à gauche, la ferme de Grizières à droite; c’était, chez lui, tactique habituelle, et nous le verrons préparer son déploiement d’une façon identique dans la journée de Sainl-Privat. Ses ordres îurent-il mal transmis, ou bien l’attaque de la brigade Woyna, concordant avec le mouvement de retraite ordonné au centre de la ligne, impressionna-t-elle un peu vivement les bataillons du 43 e et du 13° postes dans le saillant nord- ouest du bois de Tronville, sur une position qui leur semblait trop aventurée? Nul ne le sait. Toujours est-il que ces batail- (1) Le capitaine de La Tour-du-I’in saisit la hampe brisée du fanion, et sollicita du général l’honneur de la porter il la place du sous-ollicier tué, qui était le maréchal dos logis Henry, fils du général chef d'état-major du maréchal Canrobert. (2) C’étaient, après le lieutenant-colonel Saget, le commandant de l’iazanol et le capitaine Hourclly, qui ont joint le général de Cissey très peu de temps avant qu'il s'engageât. LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 133 Ions rétrogradèrent; ils le firent d’ailleurs avec un ordre remarquable, et en ramenant des prisonniers assez nombreux. Mais il n’en est pas moins vrai qu’à partir de ce moment un vide de plus d’un kilomètre d’étendue, constitué par la face nord du grand bois de Tronville, abandonnée presque complètement aux entreprises de l’ennemi, fut créé entre les 4 e et G e corps, interdisant tout concert entre leurs actions offensives. Quant au 3° corps, qui aurait dû former liaison entre les deux autres, il ne bougeait pas de sa position primitive. Pendant toute la journée, les divisions Aymard et Navrai, concentrées autour de Saint-Marcel, restèrent inactives et ne participèrent que d’une façon absolument insignifiante aux combats qui se livraient devant elles, depuis midi, dans le bois de Tronville. Un ordre formel du maréchal Bazaine maintint jusqu’au soir en réserve tous ceux de leurs éléments qu’il n’appela pas successivement vers sa gauche, et pendant près de six heures, ce qui restait de la division Aymard, en particulier, dut supporter, impassible, devant la trouée dont nous venons de parler, le feu des batteries allemandes de Vionville, alors qu’il lui eût été très facile de descendre sur la voie romaine et de se mettre à couvert derrière le bois, puis de cheminer, avec l’aide de ses compagnies du génie, à travers les taillis de la partie principale. Cette inaction voulue du 3 e corps, et l’inutilisation par nous des bois de Tronville, qui en a été la conséquence, ont exercé sur les résultats de la bataille une désastreuse influence. Les Allemands ne s’y sont d’ailleurs pas trompés. « L’arrivée fort opportune de la 20 e division d’infanterie sur la gauche du III 0 corps, dit la Relation officielle, et l’occupation du bois de Tronville avaient ainsi rétabli le combat dans les conditions antérieures. Mais ce revirement si rapide , celte retraite d’un adversaire bien supérieur en nombre devant quelques bataillons frais ne pouvait s’expliquer que par le concours simultané d’autres causes (1). » Et de ces causes, (1) La Guerre franco-allemande, page ;V7G. 134 LE 4 ° COUPS UE I.’aUMÉE DE METZ l’état-major allemand n’hésite pas à indiquer la principale, qui est la préoccupation constante de Bazaine pour sa gauche, préoccupation qui le fait attirer de ce côté tout ce qu’il peut, et arrêter l’offensive qui risquerait de se produire ailleurs (1). Tout cela pour ne pas être séparé de la place de Metz! Et cependant, si le général en chef eut voulu, ce jour-là, diriger la bataille, quel facile succès il aurait certainement obtenu! En combinant une action concordante et simultanée des 3°, G 0 et 4° corps, il pouvait conquérir entièrement les bois de Tronville, en chasser l’ennemi, et, grâce à ce point d’appui, enfoncer définitivement toute son aile gauche, car les réserves allemandes disposées en arrière (les dernières !) n’étaient point de force à résister à une pareille attaque. Le développement de la bataille devait tout naturellement lui dicter sa décision, et l'entrée en ligne de la division de Cissey déterminer cette reprise d’offensive. Mais pour qu’elle s’exécutât dans des conditions congruentes, il fallait une direction supérieure, un commandement résolu, la présence, en un mot, du général en chef. Et celui-là non seulement ne dirigeait rien, mais même il ne voulait pas vaincre, parce qu’il entendait attendre, à l’abri des remparts d'une place forte, des événements sur lesquels il comptait pour devenir le maître de la situation. En lui le politique avait tué le soldat! On a dit quelquefois que l’absence de la division Loren- cez, dont on verra plus loin la fâcheuse odyssée, avait été la cause prédominante de l’indécision Lactique de la bataille du IG août. C’est, croyons-nous, une erreur. Assurément, l’intervention de celte division, si elle s’était produite à temps, aurait permis au 4° corps de compléter la victoire avec ses seules forces. Il aurait suffi à ces quatre régiments, pour arriver sur le champ de bataille, de gagner une ou deux heures sur le temps qu’ils ont, depuis le 13 à 3 heures de (1) L’ordre (lo sc maintenir Sur place n'nvail été donné qu'aux ü" et 3” corps, quant au 4", lo maréchal liazaine no lui envoya aucune instruction, coimno s’il eût ignoré sa présence sur le champ de bataille. Telle était la façon dont il exerçait le commandement suprême! LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 133 l’après-midi, perdu en marches et contre-marches stériles; mais ils n’étaient point indispensables, puisque, pendant toute la journée, deux divisions intactes sont restées inutilisées sur la gauche du 4 e corps et derrière le 6 e . En les jetant, vers 5 heures, de concert avec les troupes du général de Cissey, sur la gauche épuisée de la ligne allemande, on devait infliger une déroute irrémédiable aux deux corps si imprudemment exposés à un désastre par le prince Frédéric-Charles. Nous ne savons que trop, hélas! que quand la déroute commence, l’unique moyen de l’endiguer est de rétablir le combat au moyen de réserves intactes. Les Allemands n’en avaient plus ! Gouvion Saint-Cyr, racontant la bataille d’Etlingen, livrée le 9 juillet 179G, dit que « quand l’enthousiasme a gagné les Allemands, on ne peut douter qu’ils ne se portent avec ardeur contre leurs ennemis, sans attendre d’être attaqués (1) ». C’est exact, et l’attitude des troupes prussiennes exaltées par le succès dans la campagne de 1870-71 est là pour le prouver. Mais aussi léna et Awœrstœdt ont montré leur attitude dans la défaite, et révélé leur extrême impressionnabilité. De celle-ci, le désastre de la 38° brigade va nous donner bientôt un autre exemple, aussi caractéristique, par lequel nous pourrons préjuger de la dépression morale qui aurait suivi, dans les 111° et X° corps, un échec irrémédiable et décisif. Certes, ces deux corps ont déployé, pendant toute cette journée, une bravoure, une résistance, une ténacité auxquelles aucune âme de soldat ne saurait rester insensible; mais ils avaient été exposés à un danger terrible, auquel ils auraient dû succomber. Leur défaite qui, d’ailleurs, eût été glorieuse, nous apportait certainement le salut. Seul de tous les chefs de* l’armée française, Bazaine était capable de la leur épargner ! Revenons maintenant aux opérations du 4® corps, que nous avons dû interrompre pour fixer la situation exacte du champ (1) Mémoires, tome 3. pages G8 et suivantes. 136 LE 4 ° CORPS DE L’ARMÉE DE METZ de bataille à 5 heures du soir. Nous avons laissé le général de Ladmirault escomptant l’arrivée très prochaine de la division de Cissey, à laquelle il voulait allecter pour terrain de combat le centre de sa ligne, garnie dans ce moment par l’artillerie de réserve et celle de la division Grenier. L’entrée en action de cette division n’était plus qu’une question de minutes, quand le commandant du 4° corps, déjà assez inquiet des mouvements qui se faisaient devant lui, aperçut tout à coup la cavalerie ennemie, qui, avec la batterie Planitz, venait de surgir au débouché du plateau de Ville-sur-Yron. La présence en un tel point de cette cavalerie, et les tendances qu’elle manifestait, interdisaient évidemment à la division de Cissey la possibilité de prendre, dès son arrivée, une offensive hardie. Il n’était pas admissible qu’avec une pareille menace sur son flanc droit, cette division marchât délibérément vers la route de Verdun, où le général de Ladmirault entendait bien la pousser. Sa liberté d’action n’eût point été complète, ni son indépendance matérielle suffisamment assurée. D’ailleurs, la batterie Planitz devenait gênante en prenant d’écharpe notre front (1). Se tournant donc vers le capitaine de La Tour-du- Pin, Ladmirault lui ordonna de « ramasser tout ce qu’il trouverait de cavalerie en arrière de la position pour dégager le flanc menacé ». Le capitaine partit au galop et rencontra d’abord le général du Barail avec le 2° chasseurs d’Afrique, puis le général Legrand avec la brigade de hussards (Mon- (t) « Alors débouche au nord de Mars-la-Tour, sur la route de Conllans, une batterie allemande soutenue par un escadron, dans une position dominante. Ses premiers obus, dirigés sur le fanion du général do division, causent dans lo 7' hussards quelque désordre vite réparé. Nous nous déplaçons légèrement. La cavalerie allemande (Itheinbabeni s’avance, menaçant de tourner notre droite. Nous recevons l'ordre do charger. Malheureusement, nos doux batteries ne nous sont pas rendues et ne peuvent préparer le choc. Kilos continuent, à soutenir l'infanterie. » (Souvenirs inédit s du capitaine Longuet, depuis contrôleur général do l'armée, aide do camp du général Legrand.) — « Après avoir canonné, de la routo de .iarny, la cavalerie française qui se montrait vers la ferme G rizières, la batterio Planitz se portait ensuite jusqu’au point de croisement do la route et du chemin de Ville-sur-Yron à la ferme Grizièros, où le capitaine do Planitz, faisant exécuter un ù-droite à ses pièces, s'établissait de inanièro à battre le terrain au nord de la ferme Grizières. » {la Guerre franco-allemande, page 31)3.) LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 137 taigu) et le 3 e dragons, enfin le général de France avec la brigade de la Garde. Les escadrons formaient trois groupes espacés entre la ferme de Grizières, occupée par le 98 e , et le village de Bruville. Le capitaine de La Tour-du-Pin exposa rapidement et successivement aux trois généraux la situation exacte, et leur demanda de se porter vers l’ouest, de s’opposer au mouvement de la cavalerie allemande, de tâcher de la déborder, et de la rejeter sur Mars-la-ïour. Attaque de la 38 e brigade. Combat de la division de Cissey. — Or, à ce moment même débouchaient de ce dernier village les premières troupes de la brigade Wedell, que nous avons laissée, vers 4 heures, déployée à l’est de Suzemont, et face à Tronville, ayant en première ligne les deux bataillons du 16 e , en seconde ceux du 57 e , puis les deux compagnies de pionniers (1). Les batteries, en formation de combat, marchaient en avant de la brigade, et la débordaient d’une demi-largeur (2). Le général de Schwartzkoppen, appelé par le commandant du X e corps qui lui envoyait des nouvelles assez fâcheuses sur la tournure des affaires à la gauche prussienne, croyait encore tout simplement aller au secours de celle-ci. Mais comme, en arrivant de sa personne auprès de Mars-la-Tour, il avait trouvé une situation un peu meilleure, puisque le bois de Tronville était reconquis et que les batteries allemandes se déployaient maintenant en avant de la chaussée, il décida, proprio motu, « d’appuyer vigoureusement, par une attaque de flanc dans la direction du nord-est, l’offensive directe de la 20 e division (3) », et, rappelant de la ferme de Mariaville le bataillon de fusiliers du 16 e , il donna comme point de direction à ses troupes, qui marchaient toujours, « le saillant nord-ouest du grand bois de Tronville (4) ». En prenant cette ( 1 ) I.c bataillon de fusiliers du IG' avait été, on s'en souvient, dirigé vers la ferme do Mariaville. (2) 25” Monographie, page 20. (3) La Guerre franco-allemande, page 08 O. (4) Ibid. 138 LE 4 e CORPS I)E L’ARMÉE DE METZ détermination, le général de Sclnvartzkoppen entrait absolument dans les vues du prince Frédéric-Charles, lequel, accouru de Pont-à-Mousson à franc étrier, avait, à 4 heures, pris la direction de la bataille (1). Il obéissait également aux ordres du commandant du X e corps d’armée (2). Mais il ne prenait aucune des précautions que nécessite une opération hardie, comme est l’attaque décisive. 11 n’assurait en rien sa liaison nécessaire avec le général de Kraatz, ni la concordance de leurs mouvements communs. Enfin, il se lançait en aveugle, sans faire reconnaître les forces et le terrain qu’il avait devant lui, sans vérifier, au préalable, si la situation de son adversaire restait bien telle qu’il la supposait. C’était d’ailleurs bien peu de cinq bataillons et demi, sans une réserve, pour donner l’assaut sur un front de 2.300 mètres, où l’on était obligé de s’étendre démesurément, sinon d’exposer son liane. L’extrême gauche de la ligne allemande était formée par les deux bataillons du 10°, qui faisaient face au nord. Elle reçut du colonel de Brixen, commandant le régiment, la mission d’occuper Mars-la-Tour, que nos patrouilles de hussards venaient d’évacuer sous la pression des dragons de la Garde allemande. Le bataillon de fusiliers, arrivé de Maria- ville, se mit à l’abri dans les jardins situés à 200 mètres environ de la sortie orientale du village. Quant aux troupes du 4 e corps français, elles étaient alors disposées ainsi qu’il suit : à droite, la brigade Pradier se trouvait répartie en avant do la ferme de Grizières, le 04° à droite, le 08° à gauche (moins le bataillon qui tenait la ferme). A gauche, la brigade Bellecourt occupait le revers septentrional de la croupe 277, ayant, de l’est à l’ouest, les 1 er et 3° bataillons du 13° postés vis-à-vis le bois de Tronville, le 43°, et, un peu à l’écart, près du chemin de Bruville à Mars-la-Tour, le 2° bataillon du 13° (3). On avait (1) La Guerre franco-allemande, pages 584 ot 585. Le prince, se tenait près l'angle nord-ouest du bois de Vionvillo. (2) Ibid., page 580. (3) Ce bataillon, envoyé là dès le début pour protéger la droite de l’artillerie, était resté sur sa position première. LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 139 poussé, en avant de l’artillerie qui tenait la crête, la 3 e compagnie du 5 e bataillon de chasseurs à droite, et deux compagnies du 13° à gauche. Les autres compagnies du bataillon de chasseurs agissaient isolément sur toute l’étendue de la ligne. Ces dispositions étaient masquées par la configuration du terrain, et l’état-major ennemi, malgré le feu violent de notre artillerie, ne nous croyait pas en force sur les hauteurs de Bruville (1). Le général de Schwartzkoppen ordonna alors à ses deux batteries de contrebattre la nôtre, et au régiment n° 37 « de s’avancer dans la dépression qui longe le village au sud sur un espace d’environ 500 mètres (2) ». Il croyait devoir « fixer le succès, encore incertain, en lançant sans arrière-pensée dans l’action ses dernières réserves », ne se doutant nullement que les Français disposassent ou fussent sur le point de disposer de troupes fraîches. Il agissait en téméraire, parce qu’il n’était point éclairé. Quoi qu’il en soit, à 4 h. 3/4, les deux batteries de'la 19° demi-division, postées en avant de Mars-la-Tour, ouvrirent le feu. L’artillerie française riposta vigoureusement, et atteignit non seulement les pièces allemandes, mais aussi le village, où se tenait le régiment n° IG, et la route de Mars-la- Tour à Tronville, que le 57° traversait à ce moment. Un instant après, Schwartzkoppen ordonnait au général de Wedel « de déployer ses cinq bataillons sur une seule ligne, l’aile gauche en avant, et de marcher à l’attaque des batteries établies à gauche de la corne du bois de Tronville ». Mais le régiment n° 57 ne tarda pas, en raison des circonstances, à former deux lignes (3), dont la seconde fut prolongée par les pionniers. Quant au régiment n° IG, il avait lancé ses deux (1) 23“ Monographie, pages ISO cl. 37. (2) Ibid., page 37. (3) « Le bataillon de fusiliers, qui marchait à l'aile extérieure, dit la 23 e Monographie, commença, pour se porter sur l'alignement du front d'attaque, une conversion à gauclie; mais comme le 1" bataillon, exposé au feu des obus, précipitait sa marche en avant, les fusiliers, une fois leur mouvement terminé, se trouveront en seconde ligne. » 140 LE 4 e CORPS I)E L’ARMÉE DE METZ compagnies de gauche (5° et G e ) droit devant elles, dans la direction du bois de la Velterène, tandis que les dix autres essayaient de se dégager des bas-fonds de Mars-la-ïour.,« Le terrain en cet endroit, dit Ilœnig, est très morcelé. Les cultures y étaient alors clôturées de ül de fer, ainsi que les prés qui bordent le ruisseau coulant en arc de cercle au nord du village. Il fallut abattre ces fils avec des serpes sous le feu de l’ennemi, et de là des arrêts, des retards et des pertes (1). » Néanmoins, l’ordre put être à peu près rétabli, et le 1(5° se mit en mouvement un peu avant que le 57° n’arrivôt à sa hauteur; il avait sur ce dernier deux cents pas d’avance environ (2). Les deux compagnies de gauche du 10° atteignirent bientôt la croupe qui s’étend au nord de Mars-la-ïour, puis prirent pour direction, l’une le bois de la Velterène (5°), l’autre un boqueteau de pins qui occupe, plus à l’est, la berge septentrionale du ravin (0°). Cette dernière soufïrait énormément du feu de notre artillerie, auquel l’autre échappait presque complètement. Elle ne put atteindre le ravin, et dès 5 h. 1/4, dut se replier en désordre vers Mars-la-ïour, laissant sur le terrain 6 officiers et 85 hommes hors de combat. De son côté, la 5° avait occupé le bois de la Velterène (3) et même garni sa lisière nord. Mais les troupes du général Pradier la guettaient; le 64° déploya ses 2° et 3° bataillons, et le 98° trois compagnies (4) sur la croupe au sud de la ferme; les Prussiens, que personne ne pouvait secourir, furent refoulés et maintenus à distance par le feu. ïoutefois, nos soldats ne poursuivirent pas; ce qui se passait à ce moment sur leurs deux flancs était bien fait pour les en empêcher, ainsi qu’on le verra plus loin. D’ailleurs, ils avaient eu presque aussitôt ailaire à une des deux batteries ennemies, qui, pour soutenir son infanterie, était venue de Mars-la-ïour prendre position (1) F. llienig, loc. cil., Rage 11!). (2) 2,'i' Monographie. (3) Quelques tirailleurs de la brigade l’radicr, postés dans le bois, s’étaient repliés à son approche. (i) 1”, 2* et 3 e du 2' bataillon. LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 141 sur la croupe 251 ; ils la criblèrent de feux et l’obligèrent sans tarder à se replier sur son premier emplacement. Pendant ce temps, le gros de la brigade Wedell avait marché de l’avant. D’abord protégés par le ravin qui contourne Mars-la-Tour à l’est, les deux bataillons du régiment n° 57 ne commencèrent à souffrir qu’au passage de la grande route; là ils reçurent non seulement des projectiles d'artillerie en grand nombre, mais aussi quelques balles lancées par la 3° compagnie du 5 e bataillon de chasseurs. Quant au 16 e , il arriva sans trop d’encombre sur la crête qui est au nord-est de Mars-la-Tour (5 heures du soir); mais, dès lors, il se trouva dans la zone battue, et subit immédiatement des pertes, malgré l’appui prêté à l’attaque par quatre batteries, qui avaient, à l’est, traversé la grande route le long du petit bois de Tronville, et débordé ce petit bois (1). Grâce à une dépression de terrain assez accentuée, il put mettre en ligne cinq compagnies qui, d’un bond, se jetèrent dans le Fond de la Cuve, à l’est de la route de Bruville, et gravirent ensuite la berge nord, refoulant devant elles la 3 e compagnie du 5° bataillon de chasseurs français, obligeant même à rétrograder toute la droite de notre ligne d’artillerie, dont une seule batterie, la 6 e du 17 e , resta en position. Comme elles arrivaient à une centaine de mètres au delà de la crête, ces cinq compagnies se trouvèrent en prise aux feux de notre infanterie qui garnissait le plateau (2). Immédiatement, leurs soutiens, qui étaient très rapprochés, vinrent se fondre sur la ligne, en sorte qu’il y eut bientôt, sur un étroit espace de 300 mètres, huit compagnies déployées, dix même, car les deux dernières, restées seules en arrière un moment sur la pente du ravin, vinrent presque aussitôt renforcer la chaîne à leur tour (3). « Serrée en ligne compacte, (1) 5 e et G” légères, 4° lourde et 4 e légère du X f corps. (Voir la carte à la fin du volume.) (2) 2 e bataillon dos 13°, 43'; 5" bataillon de chasseurs. (3) On se rappelle (pie le IG" ne comptait là que dix compagnies, les o' et 6' agissant pour leur compte devant Grizières. 142 T,E 4 e COUPS DE L’ARMÉE DE METZ homme contre homme, cette chaîne est couchée sur le bord de la crête au nord du ravin; derrière elle, à genoux et debout, se tiennent les soldats qui n’ont pas trouvé place au premier rang; en maint endroit, ils sont sur six rangs de profondeur, et font leu par-dessus les tirailleurs couchés. Ainsi, le gros du régiment n° IG est déployé en une ligne très dense; seuls, quatre pelotons des 9° et 12° compagnies constituent, derrière la haie du chemin de Saint-Marcel, une faible réserve. Il est près de a h. 1/4 (1). » Les deux batteries de Mars-la- Tour tirent toujours, mais lentement, contre l’infanterie de la brigade Bellecourt. Cependant, le régiment n° 57 a continué sa marche. Dirigée primitivement, d’après les ordres reçus, sur le saillant du bois de Tronville, celle-ci s’est sensiblement infléchie vers la gauche, sous l’influence de nos feux de flanc, et la majeure partie du régiment a atteint, par échelons, le Fond delà Cuve, en arrière et à droite du 1G° (2). Mais, dès la traversée de la grande route, les pertes ont été sensibles; pour les éviter, on a pris le pas de course et gagné ainsi les plis de terrain qui peuvent donner un abri momentané (3). « L’instinct de la conservation, dit la 25° Monographie, enseigne aux hommes ce qu’ils n’ont jamais fait à la manœuvre. » Grèce cependant à la présence de lunes épaisses qui bordent le ravin au sud, la première ligne du régiment n° 57 (deux compagnies et demie) a pu enfin s’embusquer et ouvrir le feu sur notre 43°; celui-ci, attaqué à la fois par les deux régiments ennemis, recule; mais à ce moment, la scène change brusquement par l’apparition subite de la division de Cissey. En effet, sur les indications du lieutenant-colonel Saget, le général de Cissey s’était, à partir d’Urcourt, dirigé vers le (1) 2;j R Monographie, page U. (2) Seuls, les pionniers et une demi-compagnie d'infanterie ont continué leur mouvement et so sont jetés sous Dois. Cl) I.a Relation du grand état-major, page ">DI, parlait do bonds successifs et do marche réglée. On voit ce qu’il en est. llumig, d'ailleurs, allirmo (pie son régiment (n° ’ol) s'est porté à l’ennemi d'une traite, et qualifie à deux reprises sa marche de « chasse à courre ». LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 143 Poirier du bois dessus, qui formait alors un signal très apparent. Son artillerie, prenant les devants, avait tout d’abord couru, comme il a été dit plus haut, se placer à la droite des batteries de la réserve, lesquelles prolongeaient elles-mêmes celles de la division Grenier. L’infanterie, allégée de ses sacs à Urcourt, suivait rapidement; elle se déploya, la 2 e brigade en tête, aussitôt après avoir dépassé le ravin de Bruville. A b h. 1/4, elle atteignait les abords du Fond de la Cuve, disposée ainsi qu’il suit : à droite, le 73®, qui touchait au 2 8 bataillon du 13 e , puis le 57 e ; un peu en retraite et en échelons à gauche, la brigade Brayer, encore formée en colonnes. Le 20 e bataillon de chasseurs marchait en avant du dispositif (1). Masquée par le terrain, cette marche d’approche échappa complètement à l’ennemi. Au moment où ces nouvelles forces débouchaient sur la berge septentrionale du ravin, l’artillerie française venait en majeure partie de se replier, et le régiment n° 57 entrait en action. Le 1 er de ligne et le 20 e bataillon de chasseurs tout d’abord, formés en lignes étagées, ouvrirent un feu violent sur les rangs déjà éclaircis de ce régiment et sur la droite du 1G°; deux bataillons du 6° les suivirent presque aussitôt, et se mirent également à tirer (2). Pour échapper à ces feux de niasse, les compagnies de tête du régiment n° 57 se jetèrent dans le fond du ravin, côte à côte avec les quatre pelotons du 16° restés primitivement en réserve; mais ce ravin était très profond (30 mètres environ) et assez large. « Il fallait parcourir une longue pente doucement inclinée vers l’ennemi (3). » Les pertes devenaient énormes. Seules deux compagnies et demie du 57 e purent atteindre la berge septentrionale; quand celles qui les suivaient arrivèrent dans le thalweg, elles se heurtèrent à leurs débris déjà refoulés. La fumée était si (1) Mémo il so liourta à une partie du 43 e , qui reculait un peu sous la pression de la brigade ennemio et les cllets destructeurs de son artillerie. (2) Le l' r bataillon de ce régiment, primitivement destiné à la garde des sacs a Urcourt, no rejoignit qu’un peu après. (3) Rapport du lieutenant-colonel do Sannow, cité par la 2ü° Monographie. -144 LE 4 ° CORl’S DE L’ARMÉE DE METZ intense qu’on ne distinguait plus rien, et dans la masse formée par cette agglomération désordonnée, les balles françaises creusaient sans relâche de sanglants sillons. A 5 h. 1/2 environ, l’attaque si bravement menée par le régiment prussien n° 57 était définitivement rompue (1); l'ordre de la retraite lui était donné par le colonel de Cranach, et ses débris mélangés remontaient en désordre les pentes méridionales du Fond de la Cuve, cherchant des abris précaires derrière les baies dont le sol était parsemé. De notre côté, malheureusement, le général comte Brayer, en conduisant la charge vigoureuse de sa brigade, était tombé mortellement frappé, presque sur le cadavre de son aide de camp, le capitaine de Saint-l’reux. Tandis que ces événements se passaient à l’aile gauche du 4° corps, la brigade de Golberg avait, au centre, remporté un succès non moins éclatant. A 5 h. t/4, le 73° se présentait, déployé, à 200 mètres de la ligne formée par le régiment n° 10, sur la berge septentrionale du ravin, et ouvrait le feu, suivi bientôt par le 57° français, apparu sur sa gauche. De part et d’autre, à celte courte distance, une terrible fusillade éclate, dont le fracas couvre tous les commandements et les sonneries de la charge. On ne s’entend ni ne se voit; on fait feu droit devant soi, à travers d’impénétrables nuages de fumée. Au bout d’un instant à peine, le général de Cissey a son cheval tué sous lui; il prend celui du capitaine d'étal-major Garcin. Le colonel de Place, chef d’état-major, est grièvement blessé, et tous les officiers de l’étal-major, successivement démontés, mettent l’épée à la main, car nul ne sait ce qui va résulter de cette rencontre formidable. Sous le feu meurtrier, les Prussiens essayent de foncer do l’avant; ils sont arrêtés net. Bientôt décimés, fusillés sur leurs deux flancs, et d’ailleurs épuisés par une marche de 42 kilomètres sous un soleil de plomb, ils ne tardent pas à se rompre, e( lèchent pied. Déjà l’aile droite a entamé la (1) La formation de combat du !>7' avait été très défectueuse, en raison mémo de sa marche rapide à l'aile droite. Il ne put porter en ligne ses soutiens, et la 25 e Monographie ne cache pas (pic, de l avis général, cette troupe était battue avant d’arriver au feu. (Page 80.) LES GRANDES JÔIJRNKES DE METZ 145 retraite et est redescendue dans la dépression, où nos soldats, la foudroyant presque à bout portant, achèvent de l’anéantir (1). L’aile gauche la suit presque aussitôt. Le sol abandonné est jonché de morts et de mourants. « Le colonel de Brixen, du 16°, tombe frappé d’une balle à la tête; le major de Kalinowski s’affaisse, grièvement blessé; au 57°, le lieutenant-colonel de Roëll est tué; le général de Wedell est légèrement contusionné. Tous les officiers de grade supérieur sont démontés; la plupart des officiers sont hors de combat (2). » On poursuit les fuyards à la baïonnette. On leur fait plus de 400 prisonniers valides; on leur prend un drapeau (3). Pendant ce temps, quelques fractions allemandes qui n’ont pu arriver jusqu’au « fatal ravin » essayent de riposter encore; elles ne peuvent résister à notre poussée formidable. Partout il faut faire activer la retraite, pour sauver le peu d’hommes qui restent encore debout! Et voici que tout a coup les soldats français, surgissant à l’improviste dans la fumée à trente pas à peine, viennent achever la déroute (4). Celle-ci est complète, et la plus désastreuse qui se puisse imaginer. « Je ne crains pas de reconnaître, a écrit un acteur de ce drame, que, même plusieurs mois après, le feu de Mars-la-Tour m’énervait encore. Des troupes qui ont dû subir un feu pareil sont démoralisées pour longtemps; et je parle non seulement des hommes, mais même des officiers. Je no suis d’ailleurs pas seul à en juger ainsi (5). » En raison de l’attaque qu’elle a subie sur ses deux ailes, la 38° brigade recule sur deux lignes formant un angle aigu. Les (1) La Guerre franco-allemande, page SOI. (2) Ibid. (3) Celui du 2° bataillon du régiment n" IG, dont la flamme et la hampe brisée ont été arrachées par le lieutenant Cliabal, du 37°, au sous-officier prussien qui en était porteur. (4) F. llœnig, page 78. — « C'est le 37“ français, dit la 23' Monographie, qui surtout contribua, avec une remarquable énergie, h refouler le régiment n° lGdu bord septentrional du ravin. Des témoins oculaires qui se trouvaient aux ailes do ce régiment rapportent qu’en dernier lieu, tandis qu'ils gisaient blessés, le 37' de ligne leur passa sur le corps. » (Page 32.) (3) F. llœnig, page 08. 4* Corps, 10 146 LE 4 e COUPS DE l’aKMÉE DE METZ débris du 16 e se jettent vers le sud; ceux du 57° vers le sud- ouest. Tous se croisent, et « sur le terrain de la retraite, leurs morts gisent entremêlés ». Bientôt il ne reste plus sur le plateau de la cote 257 que des cadavres ou des agonisants. A l’extrême droite, les deux compagnies de pionniers et la demi- compagnie du régiment n° 57 ont bien essayé, du saillant nord-ouest du grand bois de Tronville, d’arrêter par un feu de flanc l’élan des Français (1); elles doivent suivre le'mouvement rétrograde et disparaître à leur tour. Ainsi, la 38° brigade, qui venait de payer les erreurs du commandement prussien, était à peu près anéantie. Son attaque décousue, sans préparation suffisante, sans liaison avec le combat de front, sans réserve propulsive, sans cohésion et sans objectif défini, puisqu’elle s’était produite, après une longue conversion, sur deux directions divergentes, aboutissait à un désastre. Elle avait été lancée inconsidérément, poursuivie contrairement à toutes les règles et à toute sagesse, sur un terrain qu’on ne connaissait pas, bien qu’on eût dû le connaître, et contre un ennemi dont une cavalerie nombreuse, battant depuis longtemps l’estrade en avant, avait laissé ignorer la force et la position formidable (2). Sans doute, les troupes du 4 e corps étaient, elles aussi, très fatiguées. Elles marchaient depuis l’aube et avaient, comme leurs adversaires, parcouru plus de 30 kilomètres par une chaleur accablante. Mais, si épuisée qu’ait pu être la division Grenier par un combat déjà long, si à bout d’haleine que fussent les régiments du général de Cissey, partout dans les rangs était visible l’ardeur qui a toujours caractérisé notre valeureuse infanterie, quand on l’a menée vigoureusement (1) La Guerre franco-allemande , page 592. (2) « Celle-ei était si forte, dit encore ilcenig (page 101), que la nature semblait avoir voulu créer un modèle. Une plaine inclinée, dépourvue de couverts sur toute l'étendue de la portée du fusil; à moyenne distance du tir, faisant obstacle au mouvement, une vallée couverte do prairies, large de 3 à 400 pas, et traversée par d’innombrables clôtures en fil de fer; à distance rapprochée, un ravin qui mettait presque la position à l'abri de l'assaut. De tout cela le commandement ne savait rien, bien que cette partie du champ de bataille eût été entre nos mains pendant tout l’après-midi! » LES GRANDES JOURNÉES DE METZ U 7 à l’attaque, quand on ne l’a point émasculée volontairement. L’aborder si imprudemment constituait une inconséquence dangereuse, ou une extraordinaire audace, qu’il a fallu payer cher ! Les Allemands du général de Schwartzkoppen ont éprouvé, dans cette mémorable soirée du 16 août, les affres de la déroute, et l’un d’entre eux a eu le courage d’en retracer le hideux tableau. Il est impossible de lire la page suivante, si terrifiante dans sa réalité, sans frissonner à cette évocation d’un anéantissement matériel et moral tel que l’année de Metz, malgré ses défaites imméritées, n’en a, Dieu merci! jamais connu de pareil. La retraite de la 38 e brigade, écrit Hœnig, constitue assurément le drame le plus épouvantable ( schauerlichste ) de la grande guerre. Cette brigade avait perdu 53 p. 100 de son effectif, et sur ce chiffre, la proportion des tués aux blessés était de 3 à 4. On voyait des hommes vigoureux s’affaisser, inertes; une chaleur suffocante, une marche forcée suivie d’une attaque particulièrement pénible, avaient épuisé les forces. Quant à l’attilude de ces soldats si durement désillusionnés, elle variait avec leur sensibilité. J’en vis qui pleuraient comme des enfants, d’autres qui s’affalaient sans mot dire. Cependant, chez la plupart, la soif avait fait taire toute autre sensation, la nature reprenant ses droits : « De l’eau! do l’eau!. », tel est à peu près le seul mot que j’entendisse proférer par ces fantômes. Et bien que la fusillade ennemie crépitât encore drue comme grêle à travers nos débris misérables, on ne se retirait que lentement, les têtes penchées sous la fatigue. Les traits apparaissaient affaissés ou grimaçants, sous la couche dépoussiéré crayeuse qui s’était collée aux visages trempés de sueur. On avait dépassé la limite extrême des forces humaines, et aucun homme n’était plus capable du moindre effort. Nul sentiment, qu’il fût noble ou vulgaire, ne pouvait l’émouvoir. Il ne reconnaissait ni ses amis ni ses chefs. Ainsi les hommes traversèrent en sens inverse ces vastes champs, qui si peu de temps avant avaient retenti de leurs chansons de marche! Si quelques escadrons étaient survenus brusquement, pas un n’en eût réchappé! Quand une fois on a vu les visages de pareils hommes, leurs traits restent ineffaçablement gravés dans la mémoire; ils sont la vivante expression de la folie, car c’étaient bien des fous qu’on aurait cru voir, des êtres devenus fous à la suite de l’épuisement des corps et des effroyables émotions de l’âme! Au milieu de ces débris de l’infanterie galopaient sur leurs grands chevaux, dans la direction de Tronville, quelques cavaliers 148 LE 4 e COUPS DE L’ARMÉE DE METZ de haute taille, poussant nerveusement entre les jambes leurs montures essoufflées, la laite pointée en avant, le visage enflammé et ruisselant. C’étaient des cuirassiers du 4 e (1). Que voulaient-ils? Nul ne le sait, et eux-mêmes n’auraient pu le dire. Évidemment, ils croyaient encore charger ! « Qu’avez-vous tait de vos officiers? » demandaient aux fantassins qu’ils voyaient défiler devant eux leurs camarades des batteries en position. — « Nous n’en avons plus! » répondait-on tristement. )) (2) Tel était l’état lamentable de cette malheureuse brigade. Elle avait perdu, en une demi-lieure de combat, 74 officiers et 2.042 hommes (3), soit, au 16° : 28 officiers et 606 hommes tués, 21 officiers et 787 hommes blessés, 1 officier et 356 hommes disparus; au 57 e : 6 officiers et 230 hommes tués, 19 officiers et 424 hommes blessés, 1 officier et 26 hommes disparus; aux pionniers : 1 officier et 8 hommes tués ou blessés. Ces chiffres représentent, en ne comptant pas les prisonniers, l’énorme proportion de 80 p. 100 d’officiers et 45 p. 100 d’hommes de troupe hors de combat. Ils ont, croyons- nous, été atteints bien rarement. Au moment où les quelques centaines d’hommes échappés au carnage atteignaient la chaussée de Verdun, ils virent tout à coup accourir au galop un officier de l’adjudantur, qui criait : « Retraite sur Thiaucourt! » Parole lugubre, et qui semblait résumer toute l’étendue du désastre! Le désordre était à son comble, et, dans le fourmillement des hommes et des chevaux, les obus de l’artillerie française creusaient à chaque moment de larges sillons sanglants. En vain, un officier de l’état-major de la division essaya-t-il, avec un calme et un sang-froid admirables, de reprendre en mains ces malheureux affolés. Il ne put y réussir. Les fuyards se jetèrent en grande partie sur la route de Saint-Hilaire, où ils rejoignirent le bataillon du 57 e qui y était resté, puis de là sur celle (1) Dont on verra plus loin l'intervention. (2) F. Ilœnig, page 112. (3) 23° Monographie. Ces chiftros diffèrent un peu de ceux donnés par l'ouvrage du grand état-major. LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 149 de Thiaucourt, où on arriva le 17, entre 3 et 4 heures du matin. Là, « une instruction émanée de l’intendance du X e corps prescrivit de rebrousser chemin jusque sur le champ de bataille de la veille (1) ». La troupe, épuisée, affamée et morne, atteignit Tronville vers 7 heures (2). Enfin, le soir, ce qui restait de la 38 e brigade put être rassemblé au sud du village. « Aucun bataillon ne comptait plus de 300 hommes (3). » Les responsabilités d’un pareil désastre, à peu près unique dans cette guerre, n’ont point été nettement départagées par les Allemands. Ils ont préféré glisser sur cet incident pénible et ne mêler aucune note discordante à leurs hymnes de triomphe; c’est là un scrupule légitime. Pour nous, qui n’avons point, hélas! les mêmes motifs de réserve, il est intéressant au contraire de rechercher les fautes commises, et de les signaler, sans méconnaître toutefois tout ce qu’il y a de remarquable dans les qualités d’élan, de vigueur et d’énergie dont ont fait preuve les contingents prussiens. Tout d’abord, la transmission des ordres et des renseignements s’est mal faite. Le général de Schwartzkoppen, affirme Hœnig, croyait avoir, pour appuyer son attaque décisive, la 5 e division de cavalerie tout entière, qu’on lui avait dit être sur le plateau de Ville-sur-Yron; or, cette division quittait à peine et encore partiellement, quand il a débouché, les abords de Puxieux. Bien plus, ni la brigade Barby, qui s’était tenue toute la journée à l’aile gauche, et plusieurs heures sur le plateau de Bruville, ni le 1 er dragons de la Garde, parti en avant pour éclairer, ne lui donnèrent un seul renseignement, soit sur la nature du terrain à conquérir, soit sur les troupes qui l’occupaient ou y arrivaient. Lui-même négligea, comme on l’a vu, toute reconnaissance personnelle. En (1) F. Hœnig, page llô. (2) Ibid., page 116 : c< En apercevant le bataillon intact du 57' (qui n’avait pas pris part à la bataille), le général commandant le X' corps ne put retenir ses larmes. » (3) Ibid. LE 4 ° CORPS DE L’ARMÉE DE METZ 130 sorte qu'aussitôt son attaque entamée, il lut surpris, et par la nature complètement découverte du pays, et par certaines difficultés de parcours auxquelles il ne s’attendait pas, et par l’effectif énorme des troupes qu'il avait à combattre (1). Les ordres étaient d’ailleurs si insuffisants que personne, dans la brigade, ne sut, jusqu’à l'assaut, contre quoi et pourquoi on marchait (2). Ces erreurs de détail sont à relever, ne serait-ce que pour établir la réalité des faits, et montrer que personne n’est impeccable à la guerre, même ceux dont on discute le moins la virtuosité! Elles ne sont, d’ailleurs, pas les seules. La pensée du général de Yoigts-Rhetz, pensée juste et tactique, était d’immobiliser les forces françaises de l’aile droite (qu’il croyait en face du bois de Tronville), au moyen d’un combat de front livré par la 20° division, puis de les prendre en flanc avec la 38 e brigade. Or, par suite évidemment d’un défaut d’entente, ou d’instructions insuffisamment précises, ce combat de front s’est réduit en une simple fusillade, où les (1) F. Ilœnig, piige 101. (2) Ilœnig conte, à cc sujet, une anecdote caractéristique : « Pendant que la 38'' brigade sc mettait en ligne au sud-ouest do Mars-la-Tour, dit-il, et s'y arrêtait, les aumôniers commencèrent il haranguer les soldats. Le prédicateur évangélique OEbert, qui débuta, cul à celle occasion une altitude si impressionnée, il choisit si maladroitement ses mots et parla d'un ton si larmoyant que l'on ne pouvait pas précisément être édifié par cet, « encouragement spirituel ». Même cet incident, m'a convaincu que lorsqu'un ecclésiastique no se sent pas un cœur de soldat, sa présence est plus nuisible qu'utile en un pareil moment. Pendant que le pas- tour OEbert parlait, on pouvait apercevoir un homme à cheval qui arrivait à toute bride de la direction do Tronville. Son étolc flottait au vent, et, à son approche, je reconnus l'aumônier catholique Sturkmann, un ami cher déjà depuis 1806. En cavalier consommé, il arrêta court son cheval devant le colonel de Cranacli (du 57'), et exerça ainsi, par la seule hardiesse de son attitude, une influence réconfortante. Après avoir échangé quelques mots avec le colonel, il sc dressa sur ses étriers, et dit, d’une voix perçante, avec l'accent wcstphalien : a Camarades! le III" corps est engagé dans un combat opiniâtre, votre tâche est » de le dégager. Dans ce but, attaquez courageusement l'ennemi jusqu'à la mort, » et Dieu sera avec vous! Amen! » Ces paroles, dites sur le ton qu'il faut, firent un effet magique.... » Et, quelques pages plus loin, Ilœnig, constatant « qu'aucun des commandants de bataillon ne savait cc qu'il avait à faire », ajoute : « Le lieutenant-colonel do ltoëll (commandant le 2' bataillon du 57°), tombé depuis, me dit ironiquement : « Si Stuckmann n’avait pas été là, je ne saurais absolument rien. Le peu que je connais de la situation, c'est à sa harangue que je, le dois. Stuckmann est bien réellement le héros de la journée! » (Ilœnig, pages Cl et Ci.) LES Gît ANDES JOURNÉES DE METZ 151 Prussiens n’ont point déployé, tant s’en faut, l’énergie menaçante qui en est le caractère dominant. Hœnig va même jusqu’à dire que la 20 e division a reculé au moment précis de l’attaque Wedell. C’est une erreur, mais elle est symptomatique. De fait, l’attitude des bataillons du général de Ivraatz, dans le bois de Tronville, a été molle, et ils n’ont pas donné à ceux du général de Schwartzkoppen l’aide matérielle qu’ils leur devaient. Il existe une concordance nécessaire, une liaison intime entre la lutte de front, qui a pour objet de fixer les forces ennemies sur place, et l’attaque décisive, qui doit les anéantir par le choc. Et cette fixation ne peut s’obtenir que si l’assaillant menace réellement; s’il se contente de tirailler, le défenseur riposte tout simplement, mais reste libre de manœuvrer ses réserves. En tous cas, l’attaque décisive ne peut jamais sans péril être lancée avant que l’objectif en ait été déterminé nettement, et il ne l’est réellement que par le combat de front (1). Charge du 1 er dragons de la Garde prussienne. — Cette digression un peu longue n’était peut-être pas, croyons-nous, inutile. Revenons maintenant au récit du combat. La division de Cissey, victorieuse, mais assez en désordre après la vigoureuse action qu’elle venait de mener, avait franchi le ravin à la suite des bataillons du général de Wedell. Les batteries françaises, un instant repliées, revenaient sur leurs positions premières. Tout en ramassant des prisonniers et des trophées, les régiments cherchaient à se reformer afin de pousser de l’avant sur le plateau dégarni de troupes. Des tirailleurs s’étaient avancés jusqu’à la haie bordant le chemin de Saint-Marcel (voie romaine), et de là harcelaient les deux batteries qui avaient accompagné l’aile droite de la 38 e brigade (5° et 6 e légères). Ayant subi des pertes très sensibles, celles-ci durent enfin s’en aller; l’une fut obligée, pour emmener ses pièces, d’employer des chevaux d’officiers du régiment n° IG, (1) Voir aux annexes la pièce n° G. LE 4 ° CORPS DE l’armée DE METZ 182 dont les propriétaires étaient tués; l’autre ne fut sauvée que par la charge du 1 er dragons de la Garde, dont il va être question (1). Depuis un instant, en effet, on pouvait voir, dans la direction de Mars-la-Tour, poindre à travers la fumée une ligne de cavaliers bleu de ciel, qui remontaient à la charge les pentes découvertes du terrain. Poussant des hourras frénétiques, ils arrivaient comme un ouragan. Nos soldats eurent à peine le temps de se reformer tant bien que mal au hasard des groupements, puis un feu à volonté éclata d’un bout à l’autre de la ligne, et l'enveloppa d’un nuage de fumée. Quand celle- ci se dissipa, les cavaliers bleus avaient disparu, et seuls quelques hommes démontés rampaient à travers les cadavres, sur le sol où couraient des chevaux affolés. Le 1 er dragons de la Garde prussienne, imitant le dévouement de la brigade Bredow, venait, comme le dit la Relation allemande « de se sacrifier pour le salut de ses frères d’armes en danger (2) ». En voyant le désastre de la brigade Wedell, le général de Voigts-Retz avait en effet compris que c’en était fait de lui s’il ne réussissait pas à arrêter l’offensive du 4 e corps français, et comme il ne disposait pas alors d’une seule réserve d’infanterie, il avait lancé sa cavalerie coûte que coûte sur nos bataillons vainqueurs. Le 1 er dragons de la Garde était massé, on (1) & Monographie , page !io. (2j Hœnig place ici un détail que nous donnons tel quel, sans en garantir l'au- tlienticité, impossible à contrôler après si longtemps. Nous tenons au surplus à faire remarquer que cet auteur, qui parait très documenté sur tout ce qui regarde le côté prussien, fait preuve au contraire, en ce qui concerne les Français, d’une étonnante fantaisie et d’une extrême partialité. Nous aussi, nous assistions à cette bataille, dans les rangs de la division de Cissey, et nous affirmons que tout ce qu’il dit de l’attitude indisciplinée de nos troupes, après l'affaire du ravin, est absolument faux. Au surplus. la Monographie du grand état-major fait justice de ses allégations passionnées. Voici, en tout .cas, l’anecdote : « Le lieutenant do lloevel, adjudant du bataillon do fusiliers du 16 e , (fui était blessé, fui pris et emmené. On le conduisit au général do I.admirault, qui lui demanda à quel corps de l’armée il appartenait. « A celui du Prince royal », répondit llœvel, dont , l’assertion étonna visiblement son interlocuteur. Peut-être ce faux renseignement eut-il quelque influence sur la conduite ultérieure du général de Ladmirault. lloevel me raconta cet incident plus tard, h Bonn, où nous nous fréquentions. » (Page 110, en note.) LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 133 s’en souvient, au sud-est de Mars-la-Tour, d’où il protégeait les deux batteries en action au nord du village. Il s'ébranla aussitôt, et jeta immédiatement trois escadrons au nord de la chaussée. Malheureusement pour lui, il tomba là dans ces clôtures de til de fer qui avaient tant entravé déjà le mouvement du 16 e . Celui-ci s'était borné, pour passer lui- môme, à les abattre dans le sens de la largeur; quand donc le 1 er dragons se présenta, il rencontra, intacts, tous ceux qui couraient parallèlement à sa ligne, et il dut les sauter, ralentissant ainsi sa marche, et diminuant sa cohésion. Il réussit cependant à former deux escadrons en bataille, sous le feu qui continuait très vif, et se lança alors à la charge, ayant le troisième escadron en échelon en arrière à droite. En même temps, les deux escadrons du 4 e cuirassiers, postés à l’ouest du bois de Tronville, s’ébranlaient pour attaquer notre gauche; eux, du moins, arrêtés par nos feux de flanc, ne purent même pas se déployer. Cependant, les dragons avaient très vigoureusement abordé la ligne de l’infanterie française, arrivée alors à une centaine de mètres au delà du rebord méridional du ravin. Tout d’abord, ils se heurtèrent au 1 er bataillon du 13 e de ligne et à la 3° compagnie du 5 e bataillon de chasseurs. Ces troupes, qui, jetées primitivement en avant pour protéger l’artillerie, couronnaient les pentes au delà de la dépression, se trouvèrent surprises par cette brusque irruption sous la fumée; leurs rangs furent assez entamés et quelques hommes foulés aux pieds des chevaux. Néanmoins, leur feu obligea les deux escadrons de tête (3 e et 2 e ) à se jeter sur la gauche et à défiler devant les régiments de la brigade Brayer, dont les soldats les criblèrent à bout portant, puis, se retournant çà et là, abattirent ensuite les rares cavaliers qui les avaient traversés. Enfin, ils se lancèrent contre le 57 e , déployé sur la droite de cette brigade, et qui les acheva. Tendant ce temps, l’escadron primitivement placé en échelon (le 1 er ) avait déjà obliqué à gauche, et était venu buter dans le 73 e de ligne qui, pelotonné autour de son aigle, le reçut au bout de ses fusils, et lui mit a 154 LE 4 0 CORPS DE L’ARMÉE DE METZ terre, en moins cl’une minute, tous ses officiers et 59 cavaliers. Complètement disloqués, les débris du beau régiment prussien se rejoignirent non loin de la route de Bruville, et se fondirent alors pour tourner bride définitivement. Quelques instants plus tard, à 6 heures, ils retrouvaient le 4 e escadron, resté en réserve, et se reformaient dans la dépression située au nord-ouest de Mars-la-Tour (1). Cette charge coûtait cher. Elle n’était cependant pas inutile, car elle venait, cela est indéniable, d’imposer un temps d’arrêt au mouvement offensif du 4 e corps. Des troupes, si énergiques soient-elles, ont besoin de se remettre d’un ébranlement pareil, et il fallait à nos bataillons, obligés de s’arrêter pour recevoir l’attaque, un peu d’accalmie pour pouvoir se ressaisir. Mais leur arrêt aurait dû, semble-t-il, n’être que temporaire; des circonstances imprévues et graves allaient, malheureusement, le rendre définitif. Mêlée de cavalerie du plateau d’Yron. — On se souvient que peu de temps avant l’arrivée de la division de Cissey, le capitaine de La Tour-du-Pin avait été porter aux nombreux escadrons français massés derrière la ferme de Grizières l’ordre de débarrasser le flanc droit du 4 e corps du danger dont le menaçait l’approche de la cavalerie prussienne. C’était le moment où, de la route de Jarny, la batterie Planitz venait d’ouvrir son feu, auquel répondirent d’abord les batteries de la division de Cissey, déployées à la droite de la ligne d’artillerie française, puis une compagnie du 64 e , qui, se portant résolument en avant de la ferme Grizières, dirigea sur la batterie Planitz un tir bien ajusté, et lui mit hors de combat en un instant 3 hommes et 7 chevaux (2). Courant immédiatement à l’ennemi, le 2 e chasseurs (1) Les pertes des trois escadrons du 1 er dragons, dans cette charge, ont été de 5 officiers tués (dont le colonel et le capitaine prince Henri XVII de Reuss), 10 officiers blessés, 125 cavaliers et 246 chevaux hors do combat. (25' Monographie, page 58.) (2) L’artillerie française avait déjà fait perdre 11 chevaux à la batterie Planitz. (25' Monographie, pages 28 et 29. Le 98' y est mentionné à tort.) LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 15o d’Afrique, enlevé par le général du Barail, traverse le ravin et la route de Jarny, se lance en fourrageurs sur la batterie prussienne et la traverse; mais alors apparaissent devant lui d’abord l’escadron de soutien (4 e du 2 e dragons de la Garde) qui est bousculé, puis le 13° dragons tout entier, que le colonel de Finkenstein (1) est allé demander en toute hâte au général Barby. Quatre escadrons frais fondent sur le régiment de chasseurs d’Afrique, qui a poursuivi les premiers assaillants, et le refoulent à hauteur de Ville-sur-Yron. Quant à la batterie Planitz, elle a pu se dégager et regagner Mars-la- Tour à l’instant précis où la 38° brigade commençait, de l’autre côté de la route, sa retraite désordonnée. Cependant, toute la cavalerie réunie à la gauche allemande s’est mise en mouvement'. Le général Barby, qui vient de recevoir du commandant du X e corps l’ordre de « charger à outrance », essaye de pousser ses escadrons au nord-est de Mars-la-Tour; mais tombant là dans une cohue de fuyards éperdus, il est obligé de rebrousser chemin, de contourner le village par le sud, et de gagner le plateau d’Yron par les abords de la route de Jarny. Entre temps, il a rallié à lui le 16 e dragons, et le 10 e hussards venu de Puxieux; si épouvantable est la déroute de l’infanterie, qu’il lui laisse un escadron du 13 e uhlans pour tâcher de la couvrir un peu (2). Il déploie alors ses cavaliers sur deux lignes : la première formée, de la gauche à la droite, par le 13 e uhlans, deux escadrons du 4 e cuirassiers et le 19 e dragons; la deuxième, par le 16 e dragons et le 10 e hussards. En avant, à peu près à hauteur du point coté 250, se trouvent le 13 e dragons et le 4 e escadron du 2 e dragons de la Garde, reformé à trois pelotons après son aventure avec notre 2 e chasseurs d’Afrique. Le 13° dragons est légèrement à l’ouest de la route de Mars-la-Tour à Jarny. (1) Commandant le 2' dragons do la Garde. Le colonel de Finkenstein était ce même officier qui, dans la nuit du 2 au 3 juillet 1866, avait, sous une pluie battante et à travers mille dangers, fait 38 kilomètres en cinq heures, pour porter au Prince royal l’ordre d’amener ses forces sur le champ de bataille de Sadowa. (2) La Guerre franco-allemande, page 396 (en note). — Colonel Kœhler, loc. cit. 156 LE 4 e CORPS DE L’ARMÉE DE METZ Des environs de la ferme de Grizières, le général de Ladmi- rault suivait tous ces mouvements avec une attention inquiète. Il attendait toujours l’intervention de sa cavalerie, qui ne se produisait point assez vite à son gré, et il manifestait une impatience d’autant plus vive que la menace persistante du général Barby lui interdisait de pousser de l’avant sa propre infanterie victorieuse. Déjà il avait dépêché au général Legrand le capitaine du génie Faugeron et d’autres officiers; puis, vers 6 heures, trouvant trop lentes les évolutions méthodiques de ses escadrons, il envoya le lieutenant Niel, de son état-major, leur porter au galop l’ordre impératif de charger sans délai. Pendant ce temps, la division Legrand avait franchi le ravin très encaissé qui court à l’ouest de la ferme de Grizières. Passant derrière cette ferme, elle était montée sur le plateau, pour se déployer, face au sud-ouest, au delà de la route de Contiens; elle avait en première ligne la brigade Montaigu (2 e hussards à droite, 7 e hussards à gauche), en seconde ligne deux escadrons du 3 e dragons (1). Derrière elle, se dirigeant vers la ferme de la Grange, arrivait en colonne la brigade de France, les lanciers en tête; enfin, le 2° chasseurs d’Afrique se ralliait en arrière et à gauche des hussards. Le terrain, devant nos cavaliers, était excellent pour la charge: une vaste plaine dénudée, à moitié labourée et descendant en pente très douce vers l’Yron. Rien ne masquait les escadrons ennemis, déployés et évoluant au pas à petite distance. A ce moment, le général du Barail, très animé, s’approche du général Legrand. « Il est trop tard pour charger, lui dit-il. Le moment favorable est passé et l’ennemi a eu tout le temps de prendre ses dispositions. » Comme, sur ces entrefaites, était survenu le lieutenant Niel : « J’ai l’ordre de charger, répondit le général Legrand avec un peu d’humeur, je charge! » Le colonel (1) Au passage du ravin en colonne par quatre, le général de Gondrecourt, avec deux escadrons du 3' dragons, s’était trouvé retardé et n’avait pu rejoindre. On sait, d'autre part, que le 11' dragons était détaché, partie comme escorte du général commandant le corps d’armée, partie comme soutien d’artillerie. LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 137 Chaussée, du 7 e hussards, demanda alors s’il ne serait pas prudent de préparer l’attaque par une décharge de carabines. b Non, s’écria encore le général, au sabre! » — « Au sabre! '» répétèrent vivement tous les officiers qui l’entouraient. Et d’un mouvement spontané et général toutes les lames sortirent des fourreaux. Le 13 e dragons prussien (Schleswig-Holstein), craignant d’être débordé par la cavalerie française (1), avait sur ces entrefaites rompu à droite en colonne pour gagner un peu de terrain vers l’est, et ce mouvement, bien qu’exécuté au pas, l’avait désuni. Quand il se reforma « à gauche en bataille », à cheval sur la route de Jarny, ses quatre escadrons ne constituaient plus une muraille, mais bien une ligne à intervalles assez larges (2). La brigade de Montaigu, de son côté, avait appuyé vers sa gauche, pour suivre l’ennemi, et s’était redressée irrégulièrement, en sorte que le 7 e hussards ne se trouvait plus sur la même ligne que le 2 e , mais un peu en arrière. Sans prendre le temps de rectifier l’alignement, le général de Montaigu lance ses cavaliers à l’attaque; le 2 e hussards tombe d’abord en plein sur les dragons allemands, traverse leurs intervalles, et tandis que le 7 e charge à son tour, il vient buter contre le 10° hussards prussiens (Magdebourg), que son colonel a amené de l’arrière à toute bride. Surpris par le choc, il recule pêle-mêle avec les nouveaux assaillants, laissant sur le terrain quantité d’hommes et de chevaux, et le général de Montaigu, grièvement blessé; mais alors les hussards de Magdebourg s’ouvrent en éventail, s’écoulent par les deux flancs des dragons de Schleswig, abordent encore une fois avec eux nos deux régiments, et, dans une mêlée furieuse, Français et Allemands tourbillonnent, au milieu d’un épais nuage de poussière, et se sabrent à l’aveugle le long de la grande route de Jarny. Au même moment, la brigade Barby apparaît près de Ville— (1) La Guerre franco-allemande, page ü9G. (2) Ibid. LE 4 ° CORPS DE L’ARMÉE DE METZ 158 sur-Yron, déployée face au nord-est (1). Le général Legrand, qui la voit évoluer lentement à 600 métrés, se met à la tête des deux escadrons du 3° dragons, et, suivi de son état-major sur un rang, entraîne ceux-ci dans une charge inégale. Des lignes ennemies, s’avançant au petit trot, partent de bruyants hourras, qui répondent aux cris sonores de « Vive l’Empereur ! » poussés par nos cavaliers et aux commandements de « Chargez ! » répétés par tous les officiers. Malheureusement, les chevaux français, peu entraînés, s’essoufflent vite dans cette course furieuse, et c’est haletants déjà qu’ils abordent l’adversaire dont l’allure ne s’est allongée qu’au dernier moment (2). Le choc néanmoins est très franc; les lignes se traversent et se bousculent, les premiers rangs s’effondrent, les coups pleuvent au hasard, la mêlée est terrible (3). En tête de ses cavaliers, l’œil fier et la main haute, le général Legrand frappe comme un simple soldat. Mais voici que tout à coup on le voit chanceler sur sa selle. Un coup de pointe, l’atteignant en pleine poitrine, vient de le désarçonner (4). Tous les officiers de son état-major, presque tous les autres sont bientôt démontés et couverts de sang. Quant aux dragons, enveloppés de toutes parts, ils cèdent sous le nombre et commencent à tourner bride.A ce moment, surgissent brusquement devant eux des cavaliers inconnus, dont (1) La brigade Barby, amenée de Mars-Ia-Tour, avait en première ligne le 19' dragons (Oldenbourg), et le 13' ulilans (Hanovre); ce dernier régiment comptait seulement trois escadrons. Les deux escadrons du 4' cuirassiers et le 16 e dragons étaient en seconde ligne, et les cuirassiers n’avaient même pas pu se déployer, faute de terrain. (2) Souvenirs inédits du capitaine Longuet. (3) Ibid. (4) Tombé à bas de son clieval, le brave et infortuné général reçut encore un terrible coup de sabre au-dessus do l’oreille gauche, qui inonda de sang ses épaulettes et sa plaque de grand officier do la Légion d’honneur. Appuyé sur le bras d’un capitaine de dragons, également blessé, il put gagner le fossé do la route où il tomba presque inanimé. La blessure do la poitrine lui causait des douleurs cruelles; le sang, ne pouvant sortir, l’étouiïait : « Mon Dieu! que je souffre! » répétait-il d’une voix éteinte. Comme un médecin arrivait et le soulevait, il rendit le dernier soupir. Son corps fut immédiatement transporté à Bruville, et inhumé le lendemain dans le cimetière de Doncourt-cn-Jarnisy. (Ibicl.) LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 159 l’habit bleu de ciel se confond avec l’uniforme des dragons d’Oldenbourg. Aveuglés de poussière, de sueur et de sang, ivres d’action et affolés d’impuissance, les dragons sabrent sans voir, et frappent indistinctement tout ce qui ne porte pas la tunique sombre et le casque cuivré ! Ils ne se doutent pas, les malheureux, que leurs armes trouent des poitrines françaises, et que ceux en qui ils croient avoir de nouveaux adversaires sont tout simplement les lanciers de la Garde impériale, bravement venus à leur secours (1). La brigade de France, après avoir franchi en colonne le ravin qui longe la route de Jarny, s’était en effet déployée face au sud-ouest, les lanciers à gauche, les dragons à droite et légèrement en retrait. Les premiers se jetèrent d’abord dans la mêlée, mais, reçus de pied ferme et ramenés, ils vinrent buter dans le 3 e dragons, qui, trompé par leur costume et la direction d’où il les voyait arriver, ne les reconnut pas. Cette fatale méprise augmenta la confusion générale, déjà extrême, d’autant plus qu’un escadron du 13 e uhlans prit en flanc les dragons de l’Impératrice, survenus à leur tour, tandis qu’un escadron du 2 e dragons de la Garde prussienne, accourant du nord-ouest où il était en reconnaissance, les attaquait brusquement à revers. A partir de ce moment, les 5.000 cavaliers, mélangés dans un inexprimable désordre, roulèrent comme une trombe dans la direction de Bruville. Du côté français, les chasseurs d’Afrique, ralliés tant bien que mal, étaient rentrés dans la tourmente; du côté allemand, le 16 e dragons (Hanovre), et les deux escadrons du 4 e cuirassiers westphaliens, dernières troupes encore intactes, s’y étaient lancés en même temps. Cette masse arriva pêle-mêle, en tourbillonnant dans la poussière, jusqu’à la route de Jarny, où les deux adversaires, très éprouvés l’un et l’autre, (1) Los lanciers de la Garde portaient, en grande tenue, un habit-veste blanc, (kurka) avec plastron bleu do cio 1. Mais ils avaient laissé ces habits à Paris, pour n’emporter que leur vêtement de seconde tenue, un habit du même modèle, tout entier bleu do ciel. 160 LE 4 e CORPS DE L’ARMÉE DE METZ purent enfin s’arracher à l’étreinte désespérée qui les tenait enlacés (1). Cependant, de l’emplacement où il se trouvait auprès d’Ur- court, le général de Clérembault avait aperçu la terrible rencontre, et ébranlé, assez lentement d’ailleurs, ses cinq régiments (trois de chasseurs et deux de dragons) (2). Il espérait arriver à temps pour soutenir les escadrons engagés et rétablir le combat. Mais la brigade de Bruchard, qui marchait en tête, ayant, au débouché du ravin, heurté la cohue des hussards en retraite, fut entraînée avec eux. Presque au même moment, par une fatalité singulière, le général de France, qui voyait ses cavaliers dispersés, et surtout les lanciers (dont le colonel avait été blessé), s’éparpiller au hasard (3), eut la funeste inspiration de faire sonner le « ralliement ». Ce signal mit le comble au désarroi et acheva la débâcle. Fort heureusement, la brigade de dragons de Mau- branches, ayant marché plus au sud en terrain libre, réussit à se déployer et à arrêter la poursuite. Le colonel Cornât, avec le 4 e dragons, exécuta même, sur le flanc et les derrières de l’ennemi dont la cohésion était également fort précaire, une menace qui suffit à tenir celui-ci en respect. D’ailleurs, les cavaliers allemands commençaient à souffrir du feu que dirigeaient sur eux des pelotons de chasseurs d’Afrique, ralliés à la lisière du bois de Ville-sur-Yron, un bataillon du 64 e jeté dans le bois de la Veiterène, et les batteries de l’aile droite les plus rapprochées de la ferme de Grizières. Il était 7 heures du soir, et la nuit approchait. Ils n’eurent (1) On voit lit un exemple dos inconvénients qu'entraînait la répartition vicieuse de la cavalerie en divisions affectées à chaque corps d’armée. Le général de Lad- mirault ne pouvait pas donner d’ordres au général do Clérembault, qui dépendait du 3' corps, et qui se porta de son plein gré, mais trop tard, au secours de la division Legrand. Si la cavalerie eût, comme cela doit être, constitué une grande masse û l’aile do l’armée, les Allemands se seraient heurtés d’un coup à des forces très supérieures, menées par un chef unique, et ils auraient certainement succombé. (Voir aux annexes la pièce n° 7). (2) La brigade de Juniac (3 e ) avait été appelée à la gauche par le maréchal Bazaine. (3) Un escadron s’égara du cûté de Conilans. LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 161 plus autre chose à faire qu’à regagner Mars-la-Tour, sous la protection du 13 e dragons, qui forma arrière-garde et recula lentement, suivi à distance par un escadron de notre 4 e dragons (1). Pendant ce temps, les régiments français se ralliaient, très péniblement, en raison du grand nombre d’ofïiciers manquants, de l’émotion des hommes et de la surexcitation des chevaux (2). La division Legrand se reforma auprès de la ferme de Grizières, la brigade de France et les chasseurs d'Afrique un peu plus au nord. On ramassait encore, au delà de la route, quelques cavaliers allemands égarés ou emballés, et des hommes démontés. Après une heure de repos, les hussards et les dragons se retirèrent sur Bruville ; à 9 heures du soir, ils étaient ramenés à Doncourt, où ils reprenaient leurs charges et où ils bivouaquaient. Quant à la brigade de France, elle s’était dirigée sur Saint-Marcel, et de là vers Gravelotte. Elle y rejoignit la Garde, très tard dans la soirée. Telle a été cette mémorable rencontre de cavalerie, la plus formidable de toute la guerre, la plus célèbre depuis les tempêtes équestres du premier Empire, mais une des moins décisives dont l’histoire fasse mention. Car il est inexact de dire, avec la Relation allemande, « qu’elle avait définitivement écarté le pressant danger dont était encore, quelques instants auparavant, menacée la gauche allemande » (3). Ce n’est pas elle qui a écarté ce danger, mais bien plutôt une série de circonstances n’ayant avec elle que des rapports lointains, et dont la principale est sans contredit l’inaction imposée par Bazaine à deux divisions du 3 e corps. D’ailleurs, les pertes, infiniment (1) La brigade Barby, pour se rallier complètement, dut aller se mettre hors de portée de notre artillerie, près de Mars-la-Tour. Là, le 16° dragons la quitta pour aller retrouver sa division d’intanterio. A la tombée de la nuit, les régiments, plus ou moins complètement rejoints par leurs divers détachements, bivouaquèrent à Xonville et à Puxieux. Un peu plus tard, le général de Voigts-Khetz autorisa toute la cavalerie à se retirer sur Lachaussôe pour faire manger et surtout boire ses chevaux, absolument épuisés. (2) Souvenirs inédits du capitaine Longuet. (3) La Guerre franco-allemande, page 600. 4" Corps. 11 162 LE 4 ° COUPS DE L’Ali MK li DE METZ regrettables au point de vue des personnalités, n’avaient qu’une importance numérique relativement restreinte. Ainsi, la division Legrand comptait seulement 46 officiers et 176 hommes hors de combat; les chasseurs d’Afrique avaient perdu, en tués et blessés, 3 officiers et 38 hommes ; la brigade de France 24 officiers, 139 hommes et 106 chevaux (1). Mais, outre la mort héroïque du général Legrand, nous avions à déplorer la capture du colonel Bilhau, du 3® dragons, tombé non loin de son chef, et celle du général de Montaigu, ramassé blessé sur le champ de bataille par les Allemands. Tous les officiers d’état-major de la division, sans exception, étaient hors de combat, ainsi que beaucoup d’officiers supérieurs des corps. C’étaient, au 3 e dragons, le lieutenant-colonel Collignon et le commandant de Vernéville (2); aux lanciers de la Garde, le colonel de Latheulade et le commandant de Ville- neuve; aux dragons de l’Impératrice, le colonel Sautereau du Part, et le lieutenant-colonel Boby de la Chapelle, ce dernier tué. Du côté allemand, la brigade Barby avait perdu 9 officiers, 138 hommes, 132 chevaux; le 16 e dragons, 4 officiers, 22 hommes, 43 chevaux ; le 2 e dragons de la Garde, 6 officiers, 115 hommes et 150 chevaux; le colonel de ce dernier régiment, comte de Finkenstein, un major du 10 e hussards et le colonel du 13 e uhlans étaient morts (3). La charge de la division Legrand a été trop tardive, cela est indéniable. Ce n’est pas au moment même où allait pouvoir se produire l’offensive de la division de Cissey qu’elle aurait dû avoir lieu, c’est avant. Car le rôle de la cavalerie de bataille, postée sur le flanc menacé, n’est point seulement de chercher à parer au danger quand il surgit, mais bien de le prévenir et de l’éventer. Pour cela, il est nécessaire qu’elle (1) Voir aux pièces justificatives le détail des pertes du 4" corps dans la journée du 16 août. (2) Le commandant de Vernéville, frère du colonel du 11' dragons (mort général de division), était propriétaire du château du môme nom, situé à peu de distance du champ de bataille. Il y fut transporté et soigné. (3) Le corps du colonel du 13 e uhlans ne fut retrouvé qu’après plusieurs mois, dans une fosse où l’avaient déposé dos paysans. LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 163 se porte hardiment en avant et qu’elle attaque, non pas par petits échelons, mais en masse. Il est assurément difficile, pénible même, de formuler des appréciations critiques, si réservées qu’elles soient, sur le rôle joué par des hommes qui ont noblement payé de leur personne et fait sans hésiter le sacrifice de leur vie pour ce qu’ils croyaient être l’entier accomplissement de leur devoir. On doit cependant constater, sans chercher le moins de monde à préciser des responsabilités dont chacun pourrait prendre sa part, que les traditions de la grande guerre et la notion des nécessités qu’elle entraîne s’étaient complètement perdues en 1870 dans l’armée française, pour faire place à je ne sais quelle conception négative d’une lutte passive et résignée. Au lieu de prévoir les événements, et de les dominer par une activité toujours en éveil, on les attendait sans essayer de se prémunir contre eux par avance, et l’on était alors forcé de les subir. L’attitude défensive générale, à laquelle nous avait condamnés la force des choses, se compliquait de la sorte d’un effacement complet des initiatives, d’une abdication des volontés subordonnées, d’un engourdissement des facultés directrices, lesquelles préféraient trop souvent s’en remettre au seul hasard, plutôt qu’à la réflexion et à la volonté, du soin de dénouer des situations, même vulgaires. Quand le péril apparaissait menaçant, chacun se ressaisissait, et tentait de suppléer par une bravoure qui était sans limites aux mesures logiques et rationnelles que, faute de suffisantes connaissances professionnelles, on avait presque toujours négligées. Il était trop tard. Le courage brave les coups; il n’apprend point à les porter. La véritable place de la cavalerie du 4° corps, et même de celle du 3 e , l’objectif de ses manoeuvres et le théâtre normal de ses évolutions pendant la bataille, aurait dù être, non pas Bruville, Urcourt ou la ferme de Grizières, mais les débouchés du plateau de l’Yron, c’est-à-dire les environs de Mars-la-Tour. Elle pouvait occuper ce village, puisqu’il a été libre une partie de la journée, et s’en servir comme point d’appui. En mettant immédiatement la main LE 4 ° CORPS DE L’ARMÉE DE METZ 164 dessus, en faisant de là rayonner ses patrouilles, en battant l'estrade en avant, elle couvrait le flanc du général de Ladmi- rault, beaucoup mieux assurément qu’en se massant derrière Grizières dans l’angle de deux profonds ravins et en évoluant en cercle pendant des heures pour éviter les obus de la batterie Planitz. Elle signalait l’arrivée de la 38 e brigade, elle tenait en respect la cavalerie allemande, et si celle-ci, d’aventure, voulait se débarrasser de son inquisition gênante, elle pouvait l'aborder en forces sur les plateaux découverts de Puxieux et deTronville, bien avant le choc des infanteries, et déblayer ainsi le terrain. La mêlée aurait dû se produire à 3 heures au plus tard, au sud de Mars-la-Tour, et non à 6 heures passées, à l’ouest de Ville-sur-Yron. Elle aurait mis aux prises quatorze régiments français, soit une cinquantaine d’escadrons, contre quatre ou cinq régiments, c’est-à-dire vingt escadrons allemands (1); est-il permis de douter de son issue décisive? D’ailleurs, la prise de possession du plateau d’Yron, ou du moins son interdiction à l’adversaire, s’imposait préalablement à toute opération sérieuse, et cette nécessité seule aurait dû suffire à préciser la place de nos escadrons. Un bataillon de la brigade Pradier, jeté en flanc-garde de combat dans le village de Ville-sur-Yron, pouvait leur servir de soutien et de repli, et, ainsi préparé, le mouvement de tout ou partie du 4 e corps contre l’aile gauche allemande, vers la chaussée de Verdun à Tronville, n’était plus qu’une question de volonté et d’énergie, dont ne manquaient certainement ni le général de Ladmirault, ni ses officiers, ni ses soldats. La brillante valeur de notre cavalerie est ici hors de cause; il est permis toutefois de déplorer l’erreur qu’elle a commise en (1) Dvi côté français, quatre régiments (le la division Legrand, le 2" chasseurs d’Afrique, la brigade de France, et sept régiments de la division Clérembault (car rien n'obligeait Bazaine à appeler la brigade do .luniac vers l’ouest, où étaient déjà la cavalerie de la Garde, soit quatre régiments, et la division Valabrègue, soit encore quatre régiments). Bu côté allemand, la brigade llarby (deux régiments et demi), le 1G° dragons, les dragons do la Garde (un régiment et demi), et peut-être quelques débris déjii très secoués do la brigade Redern. La brigade llredow était hors d'état de prendre une part quelconque à la lutte. La G' 1 division de cavalerie ôtait obligée de couvrir l’aile droite du corps d’Alvcnsleben. LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 10!) demeurant trop longtemps inactive, en s’engageant par paquets et successivement, en oubliant les exigences imprescriptibles de son rôle, qui est tout d’activité et d’attention. Le haut commandement n’employait pas, en 1870, la cavalerie d'armée, et d’autre part l’afiectation d’une division à chaque corps d’armée restreignait évidemment, dans l'esprit de nombreux officiers, la conception entière de la large mission de l’arme. Il manquait également à tous, généraux ou subordonnés, l’inspiration directe et formelle que seule une impulsion supérieure et agissante est en état de leur dicter. Mais si ces considérations expliquent bien des fautes, elles ne les excusent pas complètement, parce qu’à la guerre chacun doit toujours, sous sa responsabilité personnelle, avoir présents à la pensée certains principes d’ordre universel, sur lesquels il est possible, avec l’esprit d’initiative, de baser une intervention opportune. Seule l’inaction a des conséquences irrémédiables, même quand elle s’est transformée tardivement en un acte désespéré de dévouement, ou en un sacrifice inutile et sanglant. Fin de la bataille à l’aile droite. —Quoi qu’il .en soit, le plateau d’Yron était maintenant dégagé et libre, et nulle troupe adverse ne s’opposait plus à la marche offensive de nos bataillons. Le commandant du 4° corps, radieux, voyait enfin arrivé le moment où il allait pouvoir les pousser de l’avant, d’après ses projets dès longtemps caressés (1). Quand il revint au milieu d’eux, il dut malheureusement reconnaître qu’un pareil espoir était vain. S’il était vrai que la 38 e brigade eût payé d’une destruction à peu près complète son audacieuse (I) « Témoin du désordre qui s'était produit à la fin de l'action à laquelle il s'était trouvé mêlé en guidant le mouvement offensif de notre cavalerie, le capitaine de La Tour-du-Pin rejoignit le général de Ladmirault avec la conviction que nous venions d'éprouver un échec. Il le trouva rayonnant de satisfaction, car il venait de voir le succès de la division de Cissey contre l’infanterie allemande. Le général remontait vers le centre de notre position; on lui présentait le drapeau du 1(1" régiment d’infanterie prussienne et nombre de prisonniers. De toutes parts l’ennemi se retirait vers le sud. » (Souvenirs inédits du capitaine de La Tour- du-Pin.) 166 LE 4° CORPS DE, L’ARMÉE DE METZ attaque, la désorganisation de la division de Cissey n’en était aussi que trop évidente. Jetée dans le combat comme une masse, sans avoir eu le temps de se reconnaître ni de raisonner ses dispositions, cette division avait foncé d’un bloc sur un ennemi qui se présentait devant elle à l’improviste, en sorte qu’elle ne possédait plus la moindre réserve pour poursuivre son succès. Alors qu’une brigade eût largement suffi à la besogne, quatre régiments tout entiers, et un bataillon de chasseurs, emportés par leur ardeur, s’étaient précipités de l’avant, sans calcul, sans mesure, broyant tout ce qui se trouvait en face d’eux, mais se confondant ensuite dans un inextricable pêle-mêle qu’était venu aggraver encore la charge des dragons de la Garde. Sur le revers méridional du ravin de la Cuve, tous les corps étaient mélangés, et le désordre avait pris des proportions telles qu’il devenait impossible de récla,- mer de ces troupes pelotonnées le moindre effort soutenu et régulier, du moins avant de les avoir reconstituées. Cette constatation pénible, le général de Ladmirault dut la faire, tout en regrettant que les circonstances aient été plus fortes que sa volonté. Se portant alors à gauche devant le bois de Tronville, il vit que là non plus la situation ne répondait pas à ses espérances. Le taillis qu’il croyait toujours tenu par ses troupes était au contraire garni de tirailleurs ennemis dont les balles, sifflant autour de lui, frappaient dans les rangs de son état- major (1). Plus à gauche encore, les divisions du 3° corps, toujours immobiles autour de Saint-Marcel, semblaient garder par ordre leur attitude impassible. Il était 7 heures du soir; le 4 e corps ne possédait d’autre force intacte que la division Lorencez, dont la tête seulement était signalée à l’entrée de ( 1 ) Il y avait dans le bois de Tronville les troupes do la brigade Woyna qui l'avaient reconquis (voir plus liaut, page 126 ), et quelques débris du^T"; les compagnies de pionniers venues avec la brigade Wcdell s’y étaient jetées également. La décharge dirigée contre l’état-major tua raide le cheval du Jieutenant- colonel Saget, et blessa ceux du général Prudon, commandant le génie, et du lieutenant-colonel Deville, chef d’état-major de l'artillerie. LES GRANDES JOURNEES DE METZ 167 Doncourt; encore, était-elle, comme les autres, complètement épuisée par ses marches prolongées. Dans des conditions pareilles, le général de Ladmirault, laissé d’ailleurs sans instruction aucune, et ignorant complètement tant ce qui s’était passé sur les autres parties du champ de bataille que les intentions possibles ou la situation présumable de l’ennemi, ne crut pas pouvoir sans péril hasarder une poursuite qui aurait jeté dans l’inconnu des régiments à bout d’haleine. Convaincu, d’autre part, que la bataille, interrompue par la nuit, reprendrait le lendemain, il préféra disposer immédiatement ses troupes en vue des éventualités futures, c’est-à-dire remettre d’abord en ordre celles qui avaient combattu, leur donner, avec un peu de repos, la possibilité de prendre quelque nourriture, réapprovisionner au moyen des parcs, qui étaient au complet à Doncourt, les échelons de combat démunis, enfin concentrer à portée de sa main les divers éléments assez éparpillés de son corps d’armée. A cet effet, il donna l’ordre de se reconstituer d’abord sur place; puis, un peu plus tard dans la soirée, il chargea des officiers d’état-major de ramener autour de la ferme d’Urcourt les régiments des deux premières divisions (I). Le mouvement, exécuté dans l’obscurité et par des hommes harassés, prit du temps. Quand il se termina, après minuit, la division de Cissey était établie, en ligne déployée, entre la ferme d’Urcourt, transformée en ambulance, et la route de Rezonville; la division Grenier était massée en avant de Doncourt. Une nuit très fraîche avait succédé à cette journée brûlante. Autour de maigres feux de bivouac, officiers et soldats, sans abri (2), sans autre nourriture qu’un peu de biscuit, sans eau potable, se pressaient par groupes compacts. Affamés et grelottants, ils n’étaient cependant point abattus, car ils éprouvaient, avec la satisfaction du devoir accompli, le sentiment réel et légitime du succès, ils avaient conscience du mal fait (1) La 3", enfin arrivée, se portait, à ce moment, en avant do Iiruville. (2) Les tentes n’avaient pas été dressées. 168 LE 4° CORPS DE L’ARMÉE DE METZ par eux à l’ennemi, qu’ils venaient de rejeter brutalement hors de leur champ de bataille inviolé. Un trophée conquis de haute lutte, et conservé auprès dn drapeau troué du 57 e de ligne, les quatre cents prisonniers couchés entre deux rangées de baïonnettes, tout leur disait qu’ils étaient bien des vainqueurs (1). Et cependant, la joie du triomphe n’allait pas pour eux sans quelque regret d’avoir été arrêtés en pleine course. Ils sentaient que, pour être décisif, leur effort devait être renouvelé, et, dans leur allégresse un peu grave, comme dans les acclamations dont ils avaient tout à l'heure salué leurs généraux, il y avait à la fois l’affirmation d’une satisfaction très haute, et l’acceptation des nouveaux sacrifices auxquels ils se tenaient prêts. Ah! qu’il eût vite passé pour criminel ou pour fou celui qui leur aurait dit alors que tant de dévouement deviendrait inutile, que tant d’abnégation serait paralysée par la seule obstination du chef indigne à qui, dans un moment d’aberration funeste, la France avait confié le soin de sa gloire, de ses destinées et de son honneur! Quant à la division Lorencez, elle était apparue enfin sur le champ de bataille, et y avait débouché juste au moment où la nuit arrêtait le combat. On se rappelle qu’à 10 heures du . matin, elle avait été rejointe sur le plateau du Gros-Chêne par le 33°, revenu du Moulin-Longeau. Le canon se faisait entendre dans la direction de Châtel, et le général, très perplexe, se demandait si, en présence de cette situation nouvelle, dont il ignorait la provenance, il ne persisterait pas à prendre la première direction sur laquelle il avait été engagé, et qu’il était toujours libre d’adopter, puisque le commandant du corps d’armée ne lui avait point imposé d’itinéraire précis. Il (1) « Ce moment me rappelle un des plus beaux jours do ma vie, a écrit le général do Cissey, car, en parcourant les lignes, je fus salué par les plus chaudes et les plus énergiques acclamations. J'embrassai les colonels; les aigles me saluaient, mes soldats et moi nous nous étions vus à l’œuvre. Nous étions désormais sûrs les uns des autres. Je n’eus garde d’oublier nos braves artilleurs et leurs dignes chefs; j’allai les féliciter chaleureusement au milieu de leurs pièces encore fumantes. Ils avaient montré autant d'audace que do sang-froid. » (Dans cette lettre, le général parle d un épisode qui a suivi immédiatement le combat du Fond de la Cuve.) LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 169 se le demanda trop longtemps. Enfin, reconnaissant, à 2 heures de l’après-midi, que l’encombrement produit par les convois et les troupes l’empêchait absolument de passer par Châtel, il se décida à se mettre en mouvement pour gagner Doncourt par Amanvillers, Habonville et Jouaville (1). Il avait ainsi perdu un temps précieux qu’il ne put pas rattraper, et de fait, sa division, exténuée par les marches qu’elle exécutait en tous sens depuis près de trente-six heures, n’atteignit Don- court qu’à 7 heures du soir. Une demi-heure après, elle était massée en réserve auprès de Bruville. Puis, quand le reste du corps d’armée se fut replié, elle se forma en bataille, et bivouaqua derrière ses faisceaux formés. Elle n’avait point placé d’avant-postes, et ne songeait pas assez à se garder. Heureusement pour elle, l’épuisement de l’ennemi sulFit à la préserver de tout danger. Fin de la bataille à l’aile gauche. — Tandis que se déroulaient devant le 4 e corps les diverses péripéties dont il vient d’être question, la bataille avait continué entre Vionville et Grave- lotte avec le caractère constant de fureur offensive du côté allemand, de passivité délibérée du côté français, qui avait caractérisé ses débuts. Aux attaques furieuses de Frédéric- Charles, Bazaine opposait toujours la même inertie calculée, (1) Un officier de l'état-major du 4" corps avait été envoyé, dans la matinée, vers la division Lorenccz, pour voir ce qu'elle devenait. 11 se dirigea sur la route qu’elle devait suivre, d’après les premières conventions, et rencontra à Moulin-Longeau le 33% qui faisait le café. Convaincu que les autres régiments venaient derrière, il rendit compte que toute la division allait, se diriger sur Gravelottc, pour de là remonter vers Doncourt, et fit partager cette conviction à l’état-major du 4 e corps, qui ne put s’expliquer que le soir môme le retard extraordinaire apporté dans une marche très courte par la série des mouvements de navette exécutés sans qu'il les connût. On remarquera, on outre, que la division Lorenccz, massée au Gros - Cliône, est restée toute la matinée à portée do son corps d'armée, sans que personne s’on doutât. L’état-major, persuadé qu’elle avait gagné la route de Gravelotte, ne lui envoya point d’ordres. De son côté, le général de Lorenccz ne chercha pas à se mettre en relations avec le commandant du corps d’armée, qu'il savait sur la route de liriev. Si sa véritable position avait été signalée, le général de Ladmirault aurait certainement rappelé à lui des troupes dont il pressentait l’utilité prochaine. A des fautes évidentes, dont la plus grave remonte au haut commandement, s’ajoute évidemment ici l’action d’une déplorable fatalité! 170 LE 4 ° CODES DE L’ARMÉE DE METZ ordonnant partout de se borner à garder les positions, préservant sa gauche à outrance, ne songeant pas un instant à profiter de son énorme supériorité numérique et de la qualité exceptionnelle de ses soldats pour bousculer une bonne fois les troupes allemandes si étrangement aventurées. Sur tout le front, dans les bois de Vionville, de Saint-Arnould et des Ognons, devant Gravelotte comme devant Rezonville, il avait tenu en échec les troupes d’Alvensleben, renforcées de fractions plus ou moins importantes des VIII e et IX e corps. Nulle part, il n’avait essayé de passer à la contre-attaque; même il s’était appliqué à entraver l’essor de ses soldats, qui, par tempérament et par nature, « se laissaient partout aller à tenter des mouvements offensifs plus ou moins importants (1) ». Son seul mot d’ordre était : « Ne pas se laisser entamer, et sauvegarder les communications avec Metz ». Quant à vouloir écraser un ennemi inférieur en nombre, et arrivé aux limites de l’épuisement, c’était là une conception beaucoup trop concrète pour ce cerveau apathique et compliqué à la fois, qui rêvait déjà d’autres solutions. Pendant ce temps, son adversaire déployait une énergie farouche et sans défaillance. A mesure que lui arrivaient des renforts, maigres fractions de son armée éparpillée sur les derrières, Frédéric-Charles les lançait à l’attaque, dans une poussée violente, inconsidérée parfois, sanglante et périlleuse toujours, mais décisive par son impression terrifiante. On a vu le furieux assaut de la 38 e brigade; quand il a échoué, le prince allemand ne se tient pas pour battu. A 8 heures du soir, en pleine obscurité, il amène sur les hauteurs au sud de Rezonville toute l’artillerie disponible et lance encore contre le village en flammes les débris de la 6 e division. Ceux-ci sont repoussés par la Garde impériale avec des pertes énormes. Au même moment, Voigts-Retz fait prévenir que les troupes sont à bout, et que tout ce qu’il peut promettre, c’est de tenir jusqu’à la dernière extrémité dans ses positions entre Mars-la- (1) la Guerre franco-allemande , page 387. LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 171 Tour et Tronville (1). Partout l’infanterie prussienne est épuisée, anéantie physiquement et moralement. L’artillerie ne peut plus tirer; les pièces, encrassées, sont hors d’état de faire feu; les culasses ne ferment plus; beaucoup de canonniers sont devenus sourds et aveugles (2). N’importe! Frédéric-Charles veut montrer à tous « sa ferme volonté de sortir vainqueur de cette lutte encore indécise (3) », et au moment où tout semble perdu, où ses régiments ne sont plus que des atomes, où les unités, rompues et dispersées, se sont fondues en une cohue sans nom d’hommes qui n’ont même plus la sensation physique de leur existence, au moment où il suffirait d’une poussée pour achever la destruction de cet organisme tombé en dissolution, il prend la 6 e division de cavalerie, seule troupe possédant encore quelque figure, et la jette à la charge sur les régiments de Bourbaki! Pour les enfoncer? Non certes! Mais pour nous cacher l’état lamentable de son armée, pour nous en imposer par sa hardiesse, à défaut de la force qu’il ne possède plus, pour donner le change à ses propres soldats sur leur impuissance, et à ses ennemis sur son épuisement complet ! Il ne veut pas s’avouer vaincu, et, quand il ne lui reste plus rien pour se défendre, il attaque, sachant, comme le Troyen du poète, que sa seule chance de salut est de n’en plus espérer aucun! Cette tactique désespérée peut soulever les critiques des théoriciens épris de régularité; elle procède en tous cas d’une force de volonté peu commune et d’un caractère qui devrait toujours être celui du chef. Quand un soldat de cette trempe a en face de lui un homme timoré, hésitant ou simplement passif, il est assuré de la victoire définitive, quelle que puisse être la disproportion des forces en présence. S’il ne l’obtient pas immédiatement, elle lui est du moins promise dans un avenir très proche, car elle lui appartient de par la puissance éternelle (1) La Guerre franco-allemande, page G13. (2) Capitaine Ilofïbauer, Les opérations de l’artillerie allemande, traduit par le lieutenant belge Bodcnhorst, Bruxelles. Landsberger et C ie , 1874, page 128. (3) La Guerre franco-allemande, page 610. 172 LE 4 e COUPS DE L’ARMÉE DE METZ des forces morales, et la suprématie souveraine de la volonté sur la soumission, de l’action sur l’inertie. Entre un général qui envisage le combat comme la manifestation suprême des énergies humaines, et la victoire comme la résultante directe de ces énergies, et celui qui se contente de subir les événements ou les initiatives, en ne demandant à ses soldats autre chose qu’une résistance sans riposte, il est aisé de pronostiquer d’avance qui sera le maître des événements. C’est certainement celui qui ne recule pas devant les solutions militaires, et qui ne consent à s’avouer vaincu que quand l’arme est tombée de son bras défaillant. Dans cette journée sanglante et décisive du 16 août, l’indomptable ténacité des généraux prussiens, la fermeté, l’entêtement même, si l’on veut, de leur haut commandement, ont seuls sauvé l’Allemagne du désastre qui l’attendait. Avec des forces toujours inférieures à 90.000 hommes, ces généraux ont pu tenir tête pendant près de douze heures à une armée qui comptait 136.000 hommes de vieilles troupes; mais c’est parce qu’ils ont dépensé leurs soldats sans ménagements, tandis que leur adversaire n’a su ou voulu employer que la moitié des siens. Alors que, du côté prussien, chaque détachement qui arrivait à portée du champ de bataille s’y engageait aussitôt, apportant à ceux qui y luttaient déjà, non seulement le secours matériel, mais surtout l’appoint précieux d’un redoublement de confiance et d’espoir, cinq divisions françaises au grand complet ont été, pour des raisons diverses et jamais valables, inutilisées, comme, d’ailleurs, dix régiments de cavalerie et une partie de la réserve d’artillerie. C’est que, d’une part, on avait abordé la lutte en acceptant d’avance toutes ses conséquences, et que de l’autre on se bornait à la subir. Et tandis que les attaques incessantes de l’ennemi faisaient croire partout à l’arrivée prochaine de nouvelles troupes, dont les paquets jetés à droite et à gauche semblaient constituer les avant-gardes, mais qui en réalité n’existaient pas, les réserves françaises, compactes et réellement existantes, gardaient une immobilité voulue qui les anni- LES GRANDES JOURNEES DE METZ 173 Jiilait. A quoi sert, dans des conditions pareilles, la supériorité numérique, et en quoi peut-elle compenser l’absence complète de volonté et de direction? L’ardeur offensive des Allemands a réussi à donner le change sur leur nombre réel, et empêché ainsi certains de nos corps de s’aventurer dans des actions qu’ils jugeaient hasardeuses. Le fait, en tous cas, est indéniable pour le 4 e corps, et suffit à expliquer son attitude. C’est ce que nous allons maintenant chercher à établir. Rôle du 4® corps dans la journée du 16 août. — A n envisager que les résultats obtenus, il est incontestable que l’intervention du 4 e corps d’armée, dans la bataille de Rezonville, n’a point été aussi décisive qu’on pouvait l’espérer. La gauche allemande, contre qui elle s’est produite, n’a pas été enfoncée ; la route directe de Verdun n’a pas été reconquise; les points d’appui qu’elle contenait sont restés au pouvoir de l’ennemi. A la vérité, nous avons couché sur notre champ de bataille; nous avons même infligé à l’adversaire un désastre partiel ; mais nous n’avons rien changé à la situation générale, et pas plus devant le 4 e corps que devant les autres il n’y a eu de solution, c’est-à-dire de dénouement sans appel. La bataille est restée indécise, et la victoire indivise; aucun des deux partis ne peut équitablement se targuer de l’avoir obtenue, du moins tactiquement. Cela étant, et le 4 e corps ayant précisément été engagé sur la partie du champ de bataille où tactiquement et stratégiquement devait être recherchée cette décision, puisque, d’une part, on pouvait y aborder l’aile la plus découverte et la plus exposée de l’ennemi, et, d’autre part, il fallait en être maître pour conserver la faculté de continuer la retraite commencée, il y a lieu de se demander si c’est à lui seulement qu’incombe la responsabilité finale, et si l’incertitude trop manifeste des résultats est bien réellement de son fait; poser la question, c’est soulever l’examen général des circonstances qui ont provoqué son intervention. On sait que le seul ordre reçu par le général de Ladmirault, 174 LE 4 e COUPS DE l’aHMÉE DE METZ au début de cette journée, était de se rendre à Doncourt pour y bivouaquer. Aucune autre indication n’avait été donnée par le commandant en chef de l’armée, ni sur l’ensemble de son dispositif, ni sur les précautions à prendre pour en assurer la sécurité, ni sur les directions dangereuses à protéger. Pas un seul renseignement n’indiquait au commandant du 4 e corps qu’il pouvait être appelé à combattre; tout au plus l’avait-on prévenu que son flanc droit serait peut-être menacé par une irruption de la I re armée allemande sur la rive gauche de la Moselle, mais il ignorait absolument que la direction même de Verdun pût être menacée. Les conditions d’exécution de son ordre de mouvement étant impraticables, il avait pris sur lui, pour répondre aux intentions formelles du maréchal, de modifier son itinéraire, et d’utiliser une route interdite sans motifs raisonnables; cet acte d’initiative eut les plus heureuses conséquences, puisqu’il permit à deux divisions du 4 e corps de paraître sur le champ de bataille où elles ne seraient certainement pas arrivées si elles avaient imité la 3 e , laquelle se conforma trop strictement aux instructions du commandement supérieur. Il est regrettable assurément qu’un élément quelconque de l’armée soit dans l’obligation de passer outre à la lettre de l’ordre dont il veut avant tout observer les intentions, et que, pour obéir dans l’ensemble, il soit contraint de désobéir dans le détail. Mais c’est là une conséquence inévitable des instructions mal données, des mouvements mal calculés, des opérations mal étudiées. Le chef ne peut exiger la stricte exécution de ses ordres que lorsque ceux-ci sont exécutables. Celui qu’avait donné le 15 août le maréchal Bazaine ne l’était pas, et, par suite, les reproches qu’il a cru pouvoir adresser au général de Ladmirault, du fait de son indépendance peut-être antihiérarchique, mais très certainement clairvoyante, sont sans valeur. Il en est de même de ceux dont le général Jarras s’est fait l’écho. « Qui peut dire aujourd’hui, a écrit en 1874 l’ancien chef d’état-major, ce qu’il en serait advenu, si l’ordre donné au 4 e corps, dans la matinée du 15 août, avait reçu son exécu- LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 175 tion immédiate? Le même soir, ce corps tout entier, ou au moins deux de ses divisions, eussent été rendus à Doncourt, et la bataille de Rezonville se serait engagée le lendemain dans des conditions telles que, dès le début, elle aurait pris une physionomie ditïérente de celle qu’elle a eue, et que, probablement, le résultat en eût été tout autre (1). » Évidemment, si le 4 e corps était arrivé à Doncourt le 15 au soir, cela eût mieux valu; mais il ne le pouvait pas, du moins en se servant des routes qui lui étaient affectées. On ne doit pas oublier que le 15, tandis que la division de Lorencez était engagée sur le chemin du col de Lessy, la division Aymard, du 3 9 corps, partie à 5 heures du Ban-Saint-Martin, était venue, sur ce même chemin, se heurter à sa queue, et avait dû s’arrêter jusqu’à 4 heures du matin, interceptant ainsi le débouché de la division Metman, qui la suivait (2). La route de Rozérieul- les et le chemin de Chàtel à Vernéville n’ayant pas suffi au 3 e corps pour arriver en entier le IG sur le champ de bataille, le maréchal Bazaine ne pouvait donc pas disposer, dans la matinée, de forces plus considérables que celles qui s’y sont trouvées, même si le 4 e corps avait pris les devants sur le 3 e et la Garde impériale, lesquels auraient été forcés alors de rester en arrière. Pour les avoir toutes, il fallait, absolument , utiliser dans son entier le réseau routier et surtout ne pas dédaigner, sous de fallacieux prétextes, l’excellente chaussée de Sainte- Marie-aux-Chênes. Et d’ailleurs, pour attaquer Tronville et Vionville, et enfoncer rapidement la gauche ennemie, n’avait- on pas, le 10 dès le matin, à Saint-Marcel, deux divisions du 3 e corps, dont on n’a pas voulu se servir? Si, comme semble le dire le général Jarras, c’est de la présence à Doncourt de deux divisions, le IG an matin, que dépendait la victoire, il était réellement bien facile de diriger sur ce point, dès le (1) Souvenirs , page 07. — Il est à remarquer au surplus que le général Jarras a résumé un peu plus loin (page 110) l'intervention du 4 r corps dans les termes les plus inexacts. (2) Voir plus haut, page 102. 176 LE 4 e CORPS DE L’ARMÉE DE METZ début, les deux divisions Montaudon et Nayral, arrivées les premières sur le plateau de Vernéville, et rabattues inutilement l’une sur Gravelotte, et l’autre sur Saint-Marcel. La vérité est que le haut commandement a montré la une insouciance et une insuffisance déplorables, dont seul, devant l’histoire, il doit porter le poids. Le 4 e corps, une fois arrivé sur le champ de bataille de par la seule initiative de son chef, s’y est aussitôt trouvé en présence d’une situation assez inattendue. Devant lui, rien ou presque rien; sur sa gauche, un combat violent, dont le terrain cachait les péripéties, mais qui paraissait devoir se dérouler du côté français avec toutes chances de succès, à ne voir que les réserves énormes massées autour de Saint-Marcel. Il fallait au général de Ladinirault, laissé sans directive aucune, une faculté d’induction véritablement remarquable pour reconstituer, dans sa réalité, la physionomie générale d’un engagement aussi imprévu, tout au moins par son développement formidable; il lui fallait une certaine hardiesse pour se jeter en aveugle dans la bagarre, sans rien connaître de l’ensemble des événements, ni des causes qui les avaient provoqués. Néanmoins, il n’a pas hésité. Dégageant d’abord son front par quelques décharges d’artillerie, il a songé ensuite à se garantir contre toute attaque, et à occuper un front défensif, afin de préparer une offensive ultérieure. C’était logique et prudent. Malheureusement, la fatalité a voulu que ses intentions fussent méconnues ou mal comprises. L’abandon du bois de Tronville a découvert son flanc gauche; les hésitations prolongées de la cavalerie, son manque d’instruction professionnelle, conséquence regrettable des funestes errements du temps de paix, ont déjoué des combinaisons fort sages. L’action très vigoureuse, mais désordonnée, de la division de Cissey et le très fâcheux retard de la division Lorencez ont coupé court à une offensive qui seule pouvait procurer un succès décisif. On a dit que dès l'arrivée de la division Grenier, c’est-à-dire vers 2 heures, le général de Ladmirault aurait dû se jeter sur la gauche allemande, déjà épuisée à Tronville, et l’enfoncer. LES GRANDES JOURNEES DE METZ 177 Oui, sans cloute, s’il avait été informé de la situation précaire de celle-ci. Mais il l’ignorait, comme le reste d’ailleurs, puisque personne n’avait encore devant lui exploré le champ de bataille. Savait-il seulement que les troupes de Tronville constituassent la gauche allemande, et ne pouvait-il pas supposer, à de nombreux indices, que la ligne ennemie allait, au contraire, se prolonger très rapidement de ce côté? Cependant il a songé à brusquer les choses, témoin sa demande au général Grenier (1); devant le danger que présentait une audace prématurée, il a préféré attendre l’arrivée de ses renforts, ce dont personne ne saurait le blâmer. Le plan d’engagement du 4 e corps est donc ici bien net, et d’une clarté surprenante même, quand on réfléchit à la pénurie des renseignements. Une fois les faits connus dans leur ensemble et dans leurs détails, une fois les positions de chacun repérées par les comptes rendus et l’histoire, il est aisé de dire ce qu’on aurait dû ou pu faire; mais au moment même du combat, quand il s’agit de prendre une décision basée uniquement sur des hypothèses ou des renseignements incertains, et d’engager sa responsabilité sans autre guide que l’instinct, la question change assurément d’aspect, et tel se trouve grandement embarrassé qui pourrait peut-être, à loisir, donner des consultations excellentes. Au surplus, s’il importe, dans l'étude critique d’un fait de guerre, de soigneusement relever toutes les fautes de détail qu’on y rencontre, ne serait-ce que par dilettantisme, il n’y a pas lieu d’en exagérer la portée finale sur le résultat général. Des fautes, tout le monde ou à peu près en commet, et on a pu voir que, dans leur attaque décisive avec la 38 e brigade, les Allemands n’en ont presque évité aucune. Qu’importe, si le commandement supérieur fait sentir une action vigoureuse, régulatrice et énergique, si la volonté de vaincre est telle, dans une armée, que les erreurs partielles soient compensées, et au delà, par le ferme propos de ne plus lâcher l’adversaire avant de l’avoir terrassé? Quelle (1) Voir plus haut, page 121 (en note). 4® Corps. 12 178 UC 4 e COUPS DIC l’aUMICIC DE METZ influence définitive auraient donc pu exercer sur l’issue de la bataille le malentendu qui a amené l’abandon prématuré du bois deTronville par la brigade Bellecourt, ou même l’immobilisation de la cavalerie française, si le maréchal Bazaine, décidé à anéantir les forces ennemies imprudemment offertes à ses coups, avait donné à la lutte une impulsion réelle, s’il avait fait tâter lui-même le point faible de l’adversaire, et combiné dans une vigoureuse offensive contre ce point, les efforts de ses corps de droite, dont un du moins n’a presque servi de rien? Lui seul avait la charge et l’honneur du commandement suprême; lui seul possédait le droit exclusif de fixer à chacun son objectif, et il n’appartenait à personne, pas plus au général de Ladmirault qu’à un autre, de se substituer à lui dans cette tâche. En attaquant, dès son arrivée, les hauteurs de Tronville, ce dernier risquait de compromettre l’exécution normale d'un projet d’engagement qu’il ne connaissait pas; tout au moins, si son instinct militaire le poussait, à défaut d’instructions quelconques, à prendre une telle initiative, devait-il adopter certaines précautions préalables, pour parer à toute éventualité, car l’énergie n’exclut pas la prudence, et une audace excessive n’est plus que de la témérité. Quant à l’arrêt brusque qui a suivi la chaude affaire du ravin de Grizières, il est le fait d’une absolue impossibilité d’agir. Certes, on est en droit de regretter que le commandant du 4 e corps, appelé à son aile droite par les menaces de la cavalerie ennemie et la nécessité de parer au danger que la sienne propre n’avait pas signalé à temps (1), n’ait pas pu (1) Cotte constatation peut être faite sans porter atteinte à de légitimes susceptibilités. Toute la cavalerie française sait aujourd'hui en quoi celle de 1870 était inférieure, et que ce n'était certainement point par la bravoure ni l'abnégation. Mais la fâcheuse direction donnée, dans l'arme, à l'instruction professionnelle, avait fait complètement dévier les idées, et perdre de vue l’obligation de l’activité qui s'impose. Partout où il a fallu se dévouer, la cavalerie l’a fait sans hésiter, en 1870. Malheureusement, son rôle comprenait une partie moins éclatante peut- être, mais tout aussi solide et nécessaire, que personne ne lui avait enseignée. Il n’y a nulle honte à convenir de ses erreurs, surtout quand on a tout fait pour les éviter dans l'avenir. LES G!!ANDES .TOURNÉES DE METZ 179 régler lai-même l’intervention de la division de Cissey, et éviter le gaspillage de ses forces. Lui qui maintenant connaissait bien le terrain et la situation aurait pu certainement éclairer son vigoureux lieutenant, qui ne connaissait ni l’un ni l’autre. L’action a été si brusque, si globale, si instantanée, qu’il n’a pas été loisible de la diriger, et que toute une division a donné d’un bloc là où il suffisait de deux régiments tout au plus. Mais, il n’y aurait eu là, à tout prendre, qu’un incident fâcheux, si d’autres circonstances plus efficientes n’étaient pas venues s’ajouter au désordre qui en était la conséquence. C’était d’abord l’heure très tardive, ensuite l’absence toujours inexpliquée de la division Lorencez, enfin et surtout la crainte légitime de nouveaux risques à courir dans un délai très rapproché. L’attaque de la 38 e brigade venait, en effet, de surgir dans des conditions si anormales, que personne ne pouvait croire que cette brigade fût isolée; on la supposait bien plutôt une avant-garde lancée un peu inconsidérément peut-être, mais annonçant la prochaine arrivée de troupes de soutien. Cette impression générale dans l’état-major du 4 e corps a été devinée par certains Allemands à l’esprit spéculatif, et Hœnig, en particulier, explique parfaitement comment elle a pu être ressentie du côté français. « Ce fait d’une faible brigade isolée, dit-il, débouchant sur le champ de bataille, fortement en dehors du flanc de l’adversaire, et presque par sa ligne de retraite (1), est d’une nature tellement particulière, qu’il a dû plonger celui-ci dans l’inquiétude. Cet adversaire, en effet, qui, de la hauteur 277, avait observé le déploiement de la brigade, dut admettre que d’autres forces allaient ensuite déboucher de la même direction, et que les troupes qu’il avait devant lui en formaient l’avant-garde . Pour peu que l’on se place dans la situation de l’adversaire, on ne peut aboutir qu’à cette conclusion, car toute autre manière d’agir, de notre part, eût (1) Il faut se rappeler que cette brigade arrivait de Saint-Hilaire par Suzemont, et que la poussière avait, depuis quelque temps déjà, signalé son approche. 180 LE 4 e COUPS DE L’ARMÉE DE METZ été difficile à expliquer. L’adversaire ne pouvait admettre, sans plus ample informé, qu’il ne vînt réellement qu’une brigade dans cette direction. Il est nécessaire de le bien faire ressortir ici, sans quoi l’arrêt brusque de la contre-attaque du général de Ladmirault dans la bataille devient incompréhensible, à un moment où il était victorieux et où il tenait entre ses mains le sort des armes françaises. Ajoutons à cela que les dragons de la Garde capturés, le confirmaient dans la supposition que la Garde prussienne, elle aussi, était arrivée (1). » Un peu plus loin, il ajoute : « Bien que la théorie doive blâmer l’exécution de l’attaque de la 38° brigade, son effet tactique, et surtout son effet moral, furent d’autant plus considérables sur l’adversaire, qu’elle fut menée avec une énergie que l’on n’a guère montrée jusqu’à présent. G’est cette énergie qui confirma le général de Ladmirault dans la crainte que de nouvelles forces allemandes suivissent, venant de Saint-Hilaire (2). » Nous n’avions certainement pas besoin de l’appréciation d’un adversaire pour étayer nos arguments. Nous la donnons cependant, parce qu’elle est évidemment caractéristique. Ainsi donc, tout pouvait faire supposer que l’ennemi n’avait pas engagé ses dernières réserves. Et c’est au moment où, la -nuit étant presque complètement tombée, le général de Ladmirault éprouvait des craintes aussi justifiées, qu’on aurait voulu le voir lancer dans l’inconnu ses deux divisions, si éprouvées l’une et l’autre, sans une réserve pour les soutenir, alors surtout qu’à sa gauche deux autres divisions presque intactes du 3 e corps étaient maintenues dans l’immobilité et l’inaction par celui qui seul avait qualité pour diriger la bataille? C’eut été plus que de l’imprudence, c’eût été de la folie. Mais admettons qu’il l’ait commise. Croit-on qu’elle ait eu une seule chance de réussir? Croit-on que la masse en plein (1) F. Hœnig, loc. cit., page 55. (2) Ibid., page 61. LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 181 désordre des divisions de Cissey et Grenier, obligeant, par leur marche en avant, l'artillerie française à cesser son feu, aurait eu facilement raison des bataillons de la 20 e division allemande entassée dans le sud des bois de Tronville et dont certains étaient intacts, sans compter les débris plus ou moins éprouvés de la 39 e brigade et de la 6 e division, qui, depuis 3 heures de l’après-midi, se reconstituaient autour de Tronville, et la cavalerie encore en état de donner un coup de collier? Que l’on veuille bien jeter un coup d’œil sur le tableau ci-dessous, qui indique les troupes d’infanterie que l’on aurait eues à combattre et l’état de leurs pertes antérieures, puis l’on jugera. Troupes d’infanterie prussienne massées à 6 heures du soir aux environs de Tronville, avec leurs pertes antérieures. 37 e brigade (78 e (Ost-Frise), 1" bataillon... {détachement Lehman).)91 c (Oldenbourg), 3 bataillons 2' et 3 e compagnies de pionniers, X e corps (1). S (SV 39' brigade (36' (Westphalie), 3 bataillons, •jï g 1 (de Woyna). |79“ (Hanovre), 3 bataillons... 117'(Westphalie), 3 bataillons 192' (Brunswick), 3 bataillons. ' —l 40' brigade G' division. (24' OFFICIERS TROUPE Tués Blés- Blés- 4 28 199 394 13 13 12G 264 1 )) )) 8 14 14 187 495 2 16 6b 233 •• 2 4 7 46 * * ! n 1 3 8 e).| » 1 3 7 ..] 13 32 294 719 Certes, plusieurs de ces régiments ou bataillons étaient fort éprouvés; mais la 40 e brigade, du moins, n’avait pas souffert. La division de Cissey aurait donc couru de grands dangers si elle avait été, même en admettant qu’on connût la véritable situation et l’absence de toute autre réserve, lancée contre ces troupes avant d’avoir repris une formation quelconque; à moins, toutefois, que son action n’ait coïncidé avec une offensive du 3 e corps. Or, il était près de 7 heures du soir; la remise (1) Nous no comptons pas ici les débris de la 38' brigade, à qui tout effort,même défensif, était impossible désormais. 182 LE 4 e CORPS DE L'ARMÉE DE METZ en mains exigeait un certain temps ; une demande de concours adressée au 3 e corps en exigeait bien davantage et ne pouvait, à supposer qu’elle fût accueillie malgré les ordres supérieurs, avoir qu’un effet beaucoup trop tardif. Du fait seul de son attaque globale, la division de Cissey se trouvait donc paralysée. Quant à la division Grenier, elle avait la brigade Pradier clouée à droite par les événements qui venaient de se passer sur le plateau d’Yron et dont elle ne pouvait se désintéresser encore, et la brigade Bellecourt trop éparpillée pour agir (1). Enfin, la division Lorencez n’était pas là. Voilà les raisons véritables qui ont arrêté l’offensive du 4 e corps, en dépit des préparatifs faits pour la pousser à fond. Est-ce à dire que les erreurs signalées plus haut dans l’emploi des diverses armes n’aient pas eu sur ce résultat fâcheux une influence réelle ? Non certes, et nos prétentionsne vont point jusqu’à réclamer pour le 4 e corps un brevet d’im- peccabilité. Mais nous avons voulu montrer qu’à une époque où il semblait que la crainte des responsabilités enrayât trop souvent les initiatives, le général de Ladmirault n’a jamais hésité à engager franchement la sienne, et il avait à cela quelque mérite, car il n’ignorait pas les sentiments fort peu confraternels que le commandant en chef nourrissait à son égard. Au lieu d’attendre des ordres, qui ne lui fussent jamais arrivés, il a agi, et c’est déjà beaucoup, étant donné l’ignorance où il était systématiquement laissé des conditions générales de l’action. Que ses intentions aient été imparfaitement réalisées, c’est possible, évident même ; il eût fallu, pour les développer intégralement, que chacun possédât une notion plus exacte de la grande guerre et des nécessités qu’elle comporte. Mais nous savons que les fautes de détail sont réparables quand le principe supérieurdel’activitéest respecté.Or, ceprincipe, c’est au commandement suprême qu’il appartient d’en exploiter (1) Un bataillon du 13 e et un du 43' avaient, comme on l a vu, participé à la lutte contre la brigade Wedell et les dragons de la Garde. Le reste tenait sous ses feux la lisière nord du bois de Tronville, où étaient toujours embusqués les tirailleurs prussiens. LES GRANDES JOL'RNEES DE METZ 183 d’abord la puissance victorieuse; il n’a qu’à prêcher d’exemple pour que chacun le comprenne et l’applique à son tour. Si, au contraire, il s’abandonne lui-même au choc des événements, escomptant ]a complicité hasardeuse de l’avenir pour proroger une situation justiciable de la seule force, alors on voit partout l’hésitation remplacer la vigueur, et la t'midité dans les résolutions, sinon dans les actes, entraver, même chez les plus énergiques, toute liberté d’esprit. A comparer les larges voies ouvertes aux généraux allemands par une direction ferme, souveraine et logique, avec le terrain semé d’embûches où le commandement français laissait les chefs subordonnés se mouvoir en pleine obscurité et en pleine ignorance de la réalité des choses, on comprend que l’exécution de la guerre ait sans cesse revêtu, chez nos ennemis, un caractère d’énergie, de précision et de vigueur qui formait avec nos procédés décousus un contraste douloureux. L’action incessante d’un commandement méthodiquement exercé pendant la paix, comme en campagne, se manifestait pour l’armée allemande par une idée nette, formellement exprimée dans un mot d’ordre impérieux et universel : Battre l’adversaire partout où on le rencontrerait. Il n’y avait de notre côté ni idée, ni mot d’ordre, ni volonté supérieure, et c’est pourquoi, uniquement, nous avons été battus. En ce qui concerne particulièrement la bataille du 16 août, il est indéniable que, seul, Bazaine est responsable de son issue négative, car, pour remporter une victoire éclatante et probablement décisive, il n’avait qu’à la vouloir et à montrer qu’il la voulait. Reprocher au 4 e corps de n’avoir pas obtenu de résultats plus concluants est le fait du parti pris ou de l’ignorance, car on ne saurait oublier que ce corps a constamment agi sans ordres, sans indications, sans renseignements, et qu’il a fait pour le mieux au gré des circonstances. Il ne pouvait, en tout état de cause, gagner la bataille à lui tout seul, tandis que Bazaine pouvait et devait la gagner avec lui. Or, tandis que le chef abdiquait, Ladmirault, au contraire, qui n’était après tout qu’un subordonné, agissait spontanément, 184 LE 4 e CORPS DE L’ARMÉE DE METZ virilement, et, malgré que tout clans l'intervention de ses troupes n’ait point été tactiquement parfait, manquait de réussir avec des ressources incomplètes, uniquement parce qu’il avait préféré l’action à l’inertie. La lutte venait de partout finir, à près de 10 heures du soir. « Un profond silence régnait sur ce large plateau où, depuis 9 heures du matin, la mort avait fait une si riche moisson. Une nuit froide succédait à cette brûlante journée d’été, et, après des efforts presque surhumains, les combattants prenaient quelques instants de repos dans leurs bivouacs. La ligne des avant-postes prussiens, formant un vaste arc de cercle sur le plateau de Rezonvilie, si chèrement acheté, s’étendait du bois des Ognons aux bois de Tronville. Au lever de la lune, la cavalerie de l’aile gauche prolongeait la chaîne des grand’- gardes jusqu’à l’Yron, à travers cette plaine de Mars-la-Tour abreuvée de tant de sang (1). » Les pertes étaient énormes, en effet, et atteignaient un chiffre qui n’a jamais été dépassé dans cette guerre. Près de 33.000 hommes, morts ou blessés, jonchaient le champ de bataille, où le 4 e corps comptait 2.388 des siens (2). Témoin de la vigueur de ses soldats, mais empêché par les circonstances de modérer une ardeur qui avait été inconsidérée au point d’aboutir au désordre, condamné d’ailleurs à une attitude de prudence tant par l’obscurité que par la crainte de heurter contre des réserves intactes des troupes dépourvues de cohésion, le général de Ladmirault, dont l’intervention brillante, quoique interrompue, venait d’assurer à l'armée la possibilité de continuer le lendemain la retraite ordonnée sur Verdun., puisque la route d’Étain et celle de Conflans étaient libres, jugeait qu’il n’avait plus autre chose à faire maintenant qu’à préparer, en ce qui le concernait, cette retraite. C’est dans ce but qu’il concentra ses trois divisions en arc de cercle devant Doncourt, et les réapprovisionna au moyen des parcs établis, depuis midi, aux abords (1) la Guerre franco-allemande, page 613. (2) Voir le détail aux annexes. LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 185 de ce village. En ce faisant, il se tenait prêt à toute éventualité, car, si l’on devait reprendre le combat le lendemain, ses 30.000 hommes, pourvus du nécessaire, étaient certainement mieux disposés pour la lutte que s’ils fussent restés disséminés sur les positions qu’ils occupaient à la tombée de la nuit. Retiré dans une modeste auberge de Doncourt, le commandant du 4° corps attendait les ordres du maréchal en vue de l’une ou l’autre de ces éventualités. La nuit se passa ainsi, sans incident; quant aux instructions, qui arrivèrent à l'aube, elles n’étaient guère conformes à la pensée dominante, mais faites au contraire pour plonger le général et son état- major dans une douloureuse stupéfaction. Avant de poursuivre le récit des événements, qu’on nous permette maintenant de revenir un peu en arrière pour examiner la valeur des reproches adressés, de façon singulièrement acrimonieuse, par l’ex-maréchal Bazaine au général de Ladmirault (1). Non qu’ils méritent réellement qu’on s’y attarde, mais parce que certaines questions, tombées aujourd’hui dans le domaine définitif de l’histoire, ne sauraient rester plus longtemps travesties. Après avoir déclaré qu’il n’a jamais partagé l’optimisme du général sur l’issue relativement favorable de la journée du 16 (ce qui s’explique, du reste, puisqu’il ne s’est pas occupé de son aile droite), l’ancien commandant en chef de l’armée du Rhin écrit ceci : Le général de Ladmirault a eu le tort de retenir près de lui la brigade de cavalerie do la Garde qui avait accompagné l’Empereur, et qui avait été relevée par des chasseurs d’Afrique que commandait le général du Barail. Celte brigade, composée des dragons de l’Impératrice et du régiment de lanciers, m’a fait défaut toute la seconde partie de la journée, car il n’y avait plus en réserve que les régiments de cuirassiers et de carabiniers. Les résultats de la charge des premiers auraient été plus positifs s’ils avaient été appuyés par les seconds, ce que j’aurais certainement fait si la brigade retenue par le général commandant le 4 e corps m’avait rallié, comme elle devait (1) Episodes , pages 86 et 87. 186 LE 4 ° CORPS DE L’ARMÉE DE METZ le faire, parce quelle aurait alors formé ma réserve. Mais la faute principale du général de Ladmiraull est d’avoir malheureusement opéré tardivement, et de ne pas m’avoir tenu au courant de ses faits. Il y a là, on doit le constater avec regret, autant d’inexactitudes que de mots. Tout d’abord, le général de Ladmirault n’a nullement retenu auprès de lui la brigade de la Garde; c’est le général de France, qui, comprenant la fausse situation faite à la division du Barail par son émiettement, est resté auprès d’elle et a offert ses services. En quoi il a eu une idée beaucoup plus juste que celle qui consistait à accumuler vers Gravelotte des forces qui ne pouvaient pas servir, et qui, en réalité, n’ont pas"servi. Si le maréchal Bazaine tenait tant à avoir cette brigade, ou son équivalent, comment se fait-il qu’il n’ait pas rappelé à lui la division du Barail, au moment où il croyait encore que la brigade Margueritte ne l’avait pas quittée, et que le général de France continuait à escorter l’Empereur? Que la brigade de France ait fait défaut au commandant en chef pendant la seconde partie de la journée, il est difficile de le croire quand on sait que la brigade légère de la Garde (chasseurs et guides), dont il ne dit mot, est restée constamment à sa disposition; que les divisions de Forton et de Vala- brègue n’ont pas donné, si ce n’est un instant, contre les escadrons déjà fort éprouvés du général de Bredow ; que la brigade de Juniac a été maintenue pendant toute la bataille derrière le centre; qu’enfin, les deux autres brigades de la division Clé— rembault n’ont quitté Urcourt qu’après G heures du soir, pour recueillir la cavalerie Legrand. Il y avait là plus d’escadrons qu’il n’en fallait pour appuyer la charge des cuirassiers de la Garde, plus d’escadrons qu’il n’en fallait pour bousculer toute la cavalerie ennemie, et le maréchal pouvait hardiment, s’il le voulait, faire donner les carabiniers. Dire qu’on manque de réserves quand on dispose, à portée, d’au moins dix régiments intacts, c’est réellement abuser des droits de la défense ou de la crédulité du public (1). (1) La Garde fournissait trois régiments (chasseurs, guides, carabiniers) ; la division de Clérembault en comptait sept. Et nous ne mentionnons pas les huit LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 187 L’accusation portée contre le général de Ladmirault d’avoir opéré trop tardivement est effectivement fondée; mais elle se retourne contre son auteur, qui seul avait dicté les ordres du mouvement général de l’armée dans les conditions que l'on sait. Et le 4 e corps serait arrivé beaucoup plus tard encore sur le champ de bataille, ou, pour mieux dire, il n’y serait pas arrivé dn tout, si son chef n’avait pas pris sur lui de passer outre à des instructions exclusives de toute mobilité. Quant au fait de n’avoir point rendu compte de ses actes, le commandant du 4° corps l’a reconnu. Mais était-il bien réellement tenu de disperser son état-major, alors qu’il ignorait absolument où se trouvait le maréchal, alors qu’il s’engageait sous les yeux du commandant du 3 e corps, chargé de former liaison entre lui et le 6°, et en communication directe avec le commandant en chef (1)? N’était-ce pas plutôt à ce dernier d’envoyer des instructions, des renseignements, des ordres, de diriger la bataille, en un mot, au lieu de placer en personne des batteries, au risque de se faire enlever comme un sous- lieutenant? Dans cette guerre malheureuse, où tout s’est fait au rebours du bon sens, chacun doit évidemment se reconnaître une part de responsabilité. Un seul homme est inexcusable/c’est celui qui a sacrifié à l’on ne sait quelles rêveries coupables le merveilleux instrument de guerre que la France lui avait confié. régiments des divisions Forton et Valabrègue, bien que leur panique do la matinée fût déjà, au moment de la charge des cuirassiers de la Garde, complètement oubliée et réparée. (1) On a vu plus haut que le général Changarnier était venu sur le plateau de Bruville pour se rendre compte de l'action du 4" corps. Or, le général Changarnier vivait aux côtés du maréchal Le llœuf. D'autre part, le commandant du 3 e corps a envoyé, vers 3 heures, un officier do son état major suivre l'attaque de la division de Cissey. 11 a donc été renseigné sur les opérations du 4' corps, et, comme il était en relations directes avec Bazaine, il a pu l'on informer successivement. Une phrase de la dépêche envoyée par celui-ci à l'Empereur, le soir même, prouve, au surplus, qu’il n'a rien ignoré de ce qui s'est passé à son aile droite. (Voir le chapitre suivant, page 191.) CHAPITRE IV Journée du 17 août. Situation générale dam la matinée du 17 août. — Le lendemain de Rezonville, deux solutions s’offraient à l’armée française : ou recommencer sans délai la lutte interrompue par la nuit, ou reprendre la retraite ordonnée sur Verdun. La première comportait, comme tout acte de force, certains aléas et la chance à courir peut-être de trouver devant soi d’importants renforts arrivés pendant la nuit. Elle répondait cependant aux aspirations générales des officiers et des soldats; elle eût vraisemblablement, même en l’état actuel des choses, acculé l’ennemi à une défaite grave. Mais cet état des choses, le commandement pouvait très bien l’ignorer, et redouter qu’un nouvel abordage sanglant vînt compromettre, ou-, tout au moins, proroger la concentration des forces antérieurement décidée. On peut donc s’expliquer, dans une certaine mesure, que Bazaine ait écarté de piano l’idée toute militaire de réengager la bataille le 17 au matin. Quant à le regretter, c’est autre chose. Mais nous n’avons point à ouvrir ici une discussion stratégique sur la question; nous entendons simplement examiner ce qu’il était possible de faire, au regard de ce qui a été fait. La deuxième solution, moins brillante, mais plus sûre et conforme d’ailleurs au plan général d’opérations arrêté par l’Empereur, consistait tout bonnement à exécuter une marche rétrograde d’armée, en se dégageant au plus vite de l’étreinte de l’ennemi. C’est là une opération de guerre dont il ne manque pas d’exemples dans l’histoire, et qui n’offre en soi rien de particulièrement effrayant; elle comporte seulement cer- LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 1 89 ' taines précautions et dispositions d’ordre tactique que nul n’ignore, et qui sont bien plutôt du domaine de la pratique que de celui de la spéculation. Était-elle exécutable en l’espèce, ou bien l’armée de Metz se trouvait-elle déjà, du seul fait de son arrêt du 16,, dans une situation telle qu’elle ne pût pas échapper à une poursuite immédiate, ni disposer de routes suffisantes pour se dérober? C’est ce qu’il y a lieu d’établir par un examen rapide du dispositif général des troupes et de la nature du terrain. Le 17 au matin, l’armée française, déployée parallèlement à la grande route de Metz à Verdun, dont elle tenait deux points, avait un corps d’armée (le 2 e ) massé à Gravelotte, et deux autres (le 6 e et la Garde), aux abords de Rezonville avec les réserves générales. Le 3 e corps était rassemblé autour de Saint-Marcel, le 4 e en avant de Doncourt. Les pertes subies dans la bataille de la veille montaient à un chiffre considérable sans doute, mais se répartissaient inégalement, en sorte que plusieurs divisions restaient presque complètement intactes. Ces pertes ne dépassaient pas, au surplus, le 1/8 de l’effectif total. La question vivres ne devait pas inspirer d’inquiétudes, car en admettant même qu’on voulût alléger la marche en se débarrassant des convois, le pays que l’on avait à traverser avant de gagner Verdun était suffisamment riche pour que, surtout dans cette saison, l’alimentation des hommes et des chevaux fût assurée, au moins pendant un nombre de journées suffisant. La question munitions était encore plus nette. Il restait dans les coffres d’artillerie 80.453 coups et à l’arsenal de Metz 12.400 charges sur roues, livrables dans la nuit même; l’infanterie avait encore à sa disposition 16 millions de cartouches, pour le moins. A en juger par la bataille du 16, où la consommation avait été d’environ 26.000 charges d’artillerie et 1.500.000 cartouches d’infanterie, il y avait dans les coffres de quoi fournir à plusieurs journées de lutte, et la seule précaution urgente eût consisté dans une répartition rapide ayant pour but de combler, au moyen des excédents de certains corps qui n’avaient point combattu, les 190 LE 4<* CORPS DE L’ARMÉE DE METZ déficits existant chez ceux qui avaient été plus sérieusement engagés (1). C’était l’affaire de quelques heures. De leur côté, les Allemands tenaient sur la grande route un point unique, Vionville, avec une partie du X e corps, dont le reste bivouaquait auprès de Tronville; leur III e corps s’étendait de Fiavigny au bois des Ognons. Ces troupes, très diminuées comme effectif (2), étaient à bout de forces et manquaient de munitions, surtout en ce qui concerne l’artillerie. Leur ravitaillement par les colonnes d'approvisionnements, lesquelles se trouvaient encore loin en arrière, demandait un temps assez long. Deux divisions de cavalerie, épuisées par un effort continu et très prolongé, étaient, pour de longues heures encore, réduites à l’impuissance. A la vérité, le prince Frédéric-Charles avait reçu, dès la soirée du 16, un renfort assez important amené en face de Gravelotte par une partie du IX e corps; il était en droit de compter en outre sur l’appui ultérieur des VII e et VIII e corps (de la I re armée), auxquels Moltke avait envoyé, dès la veille, l’ordre de franchir la Moselle et de se porter l’un sur Gravelotte, l’autre sur Rezonville. Mais ni ces corps, ni ceux de la II e armée, appelés en toute hâte, ne pouvaient, en raison des distances et des durées d’écoulement, se présenter sur le champ de bataille avant l’après-midi, certains même avant le soir du 17. Pendant toute la matinée donc, les débris décimés des troupes d’Alvensleben et de Voigts-Rhetz devaient, avec quelques fractions du corps Manstein, se trouver seuls en présence de toute l’armée française; lui résister seuls, si elle attaquait, la harponner seuls, s’il fallait l’empêcher de se dérober. Telle était la situation réelle, infiniment plus favorable, ce semble, aux Français qu’aux Allemands. Razaine l’a comprise, ou feint de la comprendre, tout différemment. D’abord, la dépêche envoyée par lui à l’Empereur, le 16 à 11 (L) On sait que Bazaine, sur un rapport inexact et non contrôlé du commandant de l’artillerie de l’armée, a argué du manque de munitions pour expliquer son retour à Metz. (2) Le III' corps avait subi 21,5 p. iOO de pertes. LES GRANDES JOURNEES DE METZ 191 heures du soir, fourmille de détails erronés. « La concentration des 3° et 4° corps, dit-elle, n’était pas complète quand l’attaque a commencé. Ce n’est que dans l’après-midi que le maréchal Le Bœuf et le général de Ladmirault ont pu arriver sur le terrain d’action en opérant par mes ordres un mouvement tournant sur la gauche de l’ennemi, qui a été obligé de se reployer sur sa droite (1). » Tout ceci est de T à-peu-près, qu’on s’étonne de trouver dans un compte rendu officiel. Mais voici des inexactitudes plus graves : « La bataille de Rezonville, écrit Bazaine non moins officiellement, mit l’armée dans l’impossibilité de continuer sa retraite, le 17, dans de bonnes conditions. Les Prussiens, en s’emparant de Mars-la-Tour dès le matin, avaient coupé la route sud de Verdun, que nous aurions été obligés de reconquérir par une nouvelle bataille, contre des masses beaucoup plus considérables que le 16 août; il en était de même pour la route qui passe par Conflans, très voisine de la première. Restait la direction de Briey-Longuyon, dont j’ai signalé plus haut les inconvénients, et que je n’aurais pu prendre, à ce moment, qu’à la condition d’exécuter devant l’ennemi des mouvements qui m’auraient obligé à lui tourner le dos (2). » Remarquons que, contrairement aux affirmations du maréchal, la route de Conflans restait parfaitement disponible. Quant à l’obligation de tourner le dos à l’ennemi, elle est commune à tous les mouvements rétrogrades, sans exception, et Bazaine la considérait lui-même comme si naturelle, que, par une contradiction évidemment inconsciente, il n’a pas hésité à télégraphier à l’Empereur (3) que, suivant les circonstances, « il se verrait obligé de prendre la route de Verdun par le nord », c’est-à-dire soit par la chaussée de Con- llans, soit par celle de Briey, dont il ne cessait de signaler les (1) I.c commandant en chef n'ignorait donc pas les résultats du brillant combat de Mars-la-Tour, au moment où il prenait ses dispositions pour se rabattre sur Metz. Et cependant, il dira, un peu plus loin, que les routes de Verdun étaient interceptées, de même qu’il allègue ici que le mouvement du 4' corps s’est fait par ses ordres, et a été appuyé par le 3 e corps. (2) L’Armée du Rhin, par le maréchal Bazaine, pages 61 et 62. (3) Dépêche à l’Empereur, datée de Gravelotte, le 16 août, 11 heures du soir. 192 LE 4 ° CORl'S DE l’armée DE METZ inconvénients dirimants. Voilà à quelles compromissions fâcheuses conduit le dédain des solutions droites et des franches décisions. Nous n’hésitons pas à croire, malgré ces arguments sophistiques, que si le commandant en chef de l’armée du Rhin avait réellement voulu tenir l’engagement pris par lui le 16 au matin avec l’Empereur, et amener au camp de Châlons son armée pour la joindre aux forces déjà réunies sur ce point, il l’aurait pu sans risque. C’est là tout ce que nous entendons démontrer, car, ainsi que nous l’avons dit déjà, nous ne cherchons point à établir un plan de campagne rétrospectif, mais uniquement à prouver que le blocus de Metz, loin d’avoir été imposé par une force majeure, résulte au contraire d’une volonté préconçue, qui a écarté systématiquement les solutions naturelles et praticables, pour aboutir à l’inertie et à la passivité. Rien n’était plus simple, à l’aube du 17, que d’amorcer la retraite, et rien n’était moins périlleux que de la continuer le 18. Pour s’en convaincre, il n’est point inutile d’examiner d’abord la région où elle devait s’effectuer. Là large plaine qui s'étend entre les relèvements de la rive gauche de la Moselle et les Côtes de Meuse, et qui est connue sous le nom de Woèvre, se termine, du côté de ces dernières, par une partie assez sensiblement inclinée, sorte de dépression marécageuse dont les eaux ont un écoulement difficile et ne se frayent une voie jusqu’à la Moselle qu’en ravinant le plateau d’autant plus profondément que le relief du sol s’accentue davantage vers l’est. C’est là qu’est la tête du bassin de l'Orne, qui prend sa source au nord-est de Verdun; celle, plus importante, du principal affluent de droite de cette rivière, l’Yron, avec qui elle se mêle à Conflans-en-Jarnisy, est située en avant d’Hattonchâtel, en face de la pointe avancée que les Côtes de Meuse projettent dans la plaine de la Woèvre. Le débit de ces deux cours d’eau, très considérable parfois, se fait, à partir de Conffans, par un couloir étroit, profond et vaseux, à rives marécageuses et bordées de prairies où l’établissement de ponts volants est très difficile; et même en LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 193 amont de son confluent, le franchissement de f Orne ne peut être assuré que par des ouvrages d’art importants (1). Cette rivière constitue par suite une excellente ligne de défense et une protection précieuse pour une armée qui, rétrogradant des plateaux du Jarnisy vers le nord, voudrait conserver comme ligne de ravitaillement la voie ferrée des Ardennes, de Thionville à Montmédy. C’est derrière elle que, le 17 dès le matin, l’armée du Rhin devait se retirer, si, exécutant le plan de campagne antérieurement arrêté, elle renonçait à réengager la lutte. Ajoutons qu’elle le pouvait. Elle devait, dans la nuit même, faire filer ses convois, d’abord, au besoin même s’en débarrasser; nous avons vu déjà qu’ils n’étaient point indispensables. Puis, sous la protection du 4 e corps constitué en arrière-garde générale avec le concours d’une forte masse de cavalerie, elle aurait alors replié successivement les autres en commençant par le 2 e , qu’auraient suivi la Garde et le 6 e , gagnant l’Orne par Moine- ville et Auboué, et enfin le 3 e , replié à son tour de Saint-Marcel sur Doncourt et Hatrize. Il n’y avait là qu’une marche de 20 kilomètres à faire, au besoin à travers champs, pour aller prendre, le soir du 17, une position défensive entre Briey et Conflans, derrière un cours d’eau infranchissable une fois les passages détruits. Quant au corps d’arrière-garde, il n’avait que 6 kilomètres à parcourir pour se retirer sur Conflans, après le mouvement général terminé. Par le fait seul de son attaque du 16, la II e armée allemande était dans l’impossibilité absolue de continuer vers la Meuse la marche commencée pour nous y devancer au passage. Certes, le commandement français n’était pas tenu de connaître la ( 1) Les points de passage de l'Orne sont, dans cette région : 1° Le pont de Butaumont, qui a 40 mètres de longueur et 3 arches. 2" — Conflans, — 30 — 6 - 3» — Labry, — 43 — 4 — 4° — Hatrize, — 4a — 8 - 3“ — Moineville, — 43 — G — Enfin, le grand pont d’Auboué, situé plus au nord, donne passage à la grande route de Metz à Briey. 4’ Corps. 13 194 LE 4 ° CORPS DE L’ARMÉE DE METZ situation exacte, ni de savoir que tous les corps, actuellement en route pour venir appuyer ceux qui avaient livré la bataille de la veille, venaient de changer d’objectif. Mais, en opérant sa'retraite sur Briey et Longuyon, il était assuré, en tout état de cause, d’atteindre les Côtes de Meuse avant l’ennemi ; il ne s’agissait là pour lui que d’un calcul élémentaire. Craignait-il d’être assailli de nouveau et pris en flagrant délit de manœuvre ? Il lui suffisait de compter sur le dévouement de son arrière-garde, qu’il savait en bonnes mains, et prête à tous les sacrifices, pour être assuré du temps nécessaire à sa retraite. Une fois établie sur la rive gauche de l’Orne, l’armée française n’avait plus rien à redouter; elle pouvait livrer une bataille défensive, laisser l’adversaire s’user contre ses positions formidables et se jeter ensuite sur lui pour l’accabler. Si, au contraire, l’ennemi ne la poursuivait pas immédiatement (et nous savons aujourd’hui qu’il ne l’aurait pas poursuivie, parce qu’il ne le pouvait pas), rien n’était plus facile que de continuer la retraite le 18, et de gagner dans cette journée même les hauteurs des Côtes de Meuse, crêtes inexpugnables où l’on pouvait faire tête et recevoir des renforts importants. Cette retraite, seule manœuvre raisonnable si l’on renonçait à la lutte le 17, était donc parfaitement praticable, et également logique. Car, lorsqu’on veut se retirer, ce n’est point par une marche de flanc qu’on peut le faire; il faut au contraire, du moins au début, reculer perpendiculairement à la ligne ennemie. La possession plus ou moins contestée de la route d’Etain importait donc fort peu, puisqu’on ne pouvait plus suivre cette direction sans péril; celle des routes au nord était au contraire essentielle, et restait assurée. Voilà le fait. En constituant une arrière-garde solide, l’armée française pouvait, rapidement et sans encombre, gagner une région où tous les mouvements fussent devenus possibles, où elle eût trouvé des routes en nombre, où elle eût pu, au besoin, marcher à travers champs, où, en un mot, elle eût reconquis la liberté de manœuvrer que les dispositions vicieuses prises depuis le 14 lui avaient fait perdre momen- LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 193 tanément. C’est à quoi Bazaine, fasciné par l’attirance des murailles de Metz, ne semble point avoir songé. Quelle aberration étrange chez un homme à qui toute une existence de guerre aurait dû, à défaut d’un concept plus large, donner au moins le sentiment expérimental de l’énergie et de l’action (1) ! Quant à l’arrière-garde, elle se trouvait toute constituée par le 4 e corps, absolument concentré et réapprovisionné, et au besoin par le 3 e . Il y avait là sept divisions, admirablement placées pour contenir longtemps l’ennemi, et faciliter ainsi l’écoulement des autres. Une forte masse de cavalerie, constituée à l’aile droite, aurait exploré en avant et sur le flanc, et maintenu à distance les escadrons ennemis trop curieux. Elle n’eût pas mis longtemps d’ailleurs à s’apercevoir que l’adversaire restait immobile, parce que tout mouvement lui était interdit avant l’arrivée de ses renforts, et la retraite sur l’Orne n’aurait point été plus inquiétée que celle que l’armée française a opérée, sans garantie ni couverture aucunes, pendant la journée du 17. C’est de celle-ci que nous voulons parler maintenant, sans nous y appesantir beaucoup, du reste, car (1) Le présent livre n’étant point un ouvrage de polémique, nous ne voulons engager de discussion avec personne. Cependant nous ne passerons pas sous silence l’opinion récemment émise par un oflîcier prussien, le major Ch. Kuntz, qui, dans un ouvrage très étudié : Le maréchal Bazaine pouvait-il, en 1870, sauver la France? considère la retraite sur Verdun comme interdite à l’armée du Rhin depuis le 14 août, à moins, dit-il, « que cette armée n'ait infligé aux Allemands, le 16, une défaite complète ». Le major Kuntz, qui s’appuie beaucoup sur le calcul, mais perd souvent de vue la réalité des choses, ne semble pas se rendre un compte bien exact de la situation véritable do l’armée française le 16 au soir, car, tout en rendant à sa valeur un hommage impartial, il la représente comme trop en désordre pour entreprendre une manœuvre quelconque. U se trompe, puisque cette armée a pu le lendemain exécuter une retraite tout aussi délicate, quoique beaucoup moins logique que celle qui l’eût conduite sur l’Orne. L’ouvrage du major Kuntz est fort intéressant, mais trop exclusif en ce sens qu’il attribue sans conteste aux forces allemandes une supériorité matérielle indiscutable. Celle-ci a existé, sans doute, mais n’était certainement point invincible. Quant à la solution qu’il indique d’une marche ultérieure, et après le blocus déclaré, sur Château-Salins, elle n’est, à tout prendre, qu’un expédient très discutable, et parfaitement superflu au cas où Bazaine ne se serait pas laissé bloquer de propos délibéré. Or, nous le répétons encore, il disposait, pour rester libre, do deux moyens, dont l’un au moins était sûr : ou se battre, ou se dérober le 17. 196 LE 4° CORPS DE L’ARMÉE DE METZ elle ne présente avec une opération de guerre véritable que des rapports extrêmement lointains. Retraite ordonnée sur Metz. — Après la dernière et infructueuse attaque exécutée le 16 au soir par les Allemands contre Rezonville, le maréchal Bazaine était rentré à Gravelotte, dans l’auberge où avait, la nuit précédente, couché l’Empereur. Là, il dicta au général Jarras un ordre qui parvint dans la nuit à la plupart des commandants de corps d’armée. Cet ordre était ainsi conçu : Le défaut de vivres et, de munitions, après cette journée, nous empêche de continuer la marche qui avait été tracée. Nous allons nous reporter sur le plateau de Plappeville. Le 2° corps occupera la position entre le Point-du-Jouret Ilozérieulles; le 3°, à sa di’oite, à hauteur de Chàlel-Saint-Germain; le 4 e , prolongeant le 3 e jusqu’à Montigny-la-Grange; le 6 e , à Vernéville. La cavalerie du Barail suivra le mouvement de ce dernier corps; la division de Forton ira s’élablir en arrière du 2°; la Garde à Lessy et à Plappeville, où sera le quartier général. Le mouvement devra commencer le 17, à 4 heures du malin, et sera couvert par la division Metman, qui tiendra la position de Gravelotte et ira ensuite rallier le 3 e corps. De pareilles dispositions, même si l’on fait abstraction de toute pensée stratégique, échappent à l’analyse. Opérer ainsi sa retraite d’un bloc, exécuter un changement de front en arrière avec 140.000 hommes qui sont au contact réel de l’ennemi, et cela sans autre précaution que de laisser momentanément en position une division d’infanterie massée, dénotait chez le commandant en chef une absence radicale et formelle du sens tactique le plus élémentaire. Il ne fallait en effet rien moins, pour qu’un mouvement aussi insolite pût s’accomplir sans encombre, que l’épuisement, parfaitement ignoré d’ailleurs, de l'adversaire, et l’éloignement non moins ignoré de troupes fraîches à sa portée; car, avec un simple corps d’armée jeté dans ces colonnes qui allaient cheminer pêle-mêle entre des convois et des bagages, il pouvait transformer le tout en une cohue sans nom. L’intervention même d’une artillerie un peu nombreuse, appuyée par quelque cavalerie, LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 197 aurait suffi pour arrêter le mouvement net, et obliger l’armée française à faire tête dans des conditions absolument déplorables. Le maréchal n’y prit point garde. Cependant, l’ordre de mouvement général, qui aurait dû parvenir partout à destination dans la nuit, n’était pas encore communiqué au 4 e corps à l’aube du 17. Par contre, le général du Barail reçut de très bonne heure l’avis qui le concernait d’avoir à rejoindre le maréchal Canrobert, et l’on put voir dans ce rappel un indice des intentions du commandant en chef. En tout état de cause, le général de Ladmirault ordonna donc de se préparer partout à reprendre la retraite, mais sans rien préjuger cependant de la direction affectée à celle-ci. C’est qu’il éprouvait déjà, sur ce sujet, des appréhensions aussi graves que fondées. Ayant déjà, dès 7 heures du matin, réuni ses chefs de service à Doncourt, il leur dit que les reconnaissances faites depuis le lever du soleil devant le front du corps d’armée ne signalaient point de forces ennemies dans son rayon d’action immédiat; que certains avis à lui adressés laissaient cependant pressentir un mouvement rétrograde, mais qu’il voulait encore espérer que le maréchal Bazaine, mieux informé de la situation véritable, aurait le temps de revenir sur ses intentions. Il prescrivit ensuite au service du génie de prendre des mesures pour que les obsèques des généraux Legrand et Brayer, dont les corps venaient d’être rapportés de Bruville dans un chariot de ferme, ainsi que celles du capitaine de Saint-Preux, aide de camp du dernier, fussent célébrées dignement, et il indiqua son intention d’assister à la cérémonie, fixée à 10 heures. Puis, après avoir convoqué de nouveau tout le monde pour 9 heures, afin de prendre connaissance des ordres attendus, il se rendit à l’église où se faisait en ce moment le service du maréchal des logis Henry, son porte-fanion; de là, remontant à cheval, il alla avec son état- major parcourir le front de ses troupes. Quelques instants après arrivait la dépêche du maréchal. Elle fut remise à un officier d’état-major, laissé au quartier général, et tandis que celui-ci, mis au courant de son contenu, 198 LE 4 ° CORPS DE L’ARMÉE DE METZ faisait immédiatement prévenir les différents corps où l’on commençait à manger la soupe, le général rentra de sa reconnaissance, et apprenant ce qui s’était passé, témoigna très vivement son mécontentement de ce qu’on n’ait pas permis aux soldats d’achever leur repas. Il se rendit aussitôt à la réunion qu’il avait prescrite, et, d’une voix attristée, fit connaître que les précédents a'vis concernant la retraite étaient malheureusement confirmés. — « Le maréchal, ajouta-t-il, possède sans doute des renseignements d’ensemble dont la portée et les conséquences nous échappent. Obéissons! » — Immédiatement, les bagages et les convois furent mis en route, et le sous-chef d’état-major partit pour reconnaître les nouveaux emplacements affectés au corps d’armée. Il était 10 heures (I). Peu après, les troupes se mettaient en route à leur tour, d’abord la division de Cissey, puis la division Grenier, enfin, la réserve d’artillerie. La division Lorencez et la cavalerie, formant arrière-garde, restèrent sur le terrain jusqu’à midi. On marchait en colonnes serrées dans la direction d’Habon- ville. Le général accompagnait les derniers échelons. En arrivant au-dessus de Doncourt, sur un point d’où l’on domine toute la plaine, il fit faire halte, et se portant en avant presque seul, il attendit. Ses yeux scrutaient l’horizon silencieux, comme s’il y eût cherché quelque ennemi invisible. Il semblait ne partir qu’à regret, et vouloir gagner du temps, dans l’espoir que peut-être l’attaque d’une troupe quelconque lancée à la poursuite le forcerait à s’arrêter. On lisait dans son regard inquiet et le regret qu’il éprouvait d’abandonner la partie et la quête d’une occasion qui lui eût permis de la reprendre. Rien n’apparaissant, la route tristement fut reprise par ces hommes, qui ne comprenaient du recul qu’on leur imposait que ce qu’il avait de pénible et presque de honteux. On atteignit ainsi Ilabonville, où le lieutenant-colonel Saget, (1) En raison dece départ, le général ne put pas assister aux obsèques des généraux Legrand et Brayer, qui se liront un peu plus tard. LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 199 revenant de sa mission, fit connaître qu’à Montigny-la-Grange, à Amanvillers, et même à Saint-Privat, l’eau était extrêmement rare, et en tous cas insuffisante pour les besoins du corps d’armée. Comme, à Habonville, il y en avait au contraire en quantité suffisante, le général hésita un instant pour savoir s’il n’y laisserait pas toute son arrière-garde, c’est-à-dire la 3 e division et la cavalerie; les termes très formels de ses instructions ne le lui permirent pas. Il fit donc poursuivre le mouvement sur Montigny et Amanvillers. La division Grenier fut établie au bivouac aux abords de la ferme de Montigny-la- Grange (1). La division Lorencez campa dans les défrichements du bois de Lorry, près delà ferme de Saint-Vincent, à cheval sur le chemin qui conduit d’Amanvillers à Plappeville; elle devait former réserve. Quant à Indivision de Cissey, elle fut envoyée au nord d’Amanvillers, avec mission d’occuper Saint-Privat et de former vers le nord-est un crochet défensif; le général de Ladmirault craignait toujours, en effet, une irruption de forces allemandes en aval de Metz, d’autant plus que des habitants affolés prétendaient avoir vu des éclaireurs ennemis dans le bois de Fèves (2). Enfin, la cavalerie, le parc et les réserves d’artillerie bivouaquèrent sur les pentes qui descendent dans le ravin de Châtel, derrière Amanvillers et Montigny. On avait découvert là des sources abondantes qui permettaient d’abreuver les chevaux. Le quartier général fut installé à la ferme de Montigny-la-Grange, ancien château-fort à douves et à tourelles, perché sur un point culminant d’où la vue embrasse un horizon très étendu. Les troupes commençaient, vers 4 heures du soir, leur (1) Elle campait en ordre direct sur une seule ligne, entre Amanvillers et la hauteur au nord-ouest de la Folie : la brigade Bcllecourt au nord de la ferme de Montigny, la brigade Pradier au sud. (2) Le fait certain est que des coups de feu furent entendus dans cette direction. D’où provenaient-ils? Nul ne l'a jamais su. Par contre, on donnait comme ayant été frappé d’une balle ennemie un sapeur du génie étendu dans un jardin près de Jérusalem, et que d'aucuns affirment avoir été plutôt une victime de Bacchus, tout simplement. Évidemment, la moindre reconnaissance aurait éclairci la question; mais qui, à cette époque, faisait exécuter des reconnaissances, en dehors de celles que le règlement prescrivait tous les matins ? 200 LE 4° CORPS DE L’ARMÉE DE METZ installation, quand, tout à coup, on apprit que certains de leurs emplacements allaient être modifiés, par un échange avec le 6 e corps. En effet, le maréchal Canrobert, qui, on s’en souvient, devait, d’après l’ordre général, s’établir à Vernéville, s’y était trouvé trop exposé. N’ayant presque point de cavalerie, et une artillerie fort incomplète (1), il avait considéré comme dangereuse une position aussi isolée, et fait demander au commandant en chef, par l’entremise d’un officier supérieur du grand état-major, l’autorisation d’en changer. Avec son indifférence habituelle, Bazaine avait accordé tout ce qu’on voulait, sans, d’ailleurs, s’occuper du bouleversement que cette modification apportait à son dispositif général, et fait dire au maréchal Canrobert « d’aller s’établir sur le prolongement de la crête occupée par les autres corps, en occupant Saint-Privat et en se reliant par la gauche au 4 e corps établi à Amanvillers » ; de sorte qu’aussitôt arrivé à Vernéville, le 6 e corps s’était mis en mouvement pour en repartir. Or, à ce moment même, défilaient aux environs d’Habonville les colonnes du général de Ladmirault; le maréchal Canrobert dut arrêter les siennes pendant un temps assez long, et il n’arriva à Saint-Privat qu’à la nuit, avec des troupes harassées par ce piétinement sur place, et qui n’avaient pas mangé de la journée. La concession que Bazaine, uniquement par apathie (2), venait défaire ainsi, à des scrupules d’ailleurs légitimes, mais qui auraient dû être calmés d’autre sorte, entraîna certaines conséquences, plus fâcheuses encore que celles dont il vient d’être question. Tout d’abord, le mouvement incohérent qu’elle provoqua empêcha les deux corps d’aile droite de prendre des dispositions tactiques. Le 6 e les négligea par force en raison de l’heure tardive; le 4 e dut y renoncer par suite de la perturbation apportée dans son installation, perturbation (1) Une partie du 6 e corps, coupée à Pont-à-Mousson, n’avait, pu rejoindre Metz. (2) L’ex-maréchal Bazaine a écrit, en 1883, qu’il n’avait cédé aux instances du maréchal Canrobert que pour lui complaire. ( Episodes , page 97.) LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 201 qui travestit l’état réel des choses. Il lui fallut faire refluer vers Amanvillers une partie de la division de Cissey, déjà poussée sur Jérusalem et Saint-Privat; dans le désordre qui s’ensuivit, et l’obscurité survenant, on se méprit sur la direction dangereuse, que les ordres ne précisaient pas du tout, et on plaça des avant-postes le long des bois, vers les carrières de la Croix, c’est-à-dire du côté de l’est, tandis que certains corps s’établissaient au bivouac face à Metz, tournant ainsi le dos à l’ennemi. Non seulement, on n’occupa aucun des postes avancés que présentait la position, Sainte-Marie-aux-Chênes, Saint-Ail, le bois de la Cusse, Champenois, etc., postes dont, ainsi qu’il sera dit plus loin, l’occupation avait, pour l’armée française, une importance capitale, mais on ne plaça même pas une grand’garde à distance suffisante, à l’ouest de la ligne des bivouacs. Le résultat fut que des retardataires du 6° corps, qui erraient dans la nuit, étant venus buter dans les tentes du 4 e et faire quelque tapage au milieu de ses parcs, une alerte s’ensuivit, qui fit, vers 1 heure du matin, courir tout le monde aux armes, et se répercuta de la droite à la gauche sur le front presque entier de l’armée. Enfin, ce qui était très grave, le changement survenu dans l’ordre de bataille amena sur le flanc le plus exposé de la ligne le corps qui précisément était le plus faible en artillerie, celui dont les ressources en tous genres étaient les plus précaires, et qui ne disposait pas d’un seul outil de parc pour organiser, même sommairement, la position qu’il aurait à défendre en cas de combat. Voilà où conduisent l’indécision et la faiblesse. Car en admettant que Bazaine, quand il repliait le 17 août son armée sur les hauteurs de la Mance, ait obéi à une idée stratégique, fort discutable sans doute, mais qui n’était point cependant exclusive, tant sans faut, de toute chance de succès, rien n’empêchait le mouvement d’être réglé logiquement et raisonnablement. Le grand état-major, où se trouvaient nombre d’officiers de valeur et d’expérience, était parfaitement capable de dessiner une semblable manœuvre dans des conditions normales, et non seulement de lui imprimer la régularité 202 LE 4 e CORPS DE L’ARMÉE DE METZ nécessaire, mais aussi de lui assurer une indispensable protection; malheureusement, le commandant en chef n’utilisait point son état-major, et même, en général, semblait le tenir en défiance. Il ne l’employait guère qu’à transcrire les ordres que lui-même avait dictés, et qui portaient tous la marque de sa fâcheuse insuffisance. Confiné dans une indifférence jalouse qui n’admettait personne à la confidence de ses projets, ni surtout au partage de son autorité, il réglait tout lui-même, et rejetait ensuite volontiers sur la mauvaise volonté des autres la responsabilité d’accidents qui n’étaient dus qu’à lui. Le 15, il s’était obstiné à empiler sur une seule route son armée tout entière; le 17, il négligea de donner la moindre garantie de sécurité à une manœuvre improvisée, où colonnes de troupes et convois se confondaient en un inexprimable désordre, et qui, par suite du mouvement à la fois excentrique et longitudinal du 6° corps, aboutit à l’occupation de positions devant lesquelles n’a existé aucun dispositif de protection (1). Une armée de cinq corps, opérant un changement de front en arrière, de la ligne Gravelotte-Doncourt sur la ligne Rozé- rieulles-Saint-Privat, devait d’abord et avant tout constituer une arrière-garde pour protéger son. mouvement. Tout au moins pouvait-elle laisser à Rezonville, à Saint-Marcel, à Don- court, de petits détachements des trois armes qui auraient pris le contact, surveillé l’adversaire et prévenu de ses mouvements. Ces détachements se seraient respectivement retirés, en combattant si c’était nécessaire, sur Vernéville, sur Ba- tilly, sur Sainte-Marie-aux-Chênes. L’ex-maréchal Bazaine a écrit qu’en envoyant dans le principe le 0 e corps à Vernéville, il avait voulu « couvrir la retraite du général de Ladmi- rault (1) ». Point n’est besoin d’un corps d’armée tout entier pour servir d’arrière-garde à un autre; un détachement suffit, (1) Le 6 e corps a, en effet, défilé non seulement devant le 4 e , mais même devant le 3", car il a été envoyé, sans raison, de la gauche à la droite de la ligne de bataille. (2j Épisodes, page 97. LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 203 et, en respectant l’ordre de bataille constitué le 16 par les circonstances, on obtenait le double. avantage de ne point amener de heurt dans les colonnes, et de garder à l’aile découverte un corps fortement constitué. Une fois admis, d’autre part, le choix de la position Rozé- rieulles-Saint-Privat pour y livrer une bataille défensive (et, nous le répétons, une pareille conception pouvait être acceptable à la condition de se réserver les moyens de passer à l’offensive quand le moment serait venu), il était indispensable de couvrir cette position par des avant-postes suffisamment forts. Elle se composait d’une série de crêtes en face desquelles se trouvaient des emplacements d’artillerie tout désignés à l’ennemi, et qui, en effet, ont été occupés dès le début par les batteries allemandes. Afin de mettre les troupes de première ligne à l’abri des projectiles et de constituer devant elles une zone de terrain libre où elles pussent agir, le seul moyen était d’occuper soi-même ces emplacements d’artillerie, non pas d’une façon continue, évidemment, mais par une série d’avant-pos- tes susceptibles de croiser leurs feux et d’interdire à l’adversaire les trouées existant entre eux. Il se trouvait justement que le terrain fournissait là une suite de points d’appui très forts, aisément perfectibles, en un mot excellents. C’étaient, devant l’aile gauche, le village de Gravelotte, les fermes de Mogador et de la Malmaison; devant le centre, les villages de Vernéville et d’Habonville; devant l’aile droite, ceux de Saint- Ail, de Sainte-Marie-aux-Chênes, et le bois d’Auboué. En occupant ces différents points avec de petites unités, en les organisant, en surveillant les routes d’accès, en les défendant sérieusement en cas d’attaque, on pouvait et on devait entraver la marche de l’ennemi, interrompre sa manœuvre, reculer les phases de son déploiement, enfin se conserver les moyens matériels, au double point de vue du temps et de l’espace, de recevoir son choc et même de le briser. Mais ce n’est pas tout. Une fois maîtresse de la ligne d’avant-postes qui vient d’être indiquée (et la chute d’une 204 LE 4 ° CORPS DE L’ARMÉE DE METZ pareille ligne n’est évidemment qu’une question de temps), le premier soin de l’attaque eût été tout naturellement d’y amener son artillerie pour battre la position principale. Or, cela lui devenait impossible, ou du moins eût exigé beaucoup de temps et d’elïorts, si de l’infanterie française avait tenu la lisière occidentale des bois de la Mance, les fermes de Chantrenne, de l’Envie, de Champenois, le bois de la Cusse; car des batteries ne s’installent point à moins de 1.000 mètres d’une infanterie bien armée. De même, la ferme de Saint- Hubert, qui commandait le débouché de Gravelotte, demandait une garnison et une occupation raisonnée, susceptible d’être prolongée longtemps. En un mot, il était nécessaire de tenir tout poste avancé pouvant favoriser le défenseur, ou porter entrave aux progrès de l’ennemi. Enfin, le flanc gauche de l'armée présentant par lui-même une solidité suffisante en raison des escarpements redoutables qui le bordaient, tandis que le flanc droit, au contraire, se trouvait en l’air et facilement abordable, c’était à portée de ce dernier qu’il fallait masser toutes les réserves générales, infanterie, cavalerie et artillerie, pour, d’abord, s’opposer de ce côté à une attaque décisive; pour, ensuite, passer soi-même à la contre-attaque quand l’ennemi se serait suffisamment usé. Une partie de ces réserves, et surtout la cavalerie, qui est restée entièrement inutilisée, pouvaient avantageusement être postées à Marange, afin de surveiller les derrières, pour lesquels il paraît, comme on le verra plus loin, que Bazaine éprouvait quelques craintes. De là, elles eussent facilement débouché, au moment voulu, sur Malan- court et sauvé notre aile droite, la seule vraiment exposée. Moyennant ces précautions diverses, et avec l’idée ferme de ne point s’immobiliser dans une résistance passive, mais au contraire de ne laisser à l’adversaire l’initiative des mouvements que pour mieux préparer soi-même la riposte, la décision prise le 17 août par Bazaine de faire rétrograder son armée sur une position très forte, et à portée de la place de Metz, eût été assez admissible, sous la réserve toutefois qu’elle LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 205 allait à l'encontre des projets de concentration précédemment formés. Elle aurait pu procurer une victoire éclatante, et d’autant plus fructueuse que la situation des armées allemandes, tournées face à leur ligne d’opérations, était plus périlleuse. Elle eût en tous cas répondu à une idée tactique, qui est celle de la défensive-offensive, et à une pensée d’action. Telle que le commandant en chef de l’armée du Rhin l’a conçue, réglée et exécutée, elle ne répondait à rien, si ce n’est à une inertie calculée, dont le but criminel était de réserver, à l’abri de murailles que l’on croyait inviolables, la seule force capable d’enrayer l’invasion. En réalité, le mouvement rétrograde du 17 août constitue, malgré son peu d’étendue, l’acte décisif de la guerre. Il a amené le désastre de Metz, et, par répercussion, celui de Sedan. Ce n’est point cependant que la « défense des lignes d’Amanvillers », comme Bazaine nomme la formidable bataille du 18, fût d’avance vouée à l’insuccès; c’est parce que cette défense, au lieu d’être dirigée par une volonté ferme, obstinément décidée à vaincre, est restée, au contraire, livrée au hasard des événements, en raison de l'abstention d’un chef dont l'idée formelle était d’éviter tout acte de vigueur susceptible d’amener la reprise de la campagne. Le fait de renoncer à la lutte le lendemain de Rezonville pouvait s’expliquer par la volonté de reprendre la retraite précédemment ordonnée sur Verdun, retraite que facilitait la proximité de l’Orne. Au contraire, le mouvement rétrograde sur Metz ne répondait, dans l’esprit de Bazaine, qu’à un parti-pris d’inaction, par lequel était perdue d’avance toute chance de ressaisir la fortune, et d’infliger à l’ennemi un échec décisif. Quoi qu’il en soit, l’armée française se trouva, le 17 au soir, établie en ordre inverse sur les hauteurs qui courent à l’ouest de Metz en bordure du ravin de la Mance, et au nord. A l’aile gauche, le 2° corps occupait le terrain entre Rozérieulles et le Point-du-Jour. Au centre, le 3 e corps s’étendait de la ferme de Moscou au mamelon situé au nord-ouest de la Folie, et le 4 e corps des abords sud de Montigny-la-Grange aux abords 206 LE 4 e CORPS RE l’armée DE METZ nord.d’Amanvillers. A l’aile droite, le G 0 corps tenait Jérusalem, Saint-Privat et Roncourt. Partout la cavalerie campait derrière les lignes. La Garde impériale et les réserves générales étaient aux abords de Plappeville. Toutefois, la division du Barail, formée du 2 e chasseurs d’Afrique et de la brigade Bruchard (trois régiments de la division Clérem- bault), avait été envoyée au 6 e corps, complètement dépourvu de cavalerie, comme on sait (1). Cet ensemble de positions ayant été le théâtre d’une lutte sanglante et malheureusement décisive pour l’issue de la campagne, il ne paraît pas sans intérêt de l’examiner ici avec quelques détails, principalement en ce qui concerne les positions de combat du 4 e corps. Étude du champ de bataille. — Sur la rive gauche de la Moselle, entre les deux villes de Metz et de Thionville, distantes d’environ 26 kilomètres, s’étend une plaine couverte d’habitations, séparée en deux parties inégales par la profonde coupure de l’Orne, et traversée dans sa longueur par la grande route ainsi que par la voie ferrée conduisant, à travers les Ardennes, dans le nord de la France, en longeant la frontière. Cette plaine, large de G à 6 kilomètres, est dominée à l’ouest par une ligne de hauteurs boisées, s’épanouissant vers elle en longs contreforts à crêtes sensiblement horizontales, sur les flancs et dans les intervalles desquels sont abritées des localités compactes, telles que Saulny, Plesnois, Norroy-Ie-Veneur, Fèves, Bronvaux, Marange, Pierrevil- liers, etc., et s’étalant au contraire vers l’ouest en larges plateaux découverts qui s’abaissent par échelons jusque vers la plaine de laWoèvre; ce sont les plateaux d’Amanvillers, de Saint-Privat, de Roncourt et de Malancourt. De ces plateaux, celui de Saint-Privat a évidemment une importance considérable dans la défense des abords de Metz (1) Le quartier général de l'armée était à Plappeville, dans une maison particulière. LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 207 à l’ouest, comme il est facile de s’en convaincre en jetant les yeux sur une carte. Il couvre complètement une excellente ligne de retraite vers la place, offre de larges débouchés pour la contre-offensive, et ouvre des communications faciles dans la direction du nord. Si Bazaine avait réellement l’intention, manifestée par lui dans sa dépêche à l’Empereur, de prendre la direction de Mézières aussitôt qu’il se serait ravitaillé, c’est là qu’il devait établir ses forces, la droite à l’Orne, la gauche aux bois de Chûtel. Là, du moins, il pouvait manœuvrer, tandis que les positions qu’il a choisies pour le déploiement de la majeure partie de son armée, entre Rozérieulles et Amanvillers, étaient inertes, faute de débouchés suffisants, et couvertes par des bois presque impénétrables, qui ne laissaient ouvert, devant les 2° et 3 e corps, que l’étroit défilé de Saint-Hubert et de Gravelotte. Au surplus, l’absence complète de profondeur en arrière du front défensif rendait difficiles les mouvements latéraux des réserves, et l’envoi rapide d’un renfort un peu considérable à celui des corps d’armée qui serait le plus sérieusement attaqué. Les troupes étaient fixées d’elles-mêmes sur leurs positions sans que l’ennemi ait besoin de s’en charger. Ce plateau de Saint-Privat-Roncourt-Malancourt, qui eîit offert de sérieux avantages à des forces disposées logiquement pour sa défense, était par contre trop vaste pour un seul corps d’armée, placé, comme le G 0 , à l’aile extrême de la ligne, où n’existait aucun point d’appui. « La position occupée par les Français, dit très justement la Relation allemande, était exceptionnellement forte sur son front. Le village de Saint-Privat, bien groupé et entouré en grande partie de murs élevés, formait le centre de la défense. Quant à l’aile droite de la ligne de bataille, elle manquait réellement d’un point d’appui et on n’y avait suppléé par aucun obstacle artificiel. » Bien plus, les défenseurs de Saint-Privat ne pouvaient tirer aucun concours efficace des troupes postées à leur gauche, par cette raison qu’il existe, en avant du village, un long promontoire descendant, vers l’ouest, sur le bois de la Cusse, promontoire 208 LE 4° CORPS DE L’ARMÉE DE MET/ dont la crête peut être battue à 1.000 ou 1.100 mètres par une infanterie déployée sur le plateau au nord-ouest d’Amanvil- lers, mais dont le versant septentrional échappe absolument à tous les coups de flanc (1). C’eût été une raison de plus pour constituer, en arrière de Saint-Privât, de fortes réserves destinées à agir au sud-ouest de Roncourt; mais on sait que Bazaine n’en avait pas jugé ainsi. En tout état de cause, il eût fallu couper le sommet de ce promontoire par quelques ouvrages permettant de se soustraire en partie aux coups de l'artillerie allemande, une fois que celle-ci serait venue s’installer sur notre ligne d’avant- postes refoulés. La précipitation qui a présidé, dans la soirée du 17, à l’installation des 4 e et G 0 corps, ainsi que la pénurie des outils, n’a pas permis malheureusement d’entreprendre de semblables travaux. On n’a pas oublié, en effet, que les dispositions ordonnées à la suite de la retraite du 17 comprenaient Saint-Privat dans les positions à occuper par le 4 e corps, le 6° restant à Vernéville; par suite, Saint-Privat devait former l’extrémité de la ligne de bataille, qui de là se serait repliée, face au nord, sur la forêt de Jaumont. L’arrivée inattendue du 6 e corps à Saint-Privat, dans la soirée du 17 et la nuit qui suivit, a modifié fatalement les conditions de la défense en rejetant le 4 e corps vers sa gauche. La division de Cissey s’est trouvée refoulée sur Amanvillers; la division Grenier a dû s’étendre jusque vers la Folie, sur un terrain qu’il eût été plus avantageux de laisser au 3° corps. Dans le désordre consécutif, non seulement on n’a pu prendre aucune disposition préservatrice, mais même la répartition des positions à tenir a subi des changements forcés qui, ainsi qu’on le verra dans le récit de la bataille, ont entraîné des conséquences fâcheuses au premier chef. (1) On verra, en eflet, la division de Cissey empêcher longtemps une partie de la Garde prussienne de prendre pied sur cette crête. Cette division n’aurait pu atteindre le revers septentrional qu’en se portant de l’avant vers le nord, c’est- à-dire en défilant sous le iou des batteries allemandes d’Habonville. LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 209 Poursuivons maintenant notre examen. Entre les vallées de Châtel et de la Mance, d’une part, et celle de l’Orne, de l’autre, le plateau de Saint-Privat projette le contrefort important qui, par Amanvillers et le bois de la Cusse, forme la ligne de partage des eaux vers l’ouest. Comme ce plateau se prolonge lui-même vers le sud, à une altitude à peu près constante, par Montigny-la-Grange, la Folie et Moscou, jusqu'au Point-du- Jour, le point d’Amanvillers forme donc une sorte de nœud, d’où se détache en outre, vers le sud-ouest, une large croupe presque horizontale qui s’abaisse assez brusquement sur la tête du ravin de la Mance, en face de Vernéville. Cette dernière croupe a joué un rôle important dans la bataille. Quant au village même d’Amanvillers, situé en contre-bas par rapport à Saint-Privat, il est presque complètement défilé des vues de Vernéville et du bois de la Cusse par la partie dominante du plateau qui le précède, et cela en raison de l’abaissement vers l’ouest, général dans nombre de parties de la Woëvre, des plissements successifs du sol. Cette situation était très favorable à la défense, d’autant plus que le couvert du bois de la Cusse empêchait l’artillerie ennemie de canonner le village à bonne distance; en outre, les longs glacis qui s’étendent en avant de Montigny-la-Grange, battus de toutes parts par les feux du plateau et par ceux des positions avancées du 3 e corps au bois de la Charmoise, rendaient les abords d’Amanvillers presque inattaquables vers le sud-ouest, du côté de la cense de l’Envie et de la ferme Champenois. Et, de fait, tous les assauts tentés par l’ennemi sur ce point ont échoué, comme on le verra, jusqu’au moment où la retraite de l’aile gauche du 6 e corps a découvert le flanc du 4 e , et permis aux batteries ennemies de venir s’établir sur le promontoire dont il a été question ci-dessus. A un kilomètre au sud d’Amanvillers, et tenant le sommet du plateau, resserré en ce point, qui court sur la rive droite du ravin de Châtel, s’élève la ferme de Montigny-la-Grange, ancien château féodal aux murailles épaisses, aux contours bastionnés, aux fossés profonds où séjourne l’eau des pluies, 4* Corps. 14 210 LE 4 e CORPS DE L’ARMÉE DE METZ des cours et des bâtiments de la ferme (1). Celle-ci est précédée, du côté de l’ouest, par un jardin clos de murs, et constitue un point de résistance important, qui commande une large plaine descendant en pentes allongées vers la vallée de la Mance. Sur ce terrain très découvert, il n’existe que de faibles abris, tels par exemple qu’un chemin creux bordé de peupliers conduisant de la Folie à Amanvillers, derrière un dos de terrain à peine sensible qui va aboutir à la Mance après avoir séparé le vallon oi'i se trouve la ferme de Champenois de celui où est la cense de l'Envie. Cette plaine ne constituait point pour nos troupes un terrain de lutte avantageux, mais elle était inabordable à l’ennemi qui s’y trouvait pris entre les deux feux du plateau d’Amanvillers et du bois de la Charmoise, et, de fait, aucune troupe prussienne n’a pu s’y établir. La position de Montigny, inattaquable de front, flanquait donc avantageusement le plateau d’Amanvillers, et en facilitait la défense. C’est ce qu’avait compris le général de Ladmirault, qui, dès le début de l’action, mit deux bataillons du 33 e dans la ferme, avec ordre de s’y maintenir coûte que coûte. Telle était, dans son ensemble, la position de combat réservée au 4 e corps. Particulièrement forte, comme on vient de le voir, elle comportait une résistance prolongée, presque indéfinie même, tant quelle ne serait pas découverte sur un de ses flancs. Ici, le 4 8 corps était encadré, ne l’oublions pas; sa mission, en cas d’attaque, consistait donc uniquement à maintenir son front inviolable, à immobiliser devant lui le plus de forces possible, en un mot à user l’adversaire tant par une défense vigoureuse que par des offensives partielles interdisant à l’ennemi de se dégarnir. Sans avoir à se préoccuper de l’acte décisif, que seules des troupes réservées sont en état d’accomplir, il devait, par tous les moyens en son pouvoir, et en s’aidant du terrain, porter aux forces ennemies directement opposées les coups les plus rudes et les plus continus. (1) La date de la fondation de Montigny-la-Grange est 1397. LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 211 11 devait également les tenir éloignées de lui autant que possible, de façon à les obliger à de longs et sanglants combats avant d’aborder sa position principale, et, dans cet ordre d’idées, les postes avancés du terrain lui offraient un appui précieux. Nous savons déjà pourquoi ces postes avaient été négligés, et comment, en donnant des ordres insuffisants ou contradictoires, le commandant en chef de l’armée a assumé la responsabilité de leur non-occupation si regrettable. Nous allons cependant les étudier rapidement, et voir quel rôle ils auraient pu jouer. Le premier de ces points, placé sur la ligne normale des avant-postes par lesquels l’armée française aurait dû être couverte, est le village de Vernéville, situé à proximité des têtes de la plupart des vallées ou ravins qui, dans toutes les directions, sillonnent le champ de bataille, et se trouvant, par suite, à la croisée de chemins nombreux. De là, on pouvait surveiller au loin toutes les directions dangereuses, tenir à distance l’artillerie ennemie, et assurer aux défenseurs de la position principale une zone de terrain longtemps inviolable devant eux. Une forte grand’garde postée à Vernéville et se reliant au nord avec une autre placée à Habonville, au sud avec celle que le 3 e corps aurait dû envoyer à la Malmaison, tel était le dispositif tout indiqué pour le service de sûreté, dispositif que peut-être on aurait adopté si les ordres généraux avaient éclairé chacun sur la situation véritable, si le haut commandement avait accusé des tendances fermes et logiques, si son indifférence coupable n’avait pas mis le désordre dans une armée qui n’a jamais su ni pourquoi ni contre qui elle marchait et se battait. En arrière de la ligne indiquée ci-dessus des avant- postes, se trouve une série de points qui formaient autant de postes avancés à occuper; ce sont : le bois de la Cusse, la ferme de Champenois et celle de l’Envie. Le bois de la Cusse, situé au pied des hauteurs de Saint- Privat et d’Amanvillers, couvre la tête de la vallée de la Mance, qui forme au sud un obstacle très important pro- 212 LE 4 ° COUPS DE L’ARMÉE DE METZ longé vers le nord par un ravin profond allant en sens inverse se perdre dans l’Orne et laissant sur sa droite Sainte- Marie-aux-Chênes. Bien que ce bois soit de 10 à 15 mètres en contre-bas des plateaux qui le dominent, il est visible, du moins à son faîte, de toute la contrée environnante. On l’aperçoit même des terrasses de Briey, et quand on chemine d’Amanvillers à Saint-Privat, derrière la crête du plateau, la cime de ses futaies ne cesse point d’apparaître (1). Appuyé au sud et au nord à deux ravins assez accentués, il forme bastion sur la ligne de défense très forte qui, s’appuyant à l’Orne, couvre à la fois Saint-Privat et la route de Briey; mais, surtout dans la partie la plus rapprochée d’Amanvillers, il est enveloppé de parcelles qui ont été détachées par des défrichements successifs, et qui, bordées de dépressions et de vallonnements, rendent son attaque assez facile. Tel quel, il pouvait cependant présenter un obstacle aux progrès de l’ennemi, et être tenu par peu de monde; des feux d’infanterie, partant de la lisière occidentale, auraient empêché l’artillerie ennemie de s’avancer, même après la chute de la ligne des avant-postes, et prolongé d’autant la phase délicate du combat d’approche. Au surplus, il n’y avait point à redouter que les détachements envoyés là courussent le risque d’être enveloppés, par la raison que, d’abord, le bois est relié au village de Saint-Privat par la longue croupe dont il a été question plus haut, laquelle croupe est battue du plateau d’Amanvillers ; qu’ensuite il existe du côté de Montigny-la- Grange, face à Vernéville, une dépression à longs glacis également battus, sur lesquels l’ennemi ne se serait pas engagé sans être pris comme dans un étau, en raison de l’action produite par le bois à peu près inattaquable de la Charmoise (2). (1) On voit par là combien pou sont prononcés les mouvements de terrain du champ do bataille du 18, dont les cartes donnent en général une idée fort exagérée. (2) On verra dans le chapitre suivant que, même avec le concours du bois de la Cusse, qui leur a été abandonné sans combat, les Allemands ont échoué dans toutes leurs attaques sur cette partie de nos lignes, laquelle ne pouvait être que mal battue par leur artillerie. LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 213 Un rôle analogue était dévolu à la ferme de Champenois. Située dans un fond adossé à un léger mouvement de terrain qui la sépare de la cense de l’Envie, elle est dominée, principalement au nord, par la longue croupe, si légèrement inclinée qu’elle paraît horizontale, qui descend d’Amanvillers vers la tête du ravin de la Mance, en avant de Vernéville. Évidemment cette ferme, non plus que celle de l’Envie, ne pouvaient présenter une longue résistance, parce qu’elles sont assez facilement accessibles à couvert, du côté de Verné- ville, par les petites dépressions de terrain qui remontent du sud-ouest, parce que aussi elles échappent aux vues des abords de Montigny-la-Grange (1). Mais Champenois peut parfaitement être battu par de l’artillerie française établie au coude du chemin qui le relie à Amanvillers. De là, on peut empêcher les batteries ennemies de s’avancer à l’est de Vernéville. L’occupation de ce point d’appui et de celui de l’Envie donnaient donc, comme nous l’avons vu pour le bois de la Cusse, le moyen de prolonger et d’entraver la marche d’approche de l’adversaire ; elle était, par suite, tout indiquée. Bornons là cette étude un peu aride du terrain, qui d’ailleurs sera complétée dans le récit de la bataille. Nous ne voulons pas la pousser au delà des positions du 4 e corps; mais il nous suffit d’avoir examiné celles-ci en détail pour nous confirmer dans cette conclusion qu’en dépit de la stratégie fort contestable qui l’avait imposée, la ligne de défense prise le 17 août par l’armée française présentait par elle-même une valeur indiscutable, et que, en y subissant l’attaque des Allemands, nos troupes n’étaient nullement vouées d’avance à la défaite. Une bataille défensive peut avoir des résultats tout aussi concluants qu’une bataille offensive, mais à la condition expresse de ne point se borner à une résistance inerte sur des positions, si belles qu’elles soient. Abstraction faite de l’attitude adoptée, l’activité et la manœuvre sont choses indispensables; or, l’une (1) De la porte de la ferme, on n’aperçoit que la tète des grands peupliers plantés à 500 mètres en avant de Montigny. 214 LE 4 e CORPS DE L’ARMÉE DE METZ et l’autre n’existent que quand on s’est réservé la possibilité de se mouvoir, quand on s’est garanti contre une attaque brusquée, quand on a éventé les mouvements de l’adversaire, quand on s’est arrangé de manière à l’obliger à de longs et coûteux efforts pour arriver à pied d’œuvre, quand enfin on a gardé une liberté d’action suffisante pour riposter au moment opportun. Pour cela, il faut une cavalerie qui éclaire et renseigne, une forte ligne d’avant-postes qui protège des points d’appui, naturels ou artificiels, sortes de brise-lames où vient se rompre le flot ennemi, des réserves compactes que l’on puisse lancer con tre lui, d’un bloc, quand sa cohésion est rompue et sa puissance offensive anéantie. L’armée française, le 18 août, n’a rien eu de tout cela, parce qu’elle n’était point commandée, et que, ballottée en tous sens sans orientation suffisante, elle ressemblait à ces navires désemparés qui flottent au gré de la tempête, contre laquelle ils sont devenus impuissants faute de pilote et de gouvernail. Mouvements des Allemands. — Tandis que nos troupes exécutaient leur mouvement rétrograde, l’état-major allemand concentrait ses forces avec activité. Deux corps de la I re armée, les VII e et VIII e , étaient envoyés de la rive droite de la Moselle sur la rive gauche, à Gravelotte et Rezonville ; quatre corps de la II® (IX e (1), XII e , Garde et II e ) franchissaient également la rivière et arrivaient à portée du prince Frédéric-Charles; seul, le I er corps était laissé sur la rive droite, pour surveiller Metz et masquer cette concentration. Il y eut, du côté de Rozé- rieulles et de Jussy, quelques légères escarmouches entre les soldats du 2 e corps français et ceux de la l ro armée allemande, et ce fut tout. L’ennemi, tout entier au rassemblement de ses forces, lequel ne fut achevé qu’assez tard dans l'après-midi, ne chercha nullement à inquiéter la retraite des Français, et maintint non seulement son infanterie, mais même sa cavalerie immobiles. Il perdit tout contact, et ignora complètement (1) Le IX e corps était déjà en partie aux environs de Gorze. LES GRANDES JOURNÉES DE MET/ 215 la direction prise par son adversaire. Néanmoins, lorsque, dans l’après-midi, Moltke, qui disposait déjà de sept corps d’armée (1), étalés en ligne depuis Vaux jusqu’à Hannon- vilIe-au-Passage, et de quatre divisions de cavalerie (2), fut assuré de notre inaction; quand il vit que toute faculté lui était laissée « d’établir le concert désirable entre les mouvements des deux armées allemandes (3) », il songea à prendre délibérément l'offensive, et imagina une vaste manœuvre destinée à amener l’ensemble des forces allemandes disponibles sur toutes nos lignes de retraite à la fois. Le VII e corps devait former pivot de mouvement; la II e armée, appuyée par le VIII e corps, « rompre en échelons par la gauche pour s’avancer entre l'Yron et le ruisseau de Gorze », en prenant sa direction générale entre Ville-sur-Yron et Rezonville. Nous ne voulons examiner ici ni la valeur tactique, ni les détails de cette manœuvre. Rappelons seulement que, bien qu’éventée par nos observatoires, et en particulier par celui de la cathédrale de Metz, bien que signalée au commandant en chef par de nombreux paysans qui venaient chercher un refuge dans la place, la concentration allemande ne fut inquiétée par aucune mesure préventive. On laissa l’ennemi accomplir en toute tranquillité des mouvements qui tendaient manifestement à une bataille décisive, et pas un instant le maréchal Bazaine ne parut se préoccuper des éventualités redoutables dont, d’heure en heure, la menace évidemment s’accentuait. (1) Garde, III e , VII e , VIII e , IX e , X e , XII e . Le II e était encore à Pont-à-Mousson. (2) Garde, Saxe, 5 e et 6 e . (3) la Guerre franco-allemande, page 039. CHAPITRE V Bataille de Saint-Privat (18 août). Attaque du IX e corps allemand. — Le 18 août, dans la matinée, les troupes françaises, heureuses de trouver enfin un peu de repos après tant d’émotions et de fatigues, semblaient, surtout à l’aile droite, rassemblées bien plutôt dans un camp d’instruction qu’à portée du canon de l’ennemi. Le temps était magnifique, la chaleur douce, l’air limpide et léger. Des distributions abondantes avaient pu être faites, et partout les soldats, avec une insouciance complète et une ignorance absolue du danger, préparaient la soupe que, pour la première fois depuis plusieurs jours, ils comptaient manger à l’aise. Si les troupes des 2 e , 3° corps, et d’une partie du 4 e , postées sur leurs hauteurs comme sur des observatoires, percevaient au loin certains indices plus ou moins vagues, indiquant une attaque possible, il n’en était de même ni à Amanvillers, ni à Saint-Privat, où nul bruit extérieur, nulle rumeur inquiétante, ne venaient troubler la sereine tranquillité des camps. Cependant, dès l’aube, les armées allemandes s’étaient ébranlées. Là, on ne savait point ce que les Français étaient devenus. La cavalerie prussienne, maintenue en arrière, peut- être par suite de la volonté expresse qu’avait manifestée Moltke d’éviter toute affaire avant d’être prêt, avait perdu le contact, et, sauf à l’est de Gravelotte, où les camps du général Frossard étaient parfaitement apparents, on ne connaissait rien de nos positions. Toutefois, on agissait d’après les ordres très nets donnés par le grand quartier général. L’objectif restant toujours, par règle, la principale armée enne- LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 217 mie, on allait marcher, avec toutes les forces disponibles, à la recherche de celle-ci, sauf à se garantir au moyen d’un corps d’armée contre les entreprises possibles de la place de Metz. La II e armée, formant la masse d’attaque, et appuyée par le VIII e corps, s’ébranla donc en échelons, par divisions en masses de guerre , dans une formation resserrée très ingénieusement imaginée par son chef. Dispositif et formations répondaient à la volonté que l’on avait de faire face soit à l’est, soit à l’ouest, suivant les circonstances, par un simple mouvement de flanc à droite ou à gauche. Comme on ignorait la position de l’adversaire, on se tenait prêt à toute éventualité. Ajoutons que les mouvements s’exécutaient sur un terrain très favorable et que, comme on sait, ils ne furent nullement inquiétés. A 9 heures du matin seulement, après une marche à tâtons que la cavalerie aurait certes pu mieux éclairer, on commença à voir à peu près clair dans la situation. Un camp important venait d’être découvert auprès de la Folie; les forces françaises semblaient prêtes à accepter la lutte sur le plateau de Leip- sick, mais personne ne pouvait dire encore où s’étendait leur aile droite. Toutefois, comme maintenant l’état-major allemand était à peu près certain qu’elles ne s’étaient pas dérobées vers l’ouest, Frédéric-Charles, obéissant à ses instructions générales, fit entamer le changement de front destiné à amener son armée face à la nôtre, et prescrivit au IX e corps, qui formait l'aile droite de sa première ligne (1), de marcher sur la Folie. L’ordre, daté de Vionville, 10 heures du matin, était ainsi conçu : Le IX e corps se portera dans la direction de la Folie, par Verné- (1) A ce moment, le dispositif des forces allemandes était le suivant : en première ligne, trois corps, le IX e près de Saint-Marcel, la Garde près de Doncourt, le XII' près de Jarny; en deuxième ligne, les IIP et X e corps. Le VHP corps s’avançait à la tète du ravin do Gorze ; le VII e gardait le bois des Ognons. Tous les corps étaient en formation serrée par divisions successives, l’arLillerie de corps entre les deux divisions; devant chacun d'eux marchait la cavalerie divisionnaire et une avant-garde ; la cavalerie d’armée était maintenue en arrière. La IP armée tenait ainsi tout entière dans un carré de 8 kilomètres de côté. 218 LE 4 e CORPS DE L’ARMÉE DE METZ ville, et, dans le cas où l’ennemi y aurait sa droite, il entamera l’action en déployant tout d’abord une nombreuse artillerie. Le corps de la Garde suit sur Vernéville. Presque au môme moment (10 h. 1/2), arrivait au prince une dépêche du général de Moltke, donnant le plan général d’engagement, lequel consistait à attaquer simultanément l’armée française sur tout son front, et à déborder ensuite son aile droite, mais sans préciser le moins du monde l’emplacement exact de cette dernière. Frédéric-Charles était donc assez perplexe, quand, à 11 h. 1/2, il reçut d’un peloton de cavalerie liessoise, envoyé depuis deux heures en reconnaissance vers le nord, la nouvelle que, des hauteurs de Batilly, on avait aperçu un camp français auprès de Saint-Privat. Aussitôt, il écrivit au général de Manstein : La Garde reçoit l’ordre, en ce moment, de se porter par Yernéville sur Amanvillers, et de là, s’il y a lieu, contre la droite ennemie. Dans le cas où la ligne de l’adversaire se prolongerait au nord au delà du front du IX 0 corps, celui-ci attendrait, pour s’engager sérieusement, que la Garde entrât en ligne par Amanvillers. Ainsi, la mission affectée au général de Manstein était formelle, et d’ailleurs parfaitement nette. Il ne devait pas s’engager avant que la Garde, suivie elle-même du corps saxon qui était dirigé vers Sainte-Marie-aux-Chênes, ait amorcé son mouvement. Le prince craignait que le IX e corps, amené directement devant le front très fort de l’adversaire, se trouvât engagé dans une lutte inégale, rendant impossible l’exécution du plan généra] d’engagement (1). Son dernier ordre devait arriver trop tard. Le IX e corps, parti de grand matin de Fiavigny, avait marché droit sur la ferme de Caulre, ayant en tête la 18 e division et poussant devant lui, au delà de Yernéville, la brigade de cavalerie liessoise. Au moment (10 h. 1 /2) où lui arriva la première dépêche de Frédéric-Charles, il commençait à se masser auprès de la ferme. L’avant-garde de la 18° division était (1) la Guerre franco-allemande, page (!(!(i LES GRANDES .TOURNÉES DE METZ 219 postée face à Vernéville, entre le bois des Doseuillons et le bois au nord de la ferme Bagneux. Immédiatement, le général de Manstein ordonna à cette avant-garde « de se rassembler, de marcher sur la Folie, d’occuper le bois et la ferme, et, pour le moment, de ne pas dépasser ces deux points ». A 11 h. 1/2, l’avant-garde se remettait donc en marche. Elle se composait du 12 e dragons, du 36 e d’infanterie, du 9° bataillon de chasseurs et d'une batterie; en tête marchaient deux bataillons du 36 e et trois compagnies de chasseurs. Quant au général de Manstein, il s’était porté en personne sur la hauteur en avant de Vernéville, et avait aperçu, de là, un camp français dans lequel semblait régner une insoucieuse quiétude (1). « Ne voulant laisser échapper en aucun cas l’avantage de surprendre l'ennemi (2) », il prit alors la résolution d’attaquer sur-le- champ. Cette résolution était fort grave. D'après l’ordre de Frédéric-Charles, Manstein ne devait attaquer que si la droite française était à la Folie; or, il pouvait parfaitement se douter qu’elle était ailleurs. Des hauteurs de Vernéville, il ne voyait point, il est vrai, la région au nord d’Amanvillers, cachée par le bois de la Cusse; mais il savait par sa cavalerie que des troupes adverses se trouvaient à Saint-Privat (3). Il commettait donc là, dans le but unique de brusquer la surprise, un acte formellement contraire à ses instructions. La tentation était assurément séduisante : il était cependant très dangereux d’y céder, parce qu’on risquait de compromettre ainsi l’exécution de la manœuvre générale. Quoi qu’il en soit, arrêtant dans Vernéville la portion de son avant-garde (3° bataillon du 36 e et une compagnie de chasseurs) qui n’avait pas dépassé le village, il donna l’ordre à l’artillerie d’entamer l’action. Pour l’instant, cette artillerie se (1) La Guerre franco-allemande, page 370. (2) Ibid. (3) Le renseignement fourni par le peloton hessois sur l'existence de notre camp de Saint-Privat était parvenu à 11 heures au général do Manstein, avant d’arriver à Frédéric-Charles. LE 4 e COUPS DE L’ARMÉE DE METZ 220 bornait à la batterie d’avant-garde, la senle qu’on eut encore sous la main. Elle prit position au nord-est de Vernéville, sur la grande croupe qui descend doucement d’Amanvillers, et ouvrit le feu sur Montigny-la-Grange. Il était 11 h. 3/4. Quant aux deux bataillons du 36 e qui marchaient en tête de l’avant- garde, avec trois compagnies de chasseurs, ils continuèrent sur Chanterenne, qu’ils allèrent attaquer infructueusement (1). La batterie resta donc sans aucun soutien. Peu d’instants après, l’artillerie de la 18 e division, puis l’artillerie de corps (cinq batteries), accouraient se ranger à sa gauche, et se déployaient successivement « sur la droite en bataille », face au sud-est, en suivant la direction oblique de la croupe où elles se trouvaient. Une canonnade violente éclatait; mais aussitôt les troupes françaises couraient aux armes, et avec une extrême promptitude (2) se portaient sur leurs positions de combat. Déploiement du 4 e corps. — Dès 9 heures du matin, le général de Ladmirault avait été prévenu, par des officiers que lui dépêchait à plusieurs reprises le général Montaudon, commandant la l re division du 3 e corps, que l’on apercevait des masses ennemies en mouvement sur le plateau de Saint-Marcel. Des reconnaissances de cavalerie donnaient des renseignements analogues. Supposant que le commandant en chef était au courant de la situation et désirant au surplus laisser à ses soldats un peu de repos et de loisir, il s’était opposé à ce qu’on leur communiquât ces nouvelles, afin qu’ils pussent prendre leur repas en toute tranquillité; mais il avait envoyé le commandant Pesme auprès de ses généraux de division, pour les avertir de se tenir prêts à une attaque (3); les batteries étaient déjà attelées à toute éventualité. Un peu plus tard, (1) La ferme Chanterenne n’était occupée que par le l" bataillon du Dû' (brigade Clinchant, du 3' corps). Cependant la Relation allemande, page 673, attribue l’échec des troupes indiquées ci-dessus it leur petit nombre, bien que ce nombre fût plus do deux fois supérieur à celui dos défenseurs. (2) La Guerre franco-allemande, page 076. (3) Depuis 9 heures, les troupes de la division Lorenccz voyaient, en raison de la position dominante qu'elles occupaient, une partie dos mouvements de l’en- LES GRANDES JOURNÉES DE METZ 221 une dépêche assez singulière du grand quartier général vint à son tour annoncer la probabilité d’une lutte prochaine, et ordonner de suivre, le cas échéant, le mouvement qu’exécuterait le 6 e corps; or, ce mouvement était indiqué au maréchal Canrobert dans les termes que voici : Le maréchal Le Bœuf, écrivait Bazaine, m’informe que des forces ennemies, qui paraissent considérables, semblent marcher vers lui, et, à l’instant où je vous écris (1), il m’envoie l’extrait ci- joint du rapport de ses reconnaissances (2). Quoi qu’il en soit, installez-vous le plus solidement possible sur vos positions, reliez-vous avec la droite du 4 e corps ; que les troupes soient campées sur deux lignes et sur un front le plus restreint possible (3). Vousferez également bien de faire reconnaître tes routes qui, de Marange, viennent déboucher sur votre extrême droite, et je prescris à M. le général de Ladmirault d’en faire autant par rapport au village de Norroy-le- Veneur. Si, par cas, l’ennemi, se prolongeant sur votre front, semblait vouloir attaquer sérieusement Saint-Privat-la-Montagne, prenez toutes les dispositions de défense nécessaires pour y tenir et permettre à l’aile droite de faire un changement de front, afin d’occuper les positions en arrière si c’est nécessaire, positions qu’on est entrain de reconnaître (4). Je ne voudrais pas y être forcé par l’ennemi, et si ce mouvement s’exécute, ce ne sera que pour rendre les ravitaillements plus faciles, donner une plus grande quantité d’eau aux animaux, et permettre aux hommes de se laver. Profitez du moment de calme pour demander et faire venir tout ce qui vous est nécessaire .(5) Il n’y a pas lieu de s’appesantir sur le peu de valeur des motifs par lesquels le commandant en chef essaye de justifier son ncmi. Ces mouvements étaient également signalés par une grand' garde du 64% postée à l’ouest de Montigny-la-Grange, et par quelques soldats qui, ayantété laver leur linge à Vornéville, manquèrent d’ôtre pris par des cavaliers ennemis. ( Historique du 64 e .) (1) 10 heures du matin. (2) Ces rapports indiquaient que des masses compactes étaient en marche vers le nord entre Saint-Marcel et Doncourt. (3) Ce n’était cependant pas en se resserrant autour de Saint-Privat que le 6 e corps pouvait parer aux dangers qui menaçaient son flanc droit découvert. (4) A ce moment, en effet, les sous-chefs d’état-major dos corps d’armée étaient réunis à la salle d’école de Chàtel, où le colonel Lewal, du grand état-major, leur indiquait les positions de repli qu’il était allé la veille reconnaître lui-même par ordre do Bazaine, dans la zone du camp retranché, c’est-à-dire entre la place et l’enceinte des forts. (5) L’Armée du Rhin, page 70. 222 LE 4 e CORPS DE l’armée DE METZ intention d’accentuer une fois de plus le mouvement rétrograde de l’armée; mais on ne peut s’empêcher de constater l’ambiguïté, et aussi la tendance regrettable des termes dont il se sert. Il annonce une attaque imminente, et parle de profiter du calme existant pour se ravitailler. Il ordonne de se défendre énergiquement sur place, et envisage le cas d’une retraite volontaire sur des positions en arrière, retraite qui sera exécutée on ne sait quand. Et c’est le moment même où l’ennemi s’approche en forces considérables que lui choisit pour éveiller chez les chefs de ses corps d’aile droite des inquiétudes graves sur la sécurité de leurs derrières, comme s’il ne lui était pas très facile de parer à tout péril de ce côté en y envoyant les masses de cavalerie immobiles derrière Lessy; comme s’il ne disposait pas de la Garde impériale tout entière et des réserves générales d’artillerie pour constituer un échelon défensif et au besoin offensif derrière le 6® corps ! On peut imaginer l’embarras dans lequel des instructions pareilles mirent le maréchal Canrobert et le général de Lad- mirault. Ce dernier éprouva bientôt un découragement véritable, quand le lieutenant-colonel Saget, revenant de la conférence de Châtel, lui annonça qu’il ne s’agissait nullement, comme l’ordre reçu précédemment le laissait supposer, d’une retraite éventuelle et raisonnée sur des positions tactiques plus avantageuses, mais purement et simplement d’un repli définitif à l’intérieur du camp retranché de Metz. Sans illusion sur les conséquences funestes d’une mesure aussi inattendue, le général prit, la mort dans l’àme, les dispositions nécessaires pour assurer sa retraite, quand celle-ci serait ordonnée, c’est à-dire qu’il fit tenir les carrières d’Amanvillers par un bataillon du 15 e de ligne, et mettre en état de défense la ferme de Montigny-la-Grange, afin de se constituer deux points d’appui solides. Puis, un peu plus tard, il envoya une reconnaissance sur Fèves et Norroy-le-Veneur (1). (1) Cet.te reconnaissance fut faite par le lieutenant-colonel Saget, accompagné i^, 2 » et 3' — légères. Compagnie de pionniers. Artillerie de corps : Colonel de Jageman. Lieutenant-colonel! 3* et 4 e hait, lourdes.. ) , . Darapsld. î 3" et 4» - légères... j dur °S' n ° 9 (bchleswig-Holstein). 2' batterie à cheval du régiment n” 9 (Schleswig-Holstein). Bataillon du train n° 9 (en partie). — Détachement du train hessois. Total du IX e corps d'armée : 23 bataillons, 12 escadrons, 90 pièces, 3 compagnies de pionniers. X e CORPS D’ARMÉE (II* ARMÉE) Général do l'infanterie : DE VOIGTS-RI1ETZ. Chef d'état-major : Lieutenant-colonel de Caprivi. 19* division d’infanterie : DE SCHWARTZKOPPEN, général-lieutenant. 37* brigade. Colonel Lehman. Rég. d'inf. n° 78 (Frise orientale) : Colonel de Lynckcr : Rég. d'inf. n" 91 (Oldenbourg) : Colonel de Kamcke. 38 e brigade. Général-major de Wedei-e. Rég. d'inf. n" Hi (3 e de Westphalie) Colonel de Hrixen. Rég. d'inf. n» 37 (8" do Westphalie) Colonel de Cranach. (1) De l’armée prussienne. (2) M. (•'!) Id. ANNEXES 345 Régiment de dragons n° 9 (1 er de Hanovre) : Lieutenant-colonel de llardenberg. Lient.-colonel Schau- ( 1" et 2= batt. lourdes.. ( du ré d , arU , L n . 10 (Hanovre). mann. i l r “ et 2‘ — légères .. ) Roux compagnies de pionniers du X° corps. 20" division d"infanterie : DE KRAATZ-KOSCHLAU, général-major. 39 e brigade. Général-major de Woyna. liég. d'inf. n° b6 (7 8 de Westphalio) : Colonel de Block ; liég. d'inf. n“ 79 (3 e de Hanovre) : Colonel de Valentini. 40 brigade. Général-major de Diuingsuofen. liég. d’inf. n» 17 (4° de Westphalie) : Colonel d'Ehrenberg. Rég. d’inf. n” 92 (Brunswick) : Colonel llaberland. Bataillon de chasseurs n" 10 (Hanovre) : Major de Przychowsky. Régiment de dragons n° 16 (2" de Hanovre) : Lieutenant-colonel de Waldow. ,, . i 3“ et 4 e batt. lourdes... J , . . , iri Major Rrause.!„ , ... du régiment n° 10. ‘ 1 3» et 4 e — legeres...) Une compagnie de pionniers du X e corps avec l’équipage de pont léger. Artillerie de corps : Colonel von der Goltz. l re et 3“ batteries à cheval du régiment n° 10: Major Kœrbcr. ïi“ et 6 e — lourdes — ) r . . . . , _ ., » et G» - légères - ) Lieutenant-colonel Colla. Bataillon du train de Hanovre n° 10 : Major de Berge et HerrondorlI. Total du X" corps d'armée : 2b bataillons, 8 escadrons, 84 pièces, 3 compagnie de pionniers. CORPS DE LA GARDE (II e ARMÉE) Général de la cavalerie : Prince AUGUSTE DE WURTEMBERG. Chef d’état-major : Général-major de Daxxexberg. r division d’infanterie : l r “ brigade. Général-major de Kessel. 1 er régiment à pied de la Garde : Colonel de Roeder. 3 e régiment à pied de la Garde : Colonel de Linsengon. DE PAPE, général-major. 2“ brigade. Général-major baron de Medem. 2* régiment à pied do la Garde : Colonel de Kanitz. Régiment de fusiliers de la Garde : colonel d’Erckert. 4° régiment à pied de la Garde : Colonel de Neuman. 346 LE 4 e COUPS DE l’aKMÉE DE METZ lîataillon de chasseurs de la Garde : Major d'Arnim. Régiment de hussards de la Garde : Lieutenant-colonel do llymmcn. Lieut.-colonel Bychcl- j 1 r » et 2” batt. lourdes.. j du régi ment de campagne de la berg.r 1™ et 2* — légères .. $ Garde. Une compagnie do pionniers do la Garde avec l’équipage do pont léger. 2' division d’infanterie : DE BUDRITZKI, général-lieutenant. 3° brigade. Colonel Knappe de Knappsïædt. itégiment de grenadiers n° 1 (Empereur Alexandre) : Colonel de Zenner ; 3" rég. de grenadiers (Heine-Elisabeth) : Colonel do Zalukowski. 4" brigade. Général-major on BtmiEit. Itégiment dogrenadiers n° 2 (Empcreur- Erançois) : Lieut.-colonel do Badin. 4" rég. dogrenadiers (Itcine-Augusta) : Colonel de Waldersee. Bataillon de tirailleurs de la Garde : major do Eabeck. 2” régiment de uhlans de la Garde : colonel prince Henri do liesse et du Itbin. Lieutenant- colonel de ( 3 8 et fi» batt. lourdes .. j du régiment de campagne de la ïtheinbaben. I o“ et (>* — légères... ) Garde. Deux compagnies de pionniers de la Garde. Division de cavalerie : Comte DE GOLTZ, général-lieutenant. l r » brigade. Comte ni; Bhandeholtu; I ,r , général- major. Régiment des gardes du corps : Colonel de Krosigk. Régiment des cuirassiers de la Garde : Colonel de Brandonstcin. 2” brigade. l’rincc Albert de Presse, général-lieutenant. l” r régiment de uhlans de la Garde : Lieutenant-colonel de Itochow. 3" régiment do uhlans do la Garde : Colonel prince Frédéric-Guillaume de Hohenlohc-lngoliingcn. 3* brigade. Comte de Brandeboeiu; Ii, général-lieutenant. 1" régiment de dragons de la Garde : Colonel d'Auerswahl : 2" —. — Colonel de Einkenstcin. Artillerie de corps : Colonel de Scherbcning. * l r «, 2' et 3’ batteries à cheval du régiment de campagne de la Garde : Major de Buddenbrock. 3’ et 4” batteries lourdes du régiment do campagne j do la Garde.I 3 e et 4 e batteries légères du régiment do campagnol do la Garde.! Major de Krieger. ANNEXES 347 Bataillon du train de la Garde : major de Schickfuss. Total du corps de la Garde : 29 bataillons, 32 escadrons, 90 pièces, 3 compagnies de pionniers. 5’ division de cavalerie : Baron DE RHEINBABEN, général-lieutenant. 11» brigade. De Bahisy, général-major. Régiment de cuirassiers n" 4 (Wcst- phalio) : Colonel d’Arnim. Régiment de uldans n” 13 (l or de Hanovre) : Colonel de Schaek. Régiment de drag. n" 19 (Oldenbourg) : Colonel de Trotha. 12» brigade. Du Buedow, général-major. llég. do cuirass. n» 7 (Magdebourg) : I.ieulenant-colonel de Larisch. Régiment do uhlans n” 16 (Altmark) : Major de Dollen. Régiment de dragons n° 13 (Schleswig- Holstein) : Colonel de Brauchitsch. 13» brigade. De Redekn, général major. Régiment de hussards n° 10 (Magdebourg) : Colonel de Woise. — — n" 11 (2 e de Westphalie) : Lieut.-colonel do KUcr-Ebcrstein. — — n» 17 (Brunswick) : I.ieut.-colonel do llauch (1). l r » batt. à cheval du rég. d'artill. de camp, n» 4(Magdebourg) : Capit. Bode; 2» — — n" 10 (Hanovre) : Capit. Schirmer. (1) De l'armée prussienne. 348 LE 4 e CORPS DE L’ARMÉE DE METZ PIÈCE N° III Ordre de mouvement de l’armée du Rhin. (13 août 1870.) Le général Jarras (1) s'assurera, avec le concours du général Cofïïnières (2), que les artères principales de Metz conduisant aux deux ponts de la ville seront libres dans l’après-midi, pour le passage des bagages de la Garde et du 3 e corps, ainsi que de la réserve du général Canu (3). Ces bagages et convois devront se garer au Ban-Saint-Martin ; à cet elïet, le général Jarras donnera l’ordre aux divisions Forton et du Barail de quitter leur camp vers 1 heure de l’après-midi. Leurs bagages resteront au Ban-Saint- Martin pour prendre place dans le convoi, de sorte que ces divisions soient aussi légères que possible. La division Forton suivra la route de Verdun par Mars-la-Tour ; la division du Barail, celle de Verdun par Doncourt-lès-Conflans; elles s’éclaireront en avant et sur le flanc découverte?), et se relieront entre elles. Elles s’établiront toutes les deux à Gravelotte, s’il y a assez d’eau. Dans le cas contraire, l'une serait à Gravelotte, l’autre à Rezonville. Elles échelonneront deux ou trois escadrons en avant, sur la droite et sur la gauche, de manière à bien couvrir le terrain et à permettre aux troupes de déboucher plus lard, Le général Jarras préviendra également les parcs de tous les corps de se mettre en mouvement quand l’on saura que les convois des 2° et 4 e corps commenceront leur mouvement. Ces parcs se placeront sur le même emplacement que les convois de leur corps d’armée, mais en tête de ces convois. On devra, à cet ell'et, faire reconnaître ces emplacements à l’avance, pour voir s’ils sont suffisants; dans le cas contraire, les parcs devraient suivre les mouvements des ü’oupes. Des ordres ont été expédiés ce matin, de très bonne heure, aux 2 e et 4° corps. Ils vont être adressés à la Garde et au 3 e corps. Le général Jarras devra prévenir le 6 e corps. Les 2 e et 6 e corps placeront leurs convois entre Longeville et (1) Chef d’élat-major général. (2) Commandant le génie do l’armée. (3) Commandant la réserve générale d'artillerie. ANNEXES 349 Moulins-lès-Metz. Le 4e placera le sien à gauche de ses ponts, vers la Maison-dc-Planches. Le 3 e corps, la Garde et la réserve du général Canu placeront leur convoi au Ban-Saint-Martin. Les 2 e et 6 e corps suivront la route de Verdun par Mars-la-Tour, Harville, Manheulle ; le 4" et le 3 e s’avanceront vers Conllans, Étain ; la Garde suivra le 3 e corps, ou exécutera les ordres qui lui seront donnés par l’Empereur. Le mouvement des troupes ne commencera vraisemblablement que dans la soirée, au clair de la lune; si cela est possible, il commencera dans l’après-midi. Le général Jarras est prié d’envoyer un officier à Borny, pour faire dire à M. le maréchal si le Ban-Saint-Martin sera libre vers 2 heures, et si les artères de la ville seront dégagées pour laisser passer les bagages du 3 e corps et de la Garde. Dès que M. le maréchal aura reçu les rapports de ses reconnaissances, s’il n’y a rien de convenu, il ira prendre les ordres de l’Empereur à Metz. Mais il ne peut savoir à quelle heure cela lui sera possible. Au quartier général do Borny, le 13 août 1870. Le maréchal commandant en chef l’armée du Rhin, Signé : Bazaine. 350 LE 4 e CORPS DE L’ARMÉE DE METZ PIÈCE N° IV Note relative à la < 25' Monographie » de l’état-major allemand. Notre étude sur le combat de Mars-la-Tour était déjà écrite quand a paru la 25 e Monographie de l’état major allemand. Nous nous étions servi, pour exposer les mouvements des deux régiments westpha- liens, d’un ouvrage très détaillé écrit par F. Hœnig, ancien lieutenant au régiment n° 57, et intitulé : ltechcrches sur la tactique de l’avenir. Il paraissait présenter toutes garanties d’exactitude. Or, celte exactitude est formellement niée par la nouvelle publication allemande et par certains travaux consécutifs du général von Scherff, ancien officier d’état-major de la 20 e division. D’autre part, les rapports particuliers des corps, les journaux de marche et les mémoires fournis par de nombreux officiers prussiens qui ont joué un rôle important dans cette affaire, toutes pièces que la25 e Monographie exploite largement, semblent démontrer nettement que les souvenirs de F. Hœnig l’ont assez mal servi, et que, si ses impressions personnelles peuvent toujours être acceptées, comme le reflet bien réel d’un certain état psychologique, il n’en esL pas de même de sa relation proprement dite, laquelle est très discutable. L’état-major allemand, placé à la source même des documents et manifestement dégagé de tout parti pris, s’est donc cru obligé de réfuter des assertions inexactes, en les remplaçant par d’autres qu’il a étayées sur des pièces formelles et qui ont, en outre, le mérite d’être mieux en concordance avec les indications du terrain. Il ne se borne point à cela, et donne un récit circonstancié de tous les événements qui se sont passés à l’aile gauche allemande. Comme il ne fait point œuvre apologétique, mais se borne à exposer des faits en en tirant des conclusions logiques, son travail présente tous les caractères de vérité, d’impartialité et de précision nécessaires. Nous ne pouvions méconnaître ni l’autorité de ce travail ni son importance dans le débat. Aussi n’avons-nous pas hésité à recommencer entièrement l’exposé du combat du IG, en ce qui concerne bien entendu les Allemands, pour le mettre en concordance avec des renseignements dont la valeur est indiscutable, au moins jusqu’à nouvel ordre. Toutefois, nous avons continué à emprunter à F. llœnig certains détails anecdotiques, non démentis, parce qu’ils donnent, parfois avec ingénuité et candeur, la sensation réelle des choses, et une impression vécue du drame auquel il a participé. ANNEXES 351 Pour donner une idée de l’esprit très libre dans lequel est conçue la 25 e Monographie, nous citerons dès maintenant l’extrait suivant, relatif au rôle de la cavalerie dans le début de la bataille du 16 août : « Jusqu’à 3 heures environ, dit-elle, la cavalerie allemande s’est parfaitement acquittée de la mission d’exploration qui lui incombait, et a porté très rapidement à la connaissance des autorités compétentes les résultats de ses investigations. Mais alors se produisit un moment d’arrêt dans l’exploration. Bien que la masse de celte cavalerie appartint à l’aile gauche de l’ordre de bataille allemand, et dût pouvoir, le cas échéant, prendre part à la lutte, il aurait pourtant fallu envoyer dans le flanc de l’ennemi des patrouilles avec, pour soutien, des escadrons détachés, afin de continuer l’exploration. Ces patrouilles auraient eu la bonne fortune d’être témoins des événements qui se sont déroulés à l’aile droite de l’ennemi et derrière celte aile, et de rendre compte en temps opportun de l’entrée en ligne de la division de Cissey; l’inaction de l’adversaire permettait à ces patrouilles de stationner sur les hauteurs de Ville-sur- Yron. » La cavalerie, par cela même que, malgré des pertes sensibles, elle resta impassible sous le feu, avait donné pendant un certain temps le change à l’adversaire au sujet de l’effectif des forces disponibles en cet endroit, et avait ainsi différé l’attaque imminente sur le bois de Tronville (t). Deplusgrands résultats eussent été obtenus dans cette direction, si la possibilité s’était faite d’assurer à la cavalerie un plus puissant soutien d’artillerie. Qu’on songe, en effet, que si les quatre batteries de l’artillerie de corps du X e corps avaient déboîté de meilleure heure de la colonne de marche de la 20 e division sous la protection du régiment de dragons n° 16 (2), vingt- huit escadrons et cinq batteries auraient pu entrer en ligne dès 2 heures de l’après-midi sur les hauteurs entre Mars-la-Tour et Bruville, et auraient paralysé l’action des généraux Le Bœuf et de Ladmirault dans une plus grande mesure que ne le firent seize escadrons, soutenus par une seule batterie. (1) Le récit que nous faisons clc la bataille indique les causes réelles du retard imposé à l’attaque du bois de Tronville par le 4 e corps. Ces causes sont d'ordre très différent, et, contrairement à ce que pense l’état-major allemand, l'altitude de la cavalerie prussienne n’y est que pour peu de chose. (2) La 20' division avait ordre d’aller bivouaquer entre llcnoy et Thiaucourt. Fdle quitta sa route do marche pour se porter au canon ; mais l’artillerie de corps, qui l’accompagnait, no la quitta que sur l’ordre du général de Voigts-Rhetz, et après que l’infanterie de la brigade Bcllocourt avait déjà pénétré dans le bois de Tronville. (25* Monographie, page 15.) 352 LE 4 e CORPS DE L’ARMÉE DE METZ » Pour la cavalerie française, le moment eût été bien choisi, entre 2 et 3 heures de l’après-midi, pour entreprendre une reconnaissance d’une certaine envergure, afin de ramener à sa juste valeur l’appréhension que ressentait le général de Ladmirault à l’égard de son liane droit. Six régiments et quatre batteries à cheval, que la division de Glérembault eût pu suivre comme soutien, en auraient fourni les moyens; mais on ne sut pas les utiliser. » La 25 e Monographie fait en outre justice de certaines imputations mensongères portées par F. Hcenig contre l’attitude des régiments français. Elle rend hommage à la valeur et à la discipline de nos troupes. F. Hœnig, protégé cependant, d’après son propre dire, par un de nos officiers qui le releva blessé, aurait bien pu reconnaître ces qualités par esprit de justice, et sans porter le moindre préjudice à ses sentiments prussiens. ANNEXES 353 PIÈCE N° V Ordre de marche du 4° corps, le 16 au matin, et heures de passage des différentes unités à la sortie ouest de Woippy (1). 4 heures matin. Division de cavalerie (qu’accompagnent le commandant du corps d’armée et son état- major). 5 h. 25 — Tête de la 2 e division (5 e bataillon de chasseurs). 6 h. » — Queue de l’artillerie divisionnaire. 6 h. 25 — Queue de la 2 e brigade et tête de la réserve d’artillerie. Temps d’arrêt. 6 h. 35 — Remise en route. 6 h. 55 — Temps d’arrêt. 7 h. » — Remise en route. — Bagages de la 2 e division. — Convoi du quartier général. 7 h. 05 — Parc d’artillerie du corps d’armée. 7 h. 15 —• Temps d’arrêt (5 minutes). 7 h. 38 — Queue du parc d’artillerie. — Ambulances et voitures d’administration. 7 h. 45 — Tête de colonne de la l re division. 9 h. » — Queue de la l re division. Nota. — A 8 h. 43, la tête de la réserve d’artillerie était arrivée à la sortie des bois (carrières d’Amanvillers). A 9 h. 45, elle atteignait l’entrée de Saint-Privat. A 11 h. 1/2, la division Grenier atteignait Doncourt. Ail heures, la division de Cissey atteignait Saint-Privat. (î) Extrail du Carnet de campagne du sous-chef d'état-major. 4* Corps. 23 3o4 LE 4 e CORPS DE l’armée DE METZ PIÈCE N° VI La 2o e Monographie, tout en reconnaissant que la liaison n’a pas suffisamment existé entre l’attaque du général de Kraalz et celle de la 38® brigade, donne l’explication suivante, qui n’est assurément point sans valeur : « Autant le bois de Tronville fut favorable au III e corps, autant il eut une intluence fâcheuse sur les mesures prises par le X e . Il empêcha le général de Voigts-Rhetz de voir le combat à l’intérieur du bois et au nord de celui-ci, et lui cacha sur une étendue considérable les mouvements de l’adversaire, qui occupait les hauteurs situées en arrière.Lorsque les généraux de la 20° division se sont décidés à suivre dans les bois les détachements qui y combattaient, ils ont perdu du regard tous les événements qui se passaient à l’extérieur. La liaison avec l’autorité supérieure et les troupes voisines s’est rompue. Les ordres ne sont plus parvenus pour la plupart, ou sont parvenus trop tard.La fusillade, qui résonnait sous bois avec une force double, dominait même le bruit du combat de la brigade Wedell, qui en ce moment éclatait avec une violence inouïe, à tel point que le général de Kraatz, quand il sortit du bois à 5 h. 1/2, ignorait encore complètement l’échec que venait d’éprouver l’aile gauche. » Ces circonstances défavorables ont eu pour conséquence que la 20° division n’a atteint la lisière nord du bois qu’avec une compagnie et demie, seulement après la destruction de l’aile gauche, et quand l’occasion était manquée ; alors qu’il eût été tout indiqué de protéger la brigade Wedell en poussant, sur la lisière occidentale des bois, pendant la crise, les bataillons de réserve, ou tout au moins en lui servant de repli (1). » (I) Page 76. ANNEXES 3oo PIÈCE N° VII Note de M. le contrôleur général Longuet, ancien aide de camp du général Legrand. Dans la soirée du 13 août, la division de cavalerie reçut l’ordre de prendre, le lendemain matin, la route de Briey. Partie de son bivouac, près de Woippy, avant 4 heures du matin, elle était à 6 heures sur le plateau de Saint-Privat. Suivant les ordres reçus, elle poussa des reconnaissances vers le nord, dans la vallée de l’Orne, et jusqu’à Briey, où l’ennemi avait été signalé, mais elle ne le rencontra nulle part. Elle poursuivit alors sa marche, avec son artillerie, jusqu’à Sainte-Marie-aux-Chênes, où elle arriva vers 10 heures. Le canon se faisait entendre, à ce moment, vers le sud, du côté de Gravelotte. La division reçut l’ordre de se déployer pour se porter sur Doncourt. En même temps, le général commandant le corps d’armée, qui, de sa personne, poussait une reconnaissance sur Saint-Marcel, appelait à lui les deux batteries à cheval de la division, et leur faisait donner comme soutien le 11 e dragons. La division, arrivée à mi-chemin de Doncourt, reçut (par le sous- lieutenant Baflie, du 2 e hussards) l’ordre de presser sa marche; à Doncourt, cet ordre lui fut renouvelé par le général Osmont, chef d’étal-major du corps d’armée. La division déposa alors ses charges à la sortie de Doncourt. Le général de Ladmirault, survint. Oubliant sans doute la mission confiée à sa cavalerie vers Briey, il témoigna assez vivement son mécontentement de la lenteur de la marche. Dès qu’il put disposer de la l re brigade de la division d’infanterie Grenier, il la porta sur Bruville, et prescrivit à la cavalerie de couvrir le mouvement sur la droite; puis il poussa l’infanterie vers les bois de Tronville, afin d’appuyer la droite du 6 e corps, et dirigea une brigade sur la ferme de Grizières, qui fut mise en état de défense par un bataillon du 98® de ligne et une compagnie du génie. Illança ensuite la cavalerie sur Mars-la-Tour, où le 2® chasseurs d’Afrique, arrivé le premier avec le général du Barail, entra par la droite, tandis que le 2 e hussards abordait le village par la gauche, sans rencontrer, d’ailleurs, de résistance sérieuse. Cependant des masses d’infanterie et de cavalerie ennemies apparaissent bientôt de toutes parts, et le général, trouvant sans doute LE 4° CORPS DE L’ARMÉE DE METZ ;wg plus avantageux de les combattre plus en arrière, sur un terrain où pourrait agir la division de Cissey, incessamment attendue, ordonne d’abandonner Mars-la-Tour. La cavalerie se retire devant la ferme de Grizières, en repassant le Fond de la Cuve. Elle ne tarde pas à être menacée sur sa droite par la cavalerie allemande, accompagnée par une batterie qui ouvre le feu sur le plateau d’Yron. Il estalors environ 5 heures du soir. Le général de Ladmirault, accourant de sa gauche, ordonne au 2° chasseurs d’Afrique de le débarrasser de cette batterie, qui parait faiblement soutenue. Mais, constatant, par la poussière qu’elles soulèvent, que des masses considérables menacent sa droite, en se dissimulant sur le revers du plateau, il ordonne au général Legrand de se porter sur-le-champ au-devant de celle cavalerie. La division franchit le ravin qui court de Mars-la-Tour à Con- flans, remonte sur le plateau d’Yron, où elle se forme en bataille un peu en arrière de la crête; le 11 e dragons restant toujours soutien de l’artillerie. Les Allemands avaient pour eux le nombre, que favorisait encore l’initiative de l’opération; à ces avantages venait au surplus s’ajouter l’impulsion d’un seul chef. Chacun des groupes de notre cavalerie n’hésita cependant pas à charger l’adversaire qui se présentait devant lui. Le général Legrand, particulièrement (qui avait fait une grande partie de sa carrière en Algérie et avait été cité pour sa vigueur à la prise delà smalah), n’était pas homme à hésiter en pareille circonstance, comme certains écrits l’ont laissé entendre; il ne s’est poinL laissé influencer par les injonctions pressantes du général commandant le corps d’armée. Il a agi avec son sang-froid habituel et a parfaitement écouté les renseignements que lui apportait le général du Barail, lequel venait déjà de charger l’avant-garde de l’ennemi. Mais il ne voulait pas subir l’attaque ; et, quand un de ses colonels lui demanda d’entamer l’action par l’emploi du fusil : « Du tout, au sabre! » répondit-il. Et sa brigade de hussards, qui était prête, s’élança aussitôt en avant, malheureusement à une allure trop rapide, au début, en raison de la distance à parcourir. Cette brigade ne tarda pas à obliquer à gauche, entraînée sans doute par la droite allemande, qui avait repoussé lentement les chasseurs d’Afrique. Puis le 7 e hussards ralentit, comme pour soutenir le 2°, en sorle que ce dernier supporta le plus grand effort (22 officiers hors de combat, à l’exemple du général de Montaigu). En même temps, la ligne ennemie se prolongeant devant Ville- sur-Yron, les deux premiers escadrons du 3 e dragons, d’abord repliés comme réserve derrière la droite du 2° hussards, se reportent à leur hauteur, et s’avancent sur les dragons bleus, perpendi- ANNEXES 357 culairemenl à la roule. C’esl le général de division qui commande la charge en personne, suivi par l’état-major sur un rang. En face, le mouvement s’exécute au petit trot, comme pour nous attendre; ce qui fait que nos chevaux arrivent un peu essoufflés. Choc très franc ; les lignes se traversent, se bousculent, les premiers rangs s’effondrent. Mêlée complète, tourbillons pendant une demi-heure. Les deux autres escadrons du 3 e dragons, conduits par le colonel et le lieulenanl-colonel (qui furent faits prisonniers), un peu retardés au passage du ravin, suivirent le mouvement, mais allèrent se perdre impuissants au milieu des masses ennemies, qui dirigeaient leurs plus grands efforts contre le centre de notre déploiement. Au moment où nous abordions l’ennemi, la brigade de France, formée à notre di’oite perpendiculairement à la route, lancée sur le même objectif, tomba au milieu de la mêlée. Il y eut de cruelles méprises, causées par la veste bleue des lanciers de la Garde, de même couleur que l’habit des dragons allemands. Le général de France fit alors sonner le ralliement, qui lut pris pour un signal général. On se reforma un peu au-dessous de la route, en avant du ravin de Grizières, la droite au chemin de Bruville. Les Allemands se rallièrent de leur côté et se retirèrent assez loin (sur Xonville et Puxieux, a-t-il été dit). En définitive, ils avaient été forcés de renoncer à tourner l’aile droite du 4° corps; notre but était donc rempli. Le général Legrand est tombé en héros, la poitrine percée d’un coup de pointe; la blessure, nepouvanlsaigneràl’exlérieur,l’étouffait. Démonté, il reçut encore un violent coup de sabre au-dessus de l’oreille gauche; ses épaulettes et sa plaque de grand-officier étaient ensanglantées. Appuyé sur le bras d’un capitaine de dragons blessé, il put atteindre le fossé de la roule de Mars-la-Tour à Conflans, répétant : « Mon Dieu, que je souffre! » Le médecin- major Bernard, appelé auprès de lui, ne put que recueillir son dernier soupir. Pour ma part, légèrement blessé, renversé sous mon cheval au moment du choc, je n’ai pu me dégager, la tourmente passée, que grâce au secours d’un chasseur d’Afrique égaré, le nommé Singer, du I e1 ' régiment. Je n’ai donc pu assister aux derniers moments de mon général (que j’avais cherché vainement à Bruville, à Grizières et sur le plateau d’Yron), et ne puis les rapporter que d’après l’enquête que j’ai poursuivie après la charge et plus tard. Le corps du général Legrand fut rapporté à Bruville et déposé dans une grange, près de celui du général Brayer. (Le « Souvenir français » a fait apposer sur celte grange une plaque commémora- 3ü8 LE 4° CORPS DE L’ARMÉE DE METZ live, après enquête administrative motivée par l’opposition violente des habitants de Doncourt.) Les épaulettes, le ltépi, les décorations du général, sa montre à répétition, turent recueillis par le grand prévôt du 4° corps. (La division était partie vers 9 heures du soir pour Doncourt.) Le 17 au matin, au moment de la retraite, son corps et celui du général Brayer turent transportés à l’église de Doncourt; l’abbé Pelte, curé de cette commune, fit confectionner deux bières de sapin; puis, aidé d’un aumônier militaire, il procéda à l’inhumation dans Je cimetière du village. Le corps du général Brayer a été exhumé en 1871 et enterré à Paris. Mais celui du général Legrand repose toujours, à droite de l’entrée, dans le cimetière de Doncourt, la commune ayant spontanément accordé une concession perpétuelle. Elle tient à honneur de rendre hommage tous les ans, le IG août, à la mémoire du général. Au moment de l’érection du monument de Mars-la-Tour, il fut question d’y transporter les restes du général; la famille s’y opposa, préférant la tombe de Doncourt, qui est toujours parfaitement entretenue et honorée. L’enseignement le plus important à dégager de la charge du plateau d’Yron (unique depuis les guerres de l’Empire), c’est qu’il faut assigner un chef à toute troupe de cavalerie appelée à accomplir une de ces opérations qui doivent se résoudre comme un coup de tonnerre. Or, nous en avions trois. Chaque ligne doit avoir un objectif indiqué dans la charge, de manière qu’elle n’aille pas sabrer les troupes amies ou les désunir, comme le fit malheureusement la Garde, dont l’appui nous fut cependant utile et l’eût été bien plus encore, si l’on eût attendu qu’elle pût agir avec notre faible réserve. L. Longuet, Contrôleur général de l'armée, au cadre do réserve. ANNEXES 359 PIÈCE N°VII1 Souvenirs d’un officier du 73°. (Journée du 18 août.) Nous campions, depuis le 17 au soir, sur un plateau non loin du village d’Amanvillers. Le 18, l’appel de midi venait de finir quand le canon retentit tout à coup dans la direction de l’ouest. Sur l’ordre immédiat du général de division, notre colonel envoya en avant les premiers hommes rassemblés aux faisceaux. J’en avais autour de moi à peu près 80. J’allai aussitôt les établir en tirailleurs à 400 mètres environ du bois de la Cusse et de la ligne du chemin de fer alors en construction. Je distinguais parfaitement la maison ébauchée du garde-barrière, en avant et sur ma gauche. Pendant tout l’après-midi et jusque vers 6 heures du soir, l’ennemi chercha à sortir du bois; chaque fois nous le forcions à y rentrer par un feu efficace. Je voyais distinctement les officiers allemands qui frappaient leurs hommes pour les maintenir en place sans y réussir. Ils ne parvinrent pas à établir devant nous une ligne de tirailleurs ! Cependant, dès 2 heures, des batteries étaient venues s’établir sur une crête en face de nous. Je fis tirer sur elles et je vis tomber des servants et des chevaux. Une première fois même celte artillerie dut se retirer. Malheureusement, elle revint plus nombreuse une demi-heure après, et ne cessa dès lors d’augmenter, au point que vers G heures, il me sembla qu’elle comptait environ 80 pièces en ligne. Je perdais pas mal de monde, tant par le feu de cette artillerie que par celui de l’infanterie, qui cherchait toujours à déboucher du bois et paraissait plus épaisse à chaque tentative. Vers 4 h. 1/2, un schrapnell me mit cinq hommes hors de combat. Deux heures plus tard environ, l’infanterie, qui avait apparu à son tour sur les crêtes, descendit vers Sainte-Marie-aux-Chênes. Je fis tirer sur son flanc droit à la bonne distance de 400 mètres, et pus constater l’efficacité de mon feu. Je vis alors des soldats allemands qui déchargeaient leur arme en appuyant la crosse non pas à l’épaule, mais à la cuisse droite. Entre 6 h. 1/2 et 7 heures, un groupe de 200 hommes environ, 360 LE 4 e CORPS DE L’ARMÉE DE METZ appartenant au 57 e d'infanterie, avec lequel mon régiment faisait brigade, vint, accompagné du drapeau, tourbillonner près de ma ligne de tirailleurs, sans cependant cesser de tirer. Je proposai au porte-drapeau et aux trois ou quatre officiers qui étaient avec lui de marcher de l’avant contre le flanc des colonnes prussiennes. Tous acceptèrent et cherchèrent à remettre leur monde en ordre; de mon côté, je fis lever ce qui me restait d’hommes valides, une trentaine, et les groupai autour de moi. Mais, à ce moment, le feu de l’artillerie etde l’infanterie ennemies redoublaient d’intensité et les projectiles nous accablaient. Nous fûmes refoulés en désordre; toutefois, je parvins à conserver quelques hommes à mes côtés, tandis que le reste se dispersait. Nous n’avions presque plus de cartouches, et le tir des Allemands faisait rage. A ce moment, 7 heures à peu près, je fus frappé de deux balles, l’une à la poitrine, l’autre à la main droite. Je tombai comme une masse, ce que voyant, mes hommes, qui me crurent tué du coup, remontèrent rapidement sur la crête en arrière, pensant y retrouver le régiment. Je restai donc seul, ou à peu près, au milieu des cadavres et des mourants. Je perdais beaucoup de sang, mais j’avais consei’vé ma connaissance entièi’e, et je pus voiries troupes allemandes qui surgissaient de toutes parts, sous un feu toujours x’oulant. Bientôt elles dépassèrent l’endroit où j’étais étendu sur le dos, le corps raide, ne pouvant ni me relever, ni même me retourner sur le côté. Enfin, la nuit vint. Vei’s Sainte-Marie et Sainl-Privat le bi’uit de la bataille avait cessé; mais, dans la dii'ection d’Amanvillers et de Montigny-la-Grange, j’entendais toujours la fusillade. Elle s’éteignit à son tour, et fut remplacée par des musiques qui jouaient des marches. La lune s’était levée ; il pouvait être 11 heures ou minuit. J’aperçus à ce moment des rôdeurs qui venaient dépouiller les morts et les blessés, puis s’éloignaient ensuite en courant; fort heureusement, aucun d’eux ne vint à moi. Le lendemain 19, vers 1 heure de l’après-midi, je fus enfin relevé par des soldats prussiens, qui me portèrent avec beaucoup de pré- cautions dans une maison de Jérusalem, convertie en ambulance, où je reçus tous les soins que nécessitaient mes blessures et mon état de faiblesse extrême. Je n’ai qu’à me louer des procédés que médecins et soldats allemands ont eus pour moi, et aussi pour nos soldats blessés, qu’ils ont soignés avec la même sollicitude que les leurs pi'opres. WuNENBURGER, Archiviste principal do t re classe du gouvernement militaire de Paris, officier do la Légion d'honneur. (Était, en 1870, sous-lieutenant au 73 - de ligne.) ANNEXES 361 PIÈCE N° IX Nous croyons intéressant de reproduire ici les remarquables instructions données par le général de Ladmirault aux troupes placées sous son commandement après les grandes batailles de Metz. On verra en les lisant quelle intelligence de la guerre et quel pi'ofond sens Lactique possédait le commandant du 4 e corps. Instructions données par le général de Ladmirault aux troupes du 4° corps d’armée. Plappeville, le 9 septembre 1870. Les combats auxquels le 4 e corps a pris part doivent servir d’enseignement pour les troupes et amener des modifications à la manière de combattre que nous avons employée jusqu’à ce jour. Les attaques de l’ennemi ont toujours été faites d’après les mêmes dispositions et dans le même ordre. Ainsi, l’action commence, de son côté, par un puissant feu d’artillerie allant toujours en croissant, dirigé contre nos batteries et contre celles de nos troupes d’infanterie qui peuvent, par leur masse, offrir un but aux projectiles. Les batteries ennemies profitent des moindres obstacles pour masquer leur pièces; elles cherchent à éteindre le feu des nôtres ou à faire épuiser leurs munitions. Les troupes de l’infanterie ennemie sont tenues, le plus souvent, dans les bois, où elles se dissimulent; elles n’agissent ordinairement qu’à la fin de la journée en se faufilant à travers ces mêmes bois, les baies et les plis du terrain. Jamais elles n’ont tenté une attaque à la baïonnette et elles redoutent le feu de nos fusils, qui ont plus de portée et de justesse que ceux qu’elles possèdent. Elles ne se découvrent qu’à la fin de la journée, lorsqu’elles supposent nos troupes fatiguées et notre infanterie, ainsi que notre artillerie, dépourvues de munitions. C’est alors que des mouvements, préparés d’avance, pour tourner nos ailes, d’un côté ou de l’autre, se produisent avec vigueur, soutenus par une artillerie nombreuse. Cette manière de combattre ayant été constatée chaque fois, il convient de profiter des observations faites pour modifier noire ordre d’attaque. A l’avenir, au lieu de se laisser engager dans un combat d’artillerie de plusieurs heures, il faudra prescrire à nos batteries de ne 362 LE 4 e CORPS DE L’ARMÉE DE METZ faire, au début de l’action, qu’un usage modéré de leurs feux ; de se couvrir autant que possible et de se tenir en dehors de la portée moyenne des projectiles ennemis. Mais on s’empressera dès le commencement de l’action de jeter en avant les compagnies d’éclaireurs de chaque régiment, par groupes très minces et espacés entre eux. Ces éclaireurs gagneront les haies et les bois qui pourront s’oilrir devant eux et ramperont à travers les plis de terrain pour se rapprocher le plus possible des batteries ennemies. Arrivés à 7 ou 800 mètres, ils dirigeront leurs feux sur les servants des pièces, ne précipitant pas leur tir et cherchant à corriger la portée de leurs coups. A cette distance, le feu des bons tireurs peut être très efficace et arrêter l'effet d’une batterie par la destruction des servants. Le feu de la batterie, au contraire, est à peu près nul sur des hommes isolés; il est, d’ailleurs, d’autant moins redoutable que l’on se rapproche davantage des pièces. Ces éclaireurs seront appuyés, à distance, par des bataillons en colonne, ayant, dans chaque peloton, leurs hommes sur un rang et leurs pelotons assez espacés entra eux pour ne pas offrir une masse compacte susceptible d’attirer le feu de l’artillerie ennemie, mais assez rappi’ochés pour pouvoir se réunir rapidement et produire, au besoin, un grand effort. Si des bois se présentent devant ces bataillons, ceux-ci s’y jetteront et s’y établiront, non pas à la lisière, mais dans toute la profondeur, et chercheront à en déloger l’ennemi à la baïonnette. Lorsque l’infanterie aura pu produire un peu de désordre parmi les troupes et parmi l’artillerie ennemies, notre artillerie devra se rapprocher et donner à son feu toute sa puissance et toute son intensité. Quant àlacavalei'ie, elle ne devra pas négliger de pi'endre le rôle important qui lui est assigné dans les batailles : celui de couvrir les ailes d’un coi'ps d’armée. Une aile ne sera couverte qu’autant qu’elle sera éclairée sur son liane à une distance (au moins) de 4 à 5 mille mètres. La cavaleiûe emmènera avec elle ses batteries d’artillerie et ne devra pas hésiter à attaquer les premières troupes qu’elle pourra rencontrer. Elle aura soin de se relier avec l’infanterie des ailes par de petits pelotons qui pi’éviendront les généraux commandant ces ailes des événements qui pourraient surgir. Elle fera égalemexil donner avis au coixxmandant du corps d’année. Pendant le combat, les généraux, les chefs de corps et les chefs de bataillon devront constamment suivre leurs Lroupes engagées; ils devi’ont les diriger, les faire soutenir et tenir les ti’oupes voisines, ainsi que le commandant en chef, au coui'ant des événements. Pendant la nuit, lorsque leurs troupes occuperont des positions avancées, ils devront les l’elier à eux et aux rései'ves par de petits ANNEXES 363 postes intermédiaires, afin d’être prévenus des événements et de pouvoir être en mesure d’achever un succès préparé. Les avant-postes auront soin de se couvrir toujours par des tranchées-abris. Le général de division, commandant le 4° corps de l’armée du Rhin. Signé : de Ladmikault. PIÈCE N° X. Situation d’effectif et état des pertes du 4 » Corps de l’armée de Metz. 366 LE 4 e CORPS DE L’ARMÉE DE METZ DESIGNATION DES ELEMENTS. État-major du corps d’armée. SITUATION SOMMAIRE d’efïectif au au 24 août 12 août 1870. 1870. 82 51 82 Journée du 14 août 1870. Officiers Troupe. Journée d# Officiers. l re Division d'infanterie. États-majors. ' brigade. )> » )) » U 2 2 23 873 13 647 2 )> )) 4 19 )) 3 2 66 2.028 30 1.382 » J )) 2 21 » 4 14 67 1.735 38 1.453 » 1 )) » 5 )) » 3 68 2,063 31 1.302 » » » 1 3 3 10 7 63 2.226 34 1.329 » 1 )> 1 21 5 4 14 2 » 2 » 4 138 3 126 1 4 149 4 134 [ w 1 » 3 13 )) 1 4 147 5 131 1 47 1 43 4 78 5 70 » » 'J » 1 » » » 13 153 14 97 M » » )) )) » )> » 333 9.639 189 6.714 2 4 » 11 83 8 24 43 [Officiers. 144 6 102 72 (Troupe. 2.925 2' Division d'infanterie. États-majors. S a* bataillon de chasseurs à pied. 13* régiment d’infanterje. 43" régiment d’infanterie. a. (64* régiment d’infanterie.. ° * (98® régiment d’infanterie., /Etat-major. Il" rég. d’artillerie. !i" batterie (M.).. Artillerie. < — 6’batterie. 7" batterie. (Train d’artillerie Génie.12" régiment. 10" compagnie de sapeurs. Services administratifs et train des équip. milit.. Totaux. 342 » 788 1.897 1.969 2.0a5 2.293 151 154 148 48 80 108 9.691 23 223 552 1.501 1.362 1.524 1.993 149 153 135 45 78 107 7.599 Différence en moins (11... (Officiers . 129 ' "(Troupe. 2.092 28 45 )) » )) 12 88 12 25 121 25 3 14 » 22 118 109 1 11 5 1 12 i )) » )> » » » — — — 64 364 152 580 11 38 50 entr e (1) Cette différence provient non seulement des pertes en tués et blessés, mais de la balance l Disparus, * ANNEXES 367 PERTES SUBIES. Journées des 31 août et l* r sept. 1870. Journée du 7 octobre 1870. 16 août 1870. Journée du 18 août 1870. Total général. Troupe. Officiers. Troupe. Officiers Officiers Troupe. Troupe. Officiers. Troupe. 1.133 3.518 2.849 1.039 2.849 les Sains et les pertes de toute nature du 12 au 24 août 1870. î < 368 LE 4 e COUPS DE L’ARMÉE DE METZ ANNEXES 369 SITUATION te PERTES SUBIES. d’etfectif Journée du 14 août 1870. Journée d» 16 août 1870. Journée du 18 août 1870. Journées des 31 août et 1 er sept. 1870. Journée du 7 octobre 1870. Total général. DÉSIÜNATION DES ÉLÉMENTS. au 12 août 1870 au 24 aoù 1870. Officiers Troupe. Officiers Troupe. Officiers. Troupe. Officiers Troupe. Officiers Troupe. Officiers. Troupe. ——-v -- -—- oi © Zi S c © a 3 O H U .© O C ©* O H tz •© ai ■Ci c/: 03 5 7. a: -Ci 03 •Ci 03 03 Ci 03 3 c3 g. S 03 •Ci 03 •a, 03 03 « 3 O 7. 03 -o H 03 *© 03 03 V s 03 U «5 G- 03 5 03 •Ci 03 •© 03 Cfl © S 03 C cL 03 5 03 •© 3 H 03 *© 03 03 © » en 3 Jh CS G 03 S 03 •© 3 H 03 -© 03 03 © 03 3 es Ch 03 Q 03 •© C -1 •© 03 03 © S 03 3 U es 03 5 03 •© 3 H cô •© 03 03 © 3 03 3 U CS a 03 H 03 -© 3 H 03 •© 03 03 © S 03 3 Ch CS A 03 S 03 •© H •Ci 03 03 © S 03 3 CS Ch 03 S 03 •© 3 03 •© 03 03 © S 03 Ch CS C* 03 Q 3" Division d'infanterie. 11 ) )) ) ) » » » » )) )) 3 )) )) » )) /2 e bataillon de chasseurs à pied. 22 GO 841 •> •>■>•{ U 48 014 » )) » )) » | » )) » )) » 1 )) » 11 13 4 2 » » 21 31 7 157 42 )) 1 » )) 5 50 120 » » )) )> )) )) )) )) 4 2 13 13 » 21 163 364 245 42 (33* régiment d’infanterie. 07 i.o;i2 59 1.708 » >/ » )> » )> )) )) » )) » » 1 113 5 ï 1 » )) )) » » » )) 5 » uinodn (54® régiment d’infanterie. 02 1.800 2.143 45 1.780 1.733 )) » 5 66 34 „ » 5 20 Ofi 361 107 2 brigade. [ G5 . ré | iment cPi nfanterie.. 00 41 » 1 » 1 14 » » » 18 J> ‘ 20 )) 19 4 521 Oit) /Etat-major. U er rég. d’artillerie. 8* batterie (AI.). Artillerie. < — 9® batterie. 5 4 154 148 147 5 4 149 133 - » l » ■> 8 » » )) » 6 •) 16 )> » » )) )) 3 y> 10 57 I — 40" balleric. (Train d’artillerie. 4 1 4 5 1 5 144 40 101 Génie.12* régiment. 43’ compagnie de sapeurs. 101 » )) » )) )> » » )) )> » » » » 2 » » » )) » )) » » )) » » » « )> » » » )) » )) 2 )> Services administratifs et train des équip. milit.. 13 90 13 89 » )) )) )) 3) » )) )> )) » « )) » » » » » » » » » )) )) » )) » » )) )) » » y> )) » » )) Totaux.. .. — — —— -— 1 ' 9.711 250 8.309 24 Jj «j. 69 6 165 . _ . . » » .. 16 77 1 O-xO ' 1 ÔÙJ Jl ' Différence en moins CI). (Officiers- ( Troupe. 72 . 1.402 2 27 )> 1 90 1.718 5 213 » )) 97 1.959 Division de cavalerie. 10 0 1 •) » » )) » )) » » 1 •> )) » » )) » » 40 48 010 049 40 41 590 003 J, 14 10 4 43 20 3 )) )> )> » » » » )) » „ 1 1 14 10 1 2 51 22 3 î- bngade. > 7 . ré n giment de hnssards ; ' , 1 1 2 » - 11 )) 1 46 45 41 40 490 540 30 490 531 0 8 17 )> » )) 1 » G 8 1 48 17 ; " 42 3 10 )) JJ » ]1 ;; » 3 )> 4 IL 4 1 » 3 Services administratifs et train des équipages .... 8 55 8 55 » » » )) u » » » « » )) » » » )) » )) » » )) » » )) )) y> )) » y) » » » )) » r> » )) Totaux . 193 2.350 162 2.275 )> » » » » » 4 34 15 5 131 40 » 3 )) 3 25 6 » )) » » )) » y> )) » y> )) )) 4 37 15 s 156 46 Réserve d’artillerie. » 180 169 147 > 145l la/ 517 4 190 193 48 3 3 4 3 4 » » 1 1 2 4 4 1 12 25 » 1 26 1 )> )) » » » 3 S 1 17 141 31 4 149 157 17’ régi ment (5* batterie. 4 3 (à cheval). (6* batterie. 4 158 4 Parc d’artillerie. 8 517 8 ) » » » » )) » X) » » » » )) » » » » )) » » » )) » » » )) » » » )) )> » » » Totaux. 30 1.318 34 1.450 y> î » » 5 l 1 2 » 1 28 4 2 4 1 12 82 25 » 1 « 4 26 1 » » » y> )) )) 3 8 1 17 141 31 fjpnip (Réserve. 2* compagnie de mineurs dm { du 2* régiment. | 4 98 4 I 9(i| » j » | » ] » 1 1 »! » » | 1 » )) 1 1» » » )) )) )) 1» » » » « » 1» » » !» » )) » )) y> )) 1 1 Services administratifs et train des équip. milit.. J 41 772 j 41 772 » » » )) » 1 » » 5j » » 24 l- » » 3 4 2 » )> » » )) » i* )) )) » )) )) )) » 5 3 4 26 (1) Cette diiïérence provient non seulement des pertes en tués et blessés, mais de la balance entre ^ ^ ^ de Joute nature du J2 au 24 août l87l) . 4' Corps, 24 370 LE 4 e CORPS DE L’ARMÉE DE METZ ANNEXES 371 SITUATION SOMMAIRE d’ellectif Journée du 14 août 1870. Journée du au 24 août Olliciers Troupe. Oflieiers. DESIGNATION DES ELEMENTS. 12 août 1870. TABLEAU RÉCAPITULATIF. Etat-major du corps d’armée l r ® division d’infanterie. 9.639 0.714 2 e division d’infanterie. 9.69L 7.599 3® division d’infanterie. 9.711 8.309 Division de cavalerie. 2.350 Réserve et parc d’artillerie. Réserve et parc du génie. Services divers Totaux. 33.801 27.297 PERTES SUBIES. G août 1870. Journée du 18 août 1870. Journées des 31 août et l* r sept. 1870. du Journée 7 octobre 1870. Total général. Troupe Olliciers. Troupe. Officiers Troupe Officiers Troupe. Officiers. Troupe. 05 •a X •a x 07 a | Disparus. 05 •a -a 05 05 a | Disparus. 05 -a p 05 •a 05 05 a 2 05 t- ce & X O 05 •a | Blessés. [ | Disparus. J 1 Tués. ' 1 i 05 -a X X a 3 05 « C. X 2 05 •a p | Blessés. ] | Disparus. | Tués. ' | Blessés. ' | Disparus, j | Tués. | Blessés. | Disparus. | Tués. X •a X a S | Disparus. » » » » )) » fl fl » » l » a fl » » » » » » » » 1 » » » » 78 045 198 22 08 7 170 1.135 519 8 19 1 G7I » » » » » a 5G 134 13 3.518 69 730 240 9 35 99 033 127 t 0 » 209 » 4 V 10 130 IG 38 111 5 2.849 » I » 13 09 (i 105 1.211 339 1 4 » 213 A » » » » a IG 77 4 1.939 5 131 40 » 3 )) :> 23 c fl » » » » » )) » » » a » 4 37 15 8 15G 46 1 28 4 2 4 1 12 82 25 » 1 » 4 2G i )) » » » ,fl a 3 8 1 17 141 31 » )> 1 » )> )) » » » » » » » » » » » » » a » » » » » 1 1 » fl 24 fl » )) 3 4 2 » » » « « » » » » » a a a fl 5 3 4 20 _ _ _ 153 1.533 507 48 179 17 132 3.093 1.018 10 31 1 1.124 )) 4 l LO 136 IG 117 3G8 43 8.7G0 2.193 244 4.503 42 1.124 5 IC2 528 8.7G0 372 LE 4 ° CORPS DE L’ARMÉE DE METZ PIÈCE N» XI État nominatif des pertes en officiers subies par le 4' corps dans les batailles sous Metz (1). Etat- Lcgrand, général de division, tué le 16 août. C tc Brayer (2), général de brigade, tué le 16 août. De Montaigu, général de brigade, blessé et prisonnier le 16 août. De Golberg, général de brigade, blessé le 18 août. Corps d’é 16 août. De Place, col., B. (3) Campenon, id. B. Debize, chef d’escad., B. Doquin do Saint-Preux, capit., T. Rispaud, capit., B. Longuet, id., B. Meynier, id., B. Yoirin, id., B. 20" bataillon 14 août. De Labarriéro, chef de bat., T. Lacour, s.-lieut., T. 16 août. Do Bermond de Vaulx, capit., T. Masselot, lieut., T. Duverger, s.-lieut., T. Clara, capit., B. De Garnier des Garets, id., B. général. Véron, dit Bcllecourt, général do brigade, blessé le 18 août. Pradier, général do brigade, blessé le 18 août. Osmont, général de brigade, blessé le 31 août. Lalïaille, général de brigade, blessé le 31 août. d-major. 16 août (suite). Bach, capit., B. 18 août. Duquesnay, capit., B. Guérin-Précourt, id., B. Garcin, id., B. Fratcr, id., B. 31 août. Ganot, id., B. de chasseurs. 18 août. Delhorbc, capit., T. Urvoy de Closmadcuc, lieut., B. (mort le 30). Marçais, id., T. Cleiftie, s.-lieut., T. Nadal, capit., B. Grosse, id., B. Ambrosi, lient., B. (1) Extrait de la Liste générale des officiers tués ou blessés pendant la guerre de 1870-71, parM. Martinien, dos archives historiques du ministère de la guerre. (2) « Le général Brayer, dont le cheval avait été tué d’un coup de leu, tira son épée, lit sonner la charge, et s’élança à la tète de sa brigade. Le leu ennemi devint plus violent; le général tomba Irappé à mort. » ( Historique du 20" bataillon de âiasseurs, page 27.) (3) T., tué; B., blessé; C., contusionné; D., disparu. ANNEXES 373 18 août (suite). Verney, s.-lieut., B. Trancart,,id., B. 31 août. Grotli, lieut., B. l cl septembre. Cugnier, capit., B. l ,r de 14 août. Girault, capit., B. (mort le 23 sept.). 16 août. Mathieu, capit., B. (mort le 18). Menetrier, lieut., T. Chaix, ici., B. (mort le 26). Gaudin, s.-lieut., T. ■lonchoux, id., T. Berges do Nomazy, chef de bat., B. Gerder, id., B. Yarlet, capit., B. Chambry, id., B. llemignard, id., B. Puig, lieut., B. Bouchu, id., B. llermant, id., B. Gambert, s.-lieut., B. Deiss, id., B. Renaud, id., B. 18 août. Tramblay, capit., T. Argiot, id., T. Lechaudel, lieut., B. (mort le 30). Leborgno, id., B. (mort le 20). Schmell, s.-lieut., T. Frémont, col., B. Vigneaud, chef de bat.., B. Rose, capit., B. Chamand, id., B. 6' de 14 août. Ricci, capit., B. 16 août. Dubois, capit., B. Rotticr, s.-lieut., B. Do Saintignon, id., B. Dénarié, capit., C. Grousson, lient., C. Oudard, s.-lieut., C. Pincherolle, id., C. 18 août. Saint-Martin, chef do bat., T. Vaillant, capit., T. De Chilly, id., T. Du Coulombicr, id., T. Barbault, id., B. (mort le 19). ligne. 18 août (suite). Ilennion, capit., B. Bignon, id., B. Romignard, id., B. Lucot, id., B. Simon (G.-J.), id., B. Contier, lieut., B. Ladont, id., B. Fourgues, id., B. Roux, id., B. Cachet, id., B. llerbin, id., B. Blot, s.-lieut., B. Renaud, id., B. Bouilly, id. (porte-drapeau), B. l.iebenguth, id., B. 31 août. Simon, capit., T. Merlin, id., B. (mort le b sept.), Le Cairic, id., B. (mort le 6 sept.). Romy, lieut., B. (mort le 14 oct.). Renaud, s.-lieut. (porte-drapeau), B. (mort le 15 sept.). Doltenfeld, s.-lieut., T. Corne, id., B. (mort le 17 sept.). Guelot, capit., B. Bottier, id., B. De Planet, s.-lieut., B. Bezançon, id., B. 18 août (suite). Ravel, capit., T. Renaudcau, lieut., T. De Widranges, id., T. Castel, id., T. Ohmann, id., T. Jacques, id., B. (mort le 8 sept.). Plancher, s.-lieut., B. (mort le2 sept.). Combes, id., B. (mort le même jour). Salle, chef de bat., B. Jourdan, capit., B. Illartein, id., B. Iîobillard, lieut., B. Cristofini, id., B. Vanghelle, id., B. Tocquart, id., B. 374 LE 4 e CORPS DE L’ARMÉE DE METZ 18 août (suite). Grimai, id., B. Demengel, s.-lieut., B. Bonnellc, id., C. 31 août. Sanial, capil., T. Dagcz, id., T. Etienne, lieut.-col., B. I.aguire, capit., B. Galdcmar, lieul., IL Oudard, s.-lieut.. B. Patel, id., B. ltousset, id., B. Maréchal, id., B. Payan, chef de hat., C. Martin, capit., C. Grousson, id., C. Dcnarié, capit., G. Gavary, lieut.,C. 57” de ligne. 16 août. Deville-Chabrol, chef de bat., T. Blanchard, capit., T. Colleau, id., B. (mort le 18). Gauthier, lieut., T. Chauvel, id., B. (mort le 9 sept.). Méline, s.-lieut., T. Bourion, id., T. Miavril, id., T. Gilardeau, id., T. Boyard, id., B. (mort le 17). Gollinet, capit., B. Pastre, id., B. Henry (P.-M.), id., B. Dubois, id., B. De I.ivetde Moisy, id., B. Comoy, lieut., B. Avcnati, id., B. Vignon, kl., B. Binon, s.-lieut., B. Pradelle, id. (porte-drapeau), B. Demy, id., B. Nasiea, id., B. 18 août. Audriot, capit., B. (mort le 19). Mcndy (,1.-M.), capit.., B. (mort le 12 mars 71). Dubreul, lieut., B. (mort le 9 nov.L Champault de la Elécherie, lient., B. (mort le 20 août). Mathieu, lieut.-col., B. Dupuy de Podio, chef débat., B. Leroux, capit., B. lludclot, id., B. Eourtier, id., B. ltouyer, id., B. Taulier, lieut.. B. Thivollct, id., B. Grazietti, id., B. George, s.-lieul., B. Ceysson, id., B. 31 août. Duhoux, chef de bat., B. (mort le 3 sept.). Bourguignon, capit., B. (mortle 19oct.). 73" de 14 août. Devillcbichot, capit., C. 16 août. Brault, capit., T. Gay, id., T. Fossoyeux, id., B. (mort le 18). De Berlhc, lieut., T. Bambaud, id., T. Brajon, id., B. (mort le L'i sept.). Bumigny, s.-lieut., B (mort le 17 août). Bobillard, lieut.-col., B. llillon, capit., B. Blanchot, capit., B. Brocard, lieut., B. Versmée, id., B. Yespa, s.-lieul., B. Lallcment, id., B. ligne. 16 août (suite). De Visdelou de Bonamour, s.-lieut., B. Pichot, capit., C. Marret, s.-lieut., C. Thollot, id., C. 18 août. Supervielle, col. B. (mort le 30). llalsan, lieut., B. (mort le 16 oct.). Clôt, lieul., T. Béguier, id., T. Cozic, s.-lieut., T. Thierry, capit., B. Devillcbichot, id., B. Will, lieut., B. Ilelleboid, s.-lieut., B. Chrisoslôme, id., B. Binet, id., B. ANNEXES 375 18 août (suite). Wunenburger, s.-lieut., B. Prost, id., C. Bonnot de Mably, chef de bat., C. Delacauve, id., C. Bontus, capit., C. i8 août (suite). Barth, capit., C. Levasseur, id., C. Chanet, lieut., C. 31 août. ltérolle, lieut., B. (mort le G sept.). 5" bataillon de chasseurs. 14 août. Chabert, capit., B. (mort le 19 oct.). Humbert, capit., T. Domenech, lieut., T. Knœpfller, s.-lieut., T. Le Caron de Fleury, capit., B. Garcet, id., B. Charpentier du AIoriez, s.-lieut., B. 18 août. Molle, s.-licut., B. Chômer, id., B. 31 août. Carré, chef de bat., T. Coulon, capit., B. Suquet, mcd. aide-maj., B. 13' de ligne. 14 août. Maingot, capit., B. (mort le 21). Kenaud, id.. B. (mort le 16). Arnold, id., T. Desgraves, lieut., B. (mort le 13 nov.). Doyen, s.-lieut., T. Arnould, id., T. Morin, id., B. (mort le 6 sept.). Toupet, chef de bat., B. Cotillon, capit., B. Lignel, lieut., B. Pollet, s.-lieut., B. Renne, id., B. Pépin, id., B. Schaeclt, id., B. 16 août. Porlorot, s.-lieut., T. Poton, méd.-maj., B. Paturol, capit., B. Olive, id., B. Gillet, lieut., B. Feuillet, id., B. 18 août. Paturol, capit., T. Dubois, bout., T. Dosbrégeas, s.-lieut., T. Crépey, id., D. Blondel, id., T. Lion, col., B. Commerçon, chef de bat., B. Geoffroy, capit., B. Chaussade, id., B. Goye, id., B. Bourguignon, id., B. Audrouin, id., B. Méry, id., B. Brouillet, id., B. Boncourt, mèd. aide-maj., B. Pihuit, lieut., B. Lentonnet, s.-lieut. (porte-drapeau),dl. Segondy, s.-lieut., B. 31 août. . I.izon, capit., B. 43‘ de 14 août. Perrinon, capit., B. Noirot, chef de bat., C. 16 août. Déchu, capit., T. Brunet, capit., B. (mort le 14 oct.). Cornillon, capit., B. (mort le 10 sept.). De Yiville, col., B. Hochet, s.-lieut., B. ligne. 18 août. Le Guen, capit., T. Guérin d’Agon, id., T. lîozier, capit., T. Verdeil, lieut.-col., B. (mort le 7 sept.). Rocliot, capit., B. (mort le 10 sept.). Wenger, id., B. (mort le 16 sept.). Vacher, lieut., D. Bournique, id., B. (mort le 3 sept.). Marchai, id., B. (mort le même jour). 37G LE 4 e CORPS DE l’armée DE METZ 18 août (suite). Banraet, s.-lieut., T. Armelin, id., T. Baudouin, id., T. Gerriet, s.-lieut., T. Turlin, id., B. (mort le 3 oct.). Lambert, id., B. (mort le 23 sept.). Grave, capit., B. D'Adhémar de Cransac, id., B. Dubost, id., B. Portet, Iieut., B. Le Guen (J.), id., B. Morhain, id., B. 18 août (suite). Rocourt, iieut., B. Mauget, s.-lieut., B. Ilutillet, id., B. Giacobbi, id., B. Choux, id., B. Walter, id., B. Durand doChiloup, id., B. Rochet, id., B. Ilaurat Cazenave, id., B. Gros-Claude, id., B. 31 août. Noirot, chef do bat., B. 64' de ligne. 14 août. Lefebvre, chef de bat., B. (mort le lb). Mathon, capit., B. (mort le 15). Ducloux, id., B. (mort le 15). Meunier, iieut., T. Stachino, s.-lieut., T. Langlois, Iieut., B. (mort le 15). Guille Desbuttes, capit., B. Chalamon, capit., B. Panot, Iieut., D. Specht, id., B. Laurent, s.-lieut. (porte-drapeau), B. Durand, id., B. Grandjean, id., B. Kuntzelmann, id., B. Deprez, id., B. Menon, id., B. 16 août. Caillard d’Aillière, Iieut.-col., C. Ratier, s.-lieut., C. 18 août. Plan, chef de bat., T. Meunier (D.-P.-E.), capit., B. (mort le 22). Menescal, capit., B. (mort le 9 sept.). Laverduro, id., B. (mort le 13 sept.). Meyer, id., B. Brun, Iieut., B. Bonnouvrier, id., B. Drillon, capit., C. Farbos, id., C. Desnos (F,.), id., C. Bernard, Iieut., C. Coudret, s.-lieut., C. 98" de ligne. 14 août. Chatel, chef do bat., B. 16 août. Machefert, Iieut., B. 18 août. Barnéond, capit., T. Cabaret, capit., B. (mort le 12 sept.). Pierson, Iieut., T. Lapeyruque, id., B. (mort le 30). Marthiens, s.-lieut., T. Lechesne, col., C. Oliveau, chef de bat., B. Chatel, id., B. Labriet, capit., B. Prioux, id., B. Louis, id., B. Cardot, iieut., B. 18 août (suite). Picard, Iieut., B. Machefert, id., B. Sarrado, id., B. Echement, s.-lieut., B. Julien, id., B. Muller, id., B. Couvrit, id., B. 31 août. Bonom, Iieut., B. Nicorelli, s.-lieut., B. 7 octobre. Bonnet, capit., B. (mort le 10). Vautherot, capit., B. (mort le 28). llillion, id., B. Nouvion, iieut., B. ANNEXES 377 2* bataillon de chasseurs. 18 août. De Douglas, lieut., B. (mort le 25). Lacan, id., B. (mort le 29). Letanneur, chef do bat., B. Jouglas, capit., B. Cristine, id., B. De Négrier, capit., B. Malboz, capit., B. Alarton, lieut., B. Armbrustcr, id., B. 18 août. Bouvier d’Acher, lieut., B. Lebouvier, s.-lieut., B. Soyer, id., B. Piton, id., B. 31 août. Champenois, méd.-maj., B. 30 sept. (bois de Vigneulles). Bouchon, lieut., B. 15* de ligne. 18 août. Fraboulet de Iverléadec, col., B. (mort le 11 sept.). llaquaire, lieut.-col., B. (mort le 22). Paron, chef do bat., T. De Boisgueret de Lavallière, capit., T. ■Crcusvaux, id., T. Holïet, id., B. (mort le 29). Gourdel, s.-lieut., T. Cliapot, chef de bat., B. De Fœrster, capit., B. Pouyaud, id., B. 18 août (suite). Rigolage, capit., B. Bonnet, capit., B. Corlieu, lieut., B. Dubard, id., B. Iluguet, s.-lieut. (porte-drapeau), B. Cartier, s.-lieut., B. 21 sept. (bois de Vigneulles). Guindortï, s.-lieut., B. (mort le 9 oct.). Roslin, capit., B. Dubouliais de Couesbouc, s.-lieut., B. 33* de 23 juillet ( avant-postes de liouzonville). Pradolle, capit., B. 18 août. Thérade, capit., B. Jeanson, s.-lieut., B. (mort le 3 sept.). Fore], capit., B. Basset, s.-lieut., B. Lejouteux, id., B. 54“ de 18 août. Caillot, col., B. (mort le 27). Lamboley, chef débat., B. (mort le 28). Lavilatte, capit., B. (mort le 29). ltoussarie, id., B. (mort le 19). Hervé, id., T. Fauré, lieut., T. Cazaré, s.-lieut., T. Guilliem, id., B. (mort le 10 oct.). Lissignol, id., T. Durand, id., T. Avezard, capit., B. Relie, id., B. Jléric de Bellefon, lieut., B. ligne. 31 août. Montoy, capit., T. Renaud, id., B. (mort le 1" sept.). Lavergne de Serval, s.-lieut., B. (mort le 21 nov.). Dhaisme, s.-lieut., B. 1” septembre. Bérenger, chef do bat., C. 1" octobre ( Chalet-Billaudel ). Mouget, s.-lieut., B. ligne. 18 août (suite). Bravard, lieut., B. Molinier, id., B. Cocusse, s.-lieut., B. De Foucault, id., B. Beaudoin, id., B. Tavella, id., B. Gasquet, id., B. Stroltz, lieut.-col., C. ; Cullet, chef de bat., C. Iîonot, capit., C. Schirmer, lieut., C. Gairaud, s.-lieut., C. 378 LE 4 e CORPS DE L’ARMÉE DE METZ 65" d’infanterie. 14 août. Léveilic, s.-lieut., IL 18 août. l.anglet, chef de bat., T. François, id., IL (mort le 21). Grenier, id., IL (mort le 12 sept.). Coly, capit., T. Do Ferluc, id., T. Vigneau, id., B. (mort le 23). Lotellier, s.-lieut., B. (mort le 20). Chérel, id., D. Sée, col., B. Tcillay, capit., B. 18 août (suite), lîarroy, capit., B. Bouyssonnct, id., IL Borrel, lieut., B. liaison, id., IL Landais, id., B. Dupuy, id., IL Mouton, id., B. Bauzin, s.-lieut., B. Bréville, id., B. Orottet, id., B. Salinie, id., B. 2“ de hussards. 9 août Uloulay). Jouvenot, capit., T. Carrelet, s.-lieut., B. 16 août. De Maussion, capit., B. (mort le 17). llainglaise, s.-lieut., B. (mort le 26). Le Motheux-Duplessis, chef d'escad., B. Dubois de Saran, capit., IL Ksquer, capit., B. Gautier, id., B. Louât, lieut., B. De Mont-Réal, id., B. IG août (suite). Du Faure de Saint-Martial, lient., B. Weil, id., B. Lepennetier, id., IL F.mcry, id., B. Longuet, s.-lieut., IL Cuny, id., B. Paul, id., B. Dussan, id., B. De Seroux, id., B. D’Astanièros, id., B. Jumelle, id., B. 7' de hussards. 16 août. Larbalétier, s.-lieut., T. Chaussée, col., B. Le Normant de Korgré, chef d'esc., B. Macors de Gaucourt, chef d'escad., B. Klotz, capit., B. Devolz, lieut., B. Malin, id., B. Fagot, lieut., B. IG août (suite). Flaliaut, id., B. De Maistre, s.-lieut., B. 18 août. Joubert, lieut., B. Lécnycr, id., B. 31 août. Guérinat, lieut., B. 3' de dragons. 16 août. Molinier, s.-lieut., IL (mort le 17). Bilhau, col., B. Collignon, lieut.-col., B. Huyn de Verneville, chef d’escad., B. Bigaré, capit., B. Pcyron, id., B. IG août (suite). De Libran, capit., B. Guiraudon, capit., B. Richard, lieut., B. Mossier, id., B. Sangouard, s.-lieut., B. De Mônonville, id., B. ANNEXES 379 IG aoill. Longuet, s.-lieut., C. Il' de dragons. 18 août. Grillet, chef d’escad., B. Roy, méd.-maj., B. Artillerie. ÉTAT-MAJOR IG août. Deville, lieut.-col., C. le IG, B. le 31. 18 août. Gillet, capit., B. l'“ division d’infanterie 16 août. l.augol, lieut., B. (mort le 17). Putz, chef d’escad., B. Boitard, capit., B. 18 août. Boniface, capit., T. Duprez, lieut., B. 2 e division d’infanterie 14 août. Doumenc, s.-lieut., B. 18 août. Yigier, chef d’esc., B. (m l de ses bless.). Prunot, capit., B. (m l de ses blessures). Miciol, lieut., B. (in 1 do ses blessures). Genet, id., B. Coutances, id., B. Feldmann, id., B. 31 août. Schneider, lieut., B. 3' DIVISION d'infanterie 14 août. Camps, s.-lieut., B. 31 août. Legrand, chef d’escad. C. 1" septembre. Lepomelec, lieut., B. (m l de ses bless.). RÉSERVE D’ARTILLERIE IG août. Morel, lieut., 7’. Bouchain, id., B. Alméras, id., B. 18 août. Prémer, chef d’escad., T. Lelièvre, s.-lieut., T. Pâlie, lieut., B. Segondat, id., B. (îastine, capit., C. Chériot, lieut., B. 31 août. Florentin, capit., B. Génie. Chef de bataillon Iiinstin, commandant le génie de la 3’ division, blessé en septembre dans une reconnaissance au bois de Yigneulles. Pertes éprouvées par les régiments de cavalerie n’appartenant pas au 4 e corps d’armée, qui ont pris part (le 16 août) à la charge du plateau d’Yron. GARDE IMPÉRIALE Régiment de lanciers. IG août. Richet, s.-lieut., T. De Neunkirchen de Nyvenheim, s.-lieutenant, B. (mort le 13 sept.). De Latheulade, col., B. De Yilleneuve Bargemont, chef d’csc., B. Castel, capit., B. Poinfier, id., B. Boisdofré, id., B. Yillard, id., B. 10 août (suite). Le Roy, capit., B. Pistoye de Maillanne, capit., B. Moyret, id., B. Marccrou, lieut., B. Decormon, id., B. Lamy, s.-lieut., B. Perrot de Chazello, id., B. Dubearnôs, id., B. Boquet, id., B. 380 LE 4 e CORPS DE L’ARMÉE DE METZ Régiment de dragons de l’Impératrice. 16 août. Boby de la Chapelle, lieut.-col., T. Gosset, lieut., T. Bontemps, s.-lieut., T. Bouteille, id., B. (mort le 29). Antonin, id., B. (mort le 19). 16 août (suite). Sautereau-Dupart, col., B. Gautier, capit., B. Lyet, id., B. D’Angelo, lieut., B. Kalt, s.-licut., B. 2’ régiment de chasseurs d’Afrique. 16 août. Brugièrc, lieut., T. De Lamartinière, col., B. François, capit., B. 16 août (suite). Brouard, capit., B. Bléthener, s.-lieut., B. Troupe Lanciers.)„ Dragons.{ Garde 2 e chasseurs d’Afrique.... T. B. D. Hommes. Chevaux. 75 41 » ANNEXES 38 i PIÈCE N° XII Extrait des conclusions de la brochure « Le maréchal Bazaine pouvait-il, en 1870, sauver la France? » par le major prussien Ch. Küntz. (Paris. Lavauzelle.) « Enfin, pour ce qui est de la bravoure, on aurait pu demander à l’armée du Rhin les actes les plus héroïques, si le commandement avait su le faire, ou, pour parler plus justement, s’il l’avait voulu. Tous les combattants de l’armée allemande d’investissement ne sauraient refuser de rendre hommage à l’ennemi pour sa grande et souvent éclatante bravoure. » Le major Künlz a établi, pour l’infanterie, un tableau comparatif des pertes éprouvées par les différentes divisions, et par ceux des régiments qui ont le plus souffert dans les quatre batailles de Metz. Sur vingt-six divisions que comptait l’armée de Metz : La division de Cissey est en tête avec une perte de_ 44.29 p. 100. La — Grenier arrive septième — _ 30.97 — La — Lorencez — neuvième — - 24.04 — Sur vingt régiments cités comme ayant perdu plus de 40 p. 100 de leur effectif : Le 1" de ligne est en tête avec une perte de 60 officiers et 1.260 h mes Le 57 e — arrive le septième — 41 — 940 — Le 73 e — — le huitième — 41 — 930 — Le 43 e — — le douzième — 36 — 900 — Le 6' — — le quinzième — 40 — 830 — Le 13“ — — le dix-septième — 38 — 800 — Parmi les bataillons de chasseurs : Le 20” bat 011 occupe le deuxième rang avec une perte de 14 offic. et 400 h me9 Le o” — quatrième — 13 — 295 — (Les chiffres de pertes donnés par le major Küntz ne sont pas rigoureusement exacts, ainsi qu’on peut s’en rendre compte par la lecture des tableaux précédents ; mais leur approximation est suffisante pour justifier les relations indiquées.) FIN .'iA.*, 1 * TABLE DES MATIÈRES Pages. Introduction. 7 1.1 VUE 1er A la frontière. Chapitres. I er . Formations et marches jusqu’au 6 août. 23 II. Retraite sur Metz (du 7 au 13 août). 46 l.iVUE II Les grandes journées de Metz. I e ’. Bataille de Borny (14 août). 63 11. Journée du 15 août. 91 III. Bataille de Rezonville (16 août). 102 IV. Journée du 17 août. 188 V. Bataille de Saint-Privat (18 août). 216 LIVRE III Le Blocus. I er . L’investissement. 277 Il. Bataille de Noissevillc. 287 111. Les derniers jours. 319 ANNEXES Pièces. I. Ordre de bataille du 4 e corps de l’armée de Metz. 337 II. Ordre de bataille des corps allemands contre lesquels a successivement combattu le 4 e corps français. 342 III. Ordre de mouvement de l'armée du Rhin (13 août). 348 IV. Note relative à la 25 e Monographie de l’état-major allemand. 330 V. Ordre de marche du 4 e corps, le 16 août. 333 VI. Extrait de la 23” Monographie , relatif au combat de Mars-la-Tour (16 août). 354 VII. Note de M. le contrôleur général Longuet, ancien aide de camp du général Legrand. 335 VIII. Souvenirs d’un ancien officier du 73 e de ligne (journée du 18 août).. 339 384 TABLE DES MATIÈRES Pièces. Pages IX. Instructions données par le général do Ladmirault aux troupes du 4" corps d’armée. 3G1 X. Situations d'effectif et état des pertes du 4 8 corps de l'armée de Metz. 3(iî> XI. État nominatif des pertes en ofliciers subies par le 4 8 corps dans les batailles sous .Metz. 37» XII. Extrait de lu brochure : Le maréchal Bazaine pouvait-il, en 1870, sauver la France ?, par le major prussien Ivüntz. 38t CARTES Carte d’ensemble (marches et opérations du 4» corps sur la frontière et autour de Metz). Champs de bataille de Borny et de Servigny. Environs de Metz (rive gauche de la Moselle). Bataille de Rczonville (Mars-la-Tour). — de Saint-Privat (Amanvillers). Paris et Limoges. — Imprimerie militaire Henri Chaules-Lavauzelli:. 1 leres^ mmmmwà Wïï"* r 4 : /* : '< IPI"! vm>jb>. 0 m tf 9 j$ÊÊj$S$ffî ■ dnielange>FfdF> vmw± S # f «# J 5 Æ&- - . v*''- .(f** 1 ■.(Say a .m&é- f-<; if .,,. ipitd.uJom, l®Ol 'LBitmlter ed’eimte Wtwwm miïà eu&ë!i êmm mm.':-. • uacw râmœæm mwm mmmm. gfjfe 3 pB m 5 %SS u&e..»s? mm .WJJJJW/ mx/z/Z }iaM 5 l± WmÈm SSST wm 9 ^mâm. WÊummm , i*e M.ddon, 41 " !§lv>%V*ssfi& !»*3 iwapn&h osrfeuc *tCMPNvs«« CHAMPS DE BATAILLE DE BORNY ET DE SERVI GNV Echelle 5 0,000 O 1 o IBÿl A.npUfication eui So.ooof de la Carie, de France- au 80,000'. Le, LVf- Corps de l'Armée, de Meip, Henri, Charles ~Laaanpslle, Editeur, Paris. SIKKCK ncoiSH ' Wol td &f? Mon&tvt/uue towmï ;i remèrs •XÀTTRNO Auvnetx «"WSîWs ' /7) . v j •v : i atWtotlWfi TVesçangeF ifcfirsch. te-Ste t \ JT, \ Fürwei irn avangft ÇBfnViUenWpT! x\V- ' JoAyV roy-le- •ÛvnhwK-1 LS-JLi^OOiam -Haut , FOIVT vilkrsVX; aulei «ÿlwri ^ ^oiiiôt^s al r, AR1ELOI l'iKwuiâ eanmapaik Sprenigen Reohieo ommerang^ Aiidernv sdorf orvt «,^/r “y 4 JXomppix /Hrir.m SPtîfeoufci * >?; orne naucowA pèçcs r esc ne t/bepsviüéiY] , Bè,n.H*YK; >7> emont rwfc- ï? 1 iU»&t .V\N$VT'7 t Cv_ / Anteiwio OW*Ov-fe-Se>— l »Ni e ^2vH fnçJvi Vxte** ouss rom oimuary v + yV4.v/n f‘lan£e îdZ, Haponn lf/7 , 2(*fi \ s «y ; Crf*"'**' e N * * •-' JSMttai court 7< ? " r Rouvres ri •’, Slres^Meik? ^ETAIN / QXTKATOV am-.s^-v^s Jlatri £. tfe ohenvent unoroe a Max* Ærold can +.. ! A '' ™ n.'mvitte s/ ;-rt.4.! Y:/ v st^ ofT ^ aw7. HS^rojétonialp Gjflsâainvil l l arf* loiî^/ 1 •iw ,-K • Sa Hilairé Wajinin sur-M Hwsnv hahviiif en-Woe Xoit ville ’iTfn 1 *£ - l«i Zeftrtbuemorvh T . O'" /? v (oiessu ffilSpÔc)r Kasch: : ol! a ^ n .^ ri*ev\><>use » ïf ÂCaaknp.ifiax ui*rioM-î»n\H«*^ rixistivïn’ ;Wé -OUI*! : ^.Yï>Pr^ fetitTe'jUpîj^. Sy^^arMM-sota; piriirô V^r Mellon a netnj»ofivifi Siuilitois .• \ liorJin ,iv / «vgr ■f-' .■• 1 '^%™*-- îi.-.Y- Cv ~^ËL\a£M&r' s ^:- njeiïoitei *pffoêvif ': J 'yy& CARTE D 'ENSEMBLE - -sua.* eville.-Ie4 • (iftimu.l TTntHjemsrf crmSSM u t *oh \:*'"* ; i>yU,lerso»* •Wo ftvw- Marches et opérations du 4 e Corps d Armée sup la Frontière et autom* de Metz 7 EtsLbi^AfaÿfimSot^ K NC ,i>- > t V v. eres Echelle : 200000 . Viviers : ) : R^tpfM yfanf ^hv . t[r/. 1000 /sjmm K6W*i lîaussftn aliav vi 11 1 '/7> 'i v — ' ' Le /Vf (Jorps Aie ./'Armée de McJj, kxtraié -de- la■■ Carte de Fra/U'e a/ e Soooo,.' Henri Charles -LairaujeUe'. Editeur, Paris. æmm Bataille de REZ 0 NV 1 LLE ( MARS ' LA' TOUR) Echelle 20.000 Vf SJ/Sv — fat '231 SU Jjeupfi, l Lâêbtitr- m rs Sf. % 2 i 6 f* "f&pii LÉGENDE Jforwnie, &••• \,À mmm v. WM Français Allemands N Batteries GénSd^ ScK^/artzko N „ . . „ .. , (Bataillons Compagnies ouBalteries l®.'t^iv^on D De S.|nat.on des | C orp S dV\rmta™M£^Ü- Nota: Du côté Allemand les Bataillons et les Batteries lourdes \/\\ V ( la 57 ? Brigua sont indiqués en chiffr&r romains. \ ^ ^ \ ' reoliee sur T repiiee sur I ronviHO Xe JV- e Corps de l'Armée, de Metz Henri Charles-Lcïrcwijelle, Fdûerr Paris. Sd Sapet tlel. « nriwi mœ&mp*': WéÆf^mh t^mmeern fembtt/L ■ $ààwm& S 9 MRK vJ/fr"'±y mm y r£.mt$ vws wÊsmsi ftratüfofi K'Mià.-mm •mm. xmm W «1 Caubto'Jf wmtmimm mÊmÊiÿmS ™ m a *wsL ' ?s' i;xyi 1 ’ ttmcj W&è VISSES. Rive ôau in MS** s^MTrofiville Le. IV. Corps ele l'Armée de Metz Henri ChûrlêS -Le ? v< Fj'atice/ nzr 80.000 f DE METZ rve la Moselle ‘ ; 80.000 1 ” 2 3 Kil. 7 lie. Editeur, Ha ris. ®Br. Garde Bataille de ST PRIVAT (AMANVILLERS) 326 LEGENDE I 'WlA/P/l/A Français mmm Allemands Batteries Henri Charles -Lewau^elle, Editeur, Paris Le IV e Corps de l’Armée de Metp Echelle 20 . ooo Mèlsw jewo 5oo H- 0 l Kilom. Librairie militaire Henri ClfARLES-LAVAUMLE Paris et Limoges. Guerre franco-allemande de 1870-1871, par le capitaine Ch. Romagny, professeur de tactique et d’histoire à l’Ecole militaire d’infanterie, accompagné d’un atlas comprenant 18 cartes-croquis en deux couleurs (honoré d’une souscription des ministères de la guerre et de l’instruction publique et d’une médaille d’honneur de la Société d’instruction et d’éducation). — Volume grand in-8° de 392 pages, et l’atlas. ‘0 * Guerre de 1870. — La première armée de l’Est. —; Reconstitution exacte et détaillée de petits combats avec cartes et croquis, par le commandant breveté Xavier Euvrard. — Volume grand in-8° de 268 pages. 6 » L’armée de Metz, 1870, par le colonel Thomas. - Vol. in-8° de 252 pages, orné d’un portrait et de deux cartes. 3 » Le maréchal Bazaine pouvait-il, en 1870, sauver la France? par Ch. Kuntz, major (II. 8.), traduit par le colonel d’infanterie E. Girard. — Vol. in-8“ de 248 p., avec une carte hors texte des envir. de Metz. 4 » Campagne de 1870-71. — Le 13« corps dans les Ardennes et dans l’Aisne, ses opérations et, celles des corps allemands opposés. Etude faite par le capitaine breveté Vaimdois, de l’état-major de la 10 e division d’infanterie. — Volume in-8° de 224 pages. 3 50 La défense de Belfort, écrite sous le contrôle de M. le colonel Denfert- Rochereau, par MM. Édouard Tihers, capitaine du génie, et S. de la Lauiîencie, capitaine d’artillerie, anciens élèves de l’Ecole polytechnique, de la garnison de Belfort (5° édition). — Volume in 8° de 420 pages, avec trois cartes et plans en couleurs hors texte... 7 50 Histoire militaire de la France depuis les origines jusqu’en 1843, par Emile Simond, capitaine au 28 1 ' d’infanterie. — 2 vol. in-32 de 112 et 102 pages, brochés, l’un. » 50; reliés pleine toile gaufrée, l’un. » 75 Histoire militaire de la France, de 1843 à 1871, par Emile Simond, capitaine au 28'-' de ligne. — 2 volumes in-32 de 96 et 104 pages, brochés, l’un. » 50; reliés pleine toile gaufrée/. » 75 Crimée-Italie. —Notes et correspondances de campagne du général de Wimpffen, publiées par H. Galli. Ouvrage honoré d’une souscription du ministère de la guerre. — Volume erand in-8° de 180 pages. 5 » Tableaux d’histoire à l’usage des sous-officiers candidats aux Ecoles militaires de Saint-Maixent, üaumur, Versailles et Vincennes, par Noël Lacolle, lieutenant d’infanterie. — Volume in-18 de 144 pages. 2 50 Memento chronologique de l’histoire militaire de la France, par le capitaine Ch. Romagny, professeur de tactique et d’histoire à l’Ecole militaire d’infanterie. — Volume in-18 de 316 pages. 4 » Campagnes d’un siècle, par le capitaine Ch. Romagny, professeur de tactique et d’histoire à l’Ecole militaire d’infanterie. — Campagnes de 1792 et 1806, 1 volume (4 cartes). — 1800, 1 volume (4 cartes). — 1805, 1 volume (2 cartes). — 1809, 1 volume (3 cartes). — 1812, 1 volume (5 cartes). — 1813, 1 volume ,4 cartes). —1814, 1 volume (1 carte).— 1815, 1 volume (1 carte). — Crimée, 1 volume (3 cartes). — 1859, 1 volume (1 carte). — 1866, 1 volume (4 cartes). — 1877-78, 1 volume (3 cartes). — 12 volumes in-32, brochés, l’un. » 50 Reliés pleine toile gaufrée. » 75 Précis historique des campagnes modernes. Ouvrage accompagné de 37 cartes du théâtre des opérations, à l’usage de MM. les candidats aux diverses écoles militaires (2-' édition). — Vol. in-18 de 232 p., broché. 3 50 Le siège de Lille en 1792, par Désiré Lacroix (2° édition). — Brochure in-18 de 32 pages, avec un plan pour suivre les phases du bombardement de la place....f. ”75 Sans armée (1870-1871), Souvenirs d’un capitaine, par le commandant Kanappe. — Volume in-18 de 336 pages, broche. . 3 59 i Librairie militaire Henri CHAR LES-LA V ALIZE LLE Paris et Limoges. Expédition de Sardaigne et campagne de Corse (1792-1794), par le capitaine Emile Espérandieu. — Vol. in-8” de 200 p., avec croquis. 3 50 La 6“ brigade en Tunisie, par le général Ch. Piiilebert. — Vol. in-8" de 232 pages, orné d'un portrait du général, de 13 grauuros et d'une carte en couleurs hors texte du théâtre des opérations . 5 » Opérations militaires au Tonkin, par le commandant hrevelé Chabrol, de l'état-major du 4 e corps d'armée. — Volume grand in-8" de 350 pages, avec 72 cartes et couverture en couleurs. 6 » Lang-Son, combats, retraite cl, négociations, par le commandant breveté Lecomte. — Volume grand in-8" de 560 pages, broché, imprimé sur beau papier, illustré de 51 magnifiques gravures, têtes de chapitres, culs-de-lampe, vignettes, accompagné d’un atlas contenant 19 cartes et 3 planches. 20 » Le Tonkin français contemporain, études, observations, impressions et souvenirs, par le docteur Edmond Courtois, médecin-major de l’armée, ex-médecin en chef de l’ambulance de Kep; ouvrage accompagné de trois cartes en chromolithographie. — Volume in-8° de 412 pages. 7 50 L’expédition de Madagascar. Rapport d’ensemble fait au Ministre de la guerre, le 25 avril 1896, par le général Duchesne. — Vol. de 288 p. 3 » Guide de Madagascar, par le lieutenant de vaisseau Colson. — Volume in-18 de 220 pages, accompagné de la carte de Madagascar au 1/4.000.000°, des itinéraires de Tamatave a Tananarive, de Majunga à Tananarive, du plan de Tananarive et d’un croquis indicatif des cyclones de l’Océan Indien. 3 50 Madagascar et les moyens de la conquérir. Etude politique et militaire, par Te colonel Ortus, de l’infanterie de marine. — Volume in-18 de 228 pages avec une carte au 1/4.000.000. 3 50 L’Expédition du Dahomey en 1890, avec un aperçu géographique et historique du pays, sept caries ou croquis des opérations militaires et de nombreuses annexes contenant le texte des conventions, traités, arrangements, cessions, échanges de dépêches et télégrammes auxquels a donné lieu l’expédition, par Victor Nicolas, capitaine d’infanterie de marine, officier d’académie (2° édition). — Volume in-8° de 152 pages.. 3 • Les expéditions anglaises en Afrique. Ashantee (1873-1874). Zulu (1878- 1879), Egvpte (1882), Soudan (1884-1885), Ashantee (1895-1896), par le lieu- tenan: colonel breveté Skptans, de l’infanterie de marine. — 1